L'affaire de l'étude de Rind, Tromovitch et Bauserman est une controverse suscitée par la publication en 1998, dans le Psychological Bulletin, revue de la Société américaine de psychologie, d'un article de trois psychologues américains : Bruce Rind, du département de psychologie de l'université de Philadelphie, Philip Tromovitch, de l'université de Pennsylvanie, et Robert Bauserman, de l'université du Michigan. Cette étude, qui porte sur les abus sexuels sur mineurs et les éventuelles séquelles psychologiques observées chez les victimes de ceux-ci, est une méta-analyse de 59 enquêtes effectuées précédemment auprès d'étudiants ayant été victimes ou non d'abus sexuels, le ressenti personnel de ceux qui ont subi ces abus, et les signes cliniques de traumatisme (alcoolisme, dépression, anorexie, paranoïa...), en vue d'en déterminer les conséquences à long terme.

La conclusion des auteurs de cette étude est que .

L'étude a provoqué aux États-Unis une vive controverse, portant aussi bien sur ses conclusions que sur la méthode employée par les auteurs Erica Goode, Study on Child Sex Abuse Provokes a Political Furor, The New York Times, 13 juin 1999. L'étude a été condamnée à l'unanimité par les membres de la Chambre des représentants et du Sénat. La condamnation d'une étude scientifique par le Congrès était, à cette époque, un événement sans précédent.

Parmi les trois auteurs de l'étude, deux avaient participé à des conférences organisées par des militants pédophiles et contribué à des publications de cette même mouvance, et le troisième a fait par la suite des déclarations publiques en faveur de la pédophilie'Paedophilia is natural and normal for males', Telegraph, 5 juillet 2014.

L'étude Selon les auteurs, il ressort des échos donnés dans les médias et la littérature professionnelle que les abus sexuels sont traumatisants, que leur dommage est généralisé et durable, et qu'ils sont en général vécus comme une expérience très négative. Le but officiel de l'analyse réalisée par Rind, Tromovich et Bauserman est de vérifier si la manière dont sont vécus les abus sexuels correspond à cette description.

Un des constats des auteurs est que l'appellation abus sexuel est utilisée par les chercheurs pour désigner autant une violation des normes sociales que le tort causé à une victime ; or, une violation des normes sociales n'a pas forcément une conséquence négative pour la victime. Cependant, ils justifient l'utilisation du terme (en anglais Child Sexual Abuse, abrégé en CSA) car ce terme a été employé par les auteurs des études antérieures.

Méthodologie L'étude de Rind, Tromovitch et Bauserman effectue un rapprochement et une consolidation (méta-analyse) des résultats de 59 enquêtes indépendantes réalisées entre 1975 et 1995 dans des universités américaines, et portant sur la population étudiante. Des enquêtes portant sur des abus sexuels, les conséquences sur l'étudiant concerné, ou bien des symptômes comme l'alcoolisme, la dépression nerveuse, l'anorexie, la phobie, la paranoïa et le suicide. Ces enquêtes présentent d'une part des résultats de référence concernant des étudiants n'ayant pas vécu d'abus sexuel, et de l'autre des résultats concernant des étudiants qui en ont subi.

La méta-analyse se base sur la consolidation de trois ensembles : les différences d'équilibre des étudiants selon qu'ils aient été ou non victimes d'abus sexuels, ainsi qu'en fonction de leur situation familiale, et les différences de situation familiale entre les étudiants victimes ou non d'abus sexuels. Le but du troisième ensemble est de déterminer si les différences dans l'équilibre psychologique des victimes d'abus sexuels peuvent être confondues avec celles dues à leur situation familiale et donc si la relation entre l'équilibre et les abus sexuels est fondée ou non.

Une des difficultés rencontrée par les auteurs est que les 59 enquêtes utilisées n'ont pas la même définition du mot abus sexuel. Les enquêtes n'ont pas la même définition du terme enfant, fixant l'âge limite entre 16 et 18 ans (75 % des études), ou alors 14 ans (25 % des études). Et 70 % des enquêtes tiennent compte de la différence d'âge entre l'enfant / adolescent et l'adulte, mais ne tiennent pas compte du consentement du partenaire sexuel le plus jeune.

Une autre difficulté est que certaines enquêtes utilisées comportent une décomposition en catégories de ce qui est considéré comme abus sexuel mais que les catégories diffèrent d'une enquête à l'autre (par exemple exhibitionnisme, caresses, attouchements, masturbation, fellation, tentative de copulation, et pénétration). Rind, Tromovitch et Bauserman ont alors établi un barème de gravité pour chaque catégorie. Ce barème tient compte également de la proximité de la relation entre les personnes (parents biologiques, membres de la famille, ou non), de la fréquence des abus, et de l'usage de la force ou de menaces.

Conclusions Selon les résultats de cette méta-analyse, 51 % des abus subis par les garçons et 39 % des abus subis par les filles seraient de l'ordre des caresses, 46 % des victimes d'abus sexuels l'auraient été à plusieurs reprises et 23 % des abus sexuels sur des garçons et 41 % des abus sur les filles auraient été réalisés sous la contrainte.

Toujours selon cette étude, 14 % des garçons et 27 % des filles dans les universités auraient vécu au moins une fois une expérience classée comme un par une ou plusieurs des 59 enquêtes. Selon cette étude il existe une corrélation de moins de 1 % entre la désorientation (signes cliniques de traumatisme) et le fait d'avoir subi un abus sexuel, et une corrélation 9 fois plus élevée entre la situation familiale et la désorientation. Toujours selon cette étude, le traumatisme subi n'est pas généralisé et durable, et il n'est pas vécu de la même manière par les filles que par les garçons.

Selon les auteurs, le facteur de corrélation très bas s'explique par le fait que dans des études comparables effectuées dans des milieux cliniques il existe une forte proportion de cas d'incestes, alors que ceux-ci ne représentent que 16 % des cas d'abus recensés lors d'enquêtes dans les universités.

L'étude comporte également une statistique en fonction des caractéristiques de l'abus sexuel - durée, fréquence, présence de contraintes et pénétration. Le résultat de cette statistique est une prévalence élevée (12 %) de signes cliniques dans les cas où il y a eu contrainte, une prévalence de près de 2 % dans les cas d'inceste, et une prévalence inférieure à 1 % pour les autres cas.

Selon cette étude, parmi les événements classés, d'un point de vue légal, comme un abus sexuel, 10 % des événements vécus par les filles, et 27 % des événements vécus par les garçons auraient été rapportés par les victimes comme étant une expérience positive. 70 % des événements vécus par les filles et 33 % des événements vécus par les garçons auraient été rapportés comme étant une expérience négative.

Selon cette étude, les traumatismes à long terme sont peu fréquents, un abus sexuel étant le plus souvent rapporté comme une expérience constituant un traumatisme passager. Le facteur de corrélation très bas entre la désorientation et le fait d'avoir vécu un abus sexuel ne soutient pas le fait que plus de 50 % des filles considèrent tel événement comme une expérience négative.

Les auteurs concluent leur étude en estimant que . Ils estiment que leur travail tend à infirmer ce point de vue, induit selon eux par . Les auteurs suggèrent d'utiliser une appellation , qui serait , et de réserver le mot abus sexuel aux cas d'expériences dommageables – jugées négatives par l'enfant. Ils suggèrent également de faire la distinction entre les enfants et les adolescents, arguant que pour ces derniers .

La controverse

L'article est tout d'abord refusé par le comité de lecture du Psychological Bulletin ; il est ensuite proposé une seconde fois après un changement de comité, et finalement publié malgré un avis défavorable d'au moins l'un des membres du nouveau comité Anna Salter, Predators: Pedophiles, Rapists, And Other Sex Offenders, Basic Books, 2004, pages 64-67 Charles L. Whitfield, Joyanna L. Silberg, Paul Jay Fink, Misinformation concerning child sexual abuse and adult survivors, Haworth Press Inc, 2002, pages 122-128. Sa parution passe inaperçue dans un premier temps. L'une des premières réactions vient, en , d'une association conservatrice prétendant traiter l'homosexualité par la psychothérapie, la National Association for Research & Therapy of Homosexuality (NARTH), qui dénonce l'étude sur son site Internet Carol Travis, The uproar over sexual abuse research and its findings, Society, volume 37, n°4, 2000. L'article devient connu du grand public au printemps 1999, lorsque la présentatrice de radio Laura Schlessinger, animatrice de l'émission The Laura show, s'indigne publiquement de ses conclusions, en considérant qu'elles incitent aux relations sexuelles entre adultes et enfants. Dénonçant le caractère pseudo-scientifique de cette combinaison de 59 travaux différents, l'animatrice reproche vivement à la Société américaine de psychologie (APA) d'avoir publié ce texte. Cette intervention marque le début d'une très forte controverse médiatique, scientifique et politique. Peu après les déclarations de Laura Schlessinger, un groupe ouvertement pédophile, la North American Man/Boy Love Association (NAMBLA), se réjouit de la publication de l'étude, renforçant l'impression que l'article constitue une apologie de la pédophilie Scott O. Lilienfeld, When Worlds Collide: Social Science, Politics and the Rind et al. (1998) Child Abuse Meta-Analysis, The American Psychologist, volume 57. L'APA réagit en réaffirmant la nocivité des abus sexuels sur mineurs et en contestant que l'étude incite en quoi que ce soit à la pédophilie Sara Martin, APA defends stance against the sexual abuse of children, APA Monitor, août 1999. Raymond D. Fowler, président de l'APA, défend dans un email interne le travail du comité de lecture ayant abouti à la publication de l'article et réaffirme également la nocivité de l'abus sexuel sur mineur et de la pédophilie TO: Council of Representatives, email interne, 25 mai 1999.

La politique s'empare de l'affaire quand plusieurs élus républicains du Congrès prennent part à la controverse, et dénoncent l'article comme induisant une banalisation de la pédophilie. Au cours de l'année 1999, les autorités de plusieurs États américains adoptent des résolutions condamnant l'article Weathering a Political Storm: A Contextual Perspective on a Psychological Research Controversy, American Psychologist, mars 2001. Dans une lettre ouverte publiée le , la Société d'études scientifiques en sexologie (Society for the Scientific Study of Sex, abr. SSSS) demande à l'association américaine de psychologie de soutenir les travaux des docteurs Rind, Tromovich et Brauserman, et de soutenir le besoin des scientifiques de , arguant que . Le , la Chambre des représentants adopte une résolution condamnant l'article et affirmant la nocivité des relations sexuelles entre adultes et enfants ; le Sénat adopte une résolution similaire le 30. La condamnation d'une étude scientifique par le Congrès est alors un événement sans précédent. Cette condamnation de l'étude par le Congrès sème le trouble au sein de la communauté scientifique américaine ; certains savants s'inquiètent alors d'éventuelles interférences de la politique avec la recherche.