Élisabeth de France, également appelée Élisabeth de Bourbon ou Isabelle de Bourbon, née le à Fontainebleau et morte le à Madrid, fut reine d'Espagne, du Portugal, de Sicile et de Naples, duchesse de Bourgogne, de Milan, de Brabant, de Luxembourg et de Limbourg, comtesse de Flandre, de Hainaut et comtesse palatine de Bourgogne.

Famille Elle est la fille d' et de Marie de Médicis.

Par son père, elle est petite-fille de Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret. Par sa mère, elle est petite-fille de et de Jeanne d'Autriche.

Elle a comme frères et sœurs légitimes , Christine de France, Monsieur d'Orléans, Gaston de France et Henriette-Marie de France.

Premières années Jeunesse

Élisabeth, appelée par le titre honorifique Madame Royale, est baptisée dans la religion catholique le même jour que son frère Louis et sa sœur Christine, avec pour marraine l'infante Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, fille de , gouvernante des Pays-Bas, mais elle ne reçoit pas de parrain.

Sa mère aurait montré sa cruelle indifférence envers elle, car elle avait cru la prophétie d'une religieuse qui lui avait assuré qu'elle donnerait naissance à trois fils.

Peu de temps après sa naissance, elle a été promise à Philippe-Emmanuel, prince du Piémont, fils aîné et héritier de de Savoie et de Catherine-Michelle d'Autriche, sœur de la marraine d'Élisabeth. Cependant, le mariage n'a jamais eu lieu, puisque Philippe-Emmanuel est décédé en 1605.

Les premières années de Madame Royale se passent sous la tutelle de la gouvernante royale Françoise de Montglat, dans le château de Saint-Germain-en-Laye, un endroit calme à l'écart de la cour parisienne où elle partage éducation et jeux avec ses frères et sœurs légitimes.

Lorsque son père, le roi fut assassiné par Ravaillac devant le palais du Louvre le 14 mai 1610, son frère le Dauphin (avec qui Élisabeth avait une relation très étroite) lui succéda sur le trône en tant que roi de France, sous la régence de sa mère, Marie de Médicis.

Mariage avec d'Espagne vignette|gauche|L'échange des deux princesses de France et d'Espagne sur la Bidassoa à Hendaye, le ,tableau de Pierre Paul Rubens faisant partie du Cycle de Marie de Médicis, v. 1622-1625

Symbole d'une alliance avec l'Espagne non souhaitée par son père mais désirée par sa mère Marie de Médicis, princesse italienne dont la mère était une Habsbourg, par les Concini, favoris de sa mère, et par le parti dévot français, elle est "échangée" contre l'infante espagnole Anne d'Autriche qui quitte son Espagne natale pour épouser , frère d’Élisabeth.

Élisabeth et son frère rencontrent pour la première fois leurs conjoints respectifs le 25 novembre 1615 sur l'Ile des Faisans dans la rivière Bidassoa qui sépare la France et l'Espagne entre la ville française d'Hendaye et la ville espagnole de Fontarrabie. En Espagne, le nom français d'Élisabeth a pris la forme espagnole d'Isabel. La cérémonie religieuse a eu lieu dans la cathédrale Sainte-Marie de Burgos. Au moment de son mariage, Élisabeth, 13 ans, est devenue la nouvelle princesse des Asturies.

Ce mariage a suivi une tradition de cimenter des alliances militaires et politiques entre les puissances catholiques de France et d'Espagne avec des mariages royaux. La tradition remonte à 1559 avec le mariage du roi avec la princesse française Élisabeth de France (1545-1568), fille du roi , dans le cadre de la Paix du Cateau-Cambrésis.

Princesse des Asturies En raison du jeune âge de qui n'a que dix ans, on tient tout d'abord Élisabeth à l'écart de la cour et de son époux. Mais la maladie de change la donne. Le mariage est alors enfin consommé et Élisabeth est très rapidement enceinte. À la mort de d'Espagne, le 31 mars 1621, Élisabeth devient officiellement reine d'Espagne.

Reine d'Espagne Début du règne

et Élisabeth sont couronnés en . Élisabeth devient la deuxième reine d'Espagne française depuis Élisabeth de France (1545-1568), fille d' et épouse de . Mais les festivités sont gâchées par la naissance prématurée d'une petite fille qui ne survivra pas, Marie-Marguerite.

avait diverses maîtresses qui lui ont donné plusieurs enfants illégitimes. Il a laissé les affaires du gouvernement en grande partie au comte d'Olivares, Gaspar de Guzmán, qui, cependant, n'était pas à la hauteur des conditions politiques de l'époque.

Dans ses premières années en tant que reine, Élisabeth a fait peu d'apparition politique et s'est plutôt livrée à ses intérêts pour la poésie, l'art et, surtout, le théâtre. Elle est considérée comme une grande patronne de la littérature espagnole à son âge d'or.

Élisabeth elle-même a fait l'objet de rumeurs sur ses relations avec le célèbre poète Juan de Tassis y Peralta, qui était son gentilhomme d'honneur. Le 14 mai 1622, lorsqu'un incendie se déclare, il met la reine en lieu sûr, ce qui a amené encore plus de soupçons sur leur relation. Le poète se fait alors mystérieusement assassiner. La responsabilité de sa mort a été partagée entre et Olivares (premier ministre et favori du roi).

Régences et chute d'Olivares

Élisabeth a été nommée régente d'Espagne durant la révolte catalane. Avant 1640, la reine ne semble pas avoir eu beaucoup d'influence sur les affaires de l'État, qui étaient en grande partie confiées à Olivares. Élisabeth ne s'entendait pas avec lui car il l'empêchait d'exercer une influence politique. Il a en effet dit, un jour qu'elle exposait une opinion politique au roi, que les prêtres existaient pour prier et les reines existaient pour engendrer.

Sa régence a reçu des critiques élogieuses et elle lui a permis de provoquer la chute d'Olivares dans le cadre d'une «conspiration de femmes» aux côtés de la duchesse de Mantoue, Ana de Guevara, de María de Ágreda et de sa principale dame d'honneur, Luisa Manrique de Lara.

Après la chute de son favori, voit en son épouse sa plus proche alliée politique et lorsque le roi repart pour le front en 1643, Élisabeth est de nouveau nommée régente. Sa deuxième régence a également reçu de bonnes critiques et elle a été créditée par le roi pour ses efforts à fournir des approvisionnements vitaux pour les troupes ainsi que pour ses négociations avec les banques pour financer l'armée, allant même jusqu'à vendre ses propres bijoux. On disait qu'elle avait l'intention de suivre l'exemple de la reine Isabelle la Catholique et de diriger sa propre armée pour reprendre Badajoz.

Décès Alors qu'elle est au sommet de sa gloire, Élisabeth, affaiblie par ses multiples grossesses et fausses-couches, décède le en accouchant de son neuvième enfant.

Philippe IV d'Espagne fut très touché par sa mort, surtout qu'il avait récemment trouvé en elle une alliée.

Descendance

Elle a dix-huit ans et demi quand elle commence à donner régulièrement des héritiers à : Marie-Marguerite ( - ), née prématurée, n'a pas survécu ; Marguerite-Marie-Catherine ( - ) ; Marie-Eugénie ( - ) ; Isabelle-Marie-Thérèse ( - ) ; Balthazar-Charles ( - probablement d'une crise d'appendicite) ; François-Ferdinand (mort-né en 1634) ; Marie-Anne-Antoinette ( - ) ; Marie-Thérèse ( - ) épouse en 1660 ; un enfant mort-né ().

Il est fort probable que ait transmis à sa femme une maladie vénérienne qu'il aurait contractée avec une de ses maîtresses. Cette maladie pourrait expliquer certaines fausses-couches, mais les mariages consanguins dont est issu pourraient également en être la cause. Pour les enfants mort-nés ou morts en leur enfance, la mortalité infantile peut être évoquée ainsi que l'incompétence des médecins de l'époque.

Élisabeth a souffert en silence de la mort de ses enfants et de ses fausses-couches, d'autant que certaines maîtresses de son mari lui donnaient des enfants viables. Sa culpabilité s'exprime dans les lettres à son frère et à sa belle-sœur Anne d'Autriche. Elle avait toujours voulu que sa dernière fille, Marie-Thérèse, âgée de cinq ans à sa mort, épouse le roi , et ce mariage eut lieu, bien que les mariés fussent doubles cousins germains.

Seule Marie-Thérèse, future reine de France, parvint donc à l'âge adulte, apportant à l'ennemi héréditaire de la Maison d'Autriche, la France, dont elle était issue, des droits sur le trône et les possessions espagnoles. En effet, c'est à travers sa fille, la reine Marie-Thérèse, héritière d'Espagne durant 11 ans, dont la postérité devint la lignée aînée du trône espagnol, que la maison des Bourbons d'Espagne fut créée.

Ascendance

Références

Voir aussi

Bibliographie Élodie Conti et Marion Duchesne, « « Cette bonne et saincte princesse n’oseroit profferer une silabe qui ne luy soit prescrite » : Élisabeth de Bourbon, une parole sous contrôle ? (1621-1629) », Exercices de rhétorique [En ligne] 24 (2025), mis en ligne le 18 novembre 2025. DOI : https://doi.org/10.4000/155w0 Bénédicte Larre, Élisabeth l’Européenne. Fille de France et reine d’Espagne, Éditions de La Bisquine, 2021.

. Frédérique Sicard, «Une reine entre ombres et lumières ou le pouvoir au féminin: le cas d’Isabelle [de] Bourbon, reine d’Espagne, première femme de (1603-1644)», Genre & Histoire [En ligne], vol. 4, printemps 2009,

Filmographie Le Roi ébahi (El rey pasmado), film réalisé par Imanol Uribe en 1991 - Nommé pour quatorze Goyas, il en remporta huit. Élisabeth est interprétée par Anne Roussel.

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