L'abbaye d'Entremont, dite parfois d'Entremont-en-Genevois, placée sous le vocable de Sainte-Marie () est une ancienne abbaye de chanoines réguliers fondée en 1154, située sur le territoire communal de Glières-Val-de-Borne dans le département actuel de la Haute-Savoie et la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Géographie

L'abbaye du village d'Entremont est installée sur un la rive gauche de la vallée du Borne, le long du CD 12 qui mène de Saint-Pierre-en-Faucigny à Saint-Jean-de-Sixt. L'édifice se trouve à proximité de la frontière du Faucigny avec le comté de Genève. En effet, le torrent du Borne servait de limite entre les deux fiefs. Le territoire comprenait les vallées du Bornant..

Historique Fondation de l'abbaye Des chanoines, originaires de l'abbaye d'Abondance dans la province du Chablais, s'installent dans le vallon déjà habité vers 1115 et établissent un prieuré.. Burcard devient le prieur du monastère.. Celui-ci serait issu de la famille des comtes de Genève. Les religieux obtiennent une « donation étendue depuis le « détroit des Antérieux » jusqu'au « Pas de l'Échelle », correspondant à la paroisse d'Entremont, de la part d'une famille seigneuriale locale, peut-être les Pontverre.. Cette donation est confirmée plus tard par le comte Amédée de Genève, suzerain des lieux, en présence de l'archevêque de Tarentaise, Pierre II de Tarentaise.

Girold, premier abbé, impose une stricte vie monastique respectant la règle de saint Augustin. Les constitutions d'Abondance furent écrites vers 1130 par le bienheureux Ponce de Faucigny, premier abbé de Sixt.. Cet exemple de vie monastique attire les largesses des comtes de Genève et divers seigneurs des environs. L'abbaye possède bientôt, outre les bois, les eaux et les montagnes de la vallée (La Forclaz, Mayse, Lessy, Les Auges), des terres à Cenise (Le Petit-Bornand), à La Roche-sur-Foron, au Grand-Bornand, à Pers, Amancy, Groisy, Saint-Laurent, Thônes. Vinrent s'ajouter les moulins de Cran, vers Annecy des vignobles sur la côte d'Arve-en-Faucigny, Saint-Sigismond et à l'Hôpital-sous-Conflans (actuelle Albertville). Les feudataires chargés de défendre ces possessions devinrent nombreux, puissants et redoutés. Six églises sujettes devaient à l'abbaye diverses prestations et rentes : Amancy, Menthonnex-sous-Clermont, Mésigny, Pers, Poisy et Rumilly-sous-Cornillon.. Néanmoins l'abbaye devait s’acquitter des subsides et taxes dus au comte de Savoie, à l'évêque et à la chambre apostolique.

L'obtention de dons conséquents permet par ailleurs au prieuré de demander à l'abbaye d'Abondance son autonomie et son érection en abbaye. La demande reçoit un avis favorable de Burcard, qui entre-temps est devenu abbé d'Abondance, et l'abbaye d'Entremont est érigée selon la charte du . Douze chanoines y résident alors.. L'abbé d'Entremont obtient le troisième rang après celui d'Abondance et de Sixt. Une bulle pontificale d'Alexandre III indique prendre sous sa protection l'abbaye et ses dépendances 1160..

L'abbé Girold jouissait d'une haute considération, il fut mandé en 1161 pour assister à la signature d'une « charte de charité » entre les couvents de Sixt et d'Abondance, inspirée par l'archevêque Pierre II de Tarentaise, ancien abbé de Tamié. Ses qualités lui valurent, en 1180, d'être nommé au siège abbatial de la maison mère d'Abondance. Son successeur, Jacques (1184-1188) bénéficia de la même considération puisqu'il participa au règlement d'un litige entre Guillaume de Genève et l'évêque Arducius de Faucigny.. Entre 1175 et 1250, les chanoines organisent un hôpital aussi bien laïc que religieux qui est institué à la « louange de Dieu » afin d'accueillir les indigents, les pauvres et les malades. L’accès à l'hôpital n'était pas réservé aux seuls villageois ; les chanoines subvenaient aussi aux besoins des voyageurs. Les soins reposaient essentiellement sur la prière et sur les plantes dont on connaissait les vertus thérapeutiques. Ces plantes étaient soit cueillies en montagne, soit cultivées dans les jardins de l'abbaye.

En 1225, le comte Guillaume II de Genève érige l’abbaye en seigneurie, ainsi son abbé porte désormais le titre de seigneur d’Entremont.Revue historique de droit français et étranger, volume 43, 1965, p. 40, note (142).. La superficie des possessions de l'abbaye est alors de . L'abbaye reçoit en patronage les paroisses d'Amancy, de Pers, de Poisy, Menthonay-sous-Clermont, de Mésigny ainsi que de Saint-Pierre-de-Cornillon. Elle possède par ailleurs des terres du côté de La Roche-sur-Foron, de Grand-Bornand ou encore de Boëge, ainsi que des moulins à Cran, mais aussi des vignes du côté de Saint-Sigismond et de L'Hôpital-sous-Conflans. Dès son édification, l’église de l’abbaye assura le service paroissial comme en témoigne la visite pastorale de 1445 : « Archives départementales de la Haute-Savoie, IG 98.. »

Influence sur la vallée du Borne Dès sa création l’abbaye d’Entremont initie des défrichements et déboisements avec ses alliés et ses vassaux. Les « seigneurs des Clets » y participent par l’attribution de terres à la congrégation. La congrégation développe et administre un territoire pour assurer sa propre existence matérielle, mais contribue également à la grandeur morale et sociale tout autant qu’au salut de ses bienfaiteurs laïcs.

L’abbaye est essentielle pour l’essor d’une population nouvelle et son économie de vie. Le travail de défrichement spontané des populations a été moins rationnel que l’action des religieux de l’abbaye et de leurs hommes. On leur doit le développement du Bois-Berchet, de l’adret de la vallée du Bouchet : le Nant-Robert, les Poches, la Vandanche et les Plans. En ce qui concerne les fonds de vallée, on leur doit Lormay et les Troncs. La vallée du Chinaillon fut aménagée vers les Faux, la Combe des Mouilles et le hameau du Chinaillon. Plus haut sur le Maroly l’abbaye se trouva face aux limites du monastère de La Chartreuse du Reposoir..

Le système féodal distingue alors des droits sur les terres serviles mais les pieux chanoines et autres seigneurs avaient des intérêts sur les « hommes », parfois même en dehors de leur zone ou fief. D’où un mélange inextricable, la vallée du Bouchet (Le Grand-Bornand) dépendait à la fois des féodaux, du comte de Genève, de la Chartreuse du Reposoir et de l’abbaye. Vers 1160, les scribes de l’abbaye faisaient étendre le pays de « Bornan » sur l’ensemble de la vallée du Borne sans distinction. Vers 1260, la différenciation se fera entre le bassin inférieur dit « le Petit », s’étendant du défilé des « Evaux » jusqu’à l’entrée de celui des « Etroits », le bassin supérieur deviendra « le Grand ». On a en effet trouvé dans les inventaires une donation de 15 sols, en 1266, à un certain Pierre, prêtre de "Maggior Bornando"Archives départementales, SA 190..

L’étendue des terres Plus de 30 actes notariés signés sous l’auspice des abbés d’Entremont entre 1220 et 1450 attestent de la présence de l’abbaye dans « la haute vallée du Borne », notamment un acte de 1266 établi entre les chanoines d’Entremont et un habitant de « La Mulaterie » (Grand-Bornand) ayant pour témoin Hubert des Clets, seigneur de la région. Les religieux possédaient des biens et des hommes liges au « Nant Robert ». L’axe de pénétration principal dans le territoire vers les vallées du Bouchet et du Chinaillon se faisait par la vallée du Borne via le col de « La Forclaz »Carte IGN 3430 – C-4.. En 1347, l’abbé d’Entremont et le « seigneur des Clets » en présence du procureur de « La Forclaz » signent un accord qui fixe les limites du lieu et indique que les hommes y sont taillables et justiciables devant l’abbaye. Les pouvoirs de justice entre deux parties sont tellement imbriqués qu’advenaient de nombreux conflits, mais en 1386, Albert des Clets finit par reconnaître la complète compétence de justice à l’abbaye. Cette prérogative appartenait aux nobles des Clets depuis le et leur venait du Comte du Genevois..

Bouleversement démographique Vers 1361, la peste noire arrive dans la vallée du Borne, une autre épidémie en 1418 fait environ 240 victimes. Le chanoine François Pochat-Baron (1860-1951), auteur d'une Histoire des paroisses de la vallée de Thônes, indique un retour de l’épidémie en 1571. En 1380, il ne reste sur le territoire de Maggior Bornando que 40 feux soit 240 âmes, en 1411, 80 feux sont recensés, en 1442 (année des comptes de subsides), on relève 104 feux soit environ 624 personnes, en 1481, on compte 140 feux soit 820 personnes, en 1561, dans la « gabelle su sel », on relève 1392 âmes au Grand-BornandFrançois Pochat-Baron, Histoire des paroisses de la vallée de Thônes, 1942-43, page ???.. Le système féodal tenait à maintenir ses revenus, ce fut le moteur du repeuplement. Le comte de Genève impose à ses féodaux de faire venir des serfs de leurs possessions extérieures ou à inciter des hommes libres à s’installer en acquérant des albergements.

Soumission à Saint-Ruph de Valence L'évêque de Genève et chanoine de Vienne, Robert de Genève, observe des « désordres intolérables », un relâchement dans le respect de la règle monacale de saint Augustin et dans l'entretien des bâtiments.. Il détache le l'abbaye de l'autorité de l'abbé d'Abondance pour la placer sous celle de Saint-Ruf ou Saint-Ruph de Valence. C'est désormais l'abbé de Saint-Ruf qui obtient donc le droit d'élire l'abbé d'Entremont. L'évêque Robert indique toutefois se réserver le droit de valider le choix réalisé. La plupart des abbés proviendront des membres de la noblesse des alentours, comme les membres de la famille de Verboux durant les s.

Anselme fut, en 1281, le premier abbé de la congrégation de Saint-Ruph ; il s’empressa d'appeler douze chanoines exemplaires qui firent oublier les désordres du passé. Les successeurs travailleront à la prospérité matérielle du monastère. L'abbé Aymar (1292-1302) veillera à l'accomplissement des hommages et reconnaissances dus à son église : acquisitions de rentes, cens, droits de taille, échanges destinés à sauvegarder l'indépendance de l'abbaye, tel celui qui lui assure la seigneurie du Petit-Bornand contre l'abandon de celle de Pers au comte de Genève Amédée II... Les titres, possessions et droits de l'abbaye sont confirmés par le comte Amédée, en 1292. Le comte fait des dons à l'abbaye en 1303. Un acte du , signé par Hugues de Genève, confirme les concessions faites par Amédée II en 1292 sur les seigneuries, droits et juridictions.

Des temps difficiles Les monnaies sont rares ; les échanges se font en denrées ou en biens-fonds, sans manipulation d'argent. Philippe IV le Bel s'attaque aux Templiers, confisque leurs biens, partout petits et grands seigneurs s'affrontent, les papes s'installent en Avignon. À l'abbaye cinq abbés se succèdent ayant plus ou moins exercé leur charge.. Le , Falcon de Montchenu, prieur de Poisy, pour remédier à de nouveaux désordres et relâchement dans la discipline, reçoit les pleins pouvoirs et procuration de l'abbé de Saint-Ruph, pour gouverner tout ce qui dépend d'Entremont.

En 1341 et 1342, des emprunts successifs, peut-être nécessités par un incendie, mirent les finances en mauvais état. L'abbé Guilfred Orselli se déclare débiteur envers des banquiers lombards et s’efforce de combler les dettes en rétablissant des droits méconnus.. Lambert de la Garde (1349-1358) fut dans l'impossibilité de solder les emprunts. Il fit appel à de riches et nobles feudataires de l'abbaye afin de cautionner leur abbé suzerain sur la responsabilité de leurs personnes, de leurs biens et de leur honneur et s'engagèrent à payer au total quatre cents florins. Les feudataires de l'abbaye se nommaient : Henri d'Amancy dit le vieux, Henri d'Amancy le jeune, Pierre de Pouget, Hugues de la Balme, Pierre Gassy de Escans, Aymonet de Gemma, Girard de Bez, Rollet de Biolley, Jean de Lamollaz, Perrot de Chatellard, Jean du Foron (de Chamouny), Rolet Plipicet de Rumilly (sous Cornillon), Henri de Coendier (ou Cohendier)..