thumb|Le quartier de Pruitt-Igoe à Saint-Louis a été l'un des symboles des difficultés qu'ont connues certains centres urbains américains au . alt=Maisons en ruine à Aubusson, Creuse|vignette|Déclin urbain dans la Creuse Le déclin urbain, contrairement à la notion de décroissance urbaine, dénote l'irréversibilité du processus. Ces deux notions sont malgré tout employées comme synonymes l'une de l'autre. Ce phénomène se répercute sur trois principaux critères : démographique (décroissance démographique), économique (diminution des activités et du nombre d'actifs) et social (hausse de la précarité et de l'insécurité).
En France, le phénomène reste limité à 20 % environ des aires urbaines. Il concerne surtout les petites villes (deux mille à cinquante mille habitants, taille variant selon les institutions et les chercheurs) et les villes moyennes (moins de cinquante mille habitants) situées dans les anciens bassins industriels (Lorraine, pourtour du Massif Central, Nord). Il est provoqué par une perte d'attractivité. Il se traduit par une baisse de la population. Cette baisse intervient depuis 1970 environ pour les grandes villes centres (Saint-Étienne, Le Havre), depuis 1990 environ pour les communes de périphérie. Cette décroissance n'est pas neutre socialement, car les populations aisées partent plus facilement ; elle provoque une paupérisation des habitats et des habitants, et une spécialisation ethnique.
Jusque dans les années 1970-1980, le déclin urbain concerne principalement les pays développés qui rassemblent 70 % des villes en déclin. Le phénomène touche notamment les États-Unis, le Japon et l’Europe (Allemagne, Royaume-Uni). Dans les années 1990, le nombre de villes en déclin explose : à l’échelle mondiale, plus d’un quart des villes de plus de cent mille habitants sont en décroissance. En France métropolitaine, on considère que moins 10 % de la population urbaine est touchée par le déclin urbain.
Définition
Terminologie c'est une ville qui est en déclin L’utilisation de termes imagés pour décrire ce phénomène démontre la difficulté relative à décrire et à cerner celui-ci. Les termes employés varient d’un pays à l’autre emportant chacun une idée particulière. En France, on parle de déclin, de décroissance illustrant une approche plutôt démographique et économique. Tandis qu’en anglais on parle de shrinking cities et en allemand de schrumpfende Städte, la traduction en français serait « villes rétrécissantes », mais ce terme n’est pas toujours adapté puisque les villes en question ne perdent pas de superficie ou même en gagnent (la multiplication des friches industrielles n'étant pas incompatible avec un phénomène d'étalement urbain, ainsi, par exemple, à Troyes). Même si leur population baisse en nombre, des agglomérations continuent de grossir, de s’étendre et de s’étaler. Certains auteurs en France (Ducom et Yokohari 2006) privilégient le terme de « rétraction urbaine » comme la manifestation physique et démographique du déclin urbain.
Les théories de la décroissance
Mondialisation et déclin urbain Les débats liés à la mondialisation sont récurrents ces dernières décennies. La mondialisation a accéléré la désindustrialisation dans certains pays occidentaux. Ce lien s’accompagne d’une période de changements urbains majeurs à la fois démographiques et économiques. Ces mutations se caractérisent principalement par un vieillissement de la population, par la diminution de la fécondité et par le déclin des activités industrielles qui sont souvent le pilier de l'économie de ses villes spécialisés dans le secteur de l'industrie.
Le système de production industrielle contemporain est devenu plus structuré. La structuration donne naissance à une dimension spatiale au moyen de la sous-traitance. L'espace d'implantation dépend du choix des multinationales ; pour faire face à la crise ou à la compétition économique, un bon nombre d’entreprises font appel à la délocalisation de leurs unités de production pour réduire les coûts et, qui peut expliquer en grande partie le déclin urbain des villes dans le monde.
Le processus de mondialisation est à l’origine à la fois de l’élargissement et de l’accentuation du phénomène de déclin. « Les recompositions économiques se combinent avec la nouvelle donne démographique pour induire des changements dans les formes de développement urbain ».
Étalement urbain Une des sources du déclin urbain, qui touche en premier lieu les centres-villes des aires urbaines de taille moyenne, est celle de la périurbanisation. En effet, au cours des dernières décennies les centres urbains ont connu une phase d’étalement progressif vers les périphéries. Cet étalement urbain s'est accompagné d'un nécessaire aménagement de l'espace pour répondre aux besoins de ces populations, désormais excentrées des centres-villes. Les pouvoirs publics, poussés par les acteurs économiques et les promoteurs immobiliers, ont été amenés à accepter la construction de zones d’activités commerciales en dehors des centres urbains. Progressivement, ces zones se sont développées pour offrir toujours plus de services aux populations de ces espaces périphériques : multiplications des commerces et variété des enseignes, services de santé (laboratoire, cabinets médicaux), services administratifs. Les offres se sont démultipliées jusqu’à faire de l’ombre aux centres villes, jugés moins accessibles ou moins praticables en voiture. Comme l’explique Olivier Razemon dans son ouvrage Comment la France a tué ses villes, ces zones commerciales périphériques ont progressivement concurrencées les offres du centre-ville, essayant de . Aujourd’hui les promoteurs immobiliers sont directement rattachés aux plus grands distributeurs pour qui ils construisent d’immenses centres commerciaux “tout-en-un” en essayant de recréer une atmosphère de vie de village.
La place de la voiture individuelle est non négligeable dans ce processus qui a mené, dans certains cas, à la désertification des centres-villes. De plus en plus éloignés du centre, les lotissements et zones d’habitations périphériques nées de l’étalement urbain ont été pensés pour la voiture. Ces espaces sont peu intégrés aux réseaux de transports en commun et les habitants de ces espaces sont dépendants de leur voiture. Les zones commerciales, avec les pressions de la grande distribution qui existent derrière, ont été la répartie trouvée pour répondre aux besoins en commerce local pour ces populations. Olivier Razemon explique d'ailleurs très bien la place non négligeable de la voiture dans ce processus. L'automobile a été d'abord mise à l'écart du centre-ville, jugée trop polluante, trop bruyante et trop encombrante. Elle a donc été relégué en périphérie où l'espace s'est organisé autour d'elle (des rues larges, des garages pour chaque maison), les centres commerciaux s'y sont également pliés : parkings gigantesques et développement du service drive.
Aujourd'hui les commerçants en centre-ville réclament plus de places de parking pour retrouver de l'attractivité auprès de leurs clients. Cependant, cette solution apparaît dans un premier temps très compliquée à mettre en œuvre, faute de place en ville notamment, mais semble également répondre de manière trop limitée au problème.
Désindustrialisation
Les effets de la décroissance alt=|vignette|Cette carte représente le taux de variation annuel moyen de la population française entre 1999 et 2009 en prenant en compte l’accroissement naturel et migratoire
Démographiques La décroissance des villes s’explique par une décroissance démographique importante mais les conséquences du déclin se répercutent également sur la structure de la population et entraînent alors une sorte de cercle vicieux de la décroissance. Dans un article publié dans Métropolitiques en 2017 intitulé "Ceux qui partent, ceux qui restent. Les mobilités résidentielles dans les villes en décroissance", Mathilde Rudolph tente de démontrer l’impact de la décroissance sur les mobilités résidentielles.
Ce qui fait en réalité défaut aux villes en décroissance, c’est leur manque d’attractivité. Cela se traduit par un taux d'accroissement migratoire de valeur négative. Les espaces en déclin ont un solde naturel positif, mais s’ils perdent autant de population que les aires urbaines en croissance, c’est le faible nombre d’arrivées qui différencie ces deux espaces. Les villes moyennes sont souvent moins intégrées aux flux de capitaux, d’investissement mais également de populations, tous ces flux sont polarisés par les métropoles et les grandes villes qui agissent comme des aimants face aux territoires qui les entourent.
En analysant l’immigration et l’émigration des villes en décroissance, Mathilde Rudolph a pu distinguer une différenciation par Catégorie Socio-professionnelle (CSP). Elle relève que les migrations sont sélectives, selon les CSP les populations ne sont pas touchées pareil par celles-ci. Les villes en croissance tendent à attirer les cadres tandis que les villes en décroissance développent un déficit dans la représentation de cette CSP. Entre 2001 et 2006, selon l’INSEE, le taux d’immigration nette (différence entre immigration et émigration) dans les villes en croissance est de 9 % pour les cadres alors qu’il n’est que de 4 % pour les professions intermédiaires. Tandis que pour les villes en croissance, touchées par un fort déficit d’arrivées, de cadre ce taux est de -9 % contre -2,3 % seulement pour les professions intermédiaires. Les villes en décroissance sont donc touchées par un phénomène de migration sélective qui se traduit par un fort déficit d’arrivées, notamment chez les CSP supérieures.
Economiques Le déclin urbain peut se traduire par l'abandon du bâti avec un nombre de logements vacants bien plus élevé que celui de la population. Il peut, ainsi toucher une partie ou la totalité d'une ville. Certains quartiers urbains peuvent décliner alors même qu'ils sont situés dans une ville en croissance démographique et économique.
Le déclin urbain s'accompagne souvent d'une désertification des centres-villes. Concurrencé par les offres commerciales en périphéries, les centres-villes peinent à conserver leur clientèle. Cette désertification se traduit dans le paysage urbain par une prépondérance des vitrines vides, des rideaux de fer baissés et des rues peu fréquentées. Les villes en déclin en souffrent le plus : les centres-villes de Béziers, Soissons, Agen ou encore Avignon en sont des exemples.
Stratégies en réponse au déclin Les villes françaises se sont converties à l’entrepreneurialisme urbain dans les années 1990, comme nombre de villes européennes. Il s’agit d’action politique visant à faire appel à des entreprises privées concernant des actions publiques. Les politiques de transports urbains, telles que la mise en place des Velib à Paris, résultent de politiques entrepreneuriales publiques-privées. Dans ces stratégies, la compétition entre entreprises concernant les appels d’offres participe au renforcement de l’attractivité économique. Or on constate qu’aucune politique spécifique à des situations de déclins urbains n’a été mise en place. Par le biais de ces stratégies entrepreneurialistes, la décroissance des villes ainsi que leur faible attractivité est renforcée.
Du fait de la marginalité du phénomène, le déclin urbain est peu mis en avant dans l’espace politique et médiatique. Les politiques nationales urbaines sont standardisées, et ne répondent pas aux spécificités locales. Le paradigme du Plan National de Rénovation Urbaine (PNRU) de 2003 à 2016 consistant à construire un logement pour chaque logement détruit, met en exergue les difficultés des politiques à s’adapter aux spécificités d’un territoire.