Le château de Hartmannswiller est situé sur le territoire de la commune de Hartmannswiller dans le département du Haut-Rhin.

Historique vignette|gauche|Trois soldats prussiens posent devant le château auprès d'une charrette tirée par un âne (photographie de Constant Zeller). Non loin de l'église, à la périphérie nord du village, s'élève le château de Hartmannswiller, ancien fief de l'évéché de Bâle, sans doute le siège d'une famille qui portait le nom du village. Les héritiers de Jordanus de Arthemanswihr et Hugo Dictus Meder de Hartmannswihr sont cités dans deux actes de 1288. Il est encore fait mention de Pierre de Hartmannswiller, bourgeois de Wattwiller en 1322 et de Heinrich, écuyer, bourgeois d'Uffoltz en 1314. Les armes de cette famille étaient : l'écu mi-parti. Le château est souvent daté à tort du , il est héritier d'une longue évolution architecturale et d'une histoire compliquée. Ses origines sont mal connues. Mais, dès 1308, le château était entre les mains de Dietrich de Haus qui le céda à l'Église de Bâle pour 100 mark d'argent.

En conséquence, l'évêque de Bâle les investit la même année dans le château avec ses fossés et le verger (pomerium) situé dans le village de Hartmannswiller.

Frédéric, évêque de Bâle, donne en 1450 à Hermann V de Waldner le fief castral d'Hartmannswiller. Cette investiture fut renouvelée en 1454 par l'évêque Arnold tant en faveur d'Herman que de ses cousins Jean et Guillaume. Herman V céda en 1453 le château de Harmannswiller à Jean Henri Mewart pour le posséder sa vie durant. À la mort de ce dernier, Jean, évêque de Bâle, investit de nouveau en 1476 Hermann XI de Waldner et ses agnats (parent par agnation, descendant d'une même souche masculine) opposé à cognat.

Après la mort de Hermann VI de Wagner tué à Olbsbruck près de Trente, le château passa à Jean-Guillaume, son frère aîné. En partie détruit par la guerre de Trente Ans, il fut réparé au milieu du par Philippe Jacques de Waldner le rebâti par son petit-fils Chrétien Charles-Philippe qui employa à cet effet les matériaux du Castel ruiné du Weckenthal près de Berrwiller avec l'autorisation de l'évêque de Bâle en 1718.

Désormais, le château resta aux mains des Waldner de Freundstein de la branche de Sierentz jusqu'à la Révolution française. Vers le milieu du , Joseph Baumann, horticulteur à Bollwiller, acheta Le Manoir. En 1855, il le revendra à Constant Zeller qui a fait fortune dans l'exploitation de la tuilerie d'Ollwiller.

Brillant ingénieur, Constant Zeller inventa un vernis révolutionnaire appliqué sur les tuyaux en argile comprimée auparavant lavée, triturée et malaxée. La tuilerie exploitait les gisements d'argile et de marne tertiaire situé sur les bans du village.

Les garanties apportées aux conduites d'eau sont : résistance à la pression ; durée indéfinie ; propreté extrême et pureté des eaux, assurance de conduire intégralement de très faible quantité d'eau ; assemblage parfait ; économie.

La qualité de ses tuyaux s'est révélée bien supérieure à ceux fabriqués en ciment, grès ou fonte. Travailleur acharné et contactant une nombreuse clientèle sur tout le territoire, il réussit à décrocher des contrats avec l'État, les grandes compagnies de Chemin de Fer, les propriétaires de Domaine, l'industrie, l'agriculture et surtout les communes et municipalités.

Son entreprise se développa à tel point qu'en 1864, il fut obligé de construire un nouveau bâtiment et un four de plus grande capacité. À cette époque, la tuilerie employa plus d'une centaine d'ouvriers.

Constant Zeller est devenu membre de l'Académie nationale de Paris, obtient un premier prix à l'Exposition universelle de 1867 et de nombreuses autres distinctions dans différentes expositions.

Constant Zeller fit du château un tusculum, rendez-vous des intellectuels de la région où l'on discute archéologie, histoire, lettres et art.

Après l'expulsion des Juifs de la seigneurie épiscopale du , Hartmannswiller est le seul village où ils avaient le droit de résider mais ils devaient demeurer dans l'enceinte du château et payer une redevance. Ce n'est qu'à la Révolution qu'ils devinrent des citoyens libres. La communauté juive comptait en 1808. Pendant la Première Guerre mondiale, le village subit d'importants tirs d'artillerie et en raison de la proximité du front du Hartmannswillerkopf ou Vieil Armand, les habitants furent évacués en . La commune fut occupée par les troupes allemandes. Trente-deux jeunes gens furent incorporés de force dans la Wehrmacht, onze ne sont plus revenus dont deux portés disparus. Le château est resté intact durant cette période et a servi de lieu de refuge pour les habitants du village.

Description Actuellement, on voit un grand logis en équerre dont une partie pourrait être datée du . On remarque particulièrement les bases chaînées aux angles de bossages. À l'intérieur du bâtiment, une tour circulaire à l'intérieur de laquelle un escalier en vis ou à colimaçon  est ornée à l'entrée d'une porte sculptée et gravée sur le montant supérieur de la date de 1562. À l'angle sud-est, vestige d'une tour carrée, à l'angle nord-est, une tour en poivrière. Certaines fenêtres pourraient être de la Renaissance mais la plupart ont été repercées aux . Un plan de 1756 conservé aux archives départementales du Haut-Rhin montrent qu'une vaste basse-cour trapézoïdale flanquée de deux tours rondes aux angles précédait l'édifice au sud ou ouest. L'ensemble était entouré de larges fossés d'eau.

Bossage ou pierre à bosse vignette|gauche|Bossage ou pierre à bosse.|242x242px Le bossage est une saillie sur la pierre. Selon l'époque, la bosse est plus ou moins saillante. Elle est parfois soigneusement surfacée. Le liséré (bordure taillée à plat sur le pourtour de la bosse) est plus ou moins large. On emploie les pierres à bosse pour des raisons esthétiques pour donner à une maçonnerie un aspect de solidité, de puissance. Si l'on compare un appareil lisse avec un mur en bossage de même dimension, celui-ci donnera toujours l'impression d'un mur plus fort. On a raconté toutes sortes de légendes concernant les bosses : elles empêcheraient la pose d'échelles, elles feraient rebondir les boulets, elles compliqueraient le travail de sape. Aucune de ces affirmations n'est vérifiée. On prétend même qu'elles seraient moins chères à fabriquer, ce qui est contredit dans certains cas par leur emploi limité aux angles ou leur abandon en cours de chantier quand on est pressé par le temps. Il est certain par contre que la pierre à bosse est héritée de l'Antiquité. Il est certain aussi quelle figure au catalogue des éléments symboliques du château. Le bossage coûte plus cher, plus cher que l'appareil lisse. L'étude du donjon pentagonal d'Ortonberg a révélé que c'est bien en bossage que l'on avait débuté ; puis, pressé par la guerre, on a abandonné ce procédé. Cela prouve que la pierre à bosse était plus longue à mettre en œuvre que le parement lisse. C'est peut-être également à cause du prix de revient que l'on a abandonné en cours de chantier les bossages du donjon de Kintzheim et de la façade orientale du Palais de Grand-Ribeaupierre.

Fonction symbolique Les bossages désignent les demeures nobles. Les maisons chevaleresques des villes en sont pourvues aux angles. Durant la seconde moitié du et le , ce sont essentiellement ces bosses qui distinguent les demeures nobles des maisons roturières.

Le côté tourné vers l'attaque est généralement en bossage sur les châteaux. Le bossage du a la réputation d'être de grand format. vignette|Chapelle voûtée d'arêtes composée de quatre quartiers dont les rencontres sont des arêtes saillantes se réunissant au même faîte. Elle est inscrite à l'inventaire des "Monuments Historiques". vignette|Le château vers le .

La cave La cave est voûtée en berceau (demi cylindre). Ses murs ont plus de d'épaisseur. Elle est surélevée afin d'éviter les inondations.

La chapelle L'aile nord abrite une salle voûtée d'arêtes composé de quatre quartiers dont les rencontres sont des arêtes saillantes se réunissant au même faîte : elle est classée monument historique. Cela correspond probablement à une ancienne chapelle. Mais il est aussi possible qu'il s'agisse en réalité d'un chartrier. En effet, les chartriers médiévaux, tout comme les chapelles, pouvaient prendre la forme de salles voûtées, destinées à résister aux incendies.

Colonnes en grès Deux colonnes en grès de style reconnaissance sont adossées à un mur de refend. C'est un mur formant une subdivision intérieur. Il est porteur : planchers et charpentes s'appuient sur lui. Il a des fondations et traverse les étages, autrement ce ne serait qu'une cloison. Ces colonnes soutiennent le poutrage de la pièce.

Entrée principale L'entrée principale est constituée par une porte en place cintre inscrite dans un encadrement rectangulaire visiblement destiné à recevoir le pont-levis en position haute. Il ne possédait pas de herse.

Évier Bassin en pierre peu profond fixé sur la tablette extérieur de la fenêtre. Les eaux usées s'écoulaient dans les douves.

Marques de pose Les marques aussi appelées "signes lapidaires" servaient à identifier la production d'un tailleur de pierre. Leur raison d'être est d'ordre comptable. Il fallait payer le travail de chaque maître. Elle apparaissaient dans le dernier quart du et sont employées largement jusqu'au-delà du Moyen Âge. Les plus anciennes sont assez simple, croix, flèche, demi-lune. Le catalogue des formes médiévales n'est pas très étendue, du moins dans les premiers temps. Les marques ne peuvent pas être considérées comme des signatures servant à désigner un même artisan sur deux chantiers différents. Cependant grâce à ces gravures, on peut compter le nombre de tailleurs de pierre expérimentés qui œuvrait sur un même chantier.

Porte cochère Une porte cochère est aménagée à quelques mètres à droite de la porte principale, visiblement une adjonction du . Une porte cochère est une porte assez grande pour permettre le passage à des voitures. On l'appelle aussi charretière. On l'oppose à la porte piétonne. Généralement, les châteaux n'ont qu'une porte cochère. vignette|Gros plan sur la date de restauration du

Porte date vignette|Entrée de la tourelle et son escalier en vis surmontée de la date de 1562. Face à l'entrée principale, une porte  surmontée de la date de 1562 donne sur l'escalier en vis de la tourelle.

Tourelle Tourelle d'escalier permettant d'accéder aux étages et aux combles. La charpente a été reconstruite après les bombardements de la Première Guerre mondiale.

Témoins architecturaux de son passé militaire

Arbalétrière droite|vignette|Arbalétrière Meurtrière à embrasure ou à niche large, l'archère, l'arbalétrière, la couleuvrinière sont des meurtrières. La fente de tir qui s'ouvre dans le mur avec de simples ébrasements ne permet pas l'emploi de l'arbalète. Pour que l'on puisse se servir de l'arme horizontale et obtenir ainsi l'efficacité optimale de précision, le mur doit être évidé. Mais la contrepartie de la facilité du maniement de l'arbalète est la fragilité du mur. L'assaillant sait où tirer, voir ou saper (saper un mur, c'est ouvrir une brèche). La grande efficacité des machines de guerre et l'émergence du canon ont fait renoncer à ce moyen au bout de trois quarts de ce siècle.

Cette arbalétrière est sans doute une des plus anciennes vers 1230. En effet, elles n'ont pas de chambre de tir et leur simple embrasement pourrait les faire assimiler à une fente d'éclairage mais leur position dans le château, la hauteur de la fonte et l'écartement suffisant des embrasements permettent de manipuler l'arc ou l'archère.

Les meurtrières hautes restent utilisées au moins jusqu'au milieu, peut-être le troisième quart du . vignette|Vue de l'extérieur et évidement à l'intérieur pour protéger le canonnier.

Canonnière en lunettes (bouche jumelle)