Choi Mu-seon (hangeul : ; hanja : , 1325-1395) est un inventeur, ingénieur militaire et scientifique coréen de la période Goryeo, considéré comme le fondateur de l' coréenne pour avoir introduit la technologie de la poudre à canon en Corée et établi sa production domestique, créant ainsi les premières armes à feu du pays et révolutionnant l'art militaire coréen.

Originaire de la province du Gyeongsang, il commence sa carrière comme fonctionnaire civil avant de se tourner vers les sciences militaires face aux menaces extérieures croissantes. Vers 1377, il parvient à obtenir la recette de fabrication de la poudre à canon, jusqu'alors monopolisée par les Chinois, en interrogeant un marchand qui possédait ces connaissances. Fort de cette découverte, le gouvernement crée le , la première institution coréenne destinée à la production de poudre à canon et d'armes à feu, où il développe les premières armes pyrotechniques coréennes, notamment des canons à main () adaptés des modèles chinois et le , la première fusée coréenne qui constituera l'ancêtre du singijeon.

Ses innovations contribuent de manière décisive à la victoire coréenne contre les pirates japonais, notamment lors de la en 1380, et constituent les fondements technologiques qui permettront plus tard le développement d'armes d'artillerie sophistiquées comme le hwacha, lequel s'avérera décisive dans la défense de la Corée contre les invasions japonaises, notamment lors du siège de Haengju où 40 hwacha permettront à Coréens de repousser Japonais.

Biographie Choi Mu-seon naît en 1325, la 12ᵉ année du règne du roi Chungsuk de Goryeo, à Yeongju (aujourd’hui Yeongcheon dans le Gyeongsangbuk), fils de Choi Dong-sun, officier du Yi Ihwa, Histoire de la Corée 8, Hangilsa, 12ᵉ impression de la première édition, 2008, p.298. Dès son enfance, il se montre habile en techniques, plein de stratégies, et passionné par la discussion de stratégie militaire. Il s'intéresse également très tôt aux armes à poudre à canonPark Eun-bong, 100 scènes de l’Histoire coréenne (Garam Planning, 1998) p.147 et consulte de nombreux ouvrages dans différents domaines, tout en maîtrisant le mandarin.

Il occupe plus tard le poste de munhabusa (vice-ministre du Secrétariat du Conseil). Face aux pillages incessants des pirates japonais, il est convaincu que la meilleure façon de les repousser est d'utiliser la poudre à canon et les armes à feu. Il se consacre donc intensément à l'étude de leur fabrication. Pour produire poudre et canons, il faut impérativement du salpêtre en plus du soufre et du charbon de bois, mais la Corée doit l'importer de Chine, berceau de la poudre noire. Or, à cette époque, les dynasties Yuan et Ming gardent jalousement le secret de sa fabrication, notamment les proportions des composants, si bien qu'aucun Coréen ne connaît encore cette technologieLa cour de Goryeo n'ignore toutefois pas totalement l'existence des armes à poudre. Déjà au XIIIᵉ siècle, lors des expéditions conjointes avec les Mongols contre le Japon, elle découvre leur usage par l'armée mongole. Le Goryeo-sa relate qu'en 1356 (5ᵉ année de Kongmin), un canon tire devant le roi sur la rivière Nam, et qu'en 1373 (22ᵉ année du même roi), lors d'une revue militaire, de nouveaux navires sont présentés ainsi que des essais de flèches enflammées et de canons. En mai 1374 (23ᵉ année de Kongmin), la cour envoie même une mission à la Chine des Ming pour demander la méthode de fabrication de la poudre afin de contrer les pirates japonais, mais la Chine répond : « Si Goryeo nous envoie les matériaux, nous fabriquerons la poudre et vous l'enverrons », refusant ainsi poliment de transmettre son savoir..

Choi Mu-seon parvient finalement à obtenir plusieurs secrets de fabrication grâce à Li Yuan (, ), un homme originaire de la région chinoise du JiangnanYi Ihwa, Histoire de la Corée 8, Hangilsa, 12ᵉ impression de la première édition, 2008, p.299Le Goryeo-sa précise que Choi Mu-seon vit dans le même village que Li Yuan. Ils deviennent amis et, à force de fréquenter Li Yuan, Choi apprend discrètement la technique (Goryeo-sa vol.133, biographies 46, 3ᵉ année de Shin-U). Le ''Taejosillok rapporte quant à lui que « Choi Mu-seon interroge toujours les marchands venus du Jiangnan sur la fabrication de la poudre. Un jour, l'un d'eux lui répond qu'il en connaît les grandes lignes ; Choi l'invite alors chez lui, le nourrit et l'héberge durant des dizaines de jours pour en apprendre l'essentiel » (Taejosillok, 4ᵉ année de Taejo, 19 avril), sans mentionner le nom de Li Yuan.[Naver Encyclopedia] Poudre - La poudre noire qui changea la face de la guerre (Inventions et innovations qui changèrent le monde, Song Seong-su, Saenggakui Him)......Avant même que Choi Mu-seon ne fabrique de la poudre, la composition de ses composants est déjà plus ou moins connue. Le véritable problème est d'extraire le salpêtre et d'en connaître la proportion exacte à mélanger avec le soufre et le charbon. Grâce à l’aide de Li Yuan, technicien du salpêtre originaire de Yuan, Choi finit par découvrir la méthode.. Il forme ensuite certains de ses serviteurs à cette technique et en teste l'efficacité. Il propose alors au (Conseil suprême) d'expérimenter la poudre qu’il a fabriquée, mais le conseil refuse de le croire, et certains vont même jusqu'à le traiter de charlatan.

Après plusieurs années de requêtes acharnées, Choi Mu-seon voit enfin ses efforts récompensés : en octobre 1377 (3ᵉ année du roi U), ses compétences sont reconnues et le (Bureau de la poudre noire) est créé. En tant que responsable de sa production, il développe différents types de canons et d'armes à feu, tels que les daejanggun-po, ijanggun-po, samjanggun-po, yukhwa (), seokpo (), hwapo (), shinpo (), hwajeon (), hwapo () et hwatoong (). Il conçoit également des armes à projectiles comme les hwajeon (), cheollyeongjeon () et piryeongjeon (), ainsi que divers types d’armes à feu, dont les jillyeopo (), cheoltanja (), cheonsan oryongjeon (), yuhwa (), () et chokcheonhwa (). Il consacre par ailleurs beaucoup d’efforts à l’amélioration des navires de guerre pour qu'ils puissent embarquer ces canonsDans son , Jeong I-o indique que Choi Mu-seon, alors Dangin (chinois vivant à Goryeo), rassemble des artisans chinois installés en Corée pour construire ces navires de guerre et supervise lui-même leur fabrication.. Il s'emploie aussi à former des spécialistes au maniement de ces armes, donnant naissance à une unité militaire spécialisée, le hwatongbangsagun (), composée de soldats experts dans l'utilisation des armes à poudre.

En 1380 (6ᵉ année du roi U), une flotte de 500 navires de pirates japonais apparaît à Jinpo () et remonte jusqu'à Seocheon et l'estuaire du Geum, incendiant et pillant les régions alentour. Choi Mu-seon, nommé vice-commandant suprême (), part alors en expédition aux côtés du commandant suprême et du commandant supérieur . Ils embarquent sur leurs navires de guerre et, pour la première fois, utilisent canons et armes à feu contre les pirates japonais. Choi Mu-seon, en tant que vice-commandant, dirige ses troupes à Jinpo, notamment sous le commandement direct de Choi Chilseok (). Lors de cette bataille, ils incendient la totalité des 500 navires ennemisPark Eun-bong, 100 scènes de l'Histoire coréenne (Garam Planning, 1998) p.148.

Privés de leurs bateaux, les pirates japonais battent en retraite et s'enfoncent dans l'intérieur des terres, poursuivant leurs pillages. Ils traversent ainsi le Jeolla et le Gyeongsang avant de se regrouper à Unbong, où ils sont finalement anéantis par les forces coréennes menées par Yi Seong-gye à Hwangsan, et leur puissance est considérablement réduite par rapport à avant ( ). Dans la notice nécrologique du Taejo Sillok, les chroniqueurs soulignent : « Ainsi, le nombre de pirates diminue peu à peu, et beaucoup se rendent. Le peuple des côtes peut reprendre ses activités. On dit que c'est grâce à la vertu de Taejo, mais le mérite de Mu-seon n'est pas moindre ». La 9ᵉ année du roi U (1383), lorsque les pirates japonais débarquent à sur la , Choi Mu-seon repart en expédition en tant que vice-commandant. Durant ce combat, il utilise de nouveau les armes à feu et coule de nombreux navires piratesComité de rédaction du Dictionnaire d'Histoire coréenne, Dictionnaire de l’Histoire médiévale et moderne de la Corée (édité par le Comité de rédaction, Garam Planning, 2007). Ces victoires entraînent une forte baisse des incursions pirates, démontrant l'efficacité décisive des armes à poudre.

Fort de ces deux succès navals, le gouvernement de Goryeo gagne en confiance et, en 1389 (1ʳᵉ année du roi Chang), lance une expédition contre Tsushima, repaire des pirates. Choi Mu-seon y participe également et parvient à libérer une centaine de Coréens capturés. Cependant, en 1388 (14ᵉ année du roi U), le coup d'État de Yi Seong-gye () renverse le roi U. L'année suivante, en 1389, sur proposition de , le Hwatongdogam est aboli et intégré au (Bureau de l'armement). Officiellement, cela s'explique par la baisse des invasions pirates, mais en réalité, la diffusion des armes à poudre inquiète les élites militaires, soucieuses de préserver leur statut.

Lorsque la dynastie Goryeo s'effondre et que Yi Seong-gye fonde une nouvelle dynastie, en juillet 1392 (4ᵉ année du roi Gongyang), Yi Bang-won propose que Choi Mu-seon soit nommé jeongheon daebu (), vice-premier ministre du Secrétariat (), et directeur du Bureau de l'armement (). Choi Mu-seon approche alors de la soixantaine.

Il meurt le 19 avril 1395 (4ᵉ année du roi Taejo). En 1401 (1ʳᵉ année du roi Taejong), la cour, reconnaissant ses mérites, lui confère à titre posthume le rang de uijeongbu uuijeong (, ministre de la droite au Conseil d'État) et le titre de yeongseong buwongun ().

Dans sa notice nécrologique du Taejo Sillok, on apprend qu'au moment de mourir, il confie à son épouse un livre en lui demandant de le transmettre à leur fils une fois adulte. Lorsque , son fils, atteint quinze ans, elle lui remet l'ouvrage selon la volonté paternelle. Ce livre contenait la méthode de fabrication de la poudre et l'extraction du salpêtre, ainsi que divers traités comme le Hwayaksuryeonbeop (, « Méthode d'affinage de la poudre ») et le Hwapobeop (, « Traité des canons »). Nommé inspecteur au Bureau de l'armement () sous Taejo, Choi Haesan utilise cet héritage dans ses fonctions, mais aucun de ces ouvrages n'a été conservé.

Canons à l'époque de Choi Mu-seon Les noms des canons fabriqués par Choi Mu-seon apparaissent dans le Taejo Sillok, mais aucun exemplaire de son époque n'est parvenu jusqu'à nous. L'arme la plus ancienne retrouvée en Corée est le gyeongheegosochongtong (), datant de la fin de Goryeo ou du début de Joseon, probablement avant Sejong le Grand. Long de 24 cm, ce canon est actuellement conservé au musée de l'université Kyung Hee. Son fût présente une chambre légèrement bombée, avec un diamètre de 12,5 cm à la jonction chambre-canon et 16,2 cm à la bouche, se rétrécissant vers l'arrière, caractéristique typique des canons antérieurs aux réformes militaires de SejongÀ l'origine, ces canons tiraient des projectiles en bois (flèches) et leur forme étroite à la chambre assurait un ajustement parfait, quel que soit le diamètre de la flèche. Après Sejong, l'ajout d'une cale () entre chambre et bouche permit d'uniformiser le calibre. Dans le cas du gyeongheegosochongtong, la flèche elle-même faisait office de cale. Ce type de conception correspond aux canons européens du XIVᵉ siècle..