vignette|290px|Étiquette de paquet de soie grège, en japonais et en français.
Les relations entre la France et le Japon au coïncident avec l'ouverture du Japon au monde occidental, après deux siècles d'isolement sous la politique du sakoku et la politique expansionniste de la France en Asie. Cet article présente le développement historique des relations entre deux nations souveraines situées aux antipodes l'une de l'autre et qui ne connaissent quasi rien l'une de l'autre. La mise en place des différentes strates sociales dont est constitué le tissu relationnel entre ces deux nations s'organise selon le processus suivant : le religieux d'abord, puis l'économique suivi du militaire et enfin le culturel.
Cette relation bi-nationale s'établit dans un contexte historique expansionniste qui voit les puissances occidentales rivaliser entre elles pour s'approprier des marchés pour leurs produits industriels. Il est à cet égard intéressant d’observer comment tant la France que la Grande-Bretagne, l'Allemagne ou les États-Unis, en militarisant le Japon sans apparemment s'inquiéter des conséquences à long terme de leurs politiques, mettent en place les conditions de leurs propres pertes à partir des années 1930. La France, par l'envoi de sa mission militaire française au Japon (1918-1919) est la première à former ce pays aux nouvelles techniques de la guerre, aérienne à présent, à peine plus de 20 ans avant l'attaque de Pearl Harbor.
Les deux pays deviennent des partenaires très importants à partir de la seconde moitié du dans les domaines militaires, économiques, juridiques et artistiques. Le shogunat Tokugawa modernise son armée grâce à l'aide des missions militaires françaises (Jules Brunet), et le Japon s'adosse plus tard à la France pour plusieurs aspects de sa modernisation, en particulier le développement d'une industrie de construction navale durant les premières années de la marine impériale japonaise (aidé par l'ingénieur Émile Bertin), et le développement d'un code juridique. La France tire également une partie de son inspiration artistique moderne de l'art japonais, essentiellement le japonisme, qui influence l'impressionnisme.
Premiers contacts vignette|gauche|upright|Hasekura Tsunenaga amorce les relations entre la France et le Japon en 1615. vignette|Martyre du dominicain français Guillaume Courtet, à Nagasaki, 1637, gravure de 1650. Le Japon a de nombreux contacts avec l'Occident durant l'époque du commerce Nanban dans la seconde moitié du et au début du . Pendant cette période, les premiers contacts entre les Français et les Japonais ont lieu avec l'arrivée du samouraï Hasekura Tsunenaga dans la ville méridionale de Saint-Tropez en 1615. François Caron, fils d'un huguenot français réfugié aux Pays-Bas, employé par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, est la première personne d'origine française connue à mettre le pied au Japon en 1619 Diderot, cité par Hisayasu Nakagawa, Le siècle en Europe et au Japon, Colloque franco-japonais, 1988, page 222 lire en ligne. Noël Nouet, Histoire de Tokyo, Tokyo, 1961, 261 pages, page 67. Bulletin de la Maison franco-japonaise, Tokyo, Maison franco-japonaise, 1927, page 127.. Il y reste 20 ans et devient le directeur de la compagnie.
Cette période de contact prend fin avec la persécution des chrétiens au Japon qui conduit à une fermeture presque totale du pays aux interactions étrangères. En 1636, Guillaume Courtet, un prêtre dominicain français, entre clandestinement dans l'archipel, malgré l'interdiction en 1613 du christianisme. Il est pris, torturé et meurt à Nagasaki le .
Diffusion de l'enseignement français au Japon
Au cours de sa période d'isolement (sakoku), le Japon acquiert une énorme quantité de connaissances scientifiques de l'Occident, au moyen du processus de rangaku, au et surtout au . De façon générale, ce sont les commerçants hollandais du quartier de Dejima à Nagasaki qui apportent certains des derniers livres sur les sciences occidentales, lesquels sont ensuite analysés et traduits par les Japonais. Le Japon commence très tôt son industrialisation par ce moyen. Les connaissances scientifiques françaises sont transmises de cette façon à l'archipel.
Le premier vol d'une montgolfière par les frères Montgolfier en France en 1783 est rapporté moins de quatre ans plus tard par les Hollandais de Dejima, et publié en 1787 dans les « Dires des Néerlandais ». La nouvelle technique est démontrée en 1805, presque vingt ans plus tard, lorsque le Suisse Johann Caspar Horner et le Prussien Georg Heinrich von Langsdorff, deux savants de la mission Krusenstern qui a également amené Nikolaï Rezanov, l'ambassadeur de Russie au Japon, fabriquent un ballon à air chaud en papier japonais (washi), et font une démonstration devant environ 30 délégués japonaisIvan Federovich Kruzenshtern. Voyage round the world in the years 1803, 1804, 1805 and 1806, on orders of his Imperial Majesty Alexander the First, on the vessels Nadezhda and Neva.. Les ballons à air chaud demeurent principalement des curiosités faisant l'objet de nombreuses expériences et de représentations populaires jusqu'au développement des usages militaires au début de l'ère Meiji.
vignette|gauche|250px|L'emprisonnement de Napoléon Ier à Sainte-Hélène, raconté et illustré dans un livre japonais contemporain (1815–1820). Les événements historiques, tels que la vie de Napoléon Ier, sont relayés par les Hollandais et publiés dans des livres contemporains japonais. Curieusement, certains faits historiques sont présentés de façon exacte (l'emprisonnement de Napoléon « dans l'île africaine de Sainte-Hélène »), tandis que d'autres le sont de façon erronée (par exemple, la représentation anachronique des gardes britanniques portant cuirasses et armes du ).
En 1840, le savant Rangaku Udagawa Yōan rapporte pour la première fois en détail les résultats et les théories de Lavoisier au Japon. Par la suite, Udagawa fait également de nombreuses expériences et créé de nouveaux termes scientifiques, qui sont encore en usage courant dans le japonais scientifique moderne, comme , , et .
Le savant Rangaku Takeda Ayasaburō construit les forteresses de Goryōkaku et Benten Daiba entre 1854 et 1866, en utilisant des livres néerlandais sur l'architecture militaire décrivant les fortifications de l'architecte Vauban.
L'éducation en langue française débute en 1808 à Nagasaki, lorsque le Hollandais Hendrik Doeff commence à enseigner le français aux interprètes japonais. La nécessité d'apprendre le français est identifiée lorsque des lettres de menaces sont envoyées dans cette langue par le gouvernement russe.
Premiers contacts de l'époque contemporaine (1844–1864) Premiers contacts avec Okinawa (1844) vignette|Le père Forcade des missions étrangères de ParisPaulist Fathers, Catholic World, page 104 : « . » lire en ligne. premier missionnaire chrétien du au Japon, est nommé vicaire apostolique du Japon par le pape Grégoire XVI en 1846. Après presque deux siècles d'un isolement strictement appliqué, divers contacts ont lieu à partir du milieu du tandis que la France tente d'étendre son influence en Asie. Après la signature du traité de Nankin par la Grande-Bretagne en 1842, tant la France que les États-Unis essaient d'accroître leurs efforts en Orient.
Les premiers contacts se font avec le royaume de Ryūkyū (à Okinawa), vassal du domaine féodal de Satsuma depuis 1609. En 1844, une expédition navale française commandée par le capitaine Fornier-Duplan à bord de l'Alcmène arrive à Okinawa le . Le commerce est interdit mais le père Forcade reste dans la ville avec un traducteur chinois, nommé Auguste Ko. Forcade et Ko résident dans le temple d'Amiku, à Tomari (préfecture d'Okinawa, de nos jours un quartier de Naha), sous stricte surveillance, uniquement autorisés à apprendre la langue japonaise avec l'aide de moines. Après une période d'un an, le le navire français Sabine, commandé par Guérin, arrive, bientôt suivi par la Victorieuse, commandée par Rigault de Genouilly et le Cléopâtre, sous les ordres de l'amiral Cécille. Ils apportent la nouvelle que le pape Grégoire XVI a nommé Forcade évêque de Samos et vicaire apostolique du JaponNicholas Patrick Wiseman, The Dublin Review, lire en ligne.. Cécille offre, en vain, la protection du royaume de France contre l'expansionnisme britannique et obtient seulement que deux missionnaires restent sur place.
Forcade et Ko sont embarqués pour servir de traducteurs au Japon, tandis que le père Leturdu reste à Tomari, bientôt rejoint par le père Mathieu Adnet. Le , l'amiral Cécille arrive à Nagasaki mais les négociations échouent et il se voit refuser le droit de débarquer tandis que le père Forcade ne met jamais le pied au Japon proprement dit.. Le tribunal de Ryūkyū à Naha se plaint au début de 1847 au sujet de la présence des missionnaires français qui se retirent en 1848.
La France n'a pas d'autres contacts avec Okinawa pendant les sept années qui suivent jusqu'à ce qu'arrive la nouvelle que le commodore Perry a obtenu un accord avec l'archipel le , à la suite de son traité avec le Japon (la convention de Kanagawa). Un croiseur français arrive à Shimoda au début de 1855 alors que l' s'y trouve encore après la ratification du traité, mais il lui est refusé de prendre contact en l'absence d'un accord formel entre la France et le JaponJames Murdoch, A history of Japan, vol. 3, .. La France envoie alors une ambassade dirigée par le contre-amiral Cécille à bord de la Virginie afin d'obtenir des avantages similaires à ceux des autres puissances occidentales ; une convention est signée en ce sens par Guérin le , toutefois jamais ratifiée..
Contacts avec la partie continentale du Japon (1858) vignette|Objets japonais de la collection Chassiron, apportés en France par la première ambassade française, aujourd'hui au musée d'Orbigny Bernon, à La Rochelle. vignette|Léon Dury avec ses étudiants à Nagasaki (années 1860). Au cours du , de nombreuses tentatives pour rompre l'isolement sont entreprises par les puissances occidentales (sauf les Hollandais qui possèdent déjà un poste de commerce à Dejima) visant à ouvrir des relations commerciales et diplomatiques avec le Japon. La France fait une tentative de cet ordre en 1846 avec la visite de l'amiral Cécille à Nagasaki, mais le débarquement lui est interdit.
Un Français du nom de Charles Delprat est connu pour vivre à Nagasaki depuis environ 1853 comme licencié du commerce néerlandais. Il est en mesure de conseiller les premiers efforts diplomatiques français menés par le baron Gros au Japon. Il met vivement en garde contre le prosélytisme catholique et contribue à l'abandon de telles intentions parmi les diplomates français. Il présente également une image du Japon comme d'un pays qui a peu à apprendre de l'Occident : « En étudiant de près les coutumes, les institutions, les lois des Japonais, on conclut en se demandant si leur civilisation, tout à fait appropriée à leur pays, a quoi que ce soit à envier à la nôtre ou à celle des États-Unis. »
L'ouverture officielle des relations diplomatiques avec le Japon commence donc avec le commodore Perry en 1852-1854 quand l'Américain menace de bombarder Edo ou de mettre en place un blocus du pays. Il obtient la signature de la convention de Kanagawa le . Bientôt, la défaite chinoise de 1858 lors de la seconde guerre de l'opium fournit au gouvernement japonais un exemple concret de la force de l'Occident.