Cet article résume l'histoire de Terre-Neuve qui est maintenant l'un des deux principaux territoires constituant la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador.
Les premières traces d'humains sur le territoire de Terre-Neuve remontent à ans Terre-Neuve a longtemps été une colonie anglaise avant de devenir une province canadienne en 1949.
Les origines Précurseurs asiatiques Les premiers signes de présence humaine sur l’île de Terre-Neuve datent d’environ ans av. J.-C. et relèvent de la « Civilisation archaïque maritime », culture de pêcheurs et de chasseurs d’animaux marins. On note le développement du travail du bois, de tombeaux à tumulus (site de L'Anse Amour) et un usage abondant de l’ocre rouge, sur les côtes des provinces maritimes actuelles et de Terre-Neuve. Cette civilisation s’éteint vers -2000, peut-être à la suite de la submersion du plateau continental à cette époque.
Vers 850 av. J.-C. arrivent les paléo-inuits qui occupent l’île durant environ 700 ans. D'origine asiatique (Sibérie), ces Inuits ont émigré il y a plusieurs milliers d'années en traversant le détroit de Béring et en s’établissant en Amérique du Nord. Ils sont supplantés par les représentants de la Culture de Dorset et, simultanément par ceux de la culture « Recent Indian », ancêtres possibles des Béothuks. Ces deux cultures occupent l’île pendant le millénaire suivant.
Les Vikings Les côtes de Terre-Neuve furent explorées pour la première fois par des Européens au début du . En effet, des vestiges vikings ont été retrouvés à L'Anse aux Meadows, à l’extrémité nord de l'île à la suite des fouilles menées par Helge Ingstad et son épouse, Anne Stine, en 1960. Selon la datation par le carbone 14, l'implantation n'aurait servi que durant une vingtaine d'annéesJohn Haywood, Atlas des Vikings 789-1100, éditions Autrement, Paris, 1995, pp.98-99. La dernière mention d'une expédition groenlandaise vers l'Amérique se trouve dans les annales islandaises de 1347 où il est décrit qu'un bateau du Groenland revenait d'un voyage au MarklandJohn Gwyn, The North Atlantic Saga, Being the Norse Voyages of Discovery and Settlement to Iceland, Greenland, and North America, Oxford University Press, Oxford, 1986, p. 136. Deux sagas islandaises, la Grœnlendinga saga ainsi que la Saga d'Erik le Rouge, racontent les découvertes vikings de l'Amérique du Nord. Cependant, il reste à ce jour impossible de dire avec certitude que les trouvailles archéologiques de l'Anse aux Meadows sont les restes des habitations des protagonistes de ces sagas. Terre-Neuve a souvent été associée au Vinland, une terre nommée par Leif Ericson au cours de son périple le long des côtes de l'Amérique du Nord, mais la situation précise de cet endroit fait encore l'objet de nombreux désaccords.
Pêcheurs et explorateurs européens thumb|250px|Les terres découvertes par Jean Cabot, tiré de Navigationi et viaggi de Giovanni Battista Ramusio (Venise, 1583). Il court sur la fréquentation des Grands Bancs plusieurs récits qui veulent y faire remonter la présence de pêcheurs européens au début du : outre certaines interprétations des voyages du Portugais João Vaz Corte-Real vers l’île de Bacalao, la source principale de ces allégations sur « des pêcheurs bretons de Paimpol et de Saint-Malo, des marins normands de Barfleur et de Dieppe, enfin ceux du Pays basque » paraît être l'ouvrage de Charles Desmarquets : une analyse du contenu de ce livre et du crédit qu'il faut y ajouter est donnée par exemple dans la préface de Ch.-A. Julien au volume .. Ce récit a été repris complaisamment par plusieurs auteurs depuis, notamment Jean Mauclère et SamivelDans L’Or de l'Islande, éd. Arthaud, 1963..
La première expédition clairement documentée date de 1497 quand le pilote vénitien naturalisé anglais Jean Cabot (, , ) explore la région pour le compte de l’Angleterre et découvre les Grands Bancs de morue de Terre-Neuve. La pêche et l’exploitation des richesses naturelles marqueront le développement de l’île jusqu’à nos jours.
En 1501, Gaspar Corte-Real explore la côte est de l’Amérique du Nord pour le compte du Portugal. Il capture 57 autochtones du Labrador ou de Terre-Neuve pour les ramener au PortugalC'est le cosmographe Albert Cantino qui, dans une lettre datée du 17 octobre 1501 rendant compte des découvertes des Corte-Real à la Terra verde (Terre-Neuve), parle des 57 captifs indigènes : « J'ai vu, touché et examiné ces peuples, et commençant par leur taille, déclare qu'ils sont relativement plus grands que nous en moyenne, ayant les membres en proportion et bien formés. Les cheveux des hommes sont longs, comme nous les portons nous-mêmes et ils les portent frisés et ils ont la figure marquée de grands signes et ces signes ressemblent à ceux des Indiens [des Indes). » cité d'après ..
En 1502 des pêcheurs anglais commencent à fréquenter les bancs de Terre-Neuve, suivis par les Normands en 1506, les pêcheurs bretons de Dahouët en 1510 (à la suite de leur découverte de l'île Cap-Breton en 1504), de Bréhat en 1514, de Saint-Brieuc en 1516 puis des vaisseaux d’à peu près toutes les nations européennes ayant une façade sur l’Atlantique.
Vers 1530, 50 navires de pêche européens viennent chaque année pêcher la morue, amenant une population saisonnière de personnes. Simultanément, les Inuits sur une partie du territoire de Terre-Neuve entrent en conflit avec les Beothuks, ainsi qu’avec les pêcheurs blancs. À partir de 1580, les affrontements sont endémiques entre Inuits et Européens.
Au cœur des rivalités coloniales Les prises de possessions anglaises En 1578, la reine d'Angleterre Élisabeth concédait à Sir Humphrey Gilbert, beau-frère de son favori, Sir Walter Raleigh, « tous pays lointains païens et barbares non actuellement possédés par prince ou peuple chrétien ». Le 5 août 1583, Sir Humphrey Gilbert prit officiellement possession de Terre-Neuve. La plupart des puissances européennes, dont la France, n'avaient pas voulu reconnaître cette prise de possession. Les Anglais n'y installèrent pas moins leurs postes de pêche. Ce geste sera suivi, deux ans plus tard, par la destruction de la flotte de pêche espagnole par l’amiral Drake. C'est en 1610 que John Guy, marchand anglais de Bristol, établissait dans la baie de la Conception la première colonie permanente à Terre-Neuve. Il fonde la « Newfoundland Company » (à Cupids) malgré une interdiction de la Couronne. Le gouvernement britannique refusera le statut de colonie à Terre-Neuve durant deux siècles. La Newfoundland Company fera faillite en 1631. En 1611 le pirate Peter Easton construit un fort à Harbour Grace et, de là, écume l’Atlantique. L’endroit deviendra une colonie de pêcheurs. Les combats commencent bientôt entre colons britanniques et Béothuks. Ceux-ci seront progressivement repoussés vers l’intérieur de l’île. Cette opération dans l'histoire actuelle serait considérée comme un crime de guerre. En 1623, George Calvert, qui deviendra plus tard Lord Baltimore, fonda un comptoir à Ferryland. Il tenta d'y établir des colons catholiques, et s'y retira en 1629. En 1634, un décret royal nomme gouverneur de Terre-Neuve le capitaine du premier navire à aborder au printemps. Ce sera longtemps le seul gouvernement de l'île. En 1638, le corsaire David Kirke prend possession des propriétés de Lord Baltimore à Ferryland et se nomme gouverneur. Il chasse les colons catholiques et les remplace par une centaine de nouveaux colons.
De nombreux autres postes anglais surgiront par la suite sur les côtes orientales de Terre-Neuve.
Les tentatives françaises
À diverses reprises, à l'instigation d'influents armateurs français, ceux de La Rochelle en particulier, engagés dans l'industrie lucrative de la pêche sur les bancs de Terre-Neuve, la France avait vigoureusement protesté contre l'occupation de l'île par les Anglais.
Ce n'est cependant qu'en 1635 que les Anglais accorderont aux pêcheurs français la permission de faire sécher leurs prises de morue sur les rivages de l'île. C'est alors que la pittoresque baie de Plaisance, située sur la côte sud de Terre-Neuve, deviendra le principal centre d'activité des pêcheries françaises du littoral de l'île.
En 1655, le royaume de France nomme un premier gouverneur pour la petite colonie de pêcherie de Plaisance, Sieur de Kéréon.
En 1658, à la faveur de l'état de guerre qui existait alors entre la France et l'Angleterre, Louis XIV octroya à Nicolas Gargot de La Rochette, capitaine au long cours, le port de Plaisance, à titre de fief héréditaire, ainsi qu'une vaste concession s'étendant sur vingt-six lieues de profondeur dans la région du sud de Terre-Neuve.
En 1660, une commission royale désignait Nicolas Gargot comte de Plaisance et gouverneur de l'île.
En 1662, Louis XIV fit fortifier Plaisance. Il nomma gouverneur, Thalour du Perron, qui fut assassiné l'année suivante, ainsi que son aumônier, par des soldats de sa garnison. Quelques mois plus tard, un commissaire du roi, le sieur de Monts, se rendant à Québec, fit débarquer à Plaisance un détachement de soldats ainsi que des vivres et des munitions.
En 1663, le capitaine Nicolas Gargot, en conduisant à Québec le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, de Mésy, ainsi que François de Laval, l'évêque de Québec, laissa à Plaisance plusieurs familles de colons. De sorte qu'à l'époque, Plaisance était devenu un poste fortifié comptant quelque deux cents soldats, colons et pêcheurs. thumb|250px|Carte britannique de la baie de Ferryland (1696). C'est alors que la France décida d'exercer sa souveraineté sur toute la partie sud de l'île de Terre-Neuve, du Cap Race au Cap Ray, ainsi que sur les îles du littoral.
Au recensement de 1687, cette vaste région groupait 36 familles, la plupart d'origine basque, ainsi que 488 engagés, formant une population totale de 663 personnes, dont 256 demeuraient à Plaisance. À partir de 1662 une colonie française se développe dans la région de Plaisance. En 1690, l'Angleterre étant de nouveau en guerre avec la France, des flibustiers anglais, venus des côtes de l'est de Terre-Neuve, saccagèrent Plaisance, laissant la population dans le plus complet dénuement. La plupart des habitants ayant pris la fuite, il ne restait plus que 150 Français. De Prat était alors gouverneur.
L'année suivante, le 24 août 1691, les Anglais tentèrent un nouvel assaut contre Plaisance, mais le nouveau gouverneur, Joseph de Monbeton de Brouillan, les repoussa. Puis, après avoir formé de petits détachements, qu'accompagnaient des matelots basques, De Brouillan se porta à l'attaque des établissements britanniques de l'île qu'il dévasta à son tour, le mieux qu'il pût.
Les Anglais s'attaquèrent de nouveau à Plaisance, en 1692 et en 1693, mais ils ne purent réussir à en déloger les Français.
Puis, des secours étant arrivés de France et de Nouvelle-France, De Brouillan reprit l'offensive. Il partit le 9 septembre 1696, avec huit navires armés en provenance de Saint-Malo, en vue de s'emparer de Saint-Jean, chef-lieu de la côte anglaise de l'île. Ayant subi un échec, il était de retour à Plaisance le 17 octobre pour y trouver Pierre Le Moyne d'Iberville, arrivé avec sa flotte depuis le 12 septembre. C'est alors qu'une nouvelle expédition contre les postes anglais de Terre-Neuve s'organisa.
Le novembre 1696, d'Iberville partit de Plaisance avec 124 hommes en direction de Ferryland où De Brouillan avait également dirigé ses troupes par bateaux. Ils y effectuèrent leur jonction le 6 novembre. D'Iberville voulait d'abord s'attaquer à Carbonear, qui ne pouvait être pris que par surprise. De Brouillan s'y opposa, insistant pour que Saint-Jean soit assiégé en premier lieu. D'Iberville y acquiesça de mauvaise grâce.