thumb|upright=1|alt=Carte des départements français.|Localisation du gisement sur la carte des bassins houillers français.
La compagnie minière de Carmaux fut l'une des premières compagnies minières créées en France pour l'extraction du charbon, en 1752, dans le bassin minier de Carmaux et Blaye-les-Mines (Tarn). Elle y obtient, par un édit royal du , la permission, non exclusive, d’exploiter les mines pendant vingt ans. Précédemment, le bassin houiller, connu depuis le , était très mal exploité par des charbonniers mal organisés pour le compte de propriétaires sans grande ambition minière.
La découverte du charbon La première découverte du charbon est due à la mise au jour d'un affleurement d’une couche, d'une grande épaisseur et de grande qualité, par le débordement accidentel du Cérou, rivière qui passe à CarmauxSept Siècles d'exploitation du charbon dans le Pays Carmausin, Patrick Trouche, 1980..
D’après les textes, ce lieu se trouve dans la communauté de St Benoît en aval de Carmaux. Le procès-verbal de 1731 du subdélégué de l’intendant du Languedoc, Mazars d’Alayrac résidant à Albi, précise : « nous devons la découverte du combustible au débordement de la rivière qui fit apparaître la première couche au « rocher du coteau de l'Ecuelle » (communauté de Saint-Benoît) ».
Un acte de cession datant de 1542, conservé dans les archives de la famille de Solages, indique que la noblesse et le clergé comptaient parmi leurs possessions des droits sur des mines. Noble Raymond d'Arpajon, seigneur de Labastide-Gabausse, possédait deux parts sur une mine située dans la communauté de Saint-Benoît, probablement la mine de la Bartète, la troisième part revenait au chanoine de la cathédrale d'Albi, Antoine Dalens.
La famille de Ciron Cet acte énonce les modalités de cession en gérance pour un marchand de « Caramoulx » (Carmaux) qui se nomme Jean de Ciron (marié vers 1550 avec Jeanne Landès).
Ce Jean de Ciron, de Carmaux, va transmettre ses possessions sur certaines exploitations, à son fils Durand de Ciron, puis son petit-fils Antoine de Ciron le Jeune, son arrière petit-fils Jean-Baptiste de Ciron (décédé en 1657), son arrière arrière petit-fils Jean-Baptiste de Ciron (1615-1684), dit marquis de Carmaux, conseiller puis président au parlement de Toulouse en 1674, son arrière arrière arrière petit-fils Jacques Philippe de Ciron (1650-1724), seigneur et marquis de Carmaux, et enfin jusqu'à la fille de ce dernier, Catherine-Marie de Ciron, marquise de Carmaux. Son autre fille, Charlotte de Ciron, épouse Charles de La Roque-Bouillac.
Marie de Ciron se marie, le , à Crebassac, Saint-Affrique (Aveyron), avec François-Paul de Solages (1674-1742), lieutenant au régiment Royal-carabiniers, seigneur de Robal, Saint-Étienne, de Vailhauzy et de Salvanhac, de Rebourguil, 1735, coseigneur de Carmaux vers 1735. La tradition veut que la dot de la mariée s’élève à 250 000 livres de l’époque. Elle s'occupe de la gestion des puits de mine avec l’aide d’un gestionnaire, noble Jean Charles de Cantuer, habitant au château de Carmaux, pendant que son mari fait la guerre dans les armées du roi. N'ayant pas d'enfants héritiers, elle adopte le fils aîné de son mari, né d'un précédent mariage, Antoine Paulin de Solages (1706-1778), page à la grande écurie du roi en 1722.
Le charbon, le verre et la famille de Solages Le département du Tarn jouissait, depuis le d'une longue tradition verrière, à travers ses verreries de la Forêt domaniale de la Grésigne et de la Montagne Noire. La première était utilisée au maximum par les verriers, lors de la visite de Louis de Froidour de Sérizy, à qui Colbert confie la rédaction de l'Ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts du , aboutissant à limiter l'utilisation du bois pour les verreries.
Le troisième des fils de François Paul de Solages, Gabriel de Solages, dit le chevalier de Solages (capitaine des carabiniers de Provence, page du roi Louis XV), reprit peu à peu la gestion des puits de mines à son frère aîné Antoine-Paulin. Pour consommer sur place la plus grande partie de sa production de charbon, il fait construire une verrerie à bouteilles pour laquelle il sollicite une concession, accordée par arrêté du , et fit appel à des verriers de la Grésigne et du Champenois, hautement qualifiés. La verrerie qui sera vendue, après 1856, à un certain Baron, puis à Eugène Rességuier, verra ses effectifs atteindre 800 ouvriers en 1882Musée de Verre de Tarn , constituant une corporation ouvrière privilégiée, bénéficiant de salaires élevés par rapport à ceux des ouvriers mineurs.
La création de la compagnie de Carmaux Le charbon était exploité de longue date à Carmaux. Un arrêt du Conseil d'État du roi rendu en 1744 avait déjà mis un peu d'ordre dans les exploitations minières, soumises à une autorisation préalable fixant diverses mesures de sécurité. C'est en vertu de cet arrêt que le , quatre mois après la concession accordée à la verrerie, Louis XV accorda au chevalier de Solages, pour vingt ans, le monopole de l'exploitation du gisement de Carmaux, prolongé à différentes reprises..
Gabriel de Solages créa la compagnie de Carmaux, où il était majoritaire, avec pour associés le scientifique et militaire Patrick d'Arcy et son oncle Nicolas Robert d'Arcy. Il fit travailler des ouvriers des mines de Flandres guidés par des chefs d'ateliers, ainsi que par des charpentiers, des boiseurs et un directeur, Théodore Fastré, venus dans le bassin vers 1750. La société avait une centaine de salariés dont la moitié travaillait au fond. L'usage du charbon de terre s'était substitué à celui du bois pour la cuisson des briques, tuiles et chaux, créant ainsi de nouveaux débouchés, tout en diminuant considérablement le prix de revient de ces produits.
En 1782, le charbon est parfois extrait à de profondeur et est d'une qualité supérieure aux meilleurs charbons d'Angleterre, tandis qu'un embryon d'entreprise sidérurgique est créée au Saut du Tarn, en 1787, par le vicomte François-Gabriel de Solages, découvrant une mine de fer près d’Alban, à environ de Saint-Juéry. Un fourneau catalan fournissait alors une production de de fer en 5 ou 6 heures, mais la première réelle tentative d’implantation industrielle débuta en 1793, quand l’ingénieur Dodun établit un rapport signalant les possibilités du site.
De la Révolution française à la troisième République En 1789, 200 ouvriers extrayaient de combustibles à Carmaux. Pendant la Révolution, les Solages, d'idées libérales, réussissent à maintenir leur activité minière jusqu'en 1853, année où ils vendent la compagnieRevue du Rouergue, Cent cinquante ans d'une académie de province, La société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, année 1986, page 42.. Le dernier directeur de la compagnie au temps où la famille de Solages en était propriétaire fut Adolphe Boisse.
En 1873 la Société des Mines de Carmaux (SMC) devient propriétaire des houillères, les besoins d'extraction devenant importants. Les effectifs de mineurs augmentaient rapidement: de mineurs en 1880, ils passent à presque en 1900Histoire de Carmaux , site personnel. Les marquis de Solages continuèrent à faire partie des administrateurs..
Jusqu'au rachat en 1873 par la Société des Mines de Carmaux (SMC), trois sociétés de secours se succédèrent : la caisse de secours de la compagnie de Solages, créée en et dirigée par le marquis de Solages; la société de secours mutuels de Sainte-Barbe créée en 1858; et la société de secours mutuels de Sainte-Barbe créée en 1870http://www.histoiresecump.fr/publications/lettre_crhmp_5.pdf.
L’exploitation charbonnière Les prémices de l’exploitation Au cours du , les paysans logeant à proximité du Cérou découvrirent la présence de charbon dans le sol de leurs propriétés. Conscients des atouts de ce combustible sur le bois, ils décidèrent de partager leur activité entre le travail de la terre et l’extraction du charbon. Ils transportaient alors ce dernier sur Albi pour le vendre, moyennant des taxes de péage sur l’actuel Pont-Vieux d'Albi. Un charbonnier pouvait extraire jusqu’à 600 kilos de charbon par jour, dans des tranchées atteignant généralement une vingtaine de mètres de profondeur. Si cette exploitation reste confidentielle et individuelle, elle n’en demeure pas moins décisive pour l’avenir de Carmaux.
thumb|right|Charbon après extraction.
En 1692, Jacques-Philippe de Ciron s’intitule marquis de Carmaux. Il décida de développer l’extraction du charbon, au profit de la seigneurie carmausine. Pour ce faire, il s’assura du monopole des gisements, ordonnant aux paysans propriétaires de lui vendre leur charbon, pour le revendre ensuite à un prix bien plus élevé. Mais les protestations des propriétaires amenèrent l’intendant du Languedoc et le roi Louis XIV à intervenir auprès du marquis de Ciron pour qu’il cesse ce genre de pratiques frauduleuses. À la suite d'un arrêt du Conseil du Roi en 1702, Jacques-Philippe de Ciron dut indemniser les propriétaires lésés.
L’arrivée de la famille de Solages La famille de Solages, de noblesse chevaleresque, est l'une des plus anciennes familles du Rouergue. Elle est citée dans cette province dès le . Au , elle se fond dans la famille d'Arjac. Deux branches naîtront de cette union : une branche qui gardera le patronyme d'Arjac et une autre qui relèvera le patronyme Solages et qui s'implantera au en Albigeois. Cette famille compte parmi ses membres de nombreux officiers au service des rois de France.
En 1724, François-Paul de Solages épousa Marie de Ciron, fille de Jacques-Philippe de Ciron, et hérita ainsi du titre de marquis de Carmaux. Ce fut le début du règne des SolagesDont l'un des membres, le comte Hubert de Solages, sera arrêté en 1765 (en même temps que sa sœur Pauline de Barrau, épouse de Jean Antoine de Barrau) à la requête de son père par lettre de cachet et interné jusqu'au 14 juillet 1789, date à laquelle il fut le premier prisonnier libéré de la Bastille (voir Histoire de la Bastille depuis sa fondation jusqu'à sa destruction, 1844, ) dans le pays Carmausin.
En 1742, Antoine-Paulin de Solages, fils de François-Paul, hérita à son tour du titre de marquis de Carmaux. Il obtint la concession des mines de Carmaux en 1748, ainsi que le droit d’exploiter le sous-sol de ses terres. Ne parvenant pas à gérer l’affaire, il demanda l’aide de son frère Gabriel-Charles de Solages (dit Gabriel de Solages ou Chevalier de Solages), plus expérimenté, et connu des autorités de la Cour. Ce dernier créa la Compagnie de Carmaux et décida, en 1752, de faire venir des mineurs expérimentés de Valenciennes et Charleroi, nommés les Flamands, pour apprendre le travail d’exploitation minière aux mineurs de Carmaux. Des traitements de faveur étaient accordés au mineur venant du Nord, en raison de leur expérience antérieure. Ces inégalités donnèrent lieu à des conflits entre les Flamands et les mineurs d’origine carmausine. Néanmoins, le mode d’exploitation commença sa révolution, et la production annuelle atteignit des taux record. À noter que le chevalier de Solages créa également, avec son père François-Paul une verrerie en 1752 (une industrie promise à un bel avenir dans le Carmausin), alimentée par le charbon de Carmaux. Il contribua par ailleurs au projet de son Directeur des Mines (1754-1787), Théodore Fastré, la production industrielle de chaux issue de la combustion de charbonille (mélange de charbon et de schiste) et de calcaire dont l'utilisation en agriculture via la pratique du chaulage, fut à l'origine d'une véritable révolution agricole dans le Languedoc aux .