Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée est la traduction d’un livre, , publié en 2011 par le lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, Daniel Kahneman, qui résume les recherches qu'il a effectuées au fil des décennies, souvent en collaboration avec Amos Tversky. Il couvre les trois phases de sa carrière : ses travaux de jeunesse sur les biais cognitifs, son travail sur la théorie des perspectives et ses travaux ultérieurs sur le bonheur.
La thèse centrale du livre est la dichotomie entre deux modes de pensée : le système 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et le système 2 (plus lent, plus réfléchi et plus logique). Le livre définit les biais cognitifs associés à chacun de ces modes de pensée, en commençant par les recherches de Daniel Kahneman sur l'aversion à la perte. Du cadrage des choix en passant par la substitution, le livre met à profit plusieurs décennies de recherche universitaire pour montrer une trop grande confiance dans le jugement humain.
Parties du livre
Deux systèmes de pensée
Personnages de l'histoire
Daniel Kahneman annonce reprendre une distinction déjà présente en psychologie...Cette distinction était connue de Max Weber, avant 1920, qui appelle le premier type de raisonnement zweckrational (en français rationnel en finalité) et le second wertrational (en français rationnel en valeur) in , traduit en français
et traduit en anglais . , la distinction entre deux modes de raisonnement :
Système 1 Il s'agit du système cognitif qui fonctionne de manière automatique, involontaire, intuitive, rapide et demandant peu d'effort. De manière générale, le système 1 est le système de raisonnement utilisé par défaut, car il est le moins coûteux en énergie. C'est également lui qui est à l'origine de la créativité, grâce aux multiples associations intuitives qu'il effectue. C'est par exemple grâce à lui que les individus sont capables de reconnaître la colère de manière immédiate sur le visage d'une personne. Système 2 Il s'agit du système le plus souvent – à tort – associé à la faculté de penser. Il nécessite une certaine concentration et une certaine attention de la part de l'individu. Il intervient dans la résolution de problèmes complexes, grâce à son approche plutôt analytique. Il est toutefois plus lent que le système 1 et intervient lorsque le système 1 est confronté à un problème nouveau auquel il ne sait pas répondre. C'est grâce à lui que les individus sont, entre autres, capables de remplir leur déclaration d'impôts.
Kahneman introduit délibérément ces deux systèmes comme des allégories. Ces allégories ont à la fois le but d'épargner au lecteur une longue périphrase et ainsi gagner du temps – le sien comme celui du lecteur –, mais elles ont aussi le but de faciliter la compréhension et la rétention des résultats qu'il a mis en lumière. Kahneman veut avant tout que son lecteur soit capable de reconnaître les biais qu'il met en évidence dans la suite de l'ouvrage. Il souhaite qu'il soit en mesure de mettre des mots sur cette problématique et surtout qu'il soit capable d'en discuter avec autruiPour Kahneman, pouvoir en parler avec autrui est même l'objectif principal, car il lui semble bien plus aisé de déceler les biais cognitifs chez autrui que chez soi..
Kahneman se propose de faire découvrir au lecteur les interactions entre ces deux systèmes de raisonnement relativement indépendants et de lui faire réaliser que si le système 1 est plus rapide et moins exténuant, il est victime de biais de raisonnement. Malheureusement, en avoir conscience ne suffit pas à s'en prémunir. Il prend pour exemple la célèbre illusion de Müller-Lyer : même si le sujet sait qu'il a affaire à une illusion visuelle grâce à son système 2, il en est toujours victime.
Attention et effort
L'intervention du système 2 est notamment visible à travers la dilatation des pupilles. Lorsque l'individu réalise une tâche exigeant une certaine concentration – donc que le système 2 entre en jeu – les pupilles de l'individu se dilatent ou se contractent selon le niveau de difficulté..
La dilatation des pupilles suit une courbe en V inversée selon le niveau de difficulté : dans un premier temps, la grosseur des pupilles est croissante en fonction du niveau de difficulté, puis elle atteint un maximum, qui correspond au maximum des capacités du système 2Kahneman rappelle néanmoins que ce maximum dépend aussi de l'urgence de la situation : face à une question de vie ou de mort, le maximum des capacités peut être plus élevé qu'en temps ordinaire., et rétrécissent au-delà..
Cette découverte lui permet de mettre en évidence que lors d'une conversation banale, le système 2 est peu actif. Il montre également ainsi que chaque individu est doté d'un certain niveau de concentration et que les activités jugées prioritaires peuvent éclipser les autres tâches, si le seuil maximal de concentration est atteint.
Contrôleur paresseux
Les capacités du système 2 sont propres à chaque individu, et selon l'exigence des tâches de l'individu, il peut ressentir une certaine fatigue ou un certain ennui. Lorsque le niveau de difficulté est optimal, l'individu fait l'expérience d'un état appelé ..
Lorsque le système 2 est accaparé par une tâche, il peut avoir du mal à contrôler les pulsions du système 1. Il est alors possible d'observer le phénomène qualifié d' . Il ne s'agit plus là d'une simple limite cognitive – un niveau de difficulté maximale –, mais plutôt d'une inanition, d'une débilitation, d'un épuisement de la volonté, comme si la volonté pouvait s'épuiser. Le système 2 exerce alors un contrôle moindre, et rend l'individu plus impulsif. Il est néanmoins possible de restaurer plus rapidement sa volonté par la prise de glucose, le glucose étant la source d'énergie utilisée en priorité par le cerveau qui est capable de métaboliser rapidement le glucose. Le glucose peut ainsi être considéré comme une des sources d'énergie de la volonté..
En général, l'individu s'économise en se fiant d'abord aux intuitions livrées par le système 1. Cette caractéristique varie selon les individus. Selon la force de contrôle du système 2 exercée sur le système 1, la personne sera plus ou moins encline à interroger ses intuitions, à éviter les biais du système 1 et à agir rationnellement.
Machine associative
L'association des représentations mentales est l'une des caractéristiques majeures du système 1. En effet, les associations qui ont lieu dans l'esprit de chaque individu dépassent sa volonté : elles ne peuvent être contenues. De plus, une partie de ces associations ont lieu sans que l'individu en ait conscience et influence inconsciemment son comportement et ses pensées.
C'est grâce à cette caractéristique du système 1 qu'est possible le phénomène d'amorçage. Par exemple, le simple fait d'avoir été amené à penser à des mots relatif à la vieillesse peut induire un comportement plus lent chez les individus.. Inversement, adopter un comportement plus lent qu'à l'ordinaire semble également induire l'évocation de davantage de mots relatifs à la vieillesse.. De même qu'une personne sourit lorsqu'elle est amusée, le simple fait de sourire pourrait induire un certain amusement.
Cet effet peut avoir de plus lourdes conséquences, comme modifier le vote supposé rationnel des électeurs. Par ailleurs, si les individus sont conduits à penser de manière indirecte à l'argent, ils sont plus susceptibles d'être persévérants dans la résolution d'un problème, mais l'argent les conduit aussi à adopter un comportement plus égoïste et individualiste. Ainsi, l'individu est susceptible d'être influencé inconsciemment – aussi bien dans sa pensée que dans son action – par son environnement.
Aisance cognitive
Un des déterminants de l'entrée en jeu de l'un des deux systèmes est celui du degré d'aisance cognitive (). L'aisance cognitive est à l'origine d'un sentiment de confiance, de vérité, de facilité ou encore de bien-être. L'aisance cognitive peut avoir plusieurs sources qui, toutes, facilitent le traitement de l'information par le système 1 : l'exposition répétée, la bonne humeur, une présentation claire ou un amorçage.
Cette aisance cognitive peut être à l'origine d'illusion. Ainsi, par habitude, les mots qui semblent clairs et distincts sont considérés comme ayant été rencontrés par le passé. Or, il suffit d'une police et d'une taille suffisante pour donner suffisamment de confiance au système 1, pour qu'il considère que ces mots facilement lus aient été rencontrés par le passé.
De plus, le système 1 a tendance à tenir pour vrai ce qui est aisé à traiter, tandis que le système 2 reprend le dessus – l'individu devient plus méfiant et vigilant – dès que l'aisance cognitive est moindre. Par exemple, une partie d'un texte mis en évidence de manière plus lisible que le reste du texte aura tendance à être plus facilement tenue pour vrai. À l'inverse, une question difficilement lisible éveillera la vigilance du système 2 qui sera davantage enclin à interroger et vérifier les intuitions du système 1.
L'aisance cognitive peut être renforcée par la simple exposition, et peut induire une certaine sympathie de la part du système 1 : un individu, et plus généralement un animal, perçoit plus facilement quelque chose comme inoffensif – donc sympathique – ce qu'il a déjà rencontré, sans incident, par le passé.
L'humeur de l'individu est aussi un des facteurs de entre les deux systèmes. Une bonne humeur est plus susceptible de laisser une large marge de manœuvre au système 1, tandis que la mauvaise humeur est plus susceptible de faire intervenir le système 2.
Normes, surprises et causes
Daniel Kahneman montre que le système 1 est responsable du concept de normalité et de l'attente qui en découle. L'attente peut être de deux natures. La première est une attente active : l'individu attend quelque chose consciemment. Mais il existe une autre attente, une attente passive. L'individu, s'il n'attend pas à proprement parler la survenue d'un événement, n'en est toutefois pas surpris. Le système 1 est particulièrement doué pour déceler les anomalies (exemple : entendre une voix masculine dire ), car il a accès aux catégories et aux représentations de l'individu. Mais il peut lui arriver de laisser passer certaines anomalies (exemple : l'illusion de Moïse).
Le système 1 fonctionne davantage de manière causale et tente de manière instinctive de trouver des corrélations entre deux événements. Contrairement à ce que le philosophe écossais David Hume pensait, les humains, même les nourrissons, observent les corrélations aussi bien qu'ils voient les couleurs. Plus que cela, un individu normalement constitué attribue une intention derrière les mouvements de figures abstraites. Malheureusement, le raisonnement causal, propre au système 1, n'est pas toujours le plus judicieux. Le raisonnement statistique peut être plus adapté dans bien des situations, mais il nécessite à la fois l'intervention du système 2, ainsi qu'un minimum de formation en statistique – hélas insuffisamment répandue, regrette Kahneman.
Machine à tirer des conclusions hâtives
Le système 1 a tendance à tirer des conclusions hâtives et ne rend pas compte de la plurivocité de certaines informations. De plus, le système 1 est crédule et considère comme vraie toute information nouvelle. Seul le système 2 est suspicieux, à condition qu'il ne soit pas occupé à d'autre tâche, qu'il ne soit épuisé ou simplement paresseux, autrement, l'individu suivra la pente naturelle de son système 1.