L'hôpital de la Marine de Rochefort, ou hôpital maritime, est le bâtiment d'un ancien hôpital militaire inauguré 1788 formant un ensemble monumental de bâtiments, de cours et de jardins ouvrant sur l'avenue Camille-Pelletan et le cours d'Ablois à Rochefort, dans le département français de Charente-Maritime. Il est le premier hôpital de France de conception pavillonnaire.
L'hôpital de la Marine a été fondé en 1666 à Tonnay-Charente. En 1683, il est transféré à Rochefort sur le quai aux Vivres. En 1788, il déménage dans un nouveau bâtiment construit pour lui en-dehors de l'enceinte de la ville au lieu-dit la Butte.
Le pavillon sud-ouest du nouvel établissement accueille l'école de médecine navale de Rochefort, la première fondée au monde, plus tôt en 1722. Elle devient en 1890 une école annexe, préparant au concours de l'école principale de Bordeaux, puis ferme en 1964.
L'hôpital maritime de Rochefort est fermé en 1983 sur décision du gouvernement Fabius, et ses bâtiments vendus aux enchères par les Domaines en 1989 à une société immobilière. En 1998, le pavillon sud-ouest devient le musée national de l'Ancienne École de médecine navale.
Cet ancien hôpital de la Marine ne doit pas être confondu avec l'établissement voisin, l'ancien hôpital civil Saint-Charles, construit lui aussi au , démoli, reconstruit de façon moderne en 1972, et désaffecté en 2011.
Histoire Les deux premiers sites Dans le prieuré Saint-Éloi, à Tonnay-Charente (1666-1683)
Dès la création de l'arsenal de Rochefort voulu par Louis XIV, un hôpital royal de la Marine est fondé pour soigner les ouvriers chargés des travaux.. Il ouvre le dans le prieuré Saint-Éloi, à Tonnay-Charente. Ce lieu exigu étant éloigné de Rochefort, l'ordonnance du prescrit la création d'un hôpital à Rochefort même...
Transformé par la suite en logis, le bâtiment du prieuré Saint-Éloi existe toujours, rue De-Lattre-de-Tassigny, à Tonnay-Charente.
L'hôpital-Charente, à Rochefort sur le quai aux Vivres (1683-1788) thumb|left|alt=Bâtiments anciens alignés sur un quai. Au premier plan, bateaux de plaisance amarrés au quai.|Le quai aux Vivres. Le bâtiment de l'hôpital-Charente est le dernier de l'alignement.
Ce n'est que dix ans après l'ordonnance, en , que le transfert s'effectue. Le nouvel établissement, appelé hôpital-Charente, ouvre à Rochefort sur le quai aux Vivres, dans le prolongement du magasin aux vivres, au bord d'un chenal alors malsain.. Il se compose au départ d'un corps de logis et de deux petits pavillons. À sa tête se trouve un commissaire, désigné par l'intendant de la Marine. En 1693, il a une capacité de , répartis en quatre salles. De 1697 à 1710, il est doté d'un premier jardin botanique.. Les soins infirmiers sont alors dispensés par des religieuses de l'ordre de Saint Vincent de Paul..
L'intendant Michel Bégon recrute en 1704 un jeune médecin, Jean Cochon-Dupuy, qui devient deuxième médecin de l'hôpital, et, en 1712, premier médecin. La Marine royale compte alors trois sortes d'officiers de santé : les médecins, les chirurgiens et les apothicaires.. Elle est confrontée à la difficulté de recruter et de former ses chirurgiens-majors embarqués, qui doivent assumer à bord, en plus de celle de chirurgien, les fonctions de médecin et d'apothicaire. C'est Cochon-Dupuy qui a l'idée d'une école de médecine navale. Le , dans un rapport, il imagine un avenir où
Son vœu est exaucé. Une école d'anatomie et de chirurgie commence à fonctionner dans son hôpital en 1720. Elle ouvre officiellement début , lorsqu'est inauguré son amphithéâtre. Elle bénéficie de la proximité de l'hôpital et commence à se doter d'une bibliothèque. Elle est la première école de médecine militaire d'Europe, et la première école de médecine navale au monde.. C'est un tournant décisif pour le corps de santé de la Marine.
thumb|alt=Tableau. Vaste panorama. Au premier plan, l'activité du port. À gauche, la Charente, avec vaisseaux au mouillage. Grand feu sur la rive opposée. À droite, le long de la rivière, la corderie.|Le port de Rochefort au , par Joseph Vernet. À droite, derrière la corderie, émergent les arbres du jardin botanique.
En 1738, l'hôpital est doté d'un nouveau jardin botanique (l'actuel jardin de la Marine), le long de la corderie. Cochon-Dupuy le juge en effet indispensable à l'instruction des élèves. Il permet d'acclimater les plantes rapportées des campagnes. Il fournit la pharmacopée qui, à l'époque, est presque toujours d'origine végétale.. Un jardinier de la Marine est chargé d’entretenir les plantations, et, à l'occasion, d’enseigner.
L'hôpital accueille en 1765 des Acadiens réfugiés. Le bagne de Rochefort est créé l'année suivante. Il est doté de son propre hôpital, que dirige un médecin en chef. Les élèves de l'école d'anatomie et de chirurgie y effectuent des stages. Des forçats sont affectés au service de l'hôpital-Charente comme infirmiers. Le taux de mortalité des bagnards est plus élevé à Rochefort qu'à Brest ou qu'à Toulon.. Ainsi, en 1780, sur , il en .. Cette situation désastreuse, dit Yannick Romieux, fait bénéficier l'école d'un et d'une pour les cours d'anatomie et les travaux pratiques de chirurgie.
L'hygiène navale, dans ces années-là, devient une préoccupation importante. Elle fait l'objet de règlements.
Mais l'hôpital-Charente se révèle à son tour trop petit, en raison de l'afflux des victimes des conflits (guerre de Succession d'Autriche de 1740 à 1748, guerre de Sept Ans de 1756 à 1763, guerre d'Amérique de 1778 à 1783) et des épidémies (typhus et scorbut rapportés par les escadres et contaminant la population en 1745, 1746, 1757 et 1779, paludisme local de 1778 à 1782). On doit ouvrir des annexes, qui permettent de porter le nombre de lits . On envoie par exemple les malades du paludisme à Saint-Jean-d'Angély. Et l'école de médecine prend de plus en plus d'importance.
Un projet d'aile nouvelle pour l'hôpital n'aboutit pas. Charles de Castries, secrétaire d'État à la Marine, lance à la fin de l'année 1782 un projet de nouvel hôpital. Il fait appel pour les plans à Pierre Toufaire, ingénieur des travaux du port de Rochefort depuis 1774.. Le , signe l'ordre d'exécution.
Le bâtiment de l'hôpital-Charente devient par la suite une caserne. Vendu en 1980, transformé en logements et en locaux d'administrations, il existe toujours, à l'angle du quai aux Vivres et de l'esplanade Pierre-SoumetPlan du centre-ville de Rochefort, L'Arsenal maritime de Rochefort, dépliant touristique, Rochefort, 2012..
Le site définitif (1788-1983)
thumb|upright|alt=Plan d'époque. Deux boucles de la Charente. À gauche, la ville entre ses remparts. Plus à gauche encore, le faubourg ouest. L'hôpital est en forme de H dont les fûts sont prolongés vers le sud-ouest de quatre pavillons.|Rochefort au . L'hôpital se trouve à l'extérieur des remparts, au nord-ouest (désigné par la lettre A).
Le nouvel hôpital de la Marine est construit en une seule campagne, de 1783 à 1788. sur un terrain situé sur une éminence en-dehors de l'enceinte de la ville où il n'y a plus de place pour construire.
Son approvisionnement en eau pose problème. Rochefort manque d'eau potable en raison de l'absence de sources et de possibilité de forer des puits. Pierre Toufaire fait construire une pompe à feu qu'il établit sur le bord de la Charente. Elle peut donner jusqu'à d'eau en .
Le nouvel établissement est inauguré le . Appelé hôpital de la Butte, il est prévu pour recevoir en période normale, en cas d'affluence.. L'hôpital est réservé aux militaires, aux marins et aux ouvriers du port. Les femmes sont exclues des soins. Le pavillon sud-ouest est affecté à l'école d'anatomie et de chirurgie. De nombreuses autopsies y sont réalisées sur les patients morts à l'hôpital, malgré des locaux mal isolés entraînant l'arrêt des dissections en périodes de fortes chaleurs. L'autopsie est un des enseignements les plus tôt formalisés à l'école de chirurgie de Rochefort ; un registre autopsique sera d'ailleurs mis en place en 1814. À partir de 1837, un pavillon sera consacré exclusivement à la dissection..
L'hôpital change de nom sous la Révolution et devient l'hôpital de la Fraternité. Les concours qui sanctionnaient la progression des élèves sont supprimés, les brevets des chirurgiens sont détruits : l'avancement se fait par nomination, au gré de décideurs nationaux. En 1798, les écoles d'anatomie et de chirurgie prennent le nom d'école de médecine navale, et les apothicaires deviennent les pharmaciens. (La séparation en deux corps distincts, médecine et pharmacie, ne se fera qu'en 1866, sous .)
La bibliothèque est officiellement instituée en 1798, mais elle existait déjà puisqu'elle possédait , nombre qui atteindra deux siècles plus tard..
thumb|alt=Gravure ancienne noir et blanc. Ensemble de l'hôpital en vue plongeante. Au premier plan, le cours d'Ablois avec ses arbres.|L'hôpital, vu du cours d'Ablois. L'école de médecine occupe le premier pavillon de gauche.
En 1827, le jardin botanique, le long de la corderie, est agrandi.
En 1865, un forage révèle l'existence d'une source thermale dans l'enceinte de l'hôpital. Elle produit une eau . En 1868, l'hôpital devient hôpital thermal pour les marins et les soldats de la Marine. Mais, en 1888, la canalisation du forage se bouche accidentellement. Quatre ans plus tard, la source est abandonnée. En 1953, un nouveau forage fructueux, non loin de là, permettra à la municipalité d'ouvrir la station thermale de Rochefort, voisine de l'hôpital de la Marine..
En 1890, une École principale du service de santé de la Marine s'ouvre à Bordeaux. L'école de Rochefort devient alors une école annexe, où les futurs médecins suivent leur première année d'étude et préparent le concours d'entrée à l'école de Bordeaux, et où les futurs pharmaciens effectuent leur stage.. En 1896, le jardin botanique est abandonné.
L'école annexe de Rochefort est fermée en 1963 pour ce qui concerne la médecine, en 1964 pour ce qui concerne la pharmacie. L'hôpital quant à lui continue de fonctionner. En 1981, il prend le nom d'hôpital des armées Amédée-LefèvreDécision n° 202/DEF/DCSSA/ETG du 17 août 1981. ., en hommage à l'un de ses enseignants (1798-1869), médecin de la marine qui a eu . On lui doit l'éradication du saturnisme dans la marine..
Fin de l'hôpital thumb|alt=Derrière une végétation sauvage, on aperçoit la lanterne de la chapelle, les étages du bâtiment principal et, à droite, le pavillon nord. Au premier plan, brèche dans le mur d'enceinte, que colmate un grillage en mauvais état.|L'hôpital vu du nord, en 2010.
En 1983, le gouvernement ferme l'hôpital. En janvier 1989, celui-ci est vendu à la bougie pour de francs (l'équivalent de d'euros en 2015) à la société immobilière parisienne Egete..
Le pavillon sud-ouest est transformé en musée. Le pavillon sud-est est aménagé en appartements, qui sont vendus en copropriété. Le reste est livré au vent, au lierre, aux squatters et aux pigeons.. Les bâtiments subissent des infiltrations d'eau, puis un incendie ravage une aile en 1996..
L'hôpital sert de lieu de tournage pour plusieurs films., dont Suzie Berton (2004) et La Tête en friche (2010).
En 2012, Edgar Cohn, gérant d'Egete, dépose une demande de permis de construire pour créer un hôtel et des logements dans la partie sud du parc (la partie bâtie). Restent trois hectares au nord, qui étaient constructibles lors de l'achat par Egete en 1989, et qui ne le sont plus depuis une révision du plan local d'urbanisme en 2000. En 2014, selon Sud Ouest, . En 2015, un projet de réhabilitation est annoncé, avec création de logements et d'un établissement thermal sur le site..