Le Jardin secret des Bushmen (titre original Bushman's Secret: one cactus stands between hope and hunger) est un film documentaire sud-africain réalisé en 2006 par Rehad DesaiRéalisateur et producteur, Rehad Desai est le fils de Barney Desai, une figure majeure de la lutte contre l'apartheid en exil , auquel il avait consacré un long-métrage en 2004, Born Into Struggle, sélectionné à Cannes et primé à Durban .. Tourné dans les spectaculaires paysages du désert du Kalahari, entrecoupé d'interviews, le film est centré sur les BushmenComme le souligne le Rapport du Groupe de Travail de la Commission Africaine sur les Populations/Communautés Autochtones, Mission en République du Botswana, juin 2005, , il n'existe pas de terme collectif désignant cet ensemble hétérogène de populations parlant différentes langues. Ainsi le terme « Basarwa » (« ceux qui n'ont pas de troupeau » en setswana) coexiste avec « Bochimans », plus péjoratif, et « San », utilisés par les colons et les anthropologues., un peuple autochtone de chasseurs-cueilleurs d'Afrique australe, dont le mode de vie – qualifié par le président du Botswana Seretse Ian Khama de « fantaisie archaïque »« Le mode de vie des Bushmen : une « fantaisie archaïque »? », Survival pour les peuples indigènes, 12 décembre 2008 – est aujourd'hui profondément transformé par la modernité et la mondialisation.

Dans ce film, la problématique générale de cette population menacée est illustrée par un enjeu particulier qui a défrayé l'actualitéRevue de presse sur le Hoodia gordonii entre 1998 et 2005 , puis inspiré de multiples publications Rachel Wynberg, Doris Schroeder et Roger Chennells, Indigenous Peoples, Consent and Benefit Sharing: Lessons from the San-Hoodia Case, Springer, 2009, 363 p. dans les années 2000, celui d'une sorte de cactus, le Hoodia gordonii, utilisé de longue date par la médecine traditionnelle locale et dont l'exploitation est convoitée par une puissante multinationale. Le Jardin secret des Bushmen a eu le mérite d'attirer l'attention générale sur cette polémique « L´ex segreto dei Boscimani e la direzione della ricerca », Green Report, 5 octobre 2007 .

Une partie du grand public avait découvert les Bushmen au début des années 1980 à travers le succès planétaire de la comédie Les dieux sont tombés sur la tête, sa suite et quelques autres fictions. Le Jardin secret des Bushmen en revanche n'est pas un film de divertissement, mais un film documentaire, donc à vocation plus informative et didactique. Malgré certaines réserves concernant des longueurs ou des effets visuels un peu appuyés John L. Comaroff et Jean Comaroff, « Into the Land of the Rising San », in Ethnicity, Inc., The University of Chicago Press, Chicago, 2009, , cet objectif a été atteint, puisque ce film, distribué en vidéo principalement par Documentary Educational Resources (DER)Fondée en 1968 à Watertown (Massachusetts), Documentary Educational Resources est une organisation américaine à but non lucratif qui édite des films ethnographiques et documentaires , sert de support à nombre de débats à la télévisionEn France il est programmé le par la chaîne Arte, dans le cadre d'une soirée thématique « Phytothérapie : guérir en douceur » , en milieu scolaireÀ cet effet un dossier pédagogique contenant une série de suggestions destinées aux enseignants été constitué par la Fondation Éducation et Développement , universitaireAu Royaume-Uni le film été acquis notamment par la School of Oriental and African Studies (Université de Londres) ; en France il figure dans le catalogue SUDOC des bibliothèques universitaires et a fait l'objet d'une débat le à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) dans le cadre d'un séminaire intitulé « Images et politiques de l'autochtonie : fantasmes et réalités » ; en Suisse il a été acquis en 2012 par la bibliothèque de l'Institut des Sciences de l'Environnement de l'Université de Genève ou associatifLe film a été projeté le à Paris, au Centre international de culture populaire (CICP), en ouverture des Premières rencontres internationales contre la biopiraterie ; à Münster (Allemagne), il a été montré le dans le cadre d'une conférence « Das Geheimnis der Buschleute - Zum Streit um die Rechte über Bioressourcen und indigenes » organisée par la Gesellschaft für bedrohte Völker (GfbV) .

Synopsis Jan, guérisseur traditionnel des Bushmen de la tribu des Komani du Kalahari, détient un savoir remarquable des bienfaits procurés par les plantes. Malgré son extrême pauvreté, il continue de prodiguer des soins à tous, tout en demeurant en symbiose avec la nature. Tâche difficile, car les Bushmen parqués depuis la colonisation ont perdu toute source de revenus. L’espoir d’une vie meilleure se dessine grâce à l’exploitation sur leurs terres d'une espèce de plante succulente, le Hoodia gordonii. La multinationale Unilever a en effet jeté son dévolu sur cette plante aux multiples vertus curatives, mais surtout amincissantes.

Deux ombres se dressent pourtant : la surexploitation de cette plante utilisée depuis des générations par les Bushmen risque de la faire disparaître ; d’un autre côté, si aucune somme n’est reversée aux Komani, ce peuple est voué à l’extinctionAfrica Films.TV .

Fiche technique Titre : Bushman's Secret: one cactus stands between hope and hunger Pays : Réalisateur : Rehad Desai Pays : Langue : anglais Durée : 65 minutes Année : 2006 Genre : documentaire Production : Productions Uhuru

Contexte de production Confrontés à un environnement aride, les San connaissaient « depuis des temps immémoriaux », les vertus d'une plante, localement désignée sous le nom de « xhoba » (Hoodia gordonii), et l'utilisaient pour éviter de ressentir la faim lors de leurs longues expéditions de chasse à travers de vastes étendues désertiques. Au début des années 1960, les capacités d'endurance des San lors de conflits armés sont remarquées par un organisme de recherche gouvernemental qui s'intéresse aux propriétés médicinales du Hoodia, identifie son composant bioactif, puis dépose un brevet en 1996. Le laboratoire britannique Phytopharm en obtient les droits avant de les revendre à Pfizer. Les San ont vent de l'affaire, apprenant par la même occasion que leur peuple, à l'origine de la découverte, a été déclaré « disparu » (extinct) par Phytopharm. Leur avocat considère qu'ils sont manifestement victimes de biopiraterie. Une action est engagée pour affirmer les droits des San à la propriété intellectuelle sur un brevet dont les retombées s'annoncent particulièrement lucratives. Un accord est finalement signé en 2003, permettant aux San de toucher 6 % des royalties. La controverse se poursuit néanmoins, car cette affaire soulève la question de l'exploitation commerciale du savoir indigène. Par ailleurs, la synthèse du produit s'avérant trop délicate à mener, Pfizer se retire, mais d'autres sociétés s'engouffrent dans la brèche. L'une d'entre elles n'hésite pas à commercialiser un supplément alimentaire sous le nom de « Bushman's Secret » – le titre du futur film de Desai. Ce produit ne contient aucune trace de HoodiaEn 2012 un thé biologique est toujours vendu en ligne sous la même dénomination . L'obsession de la minceur en Occident laisse en effet espérer de substantiels profits pour ces pilules coupe-faim et certains imaginent déjà, « à Londres ou à New York, des cafés Hoodia qui serviraient des salades de cactus et transformeraient les Bushmen du Kalahari en milliardaires ».

La saga du Hoodia, émaillée de multiples rebondissements, se poursuivra longtemps après la sortie du film en 2006. Au moment du tournage, Rehad Desai est directement confronté à l'actualité. Voyageant dans le Kalahari pour étudier le savoir traditionnel des San, il rencontre Jan van der Westerhuizen, l'un des derniers guérisseurs traditionnels des Khomani San, dont il fait le personnage central du film.

Distribution Comme la plupart des films documentaires, Bushman's Secret n'est pas projeté en salles. Il est présenté à la télévision et surtout diffusé en vidéo.

En France, il est montré pour la première fois à la télévision le par la chaîne Arte, dans le cadre d'une soirée thématique « Phytothérapie : guérir en douceur »Arte Magazine, 40, du 30 septembre 2006 au 6 octobre 2006, , et simultanément en Allemagne sous le titre Das Geheimis der Buschleute Prisma . Le film continue d'être distribué et, en Finlande par exemple, la radio-télévision publique nationale (Yle) l'a programmé le sous le titre Busmannin salaisuus Programme YLE du .

Récompenses et distinctions Le film a été présenté dans de nombreux festivals et plusieurs fois distingué.

En 2006, il est primé au Apollo Film Festival, l'équivalent sud-africain du Festival du film de Sundance aux États-Unis British Film Institute (BFI) . En 2007 il remporte le Silver DhowLe dhow (ou boutre) est un bateau à voile typique de l'Océan Indien. Il est le symbole du festival dont le sous-titre est « Festival of the Dhow Countries » au (ZIFF), événement culturel tourné vers l'Afrique, l'Inde, les États du Golfe et les îles de l'océan Indien British Film Institute (BFI) , comparable au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) en Afrique de l'Ouest Mahir Saul et Ralph A. Austen (dir), Viewing African Cinema in the Twenty-First Century: Art Films and the Nollywood Video Revolution, Ohio University Press, Athens, 2010 ; voir aussi le chapitre « Donor Values and the Case of Film in Tanzania » (Jane Bryce) . La même année il fait l'objet d'une mention spéciale au Festival international du film de Durban (DIFF) Uhuru Productions et reçoit le Jury Prize for Documentary au Amazonas Film Festival de Manaus (Brésil) Bushman's Secret sur Under Construction .

Critiques Le film ne doit pas sa notoriété principalement à ses qualités cinématographiques, plutôt aux thèmes qu'il aborde. Néanmoins quelques critiques portent également sur le fond. En effet la littérature, puis le cinéma ont déjà pérennisé la représentation figée d'une société primitive, étroitement unie à la terre et à la nature Gairoonisa Peleker, « Talking in Tongues:Genocide and the San in the South African imagination », in Settler Colonial Studies, 2, 1, 2011, p. 152-153 (notes de lecture sur The Anatomy of a South African Genocide: The Extermination of the Cape San Peoples, par Mohamed Adhikari (2010)) . Grand succès populaire, Les Dieux sont tombés sur la tête (1980) y a contribué à sa manière. Plus près de nous, parmi d'autres films documentaires, Le Jardin secret des Bushmen propose à son tour une vision quasi mystique des San, tout en dénonçant la cupidité des multinationales. Une contradiction apparaît alors entre la voix off et les interviews qui soulignent le changement en marche, le bouleversement de la vie quotidienne et la perte d'identité, et d'autre part les effets visuels qui tendent à perpétuer la vision romantique d'un peuple hors du temps, en symbiose avec la terre, les plantes, les animaux.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Martin Botha, Marginal lives & painful pasts: South African cinema after apartheid, Genugtig!, Parklands, 2007, Keyan Tomaselli, Cultural Tourism and Identity: Rethinking Indigeneity, Brill, Leiden, Boston, 2012, John L. Comaroff et Jean Comaroff, « Into the Land of the Rising San », in Ethnicity, Inc., The University of Chicago Press, Chicago, 2009,

Liens externes

Dossier pédagogique Le Jardin secret des Bushmen (Fondation Éducation et Développement)

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