vignette|Exemple de bibliothèque partagée libre et gratuite, construite par les élèves d'un lycée pour y entreposer des livres librement apportés et librement empruntés (ici en 2016 sur le port de Saint-Goustan, à Auray dans le Morbihan).

Les communs sont des ressources partagées, gérées et maintenues collectivement par une communauté ; celle-ci établit des règles dans le but de préserver et pérenniser ces ressources tout en fournissant aux membres de cette communauté la possibilité et le droit de les utiliser, voire, si la communauté le décide, en octroyant ce droit à tous. Ces ressources peuvent être naturelles (une forêt, une rivière), matérielles (une machine-outil, une maison, une centrale électrique) ou immatérielles (une connaissance, un logiciel).

Les communs impliquent que la propriété n'est pas conçue comme une appropriation ou une privatisation, mais comme un usage, rejoignant la notion de possession exposée par Pierre-Joseph Proudhon dans Qu'est-ce que la propriété ?. Les communs forment une troisième catégorie, intermédiaire ou à part, par rapport à la propriété publique et à la propriété privée. Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les biens communs, utilise le terme de « faisceaux de droits » pour caractériser la propriété commune..

Selon Benjamin Coriat, il ne faut pas confondre un « commun » avec un « bien commun ». Un bien commun est quelque chose qui appartient à tous mais qui n'est pas forcément géré comme un commun ; ainsi, Le retour des communs, la crise de l'idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, LLL..

Histoire Le droit romain utilisait les concepts de res nullius ou res extra patrimonio, objets juridiques extérieurs aux biens patrimoniaux, parmi lesquels se trouvaient les res publicae (le domaine public, tels les fleuves navigables) et les res communes (littéralement les « biens [ou choses] communes » : ce qui appartient à tous, ce que nul ne peut s'attribuer au détriment d'autrui, tels les rivages, les mers, les océans...)HUMBERT, Michel, « Choses (Droit romain) » dans Dictionnaire de l'Antiquité, , PUF, Paris, 2011..

On retrouve ce terme juridique romain dans la notion anglaise traditionnelle de la « terre commune » (, en anglais) de laquelle dérive le terme « communs » (). Cependant, si les étaient probablement possédées collectivement par une entité légale, la Couronne ou une personne seule, ils étaient soumis à différentes règles de gestion et d'usage concernant par exemple le pâturage, la chasse, la coupe de bois, de branchages, la collecte de résine

Le terme « communs » dans la théorie économique moderne en est venu à désigner une ressource naturelle ou culturelle accessible à tous les membres d'une société : air, eau, terres habitables...

L'échec dit de la est une métaphore qui s'est répandue aux débuts des sciences économiques, au . Les premiers écrivains et scientifiques économistes soutenaient que la Révolution agricole britannique et les lois de la réforme agraire étaient en faveur d'une propriété unifiée de la terre. Ils ont tenté de se débarrasser des droits d'usage traditionnels des et utilisé la tragédie des communs qui se trouvait être une métaphore adaptée. Ils ont cité entre autres la polémique d'Aristote contre la Polis de Platon dans le sens où et respectivement . Le conflit autour de la dissolution des communs traditionnels a joué un rôle clé sur l'aménagement du paysage et les modèles de propriété et d'utilisation coopérative des terres..

Plus tard, d'autres économistes, notamment Elinor Ostrom en travaillant sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels), et dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle », ont montré qu'en réalité depuis la préhistoire, de nombreux groupes humains de par le monde ont réussi à développer des systèmes de gestion collective de ressources pas, peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelables (terres cultivables, ressources en gibier, en poissons, en bois et en eau potable ou d'irrigation notamment). En 2009, Elinor Ostrom a été la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie (avec Oliver Williamson) Communiqué de presse, Académie royale des sciences de Suède, 12 octobre 2009.Emmanuelle Delsol, « Creative Commons se félicite du prix Nobel d'économie, Elinor Ostrom », Le Monde informatique, 13 octobre 2009. Ses travaux développent l'idée que le meilleur gage de préservation de certaines ressources en est une gestion partagée et négociée. Ce mode de gestion se révélerait dans certains cas plus efficace que la propriété privée ou publique, par exemple pour gérer l'eau ou les semences, et serait particulièrement approprié pour penser la préservation des ressources environnementales ou des connaissances numérisées — deux domaines où la question de la propriété ne serait pas pertinente.

En 2015, Silvia Federici développe, sur la base de ses travaux sur les communs autochtones et sa vision critique et politique des communs, une définition en huit points. :

des espaces autonomes, cherchant à dépasser les divisions & à créer les conditions nécessaires à l'autogestion ; l'existence d'une propriété collective, sous la forme de ressources naturelles ou sociales partagées, accessibles à toutes et tous sans aucun distinction, mais qui ne peuvent être vendues ; une nature non pas des choses mais de relations sociales à travers une mise en commun et des liens de solidarité ; un fonctionnement sur la base de règles établies qui stipulent comment utiliser et préserver la richesse commune, les droits et les devoirs des communeuses et communeurs ; l'impossibilité d'exister sans communauté ; le fondement sur la coopération sociale, les relations de réciprocité et la responsabilité à l'égard de la reproduction de la ressource partagée ; la structuration autour de prises de décisions collectives, pouvoir de base découlant de compétences attestées, ainsi que sur la rotation des fonctions de pouvoir ; une perspective qui encourage l'intérêt commun dans tous les aspects de la vie & de l'action publique.

En France, la Crise économique liée à la pandémie de Covid-19 met à l'ordre du jour une société où les communs pourraient être d'ordre constitutionnel. Une proposition de loi constitutionnelle, dite , présentée par la sénatrice Nicole Bonnefoy et . a été discutée au Sénat le ..

Classification

Les communs physiques

Communs de l'eau

Les usages de l'eau sont généralement organisés comme des communs.

Au en France, la conceptualisation des systèmes d'irrigation comme des ressources naturelles par les ingénieurs des Ponts et Chaussées s'est faite contre la gestion en commun de ces systèmes par leurs usagers au sein des associations syndicales.

Communs forestiers et paysagers

Les bois peuvent être gérés en communs par leurs habitants ou usagers.

Chez les paysans européens du second millénaire, les usages et la gestion des bois en communs ont existé comme compromis avec les seigneurs féodaux, puis ont connu des évolutions vers plus d'autonomie lors des révolutions nationales, avant d'être progressivement démantelés par les transformations capitalistes des sociétés européennes.

Au Brésil, les quilombos gèrent leurs forêts de manière commune.. Au Cameroun, le modèle des forêts communautaires répond aussi au concept des communs forestiers..

Certaines critiques dénoncent que les pouvoirs internationaux déclarent les forêts tropicales comme des patrimoines communs de l'humanité: il ne s'agirait là pas de communs populaires mais d'une continuation de l'extraction coloniale du bois.

Outre les bois, d'autres aspects des terres peuvent être mis en communs, ce qu'on peut appeler des . Ainsi, le pâturage de montagne peut être organisé comme un commun.

Communs négatifs Parmi les communs environnementaux et en plus des communs évoqués par Elinor Ostrom comme les cours d'eau, les forêts, les pâturages, les zones humides, on peut considérer des communs dits négatifs. Selon le chercheur Alexandre Monnin on peut appliquer la notion de communs négatifs à la gestion des centrales nucléaires abandonnées. Cette notion serait apparue à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima.

La notion de commun négatif se rapproche de celle de communs latents de Anna Tsing.

Communs urbains D'après Daniela Festa dans un article paru dans Géoconfluences, les communs urbains désignent les biens ou services, publics ou privés, dont le « caractère commun dépend des fonctions qu'ils peuvent remplir socialement ». Il peut s'agir aussi bien de parcs, de friches, de places publiques, de services urbains, des logements sociaux ou du traitement des déchets. On peut aussi parler de reconstitution de biens communs quand il s'agit de récréer des expériences de partage du passé comme le partage d'un four à bois ou « via les réseaux alimentaires alternatifs comme les potagers collectifs ». Un exemple de communs urbains est le Bâtiment 7 de Pointe-Saint-Charles au Québec..

Contrairement à la théorie économique sur l'accès des ressources dites rivales d'Elinor Ostrom, les communs urbains se caractérisent par l'absence de rivalité et un accroissement de la valeur (économie) par l'intensité de son utilisation. Les communs urbains respectent les principes de base des communs.. Ils partagent également les mêmes contradictions que les autres communs, mais de manière « hyperconcentrée » en raison de la centralité de la ville dans les dynamiques d'accumulation et de dépossession propres au néolibéralisme et de la densité intrinsèque qui multiplie les interactions , la production de valeur, les relations de conflits et de coalition entre les sujets.. La spécificité des communs urbains réside également dans le fait qu'ils sont une solution au conflit d'usage de l'espace urbain..

Par ailleurs, le caractère commun n'est pas toujours défini et stable en raison des différents intérêts qui se coalisent dans l'usage et la prise en charge des communs et des communautés, qui se superposent mutuellement au fur et à mesure de leur implication dans les communs. Par exemple, les jardins collectifs sont un lieu de production alimentaire pour les uns mais un lieu de socialisation ou de communication pour d'autres. Des exemples de communs alimentaire sont fournis par l'association Vergers urbain..

Des initiatives se font jour, pour demander davantage de pistes cyclables et partant, respirer un air plus pur. La résistance contre la société de la voiture est un pas en direction de la réappropriation des communs que constituent les routes et la voirie..

Communs de la santé

Les biens de la santé sont généralement des communs. Ainsi, les principes actifs des médicaments sont des biens communs.

Par ailleurs, les produits du corps humain comme le sang, la moelle osseuse, le lait, le sperme, les cornées, les os, la peau et les organes sont hors du commerce et sont généralement gérés par leurs usagers dans l'intérêt du bien commun.

Dans les hôpitaux français, l'implication des acteurs de terrain dans la gestion des financements rapprocherait le système hospitalier d'un commun.

Communs immatériels Communs de la connaissance