Étienne Maurice, comte GérardSon acte de naissance porte les prénoms dans l'ordre « Maurice Étienne », quoique l'ordre inverse semble d'un usage plus répandu chez les lexicographes. Les témoignages du temps donnent à penser que son prénom usuel était « Maurice ». est un maréchal de France et homme d'État, né le à Damvillers en Lorraine et mort le à Paris.
Biographie
Fils de Jean Gérard (1739-1801), huissier royal et audiencier de la prévôté royale de Damvillers et de Marville puis négociant à Damvillers, et de Marie-Jeanne Saint-Rémy, Étienne Maurice Gérard participa à toutes les campagnes de l'Empire et gravit tous les échelons de la carrière militaire.
Il est le grand-père de Rosemonde Gérard, épouse d'Edmond Rostand.
De l'engagé volontaire au colonel, 1791-1800
Engagé à dix-huit ans le dans le de volontaires de la Meuse, nommé grenadier un an plus tard, il reçut le baptême du feu en 1792 dans les défilés de l'Argonne sous les ordres de Dumouriez. Il prit part à la bataille de Jemmapes le et est nommé sergent-major le , puis sous-lieutenant le 21. Lieutenant le , il s'était entre-temps battu à la Neerwinden le .
L'année suivante en avril 1794, Gérard fut affecté à la de première formation commandée par Bernadotte, faisant partie de l'armée du Nord. Avec elle, il passa la Sambre le et se battit à Fleurus le 16. Il participa ensuite à la prise de Charleroi le et servit à nouveau lors de la bataille de Fleurus le .
À la fin de l'année 1794, il suivit Bernadotte à l'armée de Sambre-et-Meuse nouvellement créée et placée sous le commandement du général Jourdan. Il se distingua au passage de la Rour à Aldenhoven, le , où il s'élança au travers des lignes ennemies pour établir un filin au travers de la rivière afin de permettre aux troupes de traverser. Ce fait d'armes fut remarqué par Bernadotte, qui fit nommer le lieutenant Gérard adjoint à son état-major le . En 1796, il participa à tous les combats par lesquels l'armée de Sambre-et-Meuse se rendit maîtresse de la rive gauche du Rhin et tenta, mais sans succès durable, d'effectuer une percée en territoire allemand. Le , il prit part à la bataille de Teining.
Nommé capitaine à la de deuxième formation le , il devint aide de camp de Bernadotte et le suivit en dans son ambassade à Vienne, entre février et . Dans la capitale autrichienne, il fit preuve de courage pour repousser une émeute excitée contre l'ambassade de France — qui avait arboré un drapeau tricolore à son balcon — et parvint à sauver la vie de son ambassadeur. Il fut promu successivement adjoint aux adjudants généraux, chef d'escadron et colonel en 1800.
Général de l'Empire D'Austerlitz à Moscou
Un décret de 1801 ayant disposé que les généraux de division ne pourraient avoir d'aide de camp d'un grade supérieur à celui de chef d'escadron, Gérard dut cesser ses fonctions auprès de Bernadotte et resta dans l'inactivité jusqu'au . À cette date, un décret impérial le nomma adjudant commandant et premier aide-de-camp de Bernadotte, qui avait été élevé depuis à la dignité de maréchal d'Empire en 1804.
Il fut blessé à la bataille d'Austerlitz le en chargeant avec brio à la tête de ses escadrons contre la Garde impériale russe. Il fut promu général de brigade le après avoir montré une grande bravoure à la bataille de Halle. À Iéna, le , il chargea la cavalerie prussienne à la tête du de hussards, la culbuta et lui fit de nombreux prisonniers. En tant que chef d'état-major du de Bernadotte, il se signala également à Erfurt et à Wagram où, à la tête de la cavalerie saxonne, il contribua de manière significative à la victoire française. Peu après, Napoléon le créa baron de l'Empire par lettres patentes du .
L'année suivante il refusa de suivre Bernadotte en Suède et fut envoyé à l'armée d'Espagne du au . Il se distingua à la bataille de Fuentes de Oñoro le . Il était au Portugal en 1810 avec le général Drouet d'Erlon et ne revint à la Grande Armée qu'en 1812. Il fut ensuite envoyé à l'armée d'Italie en qualité de commandant de la de cavalerie légère le .
Lorsque la campagne de Russie fut décidée, il passa au de la Grande Armée et contribua à la prise de Smolensk le , où il remplaça le général Gudin, mortellement blessé à la tête de sa division pendant la bataille de Valoutina. Gudin, expirant, demanda à Napoléon comme dernière grâce que sa division fût confiée à Gérard, ce que l'Empereur accorda. Le , peu après la bataille de la Moskova où il s'était une nouvelle fois distingué, Gérard fut nommé général de division et reçut le commandement de la du de la Grande Armée. Il entra dans Moscou avant de participer à la désastreuse retraite de Russie sous les ordres du maréchal Ney et du prince Eugène. À la Bérézina, sous les ordres de Ney, Gérard commandait en second le corps formé pour protéger les débris épars de l'armée.
Dernière campagne d'Allemagne vignette|Le général Gérard (dessin de Charles-Aimé Forestier, vers 1820).
Lors de l'évacuation de la Pologne, Gérard commanda l'arrière-garde, composée de Napolitains et de trois bataillons de conscrits. Il arriva à Francfort-sur-l'Oder sans avoir subi de pertes excessives ; mais alors le sort de ses troupes, à peu près isolées, parut désespéré. Les environs de Francfort étaient envahis par les Russes, la population était en pleine insurrection contre les Français et le tsar Alexandre s'y trouvait en personne avec des forces considérables. Ce dernier fit sommer Gérard, par un de ses aides de camp, d'évacuer la ville. Gérard répondit fièrement qu'il n'évacuerait pas. Après quoi, manœuvrant avec habileté, il put effectuer sa retraite sur l'Elbe trois jours plus tard. Il prit ensuite le commandement des avant-postes. Il fut fait comte de l'Empire par décret impérial du .
Le , il reçut le commandement du dans la campagne de Saxe. Il se signala sous les ordres du maréchal Macdonald à Lützen et à Bautzen où se trouvait placé en avant de la Sprée, de manière à se lier avec le corps de l'extrême droite. Après le combat le plus meurtrier, ce corps fut forcé de se replier. Macdonald jugeant que ce mouvement rétrograde compromettait son avant-garde, commandée par le général Gérard, lui envoya l'ordre de se replier : À l'instant il donna l'ordre d'attaquer ; en deux heures les positions abandonnées furent reprises, et la victoire de Bautzen fut arrachée des mains de l'ennemi.
Guéri d'une blessure qu'il reçut quelques jours après, Gérard reprit le commandement de sa division lorsque l'armistice de Pläswitz fut rompu. Au combat de Goldberg, il renouvela, sous les ordres de Lauriston qui commandait en l'absence du duc de Tarente, ce qu'il avait fait aux bords de la Sprée : sa division faisait l'extrême gauche, et le général en chef, se voyant forcé à sa droite et au centre, lui envoya à plusieurs reprises l'ordre de faire sa retraite ; mais Gérard, au lieu de se retirer, attaqua vivement les Prussiens et les culbuta. Après cette affaire, quoiqu'il ne fût lieutenant-général que depuis moins d'un an, et qu'il fût le plus jeune officier de ce grade, il reçut le commandement du et le garda pendant toute la campagne. Il se signala ensuite à l'attaque de Nieder-Au où il força les divisions de Yorck et du prince de Mecklembourg à repasser la Katzbach. À cette bataille, le général Gérard, quoique blessé d'une balle à la cuisse, ne quitta pas le champ de bataille. À la seconde journée de la bataille de Leipzig, le , il reçut à la tête une blessure plus grave qui le contraignit à céder le commandement. Il part pour Hambourg en décembre 1813, accompagné de son aide de camp, le lieutenant Rolin.
Campagnes de 1814 et 1815 vignette|Le général Étienne Maurice Gérard à cheval (gravure du ).
Il fut cependant assez tôt rétabli pour prendre part à la campagne de France en 1814. Il fut nommé commandant du corps des réserves de Paris, uniquement composé de conscrits. Il se battit à Brienne. À la bataille de La Rothière, il commandait l'aile droite et malgré les attaques opiniâtres d'un ennemi supérieur en nombre, il conserva ses positions. À minuit, sur ordre formel de l'Empereur, il abandonna la défense du pont de Dienville. Il se distingua ensuite à Saint-Dizier. Avant de quitter Paris, Napoléon lui confia le commandement du corps des divisions de réserve qui devaient agir dans les plaines de Champagne. Il arrêta la marche des généraux Giulay et Colloredo, comme chef de l'aile droite de la Grande Armée, et contribua ainsi aux victoires de Nogent, Nangis et Montereau, où il remplaça le maréchal Victor. L'action de Montereau avait commencé à neuf heures du matin et les diverses attaques avaient été repoussées ; vers une heure, un aide de camp porta à Gérard l'ordre de se mettre à la tête des troupes. Celui-ci fit aussitôt de nouvelles dispositions, ordonna un mouvement général, enleva toutes les positions de l'ennemi, le poursuivit l'épée dans les reins et lui prit un grand nombre de canons, de drapeaux et de prisonniers. Le , à la tête du , il dispersa l'avant-garde ennemie commandée par Platov. Deux jours plus tard, il força la division à battre en retraite et la poursuivit jusqu'au-delà de Bar-sur-Aube.
Ayant adhéré à la déchéance de en , il est chargé de ramener en France la garnison de Hambourg. En témoignage de satisfaction, Louis XVIII le fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le et grand-croix de la Légion d'honneur le de la même année.. Peu de temps après, il est nommé inspecteur général de la militaire et désigné pour le commandement du camp de Belfort. Le , Gérard était inspecteur général d'infanterie en Alsace ; de Strasbourg, où il était en inspection. Il applaudit cependant au retour de Napoléon et reçoit le commandement de l'armée de la Moselle, devint par la suite le d'armée.
Il est élevé à la dignité de pair de France le . En remettant les nouvelles aigles à ses troupes, il leur dit : Il reçoit au commencement de juin l'ordre de se rendre à marches forcées sur la frontière du Nord. Il franchit la Sambre à la tête de son corps d'armée et se conduit avec vaillance pendant la bataille de Ligny, où le succès de ce combat important fut le résultat de ses habiles dispositions autant que de son intrépidité personnelle et de celle de ses troupes. Le 18, il était dans la direction de Wavre lorsqu'on entendit le canon du côté de la forêt de Soignes. Les commandants des divers corps s'étaient alors réunis en conseil, le général Gérard voulait que, suivant les principes généraux de la guerre, on fût droit au canon, en passant la Dyle sur le pont de Munster. Grouchy ne se défendit de cette opinion que par des ordres contraires et positifs de l'Empereur. Ce mouvement aurait peut-être changé le résultat de la bataille de Waterloo.
Avant la fin de la journée, Gérard reçut une cinquième blessure. Une balle de l'arrière-garde de Blücher lui traversa la poitrine au moment où, à la tête de l'infanterie, il allait attaquer le village de Bierges. Il voulut néanmoins partager le sort du reste de l'armée et se fit transporter au-delà de la Loire. Un monument a été érigé en 1958 à sa mémoire sur le site du moulin de Bierges : le monument au général Gérard.
Au service du roi
Après la capitulation de Paris, le maréchal Davout désigne les généraux Kellermann, Gérard et Haxo pour traiter au nom de l'armée avec le nouveau gouvernement. Cette mission accomplie, Gérard est mis en non-activité en et se retire à Bruxelles.
Il rentre en France en 1817 et s'installe au château de Villers-Saint-Paul dans l'Oise, dont il avait fait l'acquisition la même année.