La du Québec est formée à la suite des élections générales québécoises de 1948, tenues le . L'Union nationale, dirigée par Maurice Duplessis, remporte 82 sièges sur 92 avec des voix, infligeant au Parti libéral du Québec d'Adélard Godbout sa pire défaite depuis 1936, le chef libéral perdant lui-même son siège dans L'Islet.

Cette législature, qui couvre les années 1949 à 1952, marque l'apogée du régime duplessiste. Elle est dominée par la défense intransigeante de l'autonomie provinciale dans le contexte des conférences fédérales-provinciales de 1950, la répression de la grève de l'amiante (1949), la démission forcée de Joseph Charbonneau comme archevêque de Montréal (1950), l'adoption par voie législative du drapeau fleurdelisé (1950) et l'effondrement du pont Duplessis à Trois-Rivières (1951). Elle prend fin par la dissolution prononcée le ; aux élections du , l'Union nationale est reconduite avec 68 sièges.

Contexte politique Élection de 1948 vignette|gauche|Le maire de Montréal Camillien Houde et Maurice Duplessis en 1948; Houde apporte son appui à l'Union nationale durant la campagne. La campagne électorale de 1948 se déroule sous le thème de l'autonomie provinciale, comme en 1944. La caisse électorale unioniste est pleine et le parti déploie un slogan central qui cristallise l'opinion en sa faveur : . L'Union nationale obtient même l'appui de journaux habituellement critiques comme Le Devoir, le ralliement de certains anciens députés du Bloc populaire canadien, du député indépendant René Chaloult et du maire de Montréal Camillien Houde. Du côté libéral, une déclaration maladroite du nouveau chef fédéral Louis Saint-Laurent sur la primauté fiscale fédérale est utilisée par Duplessis pour marteler à Godbout son allégeance à Ottawa...

Le scrutin du produit un unioniste : l'Union nationale recueille des voix contre pour le Parti libéral, et balaie des sièges. Godbout est défait à L'Islet par l'unioniste Fernand Lizotte, avec une marge de 40 voix. Le caucus libéral, réduit à huit députés, désigne George Carlyle Marler comme chef intérimaire le .

Composition de la Chambre À l'ouverture de la , le , l'Assemblée législative comprend 82 députés unionistes, 8 libéraux et 2 indépendants (René Chaloult dans Québec-Comté et Frank Hanley dans Montréal-Sainte-Anne), pour un total de 92 sièges. Hanley et Chaloult appuient pratiquement tous les projets de loi du gouvernement.

Alexandre Taché est réélu président de l'Assemblée pour une cinquième année consécutive, et Maurice Tellier, député unioniste de Montcalm, est confirmé comme vice-président..

Au Conseil législatif, la répartition des 24 sièges demeure défavorable au gouvernement : 7 conseillers unionistes contre 17 libéraux. Cette inversion sera la source de plusieurs accrocs entre les deux Chambres au cours de la législature..

Reconstruction du Parti libéral Adélard Godbout, défait dans L'Islet, est nommé au Sénat dès le mois de et démissionne de la direction du Parti libéral du Québec. Le , Georges-Émile Lapalme, avocat de Joliette et ancien député fédéral, est élu chef du parti. Refusant l'offre de Duplessis d'être élu sans opposition dans une circonscription libérale, il préfère se consacrer à la reconstruction de son organisation et à la rédaction d'un nouveau programme axé sur la justice sociale. Marler conserve les fonctions de chef parlementaire en attendant les élections générales..

Sessions parlementaires Première session (janvier-mars 1949) La se déroule du au , dans un contexte d'agitation sociale marqué par la grève illégale des enseignants de l'Alliance des professeurs catholiques de Montréal (17 janvier), le retrait par le ministre Antonio Barrette du projet de Code du travail (bill 5) devant la mobilisation syndicale (9 février) et le déclenchement de la grève de l'amiante à Asbestos et Thetford Mines (13 février), qui touche près de mineurs affiliés à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada. Sur les 151 projets de loi présentés, 141 sont sanctionnés; le trésorier Onésime Gagnon présente le 24 février un budget axé sur l'autonomie provinciale et Duplessis fait adopter quatre lois renforçant la juridiction des cours provinciales (bills 14, 21, 37 et 59), dont la création de la Cour de révision.

Deuxième session (février-avril 1950) La se déroule du au , retardée par la conférence fédérale-provinciale de janvier 1950; le discours du trône est prononcé par le juge en chef Antonin Galipeault en raison de la maladie du lieutenant-gouverneur Eugène Fiset. La session est dominée par le départ forcé de Joseph Charbonneau comme archevêque de Montréal en , auquel succède Paul-Émile Léger le , par l'adoption de la loi instituant les cours de bien-être social pour la délinquance juvénile et la loi créant les en remplacement des écoles de réforme, ainsi que par deux mesures symboliques : le bill 6 francise Spencer Wood en Bois-de-Coulonge et le bill 7 confirme par législation l'adoption du drapeau fleurdelisé.

Troisième session (novembre 1950 - mars 1951) La , ouverte par le nouveau lieutenant-gouverneur Gaspard Fauteux le , est convoquée en urgence pour répondre aux conséquences des grands incendies de Rimouski (, 359 résidences détruites) et de Cabano (crédit d'un million de dollars voté pour la reconstruction), avant d'être ajournée le 16 novembre pour permettre à Duplessis d'achever la conférence fédérale-provinciale à Ottawa ( au ). Reprise en , elle est assombrie par deux tragédies, le crash d'un DC-4 ramenant 51 pèlerins québécois contre le mont Obiou () et l'effondrement de quatre travées du pont Duplessis sur la rivière Saint-Maurice (, quatre victimes), et voit l'adoption du bill 22 créant la Régie des loyers et du bill 71 reconnaissant le décès des victimes du mont Obiou; prorogation le .

Quatrième session (novembre 1951 - janvier 1952) La se déroule du au , dans un climat préélectoral et sous le signe de l'anticommunisme de la guerre froide, peu après la visite à Québec de la princesse Élisabeth et du duc d'Édimbourg ( et ). Onésime Gagnon présente le un budget de plus de de dollars avec un surplus global, la Voirie accaparant des dépenses et la dette nette de de dollars demeurant la plus faible par habitant au Canada; le gouvernement donne suite à une entente avec Ottawa étendant la couverture des pensions de vieillesse aux personnes de 65 à 69 ans (bill 26) et fait adopter plusieurs lois en matière de relations ouvrières, dont l'allongement à trois ans de la durée statutaire des conventions collectives..

Grève de l'amiante (1949)

vignette|Intervention de la police provinciale contre les grévistes lors de la grève de l'amiante à Asbestos, en 1949. Déclenchée le sans passer par l'arbitrage prévu par la loi, la grève de l'amiante touche les mineurs de la Canadian Johns-Manville à Asbestos et ceux de Thetford Mines. Près de ouvriers, affiliés à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, revendiquent l'élimination de la poussière d'amiante, des augmentations de salaire, la création d'un fonds de sécurité sociale et le tarif horaire double pour les heures de dimanche et de jours fériés..

Duplessis déclare la grève illégale, ce qui permet l'embauche de briseurs de grève par la partie patronale. Le , la police provinciale réprime brutalement les grévistes à Asbestos, ce que Le Devoir relate sous la manchette .. L'archevêque de Montréal Joseph Charbonneau prononce un sermon en appui aux familles éprouvées et autorise une quête dominicale dans toutes les paroisses du diocèse. Le conflit prend fin par la médiation de l'archevêque de Québec Maurice Roy le , sur la base d'une augmentation de 10 cents l'heure et de la reconnaissance syndicale.

vignette|gauche| Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, dont l'appui aux grévistes de l'amiante précède sa démission forcée en . L'engagement de Charbonneau auprès des grévistes lui vaudra d'être démis de ses fonctions en , à la suite d'interventions de Duplessis et de plusieurs évêques québécois auprès de Rome. Des travaux d'archives plus récents nuancent toutefois cette lecture : l'historienne Denise Robillard attribue cette destitution, ordonnée par Pie XII, à des conflits internes à l'Église plutôt qu'à une intervention de Duplessis...

Adoption législative du fleurdelisé (1950)

vignette|Le drapeau fleurdelisé, confirmé comme emblème officiel du Québec par le bill 7 adopté à l'unanimité en 1950. Après son adoption par arrêté en conseil le , le drapeau fleurdelisé est confirmé par législation lors de la . Le bill 7 est adopté à l'unanimité par l'Assemblée législative, donnant au drapeau le statut d'emblème officiel du Québec...

Catastrophes Tragédie du mont Obiou (novembre 1950) Le , un DC-4 de la Canadian Pacific Air Lines ramenant crash d'un DC-4 ramenant 51 pèlerins québécois contre le mont Obiou dans les Alpes françaises. Aucun passager ne survit. La nouvelle frappe directement 600 familles du Québec; l'archevêque de Québec Maurice Roy et le ministre Camille Pouliot, alors en Europe, se rendent sur les lieux du drame. Le drapeau fleurdelisé est mis en berne sur la tour du parlement. Une loi spéciale (bill 71) sera adoptée en pour reconnaître légalement les décès et permettre les successions et le versement des primes d'assurance-vie..

Effondrement du pont Duplessis (janvier 1951) vignette|gauche|Les travées effondrées du pont Duplessis sur la rivière Saint-Maurice, le . Inauguré par Duplessis lui-même le , le pont Duplessis sur la rivière Saint-Maurice à Trois-Rivières est présenté par le premier ministre comme . Une fissure est constatée à l'hiver 1950 et le ministre de la Voirie Antonio Talbot déclare encore en le pont . Pourtant, au matin du , quatre travées du pont s'écroulent dans la rivière et font quatre victimes.

Avisé dans ses appartements du Château Frontenac, Duplessis annonce la nouvelle à la Chambre quelques heures plus tard et avance d'abord l'hypothèse d'un sabotage communiste : . L'enquête démontrera plutôt des vices dans la construction et dans le choix des matériaux. Le ministre fédéral C. D. Howe offre un pont flottant temporaire pour rétablir la circulation..

Régie des loyers et crise du logement La crise du logement de l'après-guerre frappe particulièrement Montréal, où les taudis sont nombreux. Le , Duplessis dépose le bill 22 créant la Régie des loyers du Québec. Après que la Cour suprême du Canada eut confirmé en 1950 la compétence provinciale en matière de baux locatifs, le Québec entend remplacer la régie fédérale et marquer définitivement son autorité juridique sur ce dossier. La même session voit l'adoption du bill 15 sur la construction de maisons d'habitation et du bill 17 prolongeant la commission d'enquête sur le logement présidée par Joseph Gingras.

Affaire Roncarelli

Le , le juge Gordon Cecil MacKinnon de la Cour supérieure du Québec accueille la poursuite en dommages-intérêts de Frank Roncarelli, propriétaire d'un restaurant de la rue Crescent à Montréal qui avait perdu son permis d'alcool à la suite des instructions du premier ministre et procureur général Duplessis, données en représailles à son cautionnement de Témoins de Jéhovah. Duplessis est condamné personnellement à verser ; la décision sera portée en appel par les deux parties et donnera lieu, en 1959, à l'arrêt fondamental Roncarelli c. Duplessis de la Cour suprême du Canada..

Autonomie provinciale et conférences fédérales-provinciales La défense de l'autonomie provinciale demeure le thème central de la 23 législature. La conférence fédérale-provinciale convoquée par Louis Saint-Laurent à Ottawa s'étale en trois temps en 1950 (janvier, septembre, décembre) et porte exclusivement sur la Constitution, notamment sur la définition d'une formule d'amendement et sur le partage des champs fiscaux. La délégation québécoise menée par Duplessis exige la disparition du droit de désaveu et l'abrogation des amendements fédéraux de 1949.