La principauté de Catalogne (en catalan : Principat de Catalunya, en latin : Principatus Cathaloniæ, en occitan : Principat de Catalonha, en castillan : Principado de Cataluña) était un État du bas Moyen Âge et de l'Époque moderne, sous l'autorité des Corts Catalanes (le Parlement), créé à partir du par l'union des comtés catalans dont le souverain est Alphonse II d'Aragon et de Barcelone. Même sans être formellement un royaume, la principauté était juridiquement et institutionnellement sur un pied d'égalité avec le reste des États qui composaient la couronne d'Aragon (en particulier les royaumes d'Aragon et de Valence), dont le seul lien commun était la figure du roi. Le prince (souverain) de la Catalogne avait la dignité de comte de Barcelone. Ses limites territoriales ont été établies à partir de la fin du et comprenaient initialement certains comtés avec leurs propres comtes jusqu'en 1491. Elle est organisée en vigueries. Sa langue est le catalan. Sa capitale est Barcelone, la Ciutat Vella avec ses propres droits fors et une représentation directe au Parlement, les autres villes importantes étant Perpignan, Gérone, Lleida, Manresa, Vic, Tarragone et Tortosa.

Déjà, en 1064, selon les usages de Barcelone, on parle de Raimond-Bérenger et d'Almodis de la Marche comme des principes du principatu, le principatu étant l'ensemble des comtés de Barcelone, Gérone et d'Osone Amalio Marichalar de Montesa, Cayetano Manrique : Historia de la legislación y recitaciones del derecho civil de España, 1863, volum 6, page 513. (Resumen des Corts catalanes 1064). Dans les Corts Catalanes de 1283 on utilise l'expression « université de Catalogne » pour se référer à l'ensemble des personnes qui habitent la principauté de Catalogne. Les comtés du Roussillon et Cerdagne ainsi que, occasionnellement, le royaume de Majorque sont considérés alors comme faisant partie de la principauté de Catalogne Fidal Fita Colomer: El Principado de Cataluña: Razón de ese nombre, Boletín de la Real Academia de la Historia, 1902Els Comtats Enciclopèdia Catalana cort general Enciclopèdia Catalana .

À la fin de la guerre de Succession d'Espagne, en 1716, le dernier des décrets de Nueva Planta du roi Philippe V de la maison de Bourbon marqua le début de la monarchie absolue et abolit le système institutionnel catalan. Les Catalans du sud perdirent leurs libertés nationales (voir Monarchie absolue des Bourbons en Espagne). Pourtant, dans ce décret, la principauté de Catalogne désignait encore l'ensemble des territoires cités ci-dessus, à l'exception des comtés de la province de Roussillon, offerts par Philippe IV d'Espagne à la France en 1659.

Actuellement on parle du Principat (principauté) comme synonyme de Catalogne.

Histoire

Origines Après l'effondrement de l'Empire romain d'Occident durant le , les Wisigoths occupent la majorité du territoire de l'Hispanie. Les Arabes conquièrent le royaume wisigothique en 711-718. Un gouverneur régional est nommé pour administrer la province et est devenu une partie d'al-Andalus, une province du Califat omeyyade.

Après la défaite des troupes d'Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi face aux Francs de Charles Martel, au Nord du duché d'Aquitaine en 732, ces derniers ont graduellement pris le contrôle des anciens territoires wisigothiques au nord des Pyrénées, capturés par les musulmans ou devenus alliés avec eux, dans ce qui est devenu la Catalogne française.

En 795, Charlemagne crée ce qui est connu par l'historiographie et certaines chroniques franques comme la marche d'Espagne (Marca Hispanica), une zone tampon au-delà de la province de Septimanie, composée de petits comtés séparés, administrés localement, qui servent de barrière défensive entre les Omeyyades d'Al-Andalus et l'empire carolingien.

Une culture catalane distinctive commence à se développer au Moyen Âge, à partir de plusieurs de ces petits comtés dans la partie la plus septentrionale de la Catalogne. Les comtes de Barcelone sont des vassaux Francs nommés par l'empereur carolingien, duquel ils sont feudataires (801-987). Au cours du , le comte de Barcelone Guifred le Velu rend son titre héréditaire et fonde la maison de Barcelone, qui régira la Catalogne jusqu'à la mort de Martin , son dernier membre, en 1410.

thumb|gauche|Comtés catalans du .|266x266px

En 988, le comte de Barcelone Borrell II ne reconnaît pas le roi franc Hugues Capet et sa nouvelle dynastie, ce qui le met effectivement hors de la règle franque. À partir de ce moment, les comtes de Barcelone s'appellent souvent princeps (prince), afin de montrer leur prééminence sur les autres comtes catalans.. Au début du , les comtés catalans souffrent d'un important processus de féodalisationBisson, Thomas Noël. Tormented voices. Power, crisis and humanity in rural Catalonia 1140–1200 (Harvard University Press, 1998). Pendant la régence de la comtesse Ermessende de Carcassonne (1017-1057), qui a reçu le gouvernement de Barcelone après la mort de son mari le comte Ramon Borrell, la désintégration du pouvoir central est évidenteAlbertí, Elisenda (2007). Dames, reines, abadesses, 18 personalitats femenines a la Catalunya medieval. Albertí Editor, .. La réponse de l'Église catholique à la violence féodale est l'établissement des sagreras autour des églises et le mouvement de Paix et Trêve de DieuHead, Thomas F.; Landes, Richard Allen (1992). The Peace of God: Social Violence and Religious Response in France Around the Year 1000. Cornell University Press. , venu d'Aquitaine, la première assemblée de Paix et Trêve fut présidée par l'abbé Oliba à Toulouges en 1027.

Le petit-fils d'Ermessende, le comte Raimond-Bérenger , aurait commencé, selon la tradition, la codification du droit catalan dans les Usatges écrits de Barcelone qui allaient devenir la première compilation complète du droit féodal en Europe occidentale. La codification légale fait partie des efforts du comte pour faire avancer et contrôler d'une manière ou d'une autre le processus de féodalisation.

Sous le comte Raimond-Bérenger III, le comté de Barcelone connaît une phase d'expansion territorialeViñamata, J.R. Julia (1992). La situazione politica nel Mediterraneo Occidentale all'epoca di Raimondo Berengario III: La spedizione a Maiorca del 1113-1115. 16: .. Elle comprend une croisade conjointe catalane et pisane contre la taïfa de Majorque (1114) et la conquête de Tarragone (1116), rétablissant dans la dernière le siège archiépiscopal de la ville (1119), dissous après la conquête musulmane. Cela signifie l'indépendance de l'Église catalane de l'évêché de NarbonneHistoire de l'Archidiocèse de Tarragone. Le Moyen Âge. Archidiocèse de Tarragone website..

Union dynastique. La couronne d'Aragon vignette|Pétronille d'Aragon et Raimond-Bérenger IV de Barcelone, selon l'interprétation de Filippo Ariosto (1586). En 1137, le comte de Barcelone Raimond-Bérenger IV épouse l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille. À ce moment naît la couronne d'Aragon qui développe un mode d'administration original, très décentralisé pour répondre aux fortes différences tant politiques qu'économiques et linguistiques des deux parties de la Couronne, le royaume d'Aragon et la principauté de Catalogne.

Son fils, Alphonse II, est le premier roi d'Aragon qui est également comte de Barcelone, titre dont tous les rois de la couronne d'Aragon hériteront. Sous le règne d'Alphonse, en 1173, la Catalogne est légalement délimitée pour la première fois, tandis que la première compilation des Usatges de Barcelone est réalisée dans le processus pour les transformer en loi de la Catalogne (Consuetudinem Cathalonie).

L'essor de la principauté En 1172, le dernier comte de Roussillon, Girard , meurt sans enfants en léguant son comté à Alphonse . Celui-ci complète ainsi l'entreprise d'unification des comtés catalans : à cette date ne subsistent que les comtés d'Empúries, de Pallars et d'Urgell hors du contrôle direct du roi. En 1175, le val d'Aran, qui dépendait du comté de Comminges depuis le , passe sous la protection du roi d'Aragon. En 1192, Alphonse reçoit un nouvel héritage, le comté de Pallars Jussà.

Les viguiers, nommés par le roi, sont chargés de faire appliquer les décisions prises par les clercs : il s'agit de l'apparition d'une administration locale catalane. entérine la rupture du lien de vassalité envers le roi de France pour le titre de comte de Barcelone. En 1180, il interdit lors des Corts de Tarragone de dater les actes des années du règne du roi de France.

Sous Pierre II, l'expansion des domaines catalans vers le sud, dans la lutte contre les musulmans se poursuit dans plusieurs villes, comme Mora de Rubielos (1198), Manzanera (1202), Rubielos de Mora (1203), Camarena (1205) ; en 1201, est fondé l'ordre militaire des chevaliers de Saint-Georges d'Alfama possessionné dans la région de Tortosa, afin qu'ils protègent les côtes catalanes des pirates musulmans ; en 1210, conquête des villes d 'El Cuervo, Castielfabib et Ademuz, au nord du taïfa de Valence.

La mort de Pierre à la bataille de Muret en 1213 va plonger le royaume d'Aragon dans la tourmente. La situation est désastreuse, le fils et seul héritier de Pierre, Jacques d'Aragon, n'a que 5 ans et est retenu captif par Simon de Montfort. Durant toute son enfance, la régence de la couronne d'Aragon est assurée par Sanche, grand-oncle du roi. Durant les quinze premières années de son règne, Jacques sera aux prises avec la noblesse aragonaise, qui parvient même à le faire prisonnier en 1224. Mais les accords d'Alcala du marquent le triomphe de la royauté sur la noblesse.

Depuis le début des années 1220, les marchands de Barcelone, Tarragone et Tortosa demandent de l'aide au roi d'Aragon pour qu'il mette fin à la menace des pirates musulmans majorquins, en réalité au service du pouvoir almohade. Le roi et ses corts s'associent pour financer l'essentiel de la flotte et la troupe de débarquement vers Majorque, les villes terrestres participantes s'engagent à prêter leurs unités de milices, les villes portuaires à fournir les flottilles d'appoint et assurer la logistique des échanges maritimes après le débarquement. Majorque est conquise en 1230 et Minorque vassalisée en 1231, Ibiza et Formentera en 1235. Le , Jacques d'Aragon prend la ville de Valence aux musulmans, après avoir reçu la reddition de son émir Zayyan Ibn Mardanich. Entre 1243 et 1245, les troupes aragonaises atteignent les limites prévues par le traité d'Almizra de 1244, Jacques et l'infant Alphonse de Castille s'étaient entendus pour délimiter leurs zones respectives d'expansion.

La frontière avec la France est fixée par le traité de Corbeil de 1258, après l'échec de l'intervention aragonaise lors de la croisade des albigeois. Par ce traité, Jacques renonce à ses prétentions sur l'Occitanie héritées de ses ancêtres, les comtes de Barcelone, sauf la seigneurie de Montpellier et des villages alentour, hérités de sa mère Maria de Montpellier qu'il conserve. En retour, le roi Louis de France s'engage à renoncer à ses propres prétentions sur les comtés catalans. En effet, en tant qu'héritiers de Charlemagne, les rois de France ont toujours conservé leurs droits théoriques sur l'ancienne marche hispanique. Le Roussillon et le Nord de la Cerdagne sont alors inclus dans la Catalogne.

droite|thumb|Les Corts Catalanes.|261x261px

Entre 1276 et 1285, sous le règne de Pierre III d’Aragon, les Corts catalanes prennent une forme institutionnelle. Aux Corts de Barcelone de 1283 qui approuve les constitutions catalanes, le roi s’oblige à tenir un Cort General (parlement) régulier une fois par an, avec la participation représentative de l’époque, pour traiter du bon état et de la réforme de la terre. Le roi lui-même établit :

« si nous et nos successeurs voulons faire une constitution ou un statut en Catalogne, nous les soumettrons à l’approbation et au consentement des prélats, barons, chevaliers et des citoyens... ».