Le Palais national d'Ajuda, ou Palais de Notre-Dame d'Ajuda, est un monument national portugais, situé dans la paroisse d'Ajuda, à Lisbonne.
Ancien palais royal, le palais d'Ajuda est aujourd'hui occupé dans sa plus grande partie par deux musées mais aussi par la bibliothèque nationale d'Ajuda, le Ministère de la Culture et l'Institut des Musées et de la Conservation (IPM). Le palais et les musées sont gérés par l'Institut de gestion du patrimoine architectural et archéologique (IGESPAR) et par la présidence de la République.
Depuis 2022, le palais accueille le nouveau Musée du Trésor Royal, qui expose les joyaux de la couronne portugaise et d’autres collections royales.
Histoire Période Joanine En 1726, Jean V (1689-1750) acquiert trois terrains dans la zone de Belém. Le premier est déjà occupé par ce qui est aujourd'hui le palais de Belém, le deuxième par une chapelle intégrée aujourd'hui au Palacio das Necessidades et le troisième, le terrain d'Ajuda, est réservé pour la construction d'une résidence royale d'été. Une voie entre celui-ci et le nouveau quai de Belém est ouvert (Calçada da Ajuda) avant même que le projet d'un palais ne soit évoqué.
Période Pombaline thumb|250px|Reconstruction de Lisbonne. Au premier plan, les tentes provisoires. Au centre, une pendaison. Au fond, les ruines de Lisbonne. L'utilisation des terrains d'Ajuda pour y installer un palais royal est l'une des conséquences du tremblement de terre de Lisbonne. Le , sous le règne de Joseph , un séisme détruit pratiquement toute la ville de Lisbonne. Le vieux , résidence royale qui entourait le Terreiro do Paço, sur la rive du Tage n'échappe pas à la catastrophe. Outre les dégâts matériels, la perspective d'une réplique ou d'une nouvelle secousse tellurique plonge les lisboètes dans une peur panique.
Même si la famille royale et la Cour se trouvent ce jour-là à Belém, partie occidentale de la ville, où les effets du séisme furent moins violents, le roi est si traumatisé par les évènements qu'il refuse désormais de vivre dans une construction en dur. Il fait alors dresser sur la colline d'Ajuda, où l'activité sismique est faible, un palais de bois et de toile, auquel on donnera le nom de Baraque Royale (Real Barraca) ou de Palais de bois (Paço de madeira).
L'ouvrage est conclu en 1761. Il obéit, au début, à deux principes : résistance aux séismes (grâce aux matériaux de construction) et absence de maçonnerie. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont de l'autorité de Petrone, Mazone et de Veríssimo Jorge. Les intérieurs sont décorés avec le plus beau mobilier, avec de grandes et précieuses pièces de tapisserie, d'orfèvrerie ainsi que des tableaux. La structure se développe tant et si bien que sa surface dépasse celle du palais actuel.
La cour y résidera presque trente ans, dans la luxueuse ambiance de l'âge d'or du despotisme éclairé soutenu par ce que les cargaisons d'or et de pierres précieuses du Brésil permettaient encore.
En 1768, le premier jardin botanique de Lisbonne est construit autour du palais par ordre du ministre Sebastião José de Carvalho e Melo, futur Marquis de Pombal.
Joseph occupera la Baraque royale jusqu'à sa mort, en 1777.
Période de la Régence right|thumb|190px|Jean , Prince Régent. À la mort de Joseph , sa fille, Marie , lui succède. Vivant depuis son mariage avec Pierre III, dans le palais de Queluz, celui d'Ajuda est quelque peu laissé de côté, sans pour autant être abandonné par la reine et ses enfants.
Le , le prince Jean VI prend officiellement la direction des affaires publiques à la place de sa mère qui a sombré dans la démence. Il signe alors les décrets en son nom. Le et jusqu'à son couronnement, il assume le pouvoir sous le titre de Prince régent.
En 1794, les registres nous apprennent que c'est la maladresse d'un domestique qui portait une bougie qui est à l'origine de l'énorme incendie qui détruisit complètement la Baraque royale et une grande partie de son précieux contenu : tapisseries, tableaux, orfèvrerie et mobilier. Seule la tour de la Paroissiale appelée Torre do Galo (Tour du Coq) en réchappe, grâce à l'effondrement, durant l'incendie, de la passerelle la reliant au palais. Quelques pièces du mobilier résistent à l'incendie. Elles sont aujourd'hui exposées au Musée du palais national d'Ajuda. Curieusement, on sait aussi, par les registres, que des restes de la structure de maçonnerie, faite pour supporter le second étage, furent retrouvés dans les décombres.
left|thumb|190px|Tour de la Paroissiale appelée Torre do Galo (Tour du Coq) Il devient alors nécessaire de construire un nouveau palais digne d'accueillir la famille royale. L'idée n'est pas nouvelle puisque, dès l'époque de Jean V et du vieux palais de Ribeira, le projet existait déjà. De nombreux historiens affirment que sans le tremblement de terre, Joseph aurait probablement mené ce projet à bien, en lieu et place de la structure provisoire qui finira par partir en fumée.
Le prince Jean VI, approuve la construction d'un tout nouveau palais. Les plans en sont confiés à Manuel Caetano de Sousa (1742-1802) qui présente un projet de style baroque. La première pierre est posée le . Il faut souligner ici la particularité d'un projet de style baroque, pour un bâtiment aussi important, à la fin du . La construction est déjà lancée lorsque, deux architectes de l'école de Bologne, adeptes du nouveau style d'inspiration néoclassique, arrivent au Portugal et parviennent à convaincre le prince de modifier le projet. Il s'agit de Francisco Xavier Fabri (1761-1817) et de José da Costa e Silva (1747-1819). Ils sont chargés, en 1802, de modifier le projet antérieur. Mais c'est José da Costa e Silva qui défendra et appliquera l'adaptation du nouveau projet à la structure déjà construite.
La construction du nouvel édifice est interrompue à plusieurs reprises pour des problèmes récurrents d'ordre financier et politique. En 1807, les invasions françaises provoquent même le transfert de la famille royale et de la cour au Brésil.
C'est depuis le palais d'Ajuda que le prince Jean écrit à ses sujets avant de partir pour le Brésil. Bien que les invasions n'aient pas été directement responsables de l'arrêt des travaux - les registres indiquent que l'émissaire de Napoléon Bonaparte, le général Junot avait donné l'ordre de poursuivre les travaux - la construction en simultané d'un palais royal au Brésil, le palais de São Cristóvão, ainsi que d'autres travaux importants dans la colonie provoquent un transfert des investissements du royaume vers le Brésil.
C'est pourquoi, au long de la première moitié du , les travaux progressent lentement, tout en ayant le concours d'artistes nationaux importants, se consacrant à la décoration du toit et des façades: Domingos Sequeira (1768-1837), Arcangelo Foschini (1771-1834), Cirilo Wolkmar Machado (1748-1823), Machado de Castro (1731-1822) et João José de Aguiar (1769-1834).
L'époque du libéralisme left|thumb|150px|Façade intérieure du palais. On peut voir le côté droit inachevé. Les dernières finitions, celles des chapiteaux et des fenêtres du dernier étage par exemple, ne seront réalisées qu'au milieu du .
Lorsque, en 1821, Jean VI rentre du Brésil (à la suite de la révolution libérale de 1820), le palais n'est toujours pas terminé. Les installations permettent à peine la tenue de cérémonies protocolaires, telles que l'investiture de Jean VI dans l'Ordre de la Jarretière en 1823. Le monarque choisit donc d'aller vivre dans le palais de Bemposta, où il mourra le .
Les ailes est et sud du palais d'Ajuda sont désormais habitables; la Marquise d'Alorna est conviée pour diriger la décoration des intérieurs. L'année de la mort du roi, Isabelle de Bragance, devenue infante régente, vient habiter le nouveau palais royal avec ses sœurs, Maria da Assunção et Maria Francisca Benedita.
En 1828 Michel y est acclamé roi lors des États Généraux réunis dans la salle des Cortes, aujourd'hui Salle du souper (Sala da Ceia). Il habitera le palais d'Ajuda durant près de six mois, le temps que le Palacio das Necessidades subisse quelques travaux pour devenir sa résidence officielle.
Lorsque débute le conflit entre les factions libérales et absolutistes, le pays plonge dans un climat d'incertitude. Les travaux qui se poursuivaient lentement sont totalement arrêtés en 1833, avec l'arrivée des troupes libérales à Lisbonne.
Le régime libéral est rétabli grâce à la victoire des troupes de Pierre . Celui-ci assume le pouvoir en tant que régent jusqu'à la majorité de sa fille, la future Marie . Il prête serment à la Charte constitutionnelle dans la salle du trône du palais d'Ajuda, le .
thumb|right|200px|Plan original du Palais. Seule la partie en noir est effectivement construite 150px|left|thumb|Pierre . Dès lors, la réalisation intégrale des plans du palais est abandonnée. Les raisons sont nombreuses: d'abord, si le concept de pouvoir concentré dans un grand palais (tel qu'aurait dû être le palais d'Ajuda), d'où le roi prend ses décisions entouré de sa famille, de la Cour et des ministres, avait un sens sous les régimes précédents, il ne correspond plus au régime libéral. En outre, Marie II et son second mari, le prince consort Ferdinand (futur Ferdinand II habitent désormais le palacio das Necessidades, tout juste réhabilité, ainsi que l'extravagant Palacio de Pena à Sintra, commandé par Ferdinand et tout juste achevé. Le palais d'Ajuda passe à nouveau au second plan (comme pendant l'épisode de la royale baraque sous Marie ). Quelques cérémonies aux jours de fête s'y réalisent encore.
Le palais d'Ajuda est ainsi réduit à accueillir de rares cérémonies officielles, après la mort de Marie II, et encore sous les règnes de Ferdinand II et de son fils Pierre V. Celui-ci utilise le palais pour célébrer son acclamation officielle et son mariage, ainsi que pour rendre visite à son ami, le bibliothécaire royal Alexandre Herculano. Pierre V vit avec son père et ses frères, dans le Palacio das Necessidades. Une tragédie va venir mettre fin à cette relégation du palais. right|150px|thumb|Louis
Règne de Louis Fin 1861, une énorme tragédie s'abat sur la famille royale quand les infants Ferdinand et Auguste de Bragance contractent la fièvre typhoïde. Alités dans le palacio das Necessidades, ils finissent par contaminer leur frère, le roi Pierre V. Le , le roi moribond, entend sonner le glas annonçant la mort de son jeune frère de 15 ans, Ferdinand.
Les infants Louis (futur Louis ) et Jean, partis en voyage - ils accompagnent leur sœur, l'infante Antonia, chez son mari en Belgique - apprennent la nouvelle de la grave maladie qui affecte leurs frères. Ils abandonnent immédiatement la France pour Lisbonne où, en accostant, Louis est reçu par les dignitaires qui s'agenouillent devant lui et l'appellent « votre Majesté ». Le roi Pierre V, est mort le . Il apprend la mort de Ferdinand le jour-même. Si Auguste voit sa santé s'améliorer, Jean, tout juste débarqué, est contaminé et finit par mourir le .
L'annonce de ces décès fait naître toutes sortes de prophéties et de théories farfelues au Portugal. Des voix conseillent au roi de quitter le palacio das Necessidades. Louis s'installe pour quelques mois dans le palais de Paço de Arcos, tandis que débutent des travaux pour l'accueillir au palais d'Ajuda. Après de rapides négociations, Maria Pia de Savoie, fille du premier roi d'Italie, Victor-Emmanuel II, est choisie comme future reine. Dès lors et pour la première fois dans son histoire, le palais d'Ajuda devient résidence royale.
D'importants travaux sont réalisés sur la structure du bâtiment (toit, charpente et fenêtres). On fait installer des tapis, des lampes, et des meubles. Tout cela pour accueillir le nouveau roi et répondre aux exigences que la future reine, âgée d'à peine 15 ans, a fait parvenir par lettre. La décoration intérieure va connaître de grands changements sous l'autorité de Maria Pia. 150px|thumb|La reine Maria-Pia de Savoie.