vignette|upright=2|alt=Carte de l'Irlande, avec des régions de langue irlandaise colorées en vert|Carte des Gaeltachtaí, zones de langue irlandaise en Irlande. Les lieux mentionnés dans cet article sont nommés sur la carte. La phonologie de l'irlandais s'étudie comme discipline depuis la fin du , et de nombreux linguistes ont publié des descriptions des dialectes de toutes les régions où la langue est parlée. Plus récemment, des théoriciens ont également porté leur attention sur la phonologie irlandaise, produisant un certain nombre de livres, d'articles et de thèses de doctorat sur le sujet. Il n'y a pas de prononciation standard de l'irlandais : elle varie d'un dialecte à l'autre. Par conséquent, cet article se concentre sur les phénomènes partagés par plusieurs dialectes et sur leurs principales différences. Les dialectes se divisent généralement en trois grands groupes : l'irlandais de l'Ulster, l'irlandais du Connacht et l'irlandais du Munster.
Un des aspects les plus importants de la phonologie irlandaise est que presque toutes les consonnes forment des couples « étendue » / « étroite »Terminologie en français reprise de .. Les consonnes dites « étendues » (broad en anglais, leathan en irlandais) sont vélarisées, c'est-à-dire que le dos de la langue est tiré vers l'arrière et légèrement vers le haut en direction du voile du palais. Les consonnes dites « étroites » (slender en anglais, caol en irlandais) sont palatalisées, ce qui signifie que la langue est poussée vers le palais dur lors de l'articulation. Cette opposition est fondamentale en irlandais, parce que le sens d'un mot peut changer si une consonne étendue est remplacée par une consonne étroite ou vice-versa. Par exemple, la seule différence de prononciation entre les mots bo « vache », et beo « vivant » est que bo se prononce avec un b étendu, tandis que beo se prononce avec un b étroit. La distinction entre étendue et étroite joue un rôle essentiel non seulement dans la caractérisation des consonnes individuelles, mais aussi dans la prononciation des voyelles environnantes, dans la façon dont peuvent se grouper les consonnes et dans le comportement des mots à initiale vocalique. Elle est semblable à la distinction entre consonnes « dures » et « molles » de plusieurs langues slaves comme le russe.
La langue irlandaise partage un certain nombre de caractéristiques phonologiques avec ses plus proches parents linguistiques : le gaélique écossais et le mannois, ainsi qu'avec l'anglais irlandais, langue avec laquelle elle est le plus souvent en contact.
Histoire de la discipline thumb|page=7|Page de titre de Die araner mundart. Ein beitrag zur erforschung des westirischen (Le dialecte d'Aran : une contribution à l'étude de l'irlandais occidental)Finck 1899. Jusqu'à la fin du , la linguistique de l'irlandais se concentre soit sur la grammaire traditionnelle de la langue (traitant par exemple de la flexion des noms, verbes et adjectifs) ou sur sa phonétique historique depuis l'indo-européen commun par le proto-celtique jusqu'au vieil irlandais. La première analyse descriptive de la phonologie d'un dialecte irlandais est celle de Franz Nikolaus Finck (1899), résultat du travail sur le terrain de l'auteur dans les îles d'Aran. Il est suivi par Quiggin (1906), avec une description phonétique du dialecte de Meenawannia près de Glenties, dans le comté de Donegal. Les travaux de Pedersen (1909) sont essentiellement historiques, mais contiennent aussi des descriptions des dialectes modernes. Alf Sommerfelt est parmi les premiers à publier des descriptions de plusieurs dialectes d'Ulster et du Munster (1922, 1927, 1929 et 1965). Le dialecte de Dunquin sur la péninsule de Dingle est décrit par Sjoestedt (1931). De 1944 à 1968, l'Institut d'études avancées de Dublin publie une série de monographies, chacune décrivant la phonologie d'un dialecte local : Ó Cuív (1944) pour West Muskerry dans le comté de Cork, de Bhaldraithe (1945, 1966) pour Cois Fhairrge dans le Connemara, Breatnach (1947) pour Ring dans le comté de Waterford, de Búrca (1958) pour Tourmakeady dans le comté de Mayo, Wagner (1959) pour Teelin dans le comté de Donegal et Mhac an Fhailigh (1968) pour Erris dans le comté de Mayo. Plus récemment, des descriptions de la phonologie ont été publiées par Lucas (1979) pour Rosguill dans le nord du Donegal, Hughes (1986) pour Tangaveane et Commeen (près de Glenties), Ó Curnáin (1996) pour Iorras Aithneach dans le Connemara et Ó Sé (2000) pour la péninsule de Dingle dans le comté de Kerry.
Les recherches sur la phonologie théorique de l'irlandais commencent avec Ó Siadhail & Wigger (1975), suivant les principes et pratiques de « The Sound Pattern of English » Noam Chomsky et Morris Halle. Ces principes sous-tendent également les sections phonologiques chez Ó Siadhail (1989). Parmi les mémoires examinant la phonologie de l'irlandais d'un point de vue théorique, on peut notamment citer Ní Chiosáin (1991), Green (1997) — avec comme base la théorie de l'optimalité — et Cyran (1997) et Bloch-Rozmej (1998) — avec comme base la phonologie du gouvernement.
Consonnes La plupart des dialectes de l'irlandais comprennent au minimum les phonèmes consonantiques indiqués dans le tableau ci-dessous (pour une explication des symboles, voir l'alphabet phonétique international). La consonne /h/ n'est ni étendue ni étroite.
+Phonèmes consonantiques Labiale Coronale Dorsale Glottale étendue étroite étendue étroite étendue étroite Occlusivesourde sonore Fricative ouSpirantesourde sonore Nasale Battue Latérale
Semi-voyelles Les consonnes étendues (vélaires ou vélarisées) sont suivies par une semi-voyelle vélaire (ou consonne spirante vélaire voisée) devant les voyelles antérieures, qui ressemble au son représenté par ou dans le mot français ouate, mais sans l'arrondissement des lèvres. Le symbole de l'API pour ce son est [ɰ]. Ainsi « neuf » et « manière » se prononcent et Sjoestedt 1931 p. 19, Sutton 1993. Cette semi-voyelle vélaire est labialisée (prononcée avec les lèvres arrondies, comme dans ouate) après les consonnes labiales, de sorte que « jaune » se prononce Sutton 1993, Quiggin 1906 p. 76.
De même, les consonnes étroites (palatales ou palatalisées) sont suivies d'une semi-voyelle palatale (comme y dans yaourt) devant les voyelles postérieures ; par exemple, "épais" se prononce Ó Sé 2000 p. 11.
Quand une consonne étendue suit une voyelle antérieure, une voyelle très brève s'intercale juste devant la consonne ; par exemple, « vendre » se prononce . De même, quand une consonne étroite suit une voyelle postérieure, une voyelle [i] s'intercale devant la consonne ; par exemple, « lieu » se prononce Ó Sé 2000 p. 11, de Bhaldraithe 1966 p. 43 ; , nom verbal au génitif du verbe ól « boire », se prononce de Búrca 1958 p. 59 ; « compréhension » est Mhac an Fhailigh 1968 p. 46 et « à nous » est Sommerfelt 1922 p. 150.
Allophones Le phonème a deux allophones : la spirante labio-vélaire voisée et la fricative labio-dentale voisée vélarisée , dont la distribution varie selon le dialecte. Dans le Munster en général il n'y a que Sjoestedt 1931 pp. 28–29, et dans l'Ulster en général il n'y a que Quiggin 1906 pp. 74–76. Dans le Connacht, se trouve en début de mot devant les voyelles (par exemple « est », le verbe) et en d'autres positions (par exemple « saint », « automne », « pressé »Finck 1899 pp. 64–67, de Bhaldraithe 1966 pp. 30–31.
Les autres fricatives labiales sont typiquement labio-dentales , mais comme l'allophone fricatif de , elles ont des allophones bilabiaux dans plusieurs dialectes ; la distribution dépend en partie de l'environnement (les bilabiales se trouvent plus fréquemment à côté des voyelles arrondies) et en partie du locuteur individuelde Bhaldraithe 1966 pp. 31–32.
Parmi les coronales, la plupart sont alvéolaires, mais les occlusives étendues et latérales sont typiquement dentales , et la fricative coronale étroite est typiquement post-alvéolaire . Les occlusives coronales étroites peuvent se réaliser comme affriquées alvéolo-palatales dans nombre de dialectes, dont celui de Tourmakeadyde Búrca 1958 pp. 24–25, ErrisMhac an Fhailigh 1968 pp. 36–37 et TeelinWagner 1959 pp. 9–10.
Les occlusives dorsales étroites peuvent être articulées comme de vraies palatales ou comme des palato-vélaires Ó Sé 2000 pp. 14–15, 18.
Le phonème a trois allophones dans la plupart des dialectes : une spirante palatale devant les voyelles autres que et en fin de syllabe (par exemple, « agréable », « sera ») ; une fricative (post-)palatale voisée devant les consonnes (par exemple, « soleil ») ; et un son intermédiaire (avec plus de friction que mais moins de friction que ) devant (par exemple, « redressé »Breatnach 1947 pp. 39–40, Ó Cuív 1944 pp. 42–43, de Bhaldraithe 1966 p. 34, Mhac an Fhailigh 1968 pp. 34–35.
Comme en anglais, les occlusives sourdes sont aspirées (articulées avec une bouffée d'air après l'émission de la consonne) en début de mot. Les occlusives sonores peuvent être incomplètement voisées mais ne sont jamais aspirées. Les occlusives sourdes ne sont pas aspirées après et (par exemple, Prononcé comme si écrit « terreur ») ; cependant, les occlusives restent aspirées après l'enclitique is (par exemple, « c'est tordu »)Breatnach 1947 pp. 33, 76. Certains chercheurs utilisent des transcriptions comme , etc., indiquant qu'ils considèrent les occlusives après fricative sourde comme des allophones dévoisés des occlusives sonore plutôt que des allophones non-aspirés des occlusives sourdes, mais cette opinion est minoritaireÓ Cuív 1944, Wagner 1959, de Bhaldraithe 1966, Mhac an Fhailigh 1968, Ó Sé 2000.
Sonantes fortes et douces En vieil irlandais, les consonnes sonantes (orthographiées l n r m) se divisaient non seulement en étendues et en étroites, mais aussi selon leur tension en fortes et en douces. La définition phonétique précise de ces termes est un peu vague, mais les coronales fortes (orthographiées l n r) étaient probablement plus longues, avec peut-être une plus grande surface de contact entre la langue et le palais que pour les douces. Le son de m fort était probablement un [m] normal, tandis que le m doux était une semi-voyelle nasalisée , peut-être tendant vers une fricative nasalisée ou en cas de palatalissation. Par convention, les coronales fortes sont transcrites avec des majuscules ⟨⟩, les douces avec des minuscules ⟨⟩Toutefois, certains auteurs, tels que Stifter 2006, usent des lettres latines ⟨⟩ pour les fortes et des lettres grecques ⟨⟩ pour les douces.. Ainsi le vieil irlandais avait quatre phonèmes rhotiques , quatre phonèmes latéraux et quatre phonèmes coronales nasales McCone 1994 p. 90. En vieil irlandais, les sonantes fortes et douces contrastaient entre voyelles et en fin de mot après voyelles : par exemple, « il cisaille » vs « il peut porter » ; « noisette » vs « péché » ; « pieu » vs « son »Quin 1975 pp. 4–5. En début de mot, il ne se trouvaient que des fortes, qui devenait toutefois douces dans environnements de lénition morphosyntaxique : « mystère » vs « son mystère », « provision » vs. « sa provision »Quin 1975 p. 8.
Dans la langue moderne, les quatre rhotiques ont été réduites à deux dans tous les dialectes : sont tous devenus . Quant aux latérales et aux nasales, certains dialectes ont conservé la distinction entre les quatre, tandis que d'autres les ont réduites à deux ou trois phonèmes distincts, comme on voit dans le tableau suivant.
Vieil irlandais Ulster Connacht Munster RosguillLucas 1979 GlentiesQuiggin 1906 MayoMhac an Fhailigh 1968 Connemarade Bhaldraithe 1966 Aran Péninsule de DingleÓ Sé 2000 West MuskerryÓ Cuív 1944 à l'initiale ailleurs Note : and sont des consonnes alvéolo-palatales.