vignette|droite|250px|Escalier napolitain typique au Palazzo dello Spagnolo (Ferdinando Sanfelice).
Le baroque napolitain est une forme artistique et architecturale qui se développe au et dans la première moitié du à Naples. Il est reconnaissable à ses décorations flamboyantes de marbre et de stuc, caractéristiques des structures du bâtiment. En particulier, le baroque napolitain s'épanouit au milieu du avec les œuvres de plusieurs architectes locaux hautement qualifiés et se termine au milieu du siècle suivant, avec l'arrivée des architectes néoclassiques.
Au , le baroque atteint son apogée avec une architecture influencée par le rococo et le baroque autrichien, donnant lieu à un mélange qui donne naissance à des bâtiments de grande valeur artistique.
Ce style, qui s'est développé en Campanie et dans le Sud du Latium (où a été construite l'abbaye du Mont-Cassin, qui est un exemple de l'architecture baroque napolitaine en dehors de Naples) n'a attiré l'attention de la critique internationale qu'au , que grâce au livre d'Anthony Blunt Neapolitan Baroque and Rococo Architecture.
Caractéristiques du baroque napolitain vignette|220px|gauche|Chartreuse San Martino, église
L'architecture baroque se développe à Rome au début du , sous l'influence de l'héritage culturel de Michel-Ange et des œuvres de Carlo Maderno et d'autres. Les exigences dictées par la Contre-Réforme conduisent à la création d'un style ayant tendance à exalter le caractère central de l'Église catholique, mais aussi capable d'exprimer les frivolités de la vie temporelle et la nouvelle philosophie scientifique de Copernic et de Galilée repoussant les frontières de la connaissance, et en faisant allusion à la vie comme à un rêve, comme on peut le percevoir dans les œuvres de Shakespeare et Calderón et dans la philosophie de Descartes.
Les caractéristiques essentielles de l'architecture baroque sont des lignes courbes, tortueuses, parfois avec des motifs très complexes, tendant à être presque indéchiffrables. En outre, un fort sentiment de théâtralité incite l'artiste à l'exubérance décorative, combinant la peinture, la sculpture et le stuc dans la composition spatiale en soulignant le tout au moyen de jeux suggestifs d'ombres et de lumières.
Les caractéristiques du baroque romain franchissent bientôt les frontières de la Ville éternelle. À Naples, les thèmes baroques, combinés à ceux du maniérisme toscan, influencée en particulier dans les trois premières décennies du , avec l'arrivée d'architecte étrangers à la formation locale, parmi lesquels il faut citer Giovanni Antonio Dosio, le Ferrarais Bartolomeo Picchiatti et le théatin Francesco Grimaldi, originaire d'Oppido Lucano et formé à Rome. On attribue à Dosio quelques œuvres telles que l'église des Girolamini, la chartreuse San Martino, qui sont des réinterprétations du maniérisme tardif de la Renaissance toscane. Picchiatti semble plutôt être lié au goût du premier baroque romain, tandis que Grimaldi fait partie du groupe des architectes religieux de même que d'autres architectes de l'époque, tels que le dominicain Giuseppe Nuvolo et le jésuite Giuseppe Valeriano. Grimaldi, après avoir mené à bien diverses expériences à Rome, est chargé de concevoir la basilique Santa Maria degli Angeli a PizzofalconeLes noms des édifices qui n'ont pas d'équivalent usuel en français sont laissés en italien.Pour la compréhension, quelques termes courants : basilica = basilique - cappella = chapelle - certosa = chartreuse, convento = couvent - chiesa = église - duomo = cathédrale - palazzo = palais, hôtel particulier et la Cappella del Tesoro di San Gennaro de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Naples, où la décoration baroque est appliquée sur des infrastructures toujours classiques N. Pevsner, J. Fleming, H. Honour, Dizionario di architettura, Turin, 1981, voce Francesco Grimaldi..
Cependant, la personnalité qui émerge du siècle est Cosimo Fanzago. Lombard de naissance, il s'établit dans la deuxième décennie du à Naples, où il conçoit beaucoup d’œuvres sculpturales et architecturales comme des édifices religieux, civils et des décorations intérieures d'églises en marbres polychromes et en marqueterie de marbre.
Le voit Antonio Canevari, Domenico Antonio Vaccaro, Ferdinando Sanfelice, Nicola Tagliacozzi Canale et beaucoup d'autres, qui ont changé manière irrésistible le visage de la ville.
Les architectes étaient chargés de remanier les bâtiments existants et de créer des œuvres sur des parcelles de terrain qui n'étaient pas particulièrement étendues à l'intérieur des murs de la ville. Les œuvres devaient respecter certaines contraintes lors de la construction, de sorte que, dans les constructions de la Naples baroque, il est possible d'identifier une série de caractéristiques standards, en tout premier lieu en ce qui concerne les édifices religieux :
Les façades des églises ont presque toujours une forme rectiligne et, souvent, ne respectent pas l'orientation de la nef, les façades ne sont pas particulièrement aérienne pour lier les façades des bâtiments adjacents. Des lésènes sont présentes pour donner de la discontinuité et du rythme à la masse des murs et sont parfois accompagnées par des niches. Certaines églises possèdent des devantures plus complexes, comme des doubles façades. Les schémas privilégiés comportent un plan central inscrit dans un carré afin de ne pas prendre d'espace pour la construction d'autres bâtiments. Cependant, bien souvent, les plans sont en croix latine et en moindre mesure en croix grecques ou elliptiques. Au , on peut observer la présence de formes plus libres et inhabituelles, telle que l'église de l'Immaculée-Conception-de-Montecalvario, où la croix grecque est inscrite dans un octogone pour former un déambulatoire qui relie les différentes chapelles à l'entrée et l'abside. En raison des irrégularités du sol, les églises sont construites sur des terre-pleins artificiels, précédés de marches d’escalier. Les bâtiments sont construits autour d'une cour au fond de laquelle se développe un escalier ouvert à double rampe Pour obtenir des clairs-obscurs, on utilise des marbres, du piperno et parfois du tuf. Les portails des édifices sont en marbre, en piperno ou en un mélange des deux.
Histoire et évolution du style Première phase vignette|Église San Giorgio dei Genovesi. La première phase du baroque napolitain commence au avec des plans d'urbanisation à l'initiative de Pierre de Tolède, qui est le premier à prendre en compte une expansion raisonnée de la ville. Dans la seconde moitié du siècle au , les « quartiers espagnols » et des faubourgs extérieurs aux murs de la capitale du royaume (comme ceux de Vergini et de Sant'Antonio Abate) sont construits, tandis que d'autres pôles urbains se développent sur les pentes du Vomero comme des agrégats de la ville.
La réalisation la plus importante du est le projet de Ferdinand Manlio et de Giovanni Benincasa pour la Via Toledo, à côté de laquelle le vice-roi a décidé de construire, le long des pentes de la colline du Vomero, les quartiers militaires espagnols, et du côté opposé, les résidences de la noblesse locale. Le projet, en partie négligé, prévoyait une idée unitaire tout le long de la rue, avec la construction de blocs continus de bâtiments. Pendant ce temps, Pierre de Tolède (Don Pedro) et d'autres vice-rois commencent une lente transformation des faubourgs en quartiers de la ville.
Cette phase se subdivise en deux grandes périodes, allant respectivement de 1582 à 1613 et de 1613 à 1626. La première peut être considérée comme une phase de prémisses, toujours caractérisée par des édifices de style maniériste romain. L'artiste le plus important au tournant du siècle est le tessinois Domenico Fontana, auteur du palais royal et du Complexe de Gèsu e Maria, et qui meurt à Naples en 1627. Notable aussi est l'œuvre de Giovan Battista Cavagna qui travaille à plusieurs reprises dans la capitale du royaume en s'inspirant des canons classiques et de Vignole. Au contraire, dans la seconde période, les ouvriers et les architectes napolitains acquièrent une plus grande autonomie du point de vue de la conception. Cette période se termine avec l'arrivée du sculpteur lombard, naturalisé napolitain (à l'époque, ils dépendaient de la même Couronne), Cosimo Fanzago. Dans la même période, est également actif Giovan Giacomo di Conforto, qui réalise diverses restaurations et participe à de grands chantiers dans la ville et qui jusqu'en 1626 est superviseur de la construction de la chartreuse San Martino, avant d'être remplacé par Fanzago. Deux autres personnalités importantes sont Giulio Cesare Fontana, frère de Domenico Fontana, et son collaborateur Bartolomeo Picchiatti, devenu autonome après la mort de Fontana et auteur d'importants édifices religieux comme l'église Santa Maria della Stella et l'église San Giorgio dei Genovesi.
En outre, il faut prendre en considération les ordres monastiques et les congrégations religieuses qui bâtissent, à l'intérieur et à l'extérieur des murs, plusieurs complexes religieux. La Contre-Réforme a une influence considérable sur la ville, de sorte que les autorités doivent fournir des terrains à bâtir pour les congrégations ou les ordres les plus importants : l'une des premières constructions est le Complesso di Gesù e Maria, l'église du Gesù Nuovo et la basilique Santa Maria della Sanità (ces dernières ont été construites respectivement par les jésuites et les dominicains).
Par la suite, les ordres monastiques et les congrégations enseignantes ou hospitalières construisent d'autres ensembles, comme la chartreuse San Martino, la basilique San Paolo Maggiore et l'église des Girolamini, dont la construction a duré longtemps, avec la participation de nombreux architectes. En fait, la construction ex nihilo de la chartreuse San Martino prend plus de cent ans; la première intervention est de Dosio et est située entre 1589 et 1609, et la dernière action du projet de rénovation remonte au milieu du avec Nicola Tagliacozzi Canale. La construction de la basilique San Paolo Maggiore, confiée aux clercs réguliers théatins, voit par contre la succession rapide de Giovan Battista Cavagna et Giovan Giacomo di Conforto, mais l'intérieur de l'édifice est entièrement rénové à la fin du et au début du . Enfin, l'église des Girolamini (des Oratoriens) est conçue à la fin du par Giovanni Antonio Dosio et continuée par Dionisio Nencioni di Bartolomeo qui termine la structure, sauf le dôme, édifié par Dionisio Lazzari au milieu du siècle suivant. 220px|gauche|vignette|Intérieur de l'église du Gesù Nuovo Les ordres monastiques et les congrégations n'étaient pas étrangers au changement culturel de l'époque, et se sont également intéressés aux réalisations architecturales de leurs couvents. Par conséquent, à partir de là commence une longue liste d'architectes qui entrent dans un ordre religieux ou une congrégation enseignante ou hospitalière et qui exercent leurs activités au sein de leur ordre ou pour d'autres. Ces architectes de référence sont notamment les jésuites Giuseppe Valeriano et Pietro Provedi, le dominicain Giuseppe Nuvolo, le théatin Francesco Grimaldi, le barnabite Giovanni Ambrogio Mazenta, Agatio Stoia (qui présente un projet pour l'église San Ferdinando - placée à l'origine sous le vocable de saint François Xavier - de sorte que l'on peut déduire qu'il s'agit d'un jésuite) et, enfin, le père Giovanni Vincenzo Casali.
Les solutions de la planimétrie des édifices sacrés restent fidèles au schéma avec une disposition centrale, pouvant être inscrite dans un carré, avec transept et abside rectangulaire. La basilique San Paolo Maggiore qui a des nefs latérales et une abside semi-circulaire, l'église du Gesù Nuovo, typiquement basilicale à trois nefs et l'église des Girolamini, également divisée en trois nefs, sont trois exceptions.