Le HMS Temeraire est un navire de ligne de deuxième rang de construit pour la . Deuxième navire de la classe Neptune, il est lancé en 1798. Il sert au cours des guerres de la Révolution française et napoléoniennes, la plupart du temps lors de blocus ou d'escorte de convois. Il ne participe activement qu'une seule fois au combat, à la bataille de Trafalgar en 1805, mais acquiert une plus grande notoriété ultérieurement par les représentations ou les citations qui en sont faites en littérature et dans des œuvres d'art, notamment sous le nom de (« Le Téméraire combattant »).

Construit au chantier naval de Chatham, le Temeraire entre en service lors du blocus de Brest avec la Channel Fleet (« Flotte de la Manche »). Les missions effectuées sont fastidieuses et rarement compromises par la flotte française. Le premier incident survient lorsque plusieurs membres de l'équipage du Temeraire entendent des rumeurs sur un départ pour les Antilles à un moment où la paix avec la France semble imminente. Ils refusent alors d'obéir aux ordres, acte de mutinerie qui se termine mal, un certain nombre de ses instigateurs se voyant jugés puis exécutés. Désarmé pendant la paix d'Amiens, le Temeraire reprend du service avec la reprise de la guerre avec la France, encore une fois en servant dans la . Il rejoint le blocus de la flotte franco-espagnole à Cadix, mené par Nelson en 1805. Lors de la bataille de Trafalgar, le , le navire combat juste à l'arrière du navire amiral, le . Pendant la bataille, le Temeraire vient à la rescousse du Victory en difficulté et parvient à capturer deux navires français. Ce fait d'armes lui confère alors une importante renommée en Grande-Bretagne.

Après avoir subi d'importantes réparations, le Temeraire est employé pour le blocus des flottes françaises et le soutien des opérations britanniques au large des côtes espagnoles. Il est également mobilisé dans la mer Baltique en 1809 afin de défendre des convois contre les attaques de canonnières danoises. En 1810, il croise à nouveau au large de la côte espagnole, alors que Cadix subit les assauts des forces françaises. Sa dernière action se déroule contre les Français au large de Toulon, lorsqu'il tombe sous le feu des batteries côtières. Le navire revient en Grande-Bretagne en 1813 pour des réparations, mais est mis en cale sèche. Converti en ponton, il est amarré dans le fleuve Tamar jusqu'en 1819. Déplacé à Sheerness, il devient un baraquement, puis un dépôt de victuailles et enfin un navire de garde. L'Amirauté ordonne qu'il soit vendu en 1838 et il est remorqué sur la Tamise pour sa démolition. Ce dernier voyage est représenté dans un tableau de Turner intitulé Le Dernier Voyage du Téméraire (1838), acclamé par la critique lors de sa présentation et, d'après un sondage daté de 2005, toujours considéré comme la « peinture préférée de Grande-Bretagne ».

Histoire Construction et commission

thumb|left|alt=Plan ancien montrant de profil la coque d'un navire.|Plans de l'Amirauté pour un navire de de classe Neptune. Plus précisément, il s'agit des plans du , dessinés par le et daté du 22 juillet 1789.

Le HMS« HMS » est un préfixe de navire utilisé dans la , et correspond à l'abréviation de ou selon que le monarque anglais est de sexe féminin ou masculin. Temeraire est commandé au chantier naval de Chatham le , à partir de plans développés par le Surveyor of the Navy John Henslow. Le navire est l'un des trois navires de la , aux côtés des et La est parfois appelée « classe Dreadnought » car il est d'habitude de nommer les classes de navires d'après le premier navire de celle-ci. Et en effet, le est le premier navire commandé par l'Amirauté (17 janvier 1788) mais le dernier lancé (13 juin 1801)., respectivement construits aux chantiers navals de Deptford et de Portsmouth. Le navire est principalement construit à partir de chêne anglais de la forêt voisine du Hainault. La quille est posée à Chatham en . Sa construction est initialement supervisée par le maître charpentier Thomas Pollard et achevée par son successeur Edward Sison. Le Temeraire est lancé le et est mis en cale sèche le lendemain pour être équipé pour le service en mer. Sa coque est équipée d'un doublage en cuivre, un processus qui a duré deux semaines. Remis à l'eau, son aménagement est terminé et il reçoit ses mâts et sa vergue. Ses coûts de construction s'élèvent à dont consacrées à la coque, aux mâts et à la vergue, et pour le gréement et les magasins.

Le navire est mis en service le sous les ordres du capitaine Peter PugetPeter Puget sera plus tard surtout connu pour l'exploration du Puget Sound qui porte son nom., devenant le deuxième navire de la Royal Navy à porter le nom de Temeraire. Son prédécesseur est un navire de rang de , le HMS Temeraire, un ancien navire français nommé Téméraire capturé à la bataille de Lagos le par une flotte commandée par l'amiral Edward Boscawen. Puget commande seulement le Temeraire jusqu'au , supervisant son processus d'adaptation à la mer. Il est remplacé par le capitaine Thomas Eyles le , alors que le navire est à l'ancre près de St Helens sur l'île de Wight.

Avec la Sous le commandement de Thomas Eyles, le Temeraire est enfin mis en service à la fin du mois de juillet, battant le pavillon du rear admiral John Borlase Warren et rejoignant la (« Flotte de la Manche ») sous le commandement de l'admiral Alexander Hood, le vicomte Bridport. La est à l'époque principalement engagée dans le blocus du port français de Brest et le Temeraire passe plusieurs périodes de deux ou trois mois à patrouiller la zone. Eyles est remplacé durant cette période par l'ancien commandant du Temeraire, le capitaine Peter Puget, qui prend le commandement le . Le mois suivant, le navire devient le vaisseau amiral du contre-amiral James Hawkins-Whitshed.

Alexander Hood est remplacé à la mi-1799 en tant que commandant de la par l'amiral John Jervis, comte de Saint-Vincent. Les longues périodes de blocus continuent tout l'hiver ainsi que l'année suivante. Le , Puget est remplacé comme commandant par le capitaine Edward Marsh. Marsh commande le Temeraire pour le reste de l'année et pour la première moitié de 1801 jusqu'à ce que son remplaçant, le capitaine Thomas Eyles, reprenne le commandement le . Le Temeraire devient peu après le navire amiral du contre-amiral George Campbell. À cette époque, la Deuxième Coalition contre la France s'effondre et des négociations de paix sont en cours à Amiens. John Jervis est promu Premier Lord de l'Amirauté et le commandement de la Channel Fleet est transmis à l'amiral William Cornwallis. Avec l'imminence de la fin de la guerre, le Temeraire est retiré des blocus et est envoyé dans la baie de Bantry pour attendre l'arrivée d'un convoi qu'il doit escorter vers les Antilles. Beaucoup des membres de l'équipage sont alors en service continu dans la marine depuis le début des guerres de la Révolution française en 1793 et prévoient un retour en Angleterre puisque la paix semble imminente. Lorsqu'ils entendent des rumeurs à propos d'un départ pour les Antilles, une dizaine d'hommes commence à inciter le reste de l'équipage à refuser les ordres donnés pour tout départ pour une autre destination que l'Angleterre.

Mutinerie thumb|upright|alt=Le vice-amiral Andrew Mitchell en tenue d'officier.|Le vice-amiral Andrew Mitchell, Amiral de l'escadre bleue

Le premier affrontement entre les mutins et les officiers survient dans la matinée du quand un petit groupe de marins se rassemble sur le gaillard et refuse de le quitter, tout en engageant la discussion avec les officiers. Le capitaine Eyles exige de connaître leurs demandes, ce à quoi les marins répondent qu'ils veulent l'assurance que le Temeraire n'est pas envoyé aux Antilles, mais en Angleterre. Finalement, le contre-amiral Campbell vient parler aux hommes et après les avoir informés que les officiers ne connaissent pas la destination du navire, il leur ordonne de se disperser. Les hommes coopèrent et la mutinerie naissante semblent calmée. La douzaine de meneurs reste cependant déterminée et sonde le reste de l'équipage. Il en résulte que la majorité de l'équipage, si elle ne supporte pas activement une mutinerie, ne s'y oppose cependant pas. L'équipage du Téméraire serait aussi soutenu par des Royal Marines ainsi que par les équipages d'autres navires de guerre présents dans la baie de Bantry. Les meneurs décident donc de poursuivre leur plan et la mutinerie commence avec la fermeture des sabords du navire, puis avec la mise en place d'une barricade sous le pont. Cela fait, les mutins refusent l'ordre de les ouvrir à nouveau, se moquant des officiers et les menaçant. L'équipage vient ensuite de nouveau sur le pont et exige de connaître la future destination du navire, refusant d'appareiller pour toute autre destination que l'Angleterre. Après avoir présenté leurs demandes, ils retournent sous les ponts et reprennent leurs activités.

Alarmé par les actions de l'équipage du Téméraire, Campbell rencontre le vice-amiral Andrew Mitchell le lendemain et l'informe des demandes des mutins. Mitchell rapporte ces nouvelles à l'Amirauté tandis que Campbell retourne sur le navire et convoque l'équipage sur le pont, l'exhortant à se remettre au travail. Pendant ce temps, plusieurs membres de l'équipage s’enivrent et des bagarres avec des officiers éclatent. Lorsque l'un des Marines qui soutient la mutinerie est mis aux fers pour état d'ivresse et insolence, une foule se forme sur le pont et tente de le libérer. Les officiers résistent à ces tentatives et les marins commencent alors à les pousser et à les menacer. Campbell donne l'ordre aux Marines d'arrêter ceux qu'il identifie comme les meneurs. Les Marines hésitent, mais obéissent à l'ordre, arrêtant un certain nombre des mutins qui sont également mis aux fers. Campbell ordonne ensuite à l'équipage restant d'abandonner toute action rebelle et, privée de ses meneurs, la mutinerie s'arrête. Les officiers restent cependant sur leurs gardes pendant plusieurs jours et les Marines effectuent des patrouilles continues.

Les nouvelles de la mutinerie créent la sensation en Angleterre et l'Amirauté ordonne que le Temeraire lève l'ancre immédiatement pour Spithead tandis qu'une enquête est menée. Le vice-amiral Mitchell obtient des pouvoirs extraordinaires concernant la peine de mort et le nombre de Marines à bord est augmenté à la hâte pour le voyage en Angleterre. À l'arrivée du navire, les quatorze meneurs sont emprisonnés et rapidement traduits en cour martiale à Portsmouth à bord du , certains le et le reste le . Après délibération, douze sont condamnés à la pendaison et les deux autres à recevoir deux cents coups de fouet chacunLe nombre de marins exécutés n'est pas bien établi, certains ayant pu voir leur peine commuée en déportation pénale.. Quatre hommes sont pendus à bord du Temeraire et le reste est pendu à bord de plusieurs autres navires ancrés à Portsmouth, dont le , le , le et le .

Antilles et période de paix Après les exécutions, le Temeraire est immédiatement envoyé en mer. Il appareille de Portsmouth pour l'île de Wight le lendemain afin de mener les préparatifs pour son voyage retardé aux Antilles. Il navigue vers la Barbade, qu'il atteint le ; il reste dans les Antilles jusqu'à l'été. Pendant ce temps là, la paix d'Amiens est finalement ratifiée et le Temeraire reçoit l'ordre de revenir en Grande-Bretagne. Il arrive à Plymouth le et Eyles le retire du service le . En raison de la réduction des effectifs dans la Royal Navy consécutive à la période de paix, le Temeraire est ancré dans le Hamoaze pour les dix-huit mois suivants.

Reprise du service thumb|upright|alt=L'amiral Horatio Nelson en tenue d'officier et arborant ses décorations.|Horatio Nelson, commandant de la flotte britannique lors de la bataille de Trafalgar.