thumb|300px|Bateaux maltais de pêche Les bateaux maltais présentent des caractéristiques particulières qui les distinguent des autres bateaux naviguant en mer Méditerranée. Malte par sa position centrale entre Méditerranée occidentale et orientale et comme archipel est un pays de marins constructeurs et utilisateurs de bateaux dont beaucoup sont aujourd'hui considérés comme bateaux typiques et/ou traditionnels.
Terminologie Beaucoup de livres sur Malte, et principalement les guides touristiques, décrivent uniquement deux types de bateaux maltais, d'une part la dgħajsa qui serait une sorte de gondole folklorique, d'autre part le luzzu, le bateau tout coloré en vert, jaune, bleu, rouge et blanc et si typiquement maltais.
Au c'était le terme dgħajsa qui était seul utilisé en maltais pour dire bateau, dgħajsa tat-tagħbija, bateau de charge, comme dgħajsa tas-sajd, bateau de pêche, ou encore dgħajsa bil-qlugħ, bateau à voiles, comme dgħajsa bil-mqadef, bateau à rames. À partir du et encore aujourd'hui, le terme dgħajsa s'applique à un type bien précis de bateau : la dgħajsa tal-pass, bateau assurant la traversée des baies et le transport de touristes, et la dgħajsa tal-midalji, bateau spécialement créé pour la regattaCharles Briffa, p. 29-30. Seuls quelques types de bateaux spécifiques avaient alors un nom particulier comme tartana (tartane) ou xprunara.
Depuis la motorisation marine, c'est le terme luzzu - bateau relativement récent qui date de cette période - qui a tendance à être utilisé (même si les Kajjiki sont plus nombreux que les luzzi) pour englober sous ce nom toutes sortes de bateaux très colorés pourtant différents par leurs formes de coque et leurs utilisationsCharles Briffa, p. 84. Si cette simplification peut satisfaire les touristes cela ne peut contenter les spécialistes de l'histoire maritime et de la technique architecturale navale.
Historiographie Il faut attendre l'indépendance du pays pour que les Maltais prennent conscience de leurs biens culturels. C'est dans les années 1990 qu'émerge une curiosité et une volonté de décrire et de préserver le patrimoine naval maltais. En 1988 est créé un comité consultatif pour la création d'un musée maritime et recueillir et sauver le maximum d'artefactsEmmanuel Magro Conti, p. 3. Ce comité était dirigé par Stephen Borg Cardona puis Anthony Bonanno avec Joseph Muscat comme secrétaire et principal consultant. C'est le qu'est ouvert au public le Malta Maritime Museum dans les locaux de la Naval Bakery britannique (boulangerie maritime) qui avait été construite de 1842 à 1845 sur les lieux mêmes de l'arsenal des galères de l'ordre de Saint-Jean de JérusalemEmmanuel Magro Conti, p. 5.
C'est en 1999 que parait la première étude maltaise sur son patrimoine naval. Cette étude, plutôt historique, est due à Joseph Muscat The Dgħajsa and Other Traditional Maltese Boats et est publiée dans la prestigieuse collection de la Fondazzjoni Patrinonju Malti (Fondation du patrimoine maltais)Joseph Muscat, 1999. En 2000, une autre étude, beaucoup plus technique, est publiée par Carmel Pulè, Qxur, Biċċiet, u Opri tal-Baħar dans la collection « Sensiela Kullana Kulturali », l'encyclopédie maltaise, des Pubblikazzjonijiet IndipendenzaCarmel Pulé. Depuis cette date Joseph Muscat a publié une douzaine de monographies sur les différents types de bateaux maltais, la vie sur les galères, les ports ou les arsenaux de Malte. En 2008, Joseph Muscat publie sa grande étude historique Sails Round Malta – Types of Sea Vessels 1600BC-1900AD chez Pubblikazzjonijiet IndipendenzaJoseph Muscat, 2008(a).
Parallèlement un deuxième champ de recherche est ouvert par l’étude de la puissance maritime de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et de leurs bateaux. C'est le captain Joseph M. Wismayer qui publie en 1997 The Fleet of the Order of St John, 1530-1798Joseph M. Wismayer. En 2000, Joseph Muscat publie Il-Flotta Ta' San Ġwann dans l'encyclopédie maltaise KullanaJoseph Muscat, 2000 (d) et en 2002 avec Andrew Cuschieri Naval Activities of the Knights of St John, 1530-1798 dans la collection « Maltese Social Studies » de Midsea BooksJoseph Muscat and Andrew Cuschieri.
Enfin le commerce maritime maltais et ses vecteurs ont fait sujet de quelques études maltaises comme Corsairing to Commerce – Maltese Merchants in XVIII Century Spai de Carmel VassalloCarmel Vassallo et The Maltese Merchant Fleet of the 19th Century de Joseph AbelaJoseph Abela.
Histoire et bateaux anciens Sans remonter l'histoire comme Joseph Muscat aux bateaux égyptiens, crétois, phéniciens et carthaginois, grecs et romains ou arabes et siculo-arabes qui sont liés à ces différentes cultures plutôt qu'à la culture maltaise, la typologie des bateaux maltais ne commence qu'avec les bateaux de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem construits à Malte.
Chassé de Terre-Sainte puis de Rhodes en 1523, l'Ordre erre en Méditerranée avant de toucher terre à Malte, archipel donné par Charles Quint. Les bateaux de l'Ordre sont alors des galères (Galjott en maltais)Joseph Muscat, 2008(a), p. 166-178, des caraquesJoseph Muscat, 2008(a), p. 134-141, des galionsJoseph Muscat, 2008(a), p. 142-145 ou des patachesJoseph Muscat, 2008(a), p. 142-147.
Au le développement des caravanes hospitalières ou des courses aux barbaresques entraîne l'apparition de nouveau type de bateaux comme les felouques (feluga en maltais)Joseph Muscat, 2008(a), p. 180-186, les caïques (kajjik en maltais)Joseph Muscat, 2008(a), p. 187-193, les chebecs (xabek en maltais)Joseph Muscat, 2008(a), p. 197-201.
Le voit la marine maltaise se mettre au niveau des marines européennes avec les brigantinsJoseph Muscat, 2008(a) p. 224-241 ou les frégatesJoseph Muscat, 2008(a) p. 231-232. C'est à partir de cette période que les bateaux maltais vont commencé à se différencier.
Bateaux traditionnels Bateaux traditionnels anciens C'est au XVII et surtout au que des bateaux de l'archipel vont prendre des caractéristiques typiquement maltaises en évoluant différemment des autres bateaux méditerranéens d'abord avec la tartana maltaise (tartane en français)Joseph Muscat, 2005 qui est un type particulier de bateaux pour la course.
Mais c'est surtout avec la xprunaraJoseph Muscat, 2000, qui sera le premier bateau véritablement maltais, que les bateaux d'usage de l'archipel vont prendre ce caractère typique aujourd'hui si reconnaissable. Tous ces bateaux font partie de la grande famille des pointus avec la catalane ibérique, la gourse provençale, le gozzo italien ou sicilien et la felouque des côtes d'Afrique et d'ailleurs.
Ces pointus avaient l'avantage d'aussi bien nager à la rame que de naviguer à la voile, latine ou à livarde. La nage à la rame debout face à l'avant, est apparemment très prisée des marins maltais qui jusqu'à l'apparition de la motorisation marine pratiqueront beaucoup ce mode de propulsion pour la pêche côtière au détriment de la voile.
Tartana À l'origine l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem utilisait des tartanes comme bâtiment d'appui des galères ; elles transportaient armes et provisions pour celles-ci. Ces tartanes vont prendre au de l'importance dans la lutte contre les Barbaresques.
La tartana (tartane maltaise), telle que représentée dans un dessin aquarellé et annoté, conservé au Malta Maritime Museum diffère de la traditionnelle tartane méditerranéenne ; c'est un brigantin à trois mâts gréés de voiles latines. Cette adaptation maltaise était certainement nécessité par la diminution de l'équipage de manœuvre et une remontée au vent meilleure qu'avec l'utilisation de gréement à voiles carrésJoseph Muscat and Andrew Cuschieri, p. 99-101Joseph Muscat, 1999, p. 252-253.
Xprunara
Les historiens de marines maltais voient dans la xprunara le premier bateau d'usage typiquement maltais. Une première trace écrite remonte à 1576, et beaucoup plus sûrement de 1614, 1618 et 1663, la première iconographie précise date de 1740 sur un ex-voto du sanctuaire de Tal-Herba à BirkirkaraJoseph Muscat, 1999, p. 250-251. Ce type de bateau se caractérise par l'utilisation conjointe du capian et d'une proéminence en avant de l'étrave, le xprun - qui donne son nom au bateau - souvenir du guibre du brigantin ou de la tartana. La xprunara sera construite ensuite en Sicile puis en Italie sous le nom de speronaraJoseph Muscat, 2005, p. 1-3 avant de retrouver cette proéminence, sans le capian mais avec des falki (fargues) sous le nom de groin de porc qui donne son nom à un bateau languedocien le mourre de porcFrançois Baudouin, p. 50-53.
Tout ce qui caractérise la xprunara se retrouvera plus tard sur les autres bateaux maltais. Et d'abord une proue surmontée du symbole commun aux ports de la Méditerranée occidentale : le capian (zokk en maltais), ce prolongement typique plus ou moins développé de l'étrave, dans lequel certain voit un symbole phallique allégorique de la force masculineFrançois Chevalier, p. 76. Si l'étrave était déjà verticale, l'étambot lui ne l'est pas encore et le gouvernail axial ne peut s'articuler qu'en deux points, cette faiblesse sera corrigée au fil du temps par un étambot qui deviendra d'abord rectiligne avant d'être vertical. Mais aussi une coque à la proue (pruwa) et la poupe (poppa) en pointe avec un bastingage fortement relevé à ces mêmes proue et poupe, le fond est relativement plat avec une quille (prim) horizontale. Un bateau ouvert avec un pontage avant (tamburett tal-pruwa) jusqu'au mât (arblu) et un pontage arrière (tamburett tal-poppa) reliés de chaque bord par un passavant (kurtun) bordé à l'intérieur d'un hiloire (pastiera) et côté bordé de la déjà traditionnelle tappiera (bordé rarement peint à l'extérieur, au bois brut, comportant toujours une ornat - décoration - souvent sculptée). Cette tappiera est surmontée de la tout aussi traditionnelle falka (fargue amovible), pour dégager le tolet (skalm) permettant de mettre en place des rames (mqadef) pour nager à l'avironCarmel Pulè p. 17-55.
Ce qui est propre à la xprunara c'est son système propulsif, un mât très apiqué avec une ou deux livardes permettant d'établir une ou deux voiles (tarkija) suivant la force et la direction du vent. Cette voilure évoluera vers une voilure à voile latine pour donner naissance à la firilla. La xprunara permettant en plus du transport de marchandises de faire celui de passagers, devant le pontage arrière s'établissait un abri bâché pour ces passagers (tinda tal passiġġieri). La xprunara naviguait en cabotage, en remontant la péninsule italique, sur toute la cote nord méditerranéenne jusqu'aux détroit de Gibraltar et certainement jusqu'au Portugal. La xprunara était considérée comme un des bateaux les plus rapides de son tempsJoseph Muscat, 1999, p. 340-348.
La xprunara tombera en désuétude et disparaîtra avec le Joseph Muscat, 1999, p. 368.
Firilla C'est dans les ports des Trois Cités, à Birgu, Bormla et Isla qu'est mentionné en 1601 pour la première fois un bateau (dgħajsa) qui traverse Grand Harbour à la rame pour transporter des passagers, cette scène est reproduite par Willem Schelling en 1664 dans ces dessins de voyage. Ce bateau a toutes les caractéristiques de la xprunara mais dans une taille bien inférieure, il est l'origine ou à l'origine de la dgħajsa tal-pass (voir ci-dessous). C'est ce même type de bateau, nageant à la rame, qui sera utilisé pour la pêche et qui est l'origine de la firilla en naviguant aussi à la voileJoseph Muscat, 1999, p. 374-389.
Hormis sa taille plus réduite, ce qui distingue principalement la firilla de la xprunara est la forme du pontage : la tonture du tamburett tal-pruwa (pontage avant) suit la tappiera du franc-bord qui se relève sur l'avant et un fort bouge général du pont. La firilla va aussi profiter de la transformation de la voilure à livarde de la xprunara vers la voilure latineJoseph Muscat, 1999, p. 390-395.