vignette|Un exemplaire du scénario du Parrain II, écrit par Francis Ford Coppola et Mario Puzo.

Le scénario (de l' ) est un document écrit par un ou plusieurs scénaristes qui expose de manière détaillée les évènements et les situations d'une œuvre audiovisuelle, qu'elle soit un long métrage de cinéma, un téléfilm, un épisode de série télévisée, un documentaire, un court métrage, un clip, une publicité, un film d'animation ou même certains types de jeux vidéo et permet sa mise en production et sa réalisation. Il peut être original ou être l'adaptation d'une pièce culturelle déjà existante (un roman, une nouvelle, une pièce de théâtre). Il arrive aussi que « scénario » soit employé dans un sens élargi ; on désigne par exemple par « scénario de roman » les dossiers de préparation « où la fiction est d’abord racontée sous une forme programmatique »..

Origine du terme Le terme vient de l'italien scenario qui veut dire à l'origine « décor théâtral »., mais aussi « canevas de mise en scène », et était utilisé d'abord par la .

Le mot « scénario » est prononcé pour la première fois en France en 1907 par Georges Méliès..

Aujourd'hui passé dans la langue française, il prend un accent aigu et a pour pluriel scénarios.(et non scenari, scénari ou scenarii).

Dans sa version moderne, il peut également être appelé . La continuité dialoguée correspond à une version du scénario qui comprend l'ensemble des scènes, descriptions et dialogues du film, mais excluant toutes les indications de caméra ou de cadrage.

Le screenplay ou script sont les noms anglais du scénario pour un film ou une pièce de théâtre..

Histoire Au temps des premiers films muets, les réalisateurs n'utilisaient pas de scénarios. En premier lieu parce que la durée des films ne permettait pas de développer des histoires complexes et aussi parce que du point de vue des réalisateurs de l'époque, le cinéma avait pour .. L'un des premiers films utilisant un scénario est Les Victimes de l'alcoolisme de Ferdinand Zecca qui était une adaptation de L'Assommoir d'Émile Zola.

Caractéristiques Le scénario sert de support aux personnes participant à la production d'une œuvre audiovisuelle : réalisateur, acteurs, équipe technique, etc.

Y sont décrits : l'action ; les personnages ; les décors ; les dialogues ; les accessoires ; l'enchainement des plans.

Intérêt Le scénario est un exposé détaillé des évènements et des situations du film. Il permet lors du tournage de définir quels sont les plans qui doivent être tournés, quelles répliques doivent être dites, etc. Il est également utilisé en post-production par les monteurs pour connaître quel enchaînement de plans ils doivent respecter.

Dans la fabrication d'un film, le scénario est un outil écrit lors de l'étape finale du développement du projet. Cette étape suit le travail sur des pitches, synopsis, séquenciers, traitements et précède la mise en production du projet (qui comprendra la pré-production, la réalisation et la post-production).

Par rapport à l'écriture théâtrale dont elle se rapproche, l'écriture scénaristique fait une part plus importante à l'image, aux descriptions (appelées aussi didascalies) et une part en général moins importante au dialogue.

Les divers manuscrits vignette|Scénario de La Belle et la Bête de Jean Cocteau datant de 1945-1946, maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt.. Depuis l'invention du cinéma, une quinzaine de types de documents ont vu le jour, s'adaptant chaque fois aux besoins techniques et aux innovations (extérieurs, cinéma parlant, effets spéciaux) et artistiques d'une époque (plan-séquence, improvisation, chorégraphie, montage-séquence, etc.). Les formes de documents actuelles, notamment dans la mise en forme typographique, ont été fixées dans les années 1950, et sont tenues de façon scrupuleuse dans les milieux anglophones du cinéma et dans certaines formes contraignantes (dessins animés, films à truquages numériques), mais sont en général moins respectées en Europe. L'important demeure que le scénario soit compréhensible pour chaque intervenant du film.

Une fois accepté et mis en production, le scénario devient le document de référence pour les différents corps de métier impliqués dans l'élaboration du film.

L’étape après le scénario est le « dépouillement » de la continuité dialoguée par le réalisateur, et traditionnellement le premier assistant, des informations de mise en scène, de costumes, d’éclairage, de décor, d'accessoires, d’effets spéciaux ou de lieu, pour rédiger le découpage technique décrivant le film plan par plan, numérotés pour l’occasion, avec les indications de position, de focale et de mouvements de caméra. Ce dernier document ne permet plus d’avoir une vision d’ensemble du film voulu car les plans ne sont pas nécessairement tournés dans l’ordre narratif.

L'écriture scénaristique L'écriture scénaristique est un procédé d'écriture spécifique, qui se différencie de la littérature en raison des contraintes et des conventions qu’elle intègre et en premier lieu parce qu’elle est factuelle. Tudor Eliad a défini le scénario comme Tudor Eliad, Comment écrire et vendre son scénario, cité par Jacqueline Viswanathan, « Une histoire racontée en images ? », Études françaises, volume 22, numéro 3, hiver 1986, p. 71 (lire en ligne).. En effet, l’écriture scénaristique ne décrit que des images et des sons. Elle est nécessaire pour l'intercompréhension des différents intervenants de la production du film ayant chacun des besoins d'informations spécifiques à leurs fonctions.

Par exemple : l'équipe de décoration guettera les indications de lieux ("INT" ou "EXT"), le nom des décors et leurs descriptions, tandis que l'équipe des lumières cherchera les indications relatives à l'heure de la journée où est censée se produire l'action par les indications "NUIT", "JOUR" ou "SOIR", la saison et la météo. Les équipes de décoration, les ensembliers, l'équipe HMC (costumiers, maquillage et coiffure) l'équipe accessoiriste puisent les informations nécessaires à leur corps de métier dans les didascalies.

Les didascalies Les didascalies sont la description de l'action, des personnages et du décor. Cette dénomination, a remplacé .

Elles décrivent toujours au présent des faits visuels et sonores et plus marginalement certains effets de montage, comme les flashback, les changements d'éclairage s'ils ne coulent pas de source, et certains effets spéciaux comme les transitions en fondu, le passage au noir et blanc ou le ralenti. Mais elles ne peuvent en aucun cas contenir des éléments immatériels comme la pensée des personnages ou un aspect invisible de leur condition (le fait d'être orphelin par exemple). Par ailleurs, une description complète d'une scène est par essence impossible, fastidieuse à la lecture, et peut compromettre la quantification temporelle d'une page pour une minute de film.

200px|droite|vignette|L'écrivain indien commentant son scénario à l'acteur-réalisateur (1986).

Il n'est plus nécessaire de décrire un intérieur de maison de façon exhaustive, mais de suggérer son style en quelques mots (« un salon bourgeois d'avant-guerre », par exemple) et de s'attarder seulement sur les meubles, ou accessoires qui auront une importance dans la narration.

Sons et dialogues Le scénario décrit aussi les sons (ou leur absence) que ce soit les bruits, les dialogues, ou la musique intradiégétique utiles à la narration. En principe, le scénariste ne s’occupe pas d’indiquer la musique d’accompagnement (musique extradiégétique) ou les gimmicks. Comme pour l’image, ne sont écrits que les sons nécessaires à l’histoire. Si une séquence se passe en extérieur dans une ville, il n’est pas utile de décrire les bruits de la rue sauf s’il y a une spécificité nécessaire au récit.

Le dialogue, qui fait l’objet d’une mise en forme particulière sur le document , se voit éventuellement adjoint d’une didascalie d’intentionnalité qui permet d’indiquer à qui s’adresse le personnage, de quelle façon ou quelle émotion il fait transparaitre. S’il crie, le scénariste peut mettre en majuscules sa réplique.

En cas de voix hors champ, le rédacteur spécifie entre parenthèses à côté du nom du personnage parlant, le mot « hors-champ », « off » ou « voix off ».

Poser une ambiance Cette citation d'Olivier Assayas qui fut scénariste d'André Téchiné avant de devenir réalisateur, illustre les besoins plus littéraires, humoristiques, psychologiques ou poétiques de l'écriture, pour soutenir la description et constituer une évocation. Il est possible alors d’écrire des éléments non-visuels et non-sonores, d'ordre subjectif (avec parcimonie toutefois), pour créer une atmosphère précise :

Exemples de descriptions de personnages

Descriptions de décors

Le style sec des phrases nominales participent à l'ambiance de la scène.

Bergman transgresse clairement les règles d'écriture de scénario, avec ces comparaisons poétiques et ces anthropomorphismes. Tout comme Antonioni, il s'appuie exagérément sur l'évocation pour poser l'atmosphère, ce qui en fait son style personnel. S'il s'est permis de rédiger ainsi ce scénario, c'est qu'il est aussi le réalisateur de ce film et donc seul arbitre en cas d'interprétation équivoque.

Structure Un scénario reprend généralement l'héritage théâtral avec une structure en trois actes, à savoir : scène d'exposition ; action (à la suite d'un incident déclencheur) ; conclusion (de l'action).

Il y a beaucoup de façons de les nommer, on peut rencontrer exposition, développement, dénouement. Yves Lavandier cite les protase, épitase, catastrophe d'Aristote, les ouverture, développement, finale de Zeami, les naissance du conflit, choc et paroxysme, conciliation de Hegel. Syd Field les nomme installation, confrontation, résolution.

Certains scénarios éludent la scène d'exposition pour rentrer dans le vif de l'action dès les premières images, comme la Guerre des étoiles (épisode IV, 1977). Les informations sur le monde d'avant le déclenchement de l'action, sont données a posteriori.

Syd Field, Robert McKee, William C. Martell et d'autres théorisateurs américains du scénario figent une structure en trois actes et avec un timing précis pour chaque acte.

À partir des années 1990, le Guide du scénariste de Christopher Vogler devient une référence pour l'écriture de scénario, et l'on retrouve les douze étapes du Voyage du héros du mythologue Joseph Campbell dans la structure de la plupart des productions américaines, comme celles de Disney ou celles de George Lucas, qui a notamment reconnu s'en inspirer pour concevoir l'intrigue des films de Star Wars...

D'autres formes et interprétations de structure sont possibles et pour certains nécessaires. comme le schéma quinaire de Paul Larivaille en cinq « actes », qui comprend : Situation initiale : le décor est planté, le lieu et les personnages introduits et décrits ; Complication : perturbation de la situation initiale ; Action : moyens utilisés par les personnages pour résoudre la perturbation ; Résolution : conséquence de l'action ; Situation finale : résultante de la résolution, équilibre final.

Contrairement au théâtre, la fin d'un « acte » ne correspond pas nécessairement à un changement de décor, de personnages ou d'époque, mais à une progression significative dans la narration.

Le cinéma expérimental explore d'autres structures ou l'absence de structure.

Personnages Les personnages sont avant tout des créations scénaristiques, avant d'être campés par les acteurs.

Le premier est bien sûr le protagoniste, le personnage dont on raconte l'histoire et qui évolue le plus. Il est généralement un héros ou une héroïne, peut être un héros défaillant, un antihéros, et demeure en principe le « personnage principal » qui est celui qu'on voit le plus à l'écran.

L'antagoniste (typiquement l'ennemi) est celui ou celle qui s'oppose au protagoniste. Quand l'ennemi est un phénomène, comme une catastrophe ou une guerre, on parle d'antagonisme.