Le Musée de poche est une collection, fondée et dirigée de 1955 à 1965 par l'éditeur Georges Fall, d'ouvrages consacrés aux peintres et sculpteurs du , principalement de la nouvelle école de Paris.
Historique Le projet de Georges Fall est « de mettre entre toutes les mains et surtout des jeunes, des ouvrages en couleur sur la peinture moderne qui pour la première fois seraient offerts à des prix abordables »Georges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, . « Quand fin 1954, je passai à la réalisation de ce projet tenu longtemps en réserve, je m'inspirai de la prestigieuse collection de livres en couleurs publiée par Albert Skira, l'éditeur du « Minotaure », et consacrée à la peinture classique à travers l'histoire », se souvient-ilGeorges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, . Il décide ainsi d'opter « pour des images « collées en-tête » qui avaient l'avantage d'être imprimées groupées et donc plus économiques. Les textes présentés sur un papier épais pouvaient donner aux volumes une main flatteuse ». Le format des ouvrages serait de 18,5 x 14 cm. Georges Fall doit à un ami collectionneur, John Lefevre, le titre Le Musée de poche, qu'il juge d'abord racoleur mais qui « fonctionna à merveille » et assura aux ouvrages une part de leur succès.
Jean-Clarence Lambert joue pour les premiers titres « le rôle d'animateur » chargé des « relations publiques », réussissant à intéresser au projet Myriam Prévot de la Galerie de France pour le premier ouvrage, sur Manessier, et Jean-François Jaeger de la galerie Jeanne Bucher pour le deuxième sur Bissière. À partir de 1957 Georges Fall collabore pour la fabrication avec les Edizioni del Milione de Milan. De 6 à 8 volumes sont bientôt réalisés chaque année. Une centaine d'exemplaires de l'édition des premiers ouvrages est accompagnée d'une gravure ou d'une lithographie originale de l'artiste.
La réalisation des deux premiers numéros rencontre d'importantes difficultés. « Les proportions des œuvres reproduites n'étaient pas respectées. S'agissant d'œuvres abstraites les techniciens avaient naïvement pris la liberté d'en supprimer des parties entières ». Manessier, « homme délicieusement affable et patient » ne pouvant que refuser de donner son « bon à graver », de nouveaux clichés doivent être fabriquésGeorges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, p. 67 et l'éditeur en revient par la suite à des procédés plus traditionnels. À l'occasion de la préparation de ces ouvrages Georges Fall noue des relations amicales avec les artistes, notamment Fautrier, Dubuffet, Bissière, Atlan rencontré dès 1947 et qui devait faire l'objet du premier ouvrage, Vieira da silva, Lam ou Hartung.
Pour nombre des artistes, dont à l'époque « le succès n'était pas encore confirmé », il s'agit de la première monographie qui leur est consacrée et il est vraisemblable que les volumes de Georges Fall aient eu un impact sur leur carrière. Jean Arp lui confie ainsi : « De nombreux livres ont déjà été édités hors de France, vous êtes le premier éditeur français d'un livre sur mon travail et je m'en réjouis grandement »Georges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, .
Première collection (liste chronologique) Georges Fall publie dans sa collection (58 rue du Montparnasse, puis 7 rue de l'Odéon et 15 Rue du Parc-de-Montsouris) 52 ouvrages :
Alfred Manessier par Jean Cayrol, ; réédition Roger Bissière par Max-Pol Fouchet, Édouard Pignon par Henri Lefebvre, Vieira da Silva par René de Solier, Serge Poliakoff par Michel Ragon, 1956 La jeune école de Paris, I par Hubert Juin, 1956 Jean-Michel Atlan par André Verdet, Jean Fautrier par Michel Ragon, Zao Wou-Ki par Claude Roy, Gustave Singier par Georges Charbonnier, Etienne Hajdu par Robert Ganzo, La jeune école de Paris, II par Jean-Clarence Lambert, 1958 Pierre Soulages par Hubert Juin, Henri Goetz par Vercors, 1958 Nicolas de Staël par Antoine Tudal, 1958 Bram Van Velde par Jacques Putman, Jean Dubuffet par Michel Ragon, Bruno Cassinari par André Verdet, 1959 Jean Arp par Jean Cathelin, Jean Bertholle par Jean-Louis Ferrier, 1959 Trois sculpteurs américains, Ferber, Hare, Lassaw, 1959Gérard Schneider par Marcel Pobé, Mark Tobey par Colette Roberts, 1959Victor Brauner par Alain Jouffroy, 1959Corneille par Jean-Clarence Lambert, Kumi Sugaï par André Pieyre de Mandiargues, 1960Jean Le Moal par Camille Bourniquel, Wilfredo Lam par Jacques Charpier, 1960Sculpture 1950-1960 par Edouard Jaguer, 1960Léon Zack par Pierre Courthion, Hans Hartung, par Dominique Aubier, Alberto Magnelli par André Verdet, 1961César Domela par Marcel Brion, 1961Henri Michaux par Alain Jouffroy, Gianni Bertini par Pierre Restany, 1962Stanley William Hayter par Georges Limbour, Mario Prassinos par Jean-Louis Ferrier, André Masson par Hubert juin, Francis Bott par Denys Chevalier, 1963Sergio de Castro par Denys Sutton, 1963Jacques Hérold par Michel Butor, 1964Anna-Eva Bergman par Dominique Aubier, 1964Jean Piaubert par François Pluchart,
Seront inclus dans cette première collection :Olivier Debré par Pierre Courthion, Georges Dayez par Jacques Duchateau, , éditeur d'art H. Piazza (21 rue du cardinal Lemoine, Paris )
Plusieurs ouvrages sont par ailleurs publiés en langue anglaise, chez Golden Griffin (Fautrier, La jeune école de Paris, I, Poliakoff, puis en une traduction littérale du titre, dans The Pocket Museum : Theodoros Stamos par Kenneth B. Sawyer Conrad Marca-Relli par Parker Tyler Hans Hofmann par Clement Greenberg, 1961 Robert Goodnough par B. Guest et B. H. Friedman, 1962 Louise Nevelson par Colette Roberts, 1964 Enrico Donati par Peter Selz
Les cahiers du Musée de poche
« La collection du Musée de poche avait trouvé son public », écrit Georges Fall, « et les ventes régulières prouvaient son succès auprès des étudiants des écoles d'art et des collectionneurs ». Observant ensuite qu'elles fléchissaient, il prend conscience qu'il a « en fait à peu près épuisé le vivier du nouveau courant abstrait » et qu'il lui faudrait se rabattre « sur des artistes de moindre envergure »Georges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, p. 103. Il lui apparaît « qu'une revue trimestrielle appareillée à la collection du Musée de poche serait à même de refléter une image qui se situerait plus près de la création contemporaine et qui s'ouvrirait à des champs autres que la peinture proprement dite et aussi aux œuvres de l'étranger.(…) Le titre devait être le corollaire de la collection et les Cahiers étaient censés apporter un caractère d'actualité internationale ». Jean Clarence-Lambert et Sylvie Joubert s'associent à l'entreprise, soutenue par Jean-François Jaeger et Myriam Prévôt mais aussi Daniel Cordier.
Le premier numéro des Cahiers sort en , en même temps que l'inauguration des nouveaux locaux de Georges Fall au 7 rue de l'Odéon, dans l'ancienne librairie d'Adrienne Monnier. Sous une couverture de Soulages, il présente des dessins de Nicolas de Staël, des articles sur Tamayo, Tobey, Hayter, César et les précurseurs catalans de la sculpture sur métal, ainsi qu'un carnet de voyage de Corneille en Abyssinie.
Le deuxième numéro (« couverture de Bissière, gravée sur bois par Fiorini ») contient notamment des textes sur Gavrinis (Jean Markale), Hans Reichel (Henry Miller), Bissière (Jean-François Jaeger), Jean Dubuffet (André Pieyre de Mandiargues), Arshile Gorky (Alain Jouffroy), Germaine Richier (René de Solier), Jackson Pollock et la nouvelle peinture américaine (Jean-Clarence Lambert). Soudainement privé de la collaboration annoncée des éditeurs américains Barney Rosset, patron de Grove Press et fondateur de Evergreen Review, et Léo Castelli, « symptôme de la crise grave qui couvait entre le France et New York pour l'hégémonie du marché artistique pictural »Georges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, p. 105, Georges Fall doit interrompre la publication en au quatrième numéro.
Nouvelle collection (liste chronologique) Georges Fall décide en 1965 « de céder le reliquat des stocks des ouvrages du Musée de poche, ainsi que les droits d'exploitation du titre, à Jacques Golschmidt, marchand d'art expérimenté, pour le montant de 120 000 francs (environ 20 000 euros) »Georges Fall, Chroniques nomades, Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007, p. 126 pour commencer en 1967 la publication de la revue Opus International. Sous la direction de Jacques Golschmidt une nouvelle collection (11 rue de Vaugirard, Paris , puis 122 boulevard Raspail, Paris ) sera éditée sous une maquette légèrement différente :Claude Bellegarde par Gérald Gassiot-Talabot, 1970Édouard Pignon par Henri Lefebvre, réédition, 1970Bruno Pulga par Jean Bouret, 1970Zao Wou-Ki par Claude Roy, réédition, 1970Pierre Alechinsky par Alain Bosquet, 1971Joan Gonzalez par Pierre Descargues, 1971Julio Gonzalez par Pierre Descargues, 1971Roberta Gonzalez par Catherine Valogne, 1971Aglaé Libéraki par Pierre Volboudt, 1971Ljuba par René de Solier, 1971Enrico Baj par Alain Jouffroy, Ida Barbarigo par Jacques Lassaigne, 1972Henri Goetz par Alexandre Galpérine, 1972Ladislas Kijno par René de Solier, 1972James Coignard par François Bénichou, 1973Holmead par Stéphane Rey, 1973Francis Montanier par Frank Elgar, 1973 Yankel par Raymond Laurent, 1973 Georges Borgeaud par René Terrier, 1974Gianni Dova par José Pierre, 1974Albert Féraud par Jean-François Chabrun, 1974 Jean Deyrolle par Léon Degand et Georges Richar, 1974Louis Marchand des Raux, 1974Yvaral par Otto Hahn, 1974Sepp Baendereck par Pierre Restany, 1975 Agénor Fabbri par Franco Russoli, 1975Christian d'Orgeix par Ragnar von Holten et José Pierre, 1975Georges Goldkorn par Alain Bosquet, 1975Árpád Szenes par Jocelyne François, 1975 Mario Tozzi par André Verdet, 1975 Léon Zack par Pierre Courthion, Bernard Dorival et Jean Grenier, 1976Pic Adrian par Pierre Restany, 1977 Wolfram (Wolfram André Aichele) par Frank Elgar, 1977 Erwin Graumann par J. Goldschmidt, 1977 François Gillen par Pierre Courthion , 1978Marie-Zoé Green-Mercier par Frank Elgar, 1978 Chu Teh-Chun par Hubert Juin, 1979Léonor Fini par Xavière Gauthier, 1979Zoran Mušič par Jean Grenier, 1979Arturo Bonfanti par Alberto SatorisCamille Bryen par Roger van GindertaelMarcel Gromaire dessinateurRobert Muller par Grégoire MullerReth par Roger van Gindertael
Postérité Le projet d'une collection de poche consacrée aux artistes contemporains est renouvelé à partir de la fin des années 1990 par la collection Polychrome publiée par les éditions Ides et Calendes de Neuchâtel. De format légèrement plus réduit (17 x 12 cm), une cinquantaine de volumes, non massicotés, d'un plus grand nombre de pages et de reproductions, y est publiée dans la décennie suivante.
Abordant les artistes apparus dans la seconde moitié du , quelques ouvrages portent, à travers de nouvelles études, sur des peintres qui avaient déjà fait l'objet de publications dans Le Musée de poche : Pierre Alechinsky par Pierre Daix, Jean Bertholle par Philippe Leburgue, Roger Bissière par Serge Lemoine, Walter Lewino et Jean-François Jaeger, Corneille par Jean-Jacques Lévêque, Alfred Manessier par J.P. Hodin, Henri Michaux par Odile Felgine, Jean Le Moal par Michel-Georges Bernard, Édouard Pignon par Philippe Bouchet, Serge Poliakoff par Françoise Brütsch, Gustave Singier par Philippe Leburgue, Pierre Soulages par Pierre Daix et Zao Wou-Ki par Pierre Daix.
Notes et références
Bibliographie Georges Fall, Chroniques nomades'', Archibooks, Sautereau éditeur, Paris, 2007
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