vignette|upright=1.7|Selon le Rapport planète vivante 2022 de WWF, l'indice planète vivante affiche un déclin de 69 % des populations mondiales de vertébrés entre 1970 et 2018. L'indice planète vivante (IPV, en anglais living planet index ou LPI) est un indicateur d'état de la biodiversité, utilisé pour l'évaluation environnementale, en particulier par l'ONU.
C'est un indice composite Buckland, S. T., Magurran, A. E., Green, R. E., and Fewster, R. M. 2005. Monitoring change in biodiversity through composite indices. Philosophical Transactions of the Royal Society of London B 360:243-254. construit sur les tendances observées chez un grand nombre de populations d'espèces de vertébrés du monde entier (les vertébrés sont parmi les mieux connus des taxons animaux Collen, B., Loh, J., McRae, L., Holbrook, S., Amin, R., & Baillie JEM, Monitoring change in vertebrate abundance: the Living Planet Index. Conservation Biology) ; il vise à mesurer les changements temporels d'état de la biodiversité dans le monde Ben Collen & al, Monitoring change in vertebrate abundance: the Living Planet Index ; Conservation Biology ; Vol.23, Chap2, pp 317–327, avril 2009, en ligne 2008-11-18 ; DOI: 10.1111/j.1523-1739.2008.01117.x (résumé). Il consiste dans la moyenne des taux de décroissance de la population de nombreuses espèces de vertébrés témoin, par rapport à celle de l'année 1970.
Il est typiquement utilisé dans les approches évaluatives de l'environnement basées sur le « modèle état-pression-réponse ». Pour les scientifiques qui l'utilisent et qui l'ont évalué, c'est un indicateur fiable pour les vertébrés, et qui a une bonne représentativité car couvrant un large spectre d'espèces, dont beaucoup peuvent être considérées comme biointégratrice ou bioindicatrice de l'état écologique de leur habitat, mais il peut sous-estimer une partie de la perte de la biodiversité et sa gravité Matt Walpole1 & al., Policy Forum Ecology Tracking Progress Toward the 2010 Biodiversity Target and Beyond, Science, 18 Septembre 2009, Vol. 325 no. 5947 pp. 1503-1504 DOI: 10.1126/science.1175466 (résumé).
Traduisant aussi les pressions anthropiques exercées sur les milieux et habitats naturels, il fait partie des indicateurs qui ont permis de confirmer la gravité et l'accélération du déclin global de la biodiversité « Global Biodiversity: Indicators of Recent Declines », Science, 28 mai 2010: 1164-1168.
Selon le Rapport planète vivante de WWF en 2018, le déclin de l'IPV entre 1970 et 2014 est estimé à 60 %Rapport planète vivante 2018, p. 18., ce qui ne veut pas forcément dire que 60% des vertébrés ont disparu mais que la moyenne des décroissances des populations de vertébrés est de 60%, cette moyenne étant non pondérée par la taille des populations.
Néanmoins, une étude scientifique publiée en 2024 constate que le calcul de l'IPV est biaisé par plusieurs problèmes mathématiques et surestime les déclins de population.
Utilité Cet indice est pour le grand public, les scientifiques et les décideurs politiques une source synthétique d'informations périodiquement actualisée sur l'efficacité (ou la non-efficacité) des mesures prises en matière de protection de la biodiversité, ou d'agriculture ou urbanisme se voulant plus respectueux de l'environnement.
Il permet de quantifier et de comparer les variations d'abondance des vertébrés à l'échelle d'un pays, continent, biome ou de la planète.
Il fournit aussi d'utiles informations sur les types d'habitats et écosystèmes les plus menacés ou dégradés ou sur les vitesses de déclin.
Cette information est complémentaire de celles fournies par les calculs de l'empreinte écologique de l'Humanité sur la planète et sa capacité bioproductive, pour guider les actions visant à traiter la perte de biodiversité.
Histoire et acteurs L'indice Planète Vivante a été initialement développé en 1997 par le WWF, en collaboration avec les services et bases de données de l'UNEP-WCMCPNUE-WCMC (UNEP World Conservation Monitoring Centre ), via la base de données des espèces du PNUE-WCMC (nomenclature, distribution, données juridiques... pour la conservation des espèces dans le monde entier). (ONG basée au Royaume-Uni), dans un esprit d'évaluation environnementale, d'évaluation de la biodiversité et d'évaluation des politiques développées par le Programme des Nations unies pour l'environnement.
L'UNEP-WCMC a ainsi recueilli de nombreuses données nécessaires au calcul de l'indice durant les premières années du projet.
Le World Wide Fund for Nature (WWF) continue à collaborer avec l'Institut de zoologie (Ioz) et le Département Recherche de la Zoological Society of London (ZSL) pour assurer la continuité du projet.
Les résultats sont présentés au public et décideurs tous les deux ans, dans un document intitulé « Rapport Planète Vivante du WWF ». Ils sont mis à disposition de tous sur Internet et utilisés par diverses publications dont par exemple le Millennium Ecosystem AssessmentUnited Nations, Millennium Development Goals Indicators (ONU), Content=Indicators/OfficialList.htm Liste officielle des indicateurs, 2008). et les évaluations faites par l'ONU sur l'état de l'environnement mondial.
Des rapports nationaux (ex CanadaMcRae, L., Loh, J., Collen, B., Holbrook, S., Amin, R., Latham, J., Tranquilli, S. and Baillie, J. (2007) Living Planet Index. Canadian Living Planet Report 2007 (ed. S. Mitchell and A. Peller), WWF-Canada, Toronto, Canada., OugandaPomeroy, D., Lutaaya, B., and Tushabe, H. (2006) State of Uganda’s Biodiversity 2006. National Biodiversity Databank and Makerere University Institute of Environment and Natural Resources, Kampala, Uganda....) et régionaux commencent aussi à utiliser cet indice à plus petite échelle géographique. La Banque mondiale s'est intéressé à cet indiceJenkins, M, Kapos, V., Loh, J. (2004) Rising to the Biodiversity Challenge: The role of species population trend indices like the Living Planet Index in tracking progress towards global and national biodiversity targets. World Bank; Washington, DC.
Résultats Deux méthodes différentes de calcul ont été testées. Elles ont donné des résultats très similaires : les populations d'espèces terrestres ont diminué en moyenne de 25 % de 1970 à 2000. ce déclin s'est encore accru depuis : de 1970 à 2012, l'indice a chuté de 58 %Loïc Chauveau, « 58% des vertébrés effacés de la surface du globe depuis 1970 », Science et Avenir, lire en ligne. l'indice montre que cette tendance est mondiale. Ceci suggère que nous sommes en train de dégrader les écosystèmes naturels à un rythme jamais atteint dans l'histoire humaine (situation de crise écologique, la crise de la biodiversité étant par ailleurs exacerbée par la crise climatique, avec - si ces tendances devaient se poursuivre - un risque croissant de collapsus écologique à échelle planétaire).
Calcul La base de données Planète Vivante (Living Planet Database, ou LPD) est mise à jour et entretenue par la ZSL ; Fin 2004, la base de données utilisée pour le calcul de l'indice contenait environ séries chronologiques concernant les populations de plus de espèces. Elle a plus que doublé en 6 ans, avec en 2010 plus de données de tendances et dynamiques de populations mesurées pour plus de espèces de poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères.
En 2019, l'indice est calculé à partir des statistiques portant sur populations animales de espèces de vertébrés, soit 6 % du nombre des espèces de vertébrés<ref name="s&v">Science et Vie, n° 1216, Janvier 2019, p. 43 : Non, 60% des animaux n'ont pas disparu</ref>.
L'indice est calculé ainsi : pour chacune des populations, la population de l'année 1970 est prise en référence, et on calcule son taux de décroissance, ou de croissance, par rapport à cette référence à une année donnée. L'indice est la moyenne géométrique de ces taux, non pondérée en fonction de la taille des populations.
L'indice mondial est calculé sur une base très large (données agrégées provenant du suivi de séries chronologiques pour plus de de ces tendances, via des séries chronologiques recueillies à partir de diverses sources telles que des revues, bases de données en ligne et rapports gouvernementaux.
Ces tendances par espèces sont regroupées (agrégées) pour produire trois indices spécifiques (terrestre, marin et d'eau douce). Ces 3 indices sont ensuite agrégés pour produire un indice général.
Il y a cependant peu de différence dans la prise en compte et la représentation entre les espèces menacées et non-menacéesJonathan Loh & al. The Living Planet Index: using species population time series to track trends in biodiversity ; doi: 10.1098/rstb.2004.1584 Phil. Trans. R. Soc. B ; 2005-02-28 ; vol.360, N°1454 289-295 (résumé).
Indice et Convention de Rio sur la diversité biologique En avril 2002, 188 nations s'étaient engagées, sous l'égide de l'ONU, à mettre en œuvre la Convention sur la diversité biologique (CDB). Elles devaient notamment «... réaliser, avant 2010, une réduction significative du rythme actuel de perte de diversité biologique aux niveaux mondial, régional et au niveau national... ». L' Indice Planète Vivante est l'un des indicateurs utilisés par l'ONU et le secrétariat de la CDB comme un moyen de mesurer les progrès vers l'objectif de 2010. Les scientifiques du ZSL sont les garants de l'utilisation des méthodes de calcul les plus rigoureuses et robustes.
Limites actuelles de l'indice Planète vivante À la fin des années 2000, selon les études scientifiques disponibles, il ne semble pas y avoir de risque de biais en faveur des espèces protégées lors du calcul de l'indice tel qu'il est pratiqué, mais : Les données ornithologiques sont encore prédominantes. Or, les oiseaux sont volants et souvent très mobiles. Ils sont donc probablement bien moins touchés par la fragmentation écologique que certains invertébrés peu mobiles. Et l'indice n'est fondé que sur 6% des espèces de vertébrés. De plus, la couverture des données de démographie des populations n'est pas encore homogène non plus. Les espèces des régions tempérées sont surreprésentées par rapport aux espèces des régions tropicales (où le suivi scientifique est moins important, proportionnellement aux territoires et au nombre d'espèces à suivre). L'indice a du mal à représenter des situations très contrastées. En 2019, la moitié des espèces sont stables ou augmentent légèrement, tandis que l'autre moitié est en très forte diminution. L'indice peut laisser croire que 60% des vertébrés ont disparu, et est souvent interprété ainsi, mais ce n'est pas ce que dit l'indice. L'indice est une moyenne de taux de décroissance de populations de tailles très diverses, et non un taux de décroissance de la population totale des vertébrés. Par exemple, si on calcule l'IPV d'une population de 5000 lions et 100 rhinocéros, qui décroissent respectivement de 30% et 90%, l'indice calculera une décroissance "moyenne" de 74%Il reste respectivement 70% et 10% des populations initiales, soit en moyenne géométrique .L'indice décroît donc de 100%-26%=74%, mais la population totale de ces animaux a diminué, elle, de 30%. Le mode de calcul de l'IPV peut aboutir à une atténuation ou à une accentuation de l'évaluation de la décroissance des populations, il est impossible de le savoir à partir de ce seul indicateur.