Les langues romanes, aussi appelées langues latineslatin, dictionnaire de l'Académie française : « Qui est issu de la Rome antique, qui porte l'empreinte de sa culture, de sa langue. Les pays latins. La civilisation latine. Le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le roumain sont des langues latines. Le génie latin. Le tempérament latin. »latin, TLFi, « − En partic. [En parlant d'une lang. ou d'un pays considéré du point de vue de sa lang.] Qui a pour origine le latin; dont la langue a pour origine le latin. [...] « les langues latines » ou encore langues néo-latinesLangues romanes, thèmes data.bnf.frnéolatin, Larousse : « Se dit parfois des langues romanes. »néolatin, Dictionnaire de l'Académie française, « (on dit plus souvent des langues romanes). », sont un groupe de langues issues du latin vulgaire, plus précisément du latin véhiculaireL’Europe Et Ses Populations, J.A. Miroglio, 2012, Springer, p. 22, « L’Europe Linguistique », Aldo Dami, , « Les langues romanes sont au nombre de neuf. On les appelle également langues latines, ou encore néo-latines ».. Utilisé pour la communication sur toute l'étendue de l'Empire romain, le latin véhiculaire a évolué en plusieurs langues romanes dont trois, l'espagnol, le français et le portugais, ont connu une expansion colonisatrice mondiale à partir du .

La distinction entre langue et dialecte étant assez arbitraire, on peut définir d'une vingtaine à une cinquantaine de langues romanes. Les plus parlées dans le monde sont l'espagnol (480 millions de locuteurs natifs), le français (321)., le portugais (227), l'italien (71), le roumain (24), le créole haïtien (13) et le catalan (11)Jacques Leclerc, « Les langues romanes » in : L'aménagement linguistique dans le monde - . La plupart des autres sont menacées d'extinction.

Nom Roman est un nom masculin issu de l'ancien français romanz (v. 1135), lui-même issu du bas latin romanice (« à la façon des Romains », par opposition à celle des Barbares), et désignant dès le la langue vernaculaire parlée dans le Nord de la France, par opposition au latin (langue écrite et savante) et au germanique des Francs. La forme adjectivale du substantif roman est relevée au pour qualifier une langue vernaculaire parlée en Romania, et apparaît en linguistique dans le courant du pour qualifier les langues romanes.

Description générale Ces langues ont été parlées ou le sont encore dans un ensemble géographique désigné par le terme de « Romania »Encyclopædia Universalis, article « Empire byzantin » et chroniques de Geoffroy de Villehardouin., désignant la partie européenne des anciens Empires romains occidental et oriental. Les mots « roman(e) » et « Romania » remontent à des dérivés de l'adjectif latin : l'on considérait en effet que leurs locuteurs utilisaient une langue issue de celle des Romains, par opposition à d'autres introduites ultérieurement dans les territoires de l'Empire, comme le francique au nord de la France, langue tudesque des Francs appartenant à la branche des langues germaniques. La première attestation du terme roman remonte au concile de Tours, qui se tient en 813. Lors de ce concile, l'un des cinq réunis cette même année à l'initiative de Charlemagne, il est recommandé aux prêtres de s’adresser aux fidèles , le roman. Il s'agit d'une forme vernaculaire, évoluée et corrompue, du bas latin, ancêtre des langues gallo-romanes. Le texte de ce concile est, dans l'état actuel des connaissances, la première source écrite « romane » attestée.

Le premier ouvrage mentionnant plusieurs langues romanes est le (« De l'éloquence vulgaire ») de Dante (), où l'on trouve les dénominations de langue d'oïl, langue d'oc et de langue de si. Il s'agit pour Dante de proposer, pour remplacer le latin comme langue littéraire, l'une de ces trois langues, la langue d'oïl des chansons de geste, la langue d'oc des troubadours, ou un parler local, le toscan florentin, qui sera finalement à l'origine de l'italien littéraireCharles Camproux, Les Langues romanes, PUF, Paris, 1979 .

On date à peu près l'évolution du latin vulgaire vers les langues romanes de la manière suivanteMichel Banniard, « Délimitation temporelle entre le latin et les langues romanes », in H. M. Glessegen (dir.), Handbuch der Romanische Sprachgeschichte, Berlin/New York, p. 544-555. : entre −200 et 400 environ : différentes formes de latin vulgaire ; entre 500 et 600 : ces formes commencent à se différencier plus ou moins nettement ; en 813, au concile de Tours, l'existence d'une langue romane est reconnue, puisque le concile demande que désormais les sermons soient prononcés en « » (langue romane rurale) et non plus en latin afin d'être compris par tous ; après 842 : premier texte complet rédigé dans une langue romane (sans doute les prémices de la langue d'oïl), les Serments de Strasbourg.

Les langues romanes partagent un ensemble de traits communs donnant une bonne cohérence à cette famille de langues, parmi lesquels les plus importants sont : un lexique principalement issu du latin vulgaire ; des évolutions vocaliques par diphtongaison, apophonie ou syncope ; des phénomènes importants de palatalisation des consonnes ; la disparition quasi complète du neutre, sauf en roumain ; une réorganisation importante du système verbal, par le développement, notamment, de verbes auxiliaires, la suppression du futur latin, la création d'un futur périphrastique formé à partir du verbe avoir (chanter-as → chanteras), celle d'un conditionnel ; le développement des articles, inconnus en latin.

vignette|En rouge, l'extension des langues romanes dans l'Antiquité tardive (en bleu, le grec comme langue véhiculaire). vignette|Europe : en vert pâle les zones d'où les langues romanes ont disparu ; en vert moyen celles où elles sont officielles au niveau régional et en bleu-vert foncé celles où elles sont langues officielles nationales au .

Classification

gauche|vignette|redresse=1.2|Langues romanes.

Les langues romanes sont classées en plusieurs groupes, chacun pouvant comprendre plusieurs « dialectes » ; le choix d'un de ces dialectes comme langue officielle est purement politique et, surtout, relativement récent dans de nombreux pays (sauf en France, où les premiers jalons sont posés dès le par l'édit de Villers-Cotterêts). Quoi qu'il en soit, les langues romanes forment un continuum de langues entre lesquelles les différences sont parfois minimes ; il est toujours possible de distinguer au sein d'un ensemble ce que l'on nommera un ou plusieurs « dialectes ». La liste suivante présente entre parenthèses : nom dans la langue envisagée, date de la première attestation connue.

Les similarités lexicales et grammaticales des langues romanes et de leurs dialectes, ainsi qu'entre le latin et chacune d'entre elles, peuvent être mises en évidence à l'aide des exemples suivants : Langue Exemple Latin Latin vulgaire (Ea) claudit semper illa fenestra antequam de cenare. Aragonais Ella tranca siempre la finestra antes de cenar. Aroumain Ea încl’idi totâna firida nãinti di ținã. Asturien Ella pieslla siempre la ventana/feniestra primero de cenar. Barese (Jèdde) akjude sèmbe la fenèstre prime de mangè.Bergamasque (Lombard de l'Est) (Lé) la sèra sèmper sö la finèstra prima de senà. Bolonais (Lî) la sèra sänper la fnèstra prémma ed dsnèr. Bourbonnais Alle farme terjous la croisée devant de souper. Bourguignon-morvandiau Ale clôt teujors lai fenétre aivant de dîgnai. Calabrais Idda sempi chiudi a finestra ant'a cina. Catalan (Ella) tanca sempre la finestra abans de sopar. Corse septentrional (Ella) chjode sempre u purtellu/a finestra avanti/nanzu di cenà. Corse meridional (Edda/Idda) sarra sempri u purteddu/a finestra nanzu/prima di cinà. Dalmate (Jala) inseruo siampro la finiastra prein de cenur.Émilien (Lē) la sèra sèmpar sù la fnèstra prima ad snàr. Espagnol Estrémègne Ella afecha siempri la ventana endantis e recenal. Français Elle ferme toujours la fenêtre avant de dîner/souper. Franc-comtois Lèe çhioûe toûedge lai f'nétre d'vaïnt loù dénaie.FrancoprovençalElli cloît tojorn la fenêtra devant que de dênar. Francoprovençal valaisan (Ye) hlou totin a fenetre deant que de cena. Frioulan Jê e siare simpri la feneste prime di cenâ. Gallo Ol farme terjous la crouésée avant qe de dîner. Galicien (Ela) pecha/fecha sempre a xanela/fiestra antes de cear. Gallurais Idda chjudi sempri lu balconi prima di cinà. Guadeloupéen I toujou ka fenmé finèt-la avan i manjé. Guyanais Li ka toujou franmen finèt avan li manjé Haïtien Li toujou fèmen fenèt la avan li manje. Istriote Gila insiera senpro lo balcon preîma da senà. Italien Judéo-espagnol Eya serra syempre la ventana antes de senar. Léonais Eilla pecha siempres la ventana primeiru de cenare. Ligurien (Le) a saera sempre u barcun primma de cenà. Martiniquais I toujou fèmen fénet-la avan i manjé. Magoua (Elle) à fàrm toujour là fnèt àvan k'à manj. Marchois (Basse-Marche) Ale fèrme totjorn la fenétre avant de sopar. Mauricien Li touzour ferm la fenet avan li manze. Milanais (Lombard de l'Ouest) Lee la sara semper su la fenestra innanz de disnà. Mirandais Eilha cerra siempre la bentana/jinela atrás de jantar. Mozarabe Ella cloudet sempre la fainestra abante da cenare. Napolitain Chella chiude sempe 'a fenesta primma 'e mangià.Niçois (norme classique)Barra sempre/totjorn la fenèstra denant de sopar. (ladin ou lombard alpin) Ela la sera semper la fenestra inant zenar. Normand Ol froume tréjouos la crouésie dévaunt qùé dînaer. Occitan Barra totjorn la fenèstra (la croseia) abans de sopar. Ombrien Essa chjude sempre la finestra prima de cena'. Papiamento E sera semper e bentana promé/pa kome.Provençal (norme mistralienne)Barro sèmpre / toujour la fenèstro avans de soupa/cena. Picard A frunme toudis l’croésèe dvant qu'ed souper.Ale freume toudis l’croisée dvaint qu'ed souper. Piémontais Chila a sara sèmper la fnestra dnans ëd fé sin-a. Portugais Réunionnais Li ferme touzour la fenèt avan manzé./Elle i ferme toujour la fenèt avan d'mangé. Romagnol (Lia) la ciud sëmpra la fnèstra prëma ad magnè. Romanche Ella clauda/serra adina la fanestra avant ch'ella tschainia. Romanesco (Quella) chiude sempre 'a finestra prima de magnà. Roumain Salentin Edda chiuti sempri la fineštra mprima cu cena. Sarde méridional Issa serrat semp(i)ri sa bentana in antis de cenai. Sarde septentrional Issa serrat semper sa bentana in antis de chenare. Sassarais Edda sarra sempri lu balchoni primma di zinà. Savoyard Lyé clyeu adé la fenétra dvan que gôtâ. Sicilien Iḍḍa chiudi sempri a finestra avanti ca pistìa. (ladin) La sèra sempro/sèmper la fenèstra prima/danànt da cenàr. Toscan Ella la hiude sèmpre la finèstra pria ddi scenà. Tourangeau A fromĕt terjos la crozaiyĕ d'avant que de sopair. Èla la sera sèmpre la finèstra prima de zenàr. Végliote (Jala) siara siampre la puniastra praima de ćenur. Vénitien Eła ła sara senpre la fanestra vanti de disnàr. Wallon Ele sere todi li finiesse divant di soper. Ancien espagnol (Ella) siempre çierra la finiestra antes de cenar/yantar. Français médiéval ( s.) Ele clot sempres la fenestre ainçois que cener Francoprovençal lyonnais ancien ( s.) Elli cloit sempres la fenestra ancis que cenar Ancien portugais (Ela) serra sempre a fẽestra antes de cẽar/jantar.

Les langues romanes sont parfois classées : soit selon la « ligne des Alpes » avec le pluriel en « s » à l'ouest, comme los hombres ou les hommes, et en « i » à l'est (Vallée d'Aoste exceptée), comme gli uomini ou oamenii ; soit selon la « ligne La Spezia-Rimini » avec les « langues romanes occidentales » (ibéro-romanes, occitano-romanes, gallo-romanes, italo-romanes septentrionales et rhéto-romanes) et les langues romanes orientales (italo-romanes méridionales, thraco-romanes et illyro-romanes).

Classification traditionnelle Traditionnellement, la classification des langues romanes est effectuée selon des critères géolinguistiques : Langues gallo-romanes Francoprovençal Langues d'oïl Occitan ou langue d'oc Langues italo-romanes