thumb|upright|Sarcophage de la princesse Bălașa Cantacuzène fille de Șerban et épouse de Grigore Vlasto, au Musée national d'histoire de Roumanie. thumb|upright|Le blason de Bucarest en 1868 (devise : « La patrie et mon droit »)

Lhistoire de Bucarest va des premières traces d'occupation humaine sur le territoire de la ville (et du județ d'Ilfov qui l'entoure) jusqu'à la période moderne. Après avoir été capitale de la Valachie à partir de 1655, la ville est depuis 1859 capitale de la Roumanie. Son aspect général est éclectique : des séismes, incendies et invasions à répétition ont plusieurs fois détruit la ville, des plans d'ensemble ont parfois été élaborés et plusieurs ont été commencés au sous le règne du voïvode Mircea V Ciobanul, au , dans la période de l'entre-deux guerres et sous le régime communiste, mais en raison des vicissitudes historiques aucun n'a été mené à son terme, et les architectes ne tiennent en général compte que de leurs propres idées ou commandes, pas du paysage urbain ni des styles ou des monuments présents alentour (beaucoup ont été démantelés ou déplacés).

Antiquité 200px|thumb|Objets de la Culture Tei

Durant l'Antiquité, la majorité du territoire de Bucarest et de l'Ilfov étaient recouverts par une forêt plus tard appelée Codru Vlăsiei. Codru, la forêt en roumain, vient du latin quadratus (parcelle), et Vlăsiei vient de la dénomination médiévale slavonne des roumains : « Vlasi ». Les clairières de cette région forestière abritée des rigueurs du climat continental et arrosée par la Colentina et de la Dâmbovița, ont été habitées de manière sédentaire depuis le Paléolithique, alors que les plaines ouvertes alentour furent longtemps le domaine de peuples migrateurs. Pendant le Néolithique, la région atteste la présence de la culture de Glina en lien avec la culture de Gumelnița-Kodjadermen-KaranovoGiurescu, ; Morintz et Rosetti, .

Pendant l'âge du bronze, une troisième phase de la Culture de Glina (dont l'activité principale est le pastoralisme) et, plus tard, de la Culture de Tei se sont manifestées sur le sol de BucarestGiurescu, ; Morintz and Rosetti, .

À l'âge du fer, Les Grecs antiques identifient la population de la zone par le nom de Gètes (ou Daces pour les Romains), étant entendu à l'époque qu'ils faisaient partie des Thraces. Ces populations parlaient des langues indo-européennes, mais il existe entre spécialistes des discussions pour savoir s'il s'agit d'un seul peuple et langue ou de plusieursvoir Giurescu, . Quoi qu'il en soit, il est généralement admis d'attribuer cette phase culturelle aux Daces, tant il a été retrouvé de vestiges de ce peuple dans les alentours de Bucarest, notamment à Herăstrău, à la Radu Vodă, à , au lac Tei, à Pantelimon et à Popești-Leordeni)Giurescu, ; Morintz et Rosetti, . Par ailleurs la présence de Celtes (les Scordices ) est également attestée sur certains de ces sites.

Ces populations ont des liens commerciaux avec des cités grecques du Pont Euxin et avec les Romains. Des pièces grecques ont été retrouvées sur les berges des lacs Tei et Herăstrău, des bijoux et des pièces d'origines romaines à Giulești et au Lacul TeiGiurescu, ; Morintz et Rosetti, .

Bucarest n'a cependant été sous l'emprise de la loi romaine que pendant la brève conquête de la Munténie par les troupes de Constantin dans les années 330 ; des pièces de l'époque de Constantin, Valens, et Valentinien Ier ont notamment été découvertes à différents endroits autour de BucarestGiurescu, ; Morintz et Rosetti, . Il est admis que la population locale n’a été romanisée qu'après la retraite définitive des troupes romaines de la région, pendant l’époque des migrations, durant l’Antiquité tardive, lorsque les troubles de cette période ont dispersé les Thraco-Romains dont la langue est devenue « lingua franca » dans la région (voir Origine des roumanophones).

Débuts Fondation thumb|Curtea Veche, la Vieille Cour princière À l’époque des grandes migrations, la région a vu passer les Gépides, les Huns, les Goths, les Onoghoures, les Slaves, les Avars, les Petchénègues, les Alains et les Coumans (qui se sont christianisés et ont intégré l’aristocratie locale de bans, de boyards, de joupans et de voïvodes). Parmi les Valachies à majorité proto-roumaine dont témoignent les noms comme Vlăsia ou Vlașca, les Slaves ont fondé, dans la région de Bucarest, des Sklavinies, dont proviennent les noms slaves d’Ilfov (d’elha: l’« Aulne »), Colentina, Snagov, Glina ou ChiajnaGiurescu, . La population slave a été assimilée par les romanophones au début du Moyen ÂgeGiurescu, , à l’époque du premier Empire bulgare qui domina la région entre 681 et 1241Васил Н. Златарски, История на българската държава през средните векове, Част I, II изд., Наука и изкуство, София 1970, . Pendant ce temps, des liens, notamment religieux, ont été maintenus avec l’Empire byzantin (attesté par la présence de pièces de monnaie byzantines des s à différents endroits)Giurescu, ; Morintz et Rosetti, , mais la région est pillée par les Mongols et Tatars pendant leur invasion en Europe de 1241Giurescu, . Après leur retrait, qui laisse les seigneuries locales exsangues, la Valachie est partagée entre plusieurs petits voévodats (le plus influent dans la région de Bucarest est celui de Curtea de Argeș) qui changent plusieurs fois de vassalité entre les royaumes Hongrois et Bulgaro-ValaqueGiurescu, ; Morintz et Rosetti, . thumb|Bucarest comme étape sur les chemins traditionnels de transhumance des Valaques. Selon une première légende attestée au Giurescu, ; Ionaşcu et Zirra, , la ville aurait été fondée par un berger du nom de Bucur (qui signifie joyeux en roumain) comme étape sur son chemin de transhumance entre les Carpates et la Mer Noire. De fait, en Roumanie, beaucoup de toponymes en …eni ou …ești sont le pluriel des patronymes en …eanu ou …escu et rappellent l’allégeance des personnes concernées à un fondateur (marchand, fermier libre, boyard, voïvode ou hospodar) : ainsi, București peut parfaitement être le pluriel de Bucurescu, patronyme rappelant l’allégeance à un quelconque Bucur (équivalent roumain de Hilaire) ; il est seulement peu vraisemblable qu’il s’agisse d’un simple berger, et plus probable qu’il s’agisse d’un important propriétaire de troupeaux, la ville avec ses lacs étant une étape et un marché sur les chemins de transhumance entre les Carpates (estive) et le Danube (hivernage).

Comme pour la plupart des vieilles villes de Munténie, il existe également des récits liés au légendaire prince de prince de Valachie Radu Basarab (dans des histoires écrites dans le )Giurescu, . Bucarest est alors décrite comme Citadelle de la Dâmbovița ayant un pârcălab mentionné par Vladislav Ier de Valachie (en 1370)Giurescu, , 47; Ionaşcu et Zirra, en contradiction avec les études archéologiques, qui montrent que la région ne comptait que des hameaux avant le Ionaşcu et Zirra, , 75.

Développement initial thumb|upright|Édit du prince de Valachie Radu le Beau depuis sa résidence à Bucarest Bucarest a été mentionnée pour la première fois le , en tant qu’une des résidences de Vlad dit l’EmpaleurGiurescu, ; Ionaşcu et Zirra, . Elle devient rapidement la résidence préférée de la Cour princière, les autres résidences étant Târgoviște, la seconde capitale de la Valachie et Curtea de Argeș (« la Cour de l’Argès »), première capitale. Bucarest est alors été reconnue par ses contemporains comme possédant la plus solide fortification du pays (probablement sur la butte de Spirea ou sur l’actuelle butte de la Patriarchie)Giurescu, .

En 1476, Bucarest est occupée par le prince Étienne le Grand de Moldavie, mais reste le lieu de résidence préféré de la majorité des dirigeants dans la période qui a suiviGiurescu, . La ville fait l’objet d’importants travaux d’amélioration sous Mircea V Ciobanul (« Mircea le Berger ») qui, au début du , fait construire un palais et une église dans la Curtea Veche (la « vieille Cour »), élever des fortifications en bois et terre, tracer des routes recouvertes de planches pour amener vivres et marchandises et bâtir un aqueduc pour l'eau fraîche (les puits de quartier ne suffisant plus, ou devenant non-potables en raison de la multiplication de la population et des fosses septiques)Giurescu, , 61; , 154-155.

Lors de l'attaque de l'Empire ottoman contre la principauté de Valachie en 1554, Bucarest est ravagée par les janissaires, et les remparts sont démantelés. Les violences reprennent après le retour de Mircea sur le trône et son combat contre les partisans de Pătrașcu cel Bun (« Pătrașcu le Bon », )Giurescu, , ainsi que pendant la guerre civile entre Vintilă et Alexandru II Mircea à la fin du Giurescu, , 63.

Croissance et déclin

Pour faire face aux exigences croissantes des Ottomans en matière de tribut (en échange du respect de l'autonomie de la Valachie, en tant que Principauté chrétienne) et à l'augmentation importante du commerce avec les Balkans, le centre politique et commercial de la Valachie se déplace vers le sud-est au , et Bucarest devient alors la cité la plus peuplée de la Principauté, et une des plus grandes dans la région ; la métropole orthodoxe de la Principauté s'y installeGiurescu, , 77. Mais cela s'accompagne du déclin de l'autorité princière et des ressources de l'État.

Le , à l'instigation de Michel le Brave, une jacquerie des Bucarestois se traduit par le pillage et l'expulsion des usuriers (en majorité Arméniens, Grecs, Juifs et Turcs, mais tous sujets Ottomans) qui drainaient les ressources de la Valachie vers Constantinople ; quelques-uns sont massacrés. Le Sultan turc réagit immédiatement : c'est la guerreGiurescu, , Bucarest est assiégée, prise et presque totalement détruite par les forces de Koca Sinan PachaGiurescu, ; Ionaşcu et Zirra, . La ville est reconstruite pendant les deux décennies suivantes, et refait surface en tant que pôle économique et politique comparable à Târgoviște sous Radu IX Mihnea (au début des années 1620)Giurescu, . Matthieu Basarab qui a divisé son pouvoir entre Târgovişte et Bucarest, restaure les bâtiments de la Cour en ruines (1640)Giurescu, ; Ionaşcu et Zirra, ; Rosetti, .

Bucarest subit de nouveaux ravages seulement plus tard, lors de la rébellion en 1655 des mercenaires (seimeni) arnaoutes contre le hospodar Constantin Ier Șerban Basarab. Les troupes rebelles arrêtent et massacrent un nombre important de bourgeois (marchands et artisans), avant d'être battues par l'armée transylvaine en Giurescu, . Constantin Șerban ajoute d'importants bâtiments à Bucarest, mais il est également responsable d'un incendie destructeur pour empêcher Mihnea III et ses alliés Ottomans de conserver intacte la citadelleGiurescu, . Selon le voyageur turc Evliya Çelebi, la ville est reconstruite aussi rapidement qu'elle a été détruite : Çelebi, in Giurescu, . Bucarest est en outre frappée par la famine et la peste bubonique au début des années 1660, et la peste revient en 1675Giurescu, , 79 : la ville décline alors fortement et compte moins d'habitants qu'au .

À la fin des années 1600