vignette|281x281px|Charles Bukowski. Le réalisme sale (de l') représente un mouvement littéraire américain qui émergea dans les années 1970-1980, dont le terme fut lancé dans le numéro 8 de l'été 1983 du magazine littéraire Granta par Bill Buford, alors rédacteur en chef Granta 8: Dirty Realism, pour définir ce mouvement. Les écrivains décrits comme « réalistes sales » (de l'anglais : ) dépeindraient avec somme de détails les plus sordides ou les plus quelconques aspects de la vie ordinaire en utilisant un langage simple et sans ornement.

Origine du terme et définition Stuart Evers, du Guardian, définit le mouvement ainsi : , qui explique que Raymond Carver et Charles Bukowski seraient à l'origine du mouvement, définit ce terme, selon lui apparu dans les années 1980, comme dérivant du minimalisme, du décharnement de la fiction jusqu'à n'en utiliser que les mots les plus nécessaires pour se concentrer sur les objets ; les protagonistes sont des plus ordinaires, la classe ouvrière, les chômeurs.

Le terme fut utilisé pour la première page de l'édition d'été de 1983 du magazine Granta, dans lequel Buford écrivit une introduction explicative:

Le réalisme sale constitue une variante de la littérature minimaliste caractérisée par une économie des mots et sur le fait de se contenter de décrire l'aspect superficiel des choses. Les auteurs qui évoluent dans ce genre tendent à éviter les adverbes et les adjectifs et préfèrent laisser le contexte dicter le sens recherché. Les personnages des fictions du réalisme sale sont reconnaissables à leurs occupations quelconques et leur manque d'ambitions et de moyens, dans la lignée des deux principales influences de ce mouvement, O. Henry et J. D. Salinger :

L'auteur ne décrit pas le décor mais on sait qu'il est tard et qu'il fait chaud, donc on peut imaginer de quoi il aurait l'air. Il ne décrit pas le garçon, mais on peut imaginer comment il pourrait être.

Autre exemple :

Il décrit la scène de façon tellement détachée qu'il laisse le lecteur imaginer tout le reste : à quoi ressemble le parc, qui sont ses parents et à quoi ressemblent-ils ? À quoi ressemble le narrateur ? Tout ceci est laissé au loisir du lecteur.

Écrivains du mouvement et extension Premiers écrivains Après la catégorisation de Buford, la définition s'étendit jusqu'à inclure, selon et le « parrain » du mouvement Charles Bukowski, les auteurs qui apparurent dans Granta 8, comme Raymond Carver, Tobias Wolff, Richard Ford, , et Jayne Anne Phillips. Ces auteurs ne se sont que rarement associés ou même accepté le terme de , malgré le rapprochement et l'affinité entre ses auteurs. Richard Ford déclara d'ailleurs plus tard (en 2007) que le terme n'était qu'un formidable stratagème de marketing An Interview with Richard Ford par Tim Adams dans la revue Granta, octobre 2007.. Sont aussi des représentants de ce mouvement des auteurs comme Larry Brown, John Fante, Cormac McCarthy, Chuck Palahniuk ou encore Mark SaFranko.

Les dirty realists sud-américains Plus tard, le mouvement s'étendit en Amérique latine, où apparut une variante dite « tropicale » appelée grâce aux auteurs cubains Pedro Juan Gutiérrez et . Le réalisme sale tropical fit suite aux années 1980 qui virent une plus grande ouverture de la littérature cubaine. Ce processus continua et se consolida dans les années 1990, époque à laquelle apparurent de nouvelles armes tels que la fureur, le pessimisme, l'ironie et l'humour noir. Le sentiment généralisé que le rêve révolutionnaire s'évanouissait définitivement fit que surgirent, depuis les ruines de ce rêve, des auteurs comme Pedro Juan Gutiérrez () et Fernando Velázquez Medina (), désireux de laisser un témoignage de ce sentiment en inaugurant un nouveau genre. Ils furent ensuite suivis par l'équatorien et le vénézuélien Argenis Rodríguez (1935-2002). L'Espagne compte également quelques représentants : et (anglais, mais résidant en Espagne), en castillan, ainsi que Iban Zaldua et Harkaitz Cano en basque.

Dirty realism en Europe Contrairement aux États-Unis, où le dirty realism est un mouvement clairement identifié, en Europe il n'existe pas forcément de mouvement "officialisé" de la même façon, mais on observe des auteurs et des tendances qui s'en rapprochent fortement.

En France, l'esprit du réalisme sale se retrouve surtout dans des oeuvres sociales ou crues, mais souvent avec une dimension politique et sociologique. Nous retrouvons des auteurs tels que Virginie Despentes (langage direct, personnages marginaux), Didier Daeninckx (réalité dure du monde ouvrier) ou encore Michel Houellebecq (parole crue et descriptions de la misère physique et affective).

En Allemagne et Autriche, on trouve un réalisme dur qui fait écho aux préoccupations du Dirty Realism, mais souvent agrémenté d'existentialisme et de critique sociale, et qui, parfois, s'inscrivent dans des traditions européenne de post-guerre. Les figures les plus marquantes sont Wolfgang Hilbig (vies ouvrières, solitude et langage épuré) ou encore Thomas Bernhard (ton critique et corrosif).

Du côté de l'Espagne, on peut citer des écrivains basques comme Iban Zaldua, Harkaitz Cano ou encore Ray Loriga qui prennent leur place au sein du Realismo Sucio.

Au Royaume-Uni et en Irlande, on trouve souvent des auteurs associés à un réalisme "sec", même si ce courant est plus oral ou dialogue-centré. On retrouve par ailleurs des auteurs tels que Irvine Welsh (transgressif, sur la vie des marges), Roddy Doyle ou encore Lisa McInerney (quartiers populaires, jeunesse désabusée et marginalité).

Notes et références

Annexes Bibliographie

Articles connexes Littérature américaine Poésie espagnole contemporaine

Lien externe