José Moreno Villa, né le à Malaga (Espagne) et mort le à Mexico (Mexique), est un archiviste, bibliothécaire, poète, écrivain, journaliste, critique d'art, critique littéraire, historien de l'art, documentaliste, dessinateur et peintre espagnol. Il fut une personnalité importante et engagée de l'Institution libre d'enseignement et de la Résidence d'étudiants de Madrid, où il fut l'un des précurseurs, exerçant de pont avec la Génération de 27 et qu'il fréquenta pendant vingt ans (1917-1937). Lors de la seconde République espagnole, il fut directeur de la bibliothèque royale. Quand la guerre civile espagnole éclata, il s'exila d'abord aux États-Unis, puis au Mexique, où il continua puis termina sa carrière, et où il mourut.
Son œuvre multiple de poète, narrateur, essayiste révèle une gamme thématique variée ainsi qu'une grande capacité pour l'investigation. Son œuvre, cependant, ne commença à être étudiée avec un réel intérêt qu'à partir de 1977 ; pour cela de nombreux critiques et historiens regrettent que son œuvre fut ignorée et soulignent la nécessité de l'examinerEn 2007, une importante exposition consacrée à José Moreno Villa, , fut organisée par le Ministère de la culture via la Société nationale de commémorations culturelles avec la collaboration du conseil général d'Andalousie, du Centre Culturel de la Génération de 27 et de la Résidence d'étudiants dans le but de rappeler combien cet auteur fut important pour la poésie et la peinture espagnole. affirma dans , ch. « », p. 13 (voir « Études sur José Moreno Villa ou sélections posthumes ») qu'excepté son meilleur livre, (1929), l'œuvre de José Moreno Villa est passée inaperçue ; Luis de Llera Esteban en fait également mention dans son livre ch. « », p. 532..
José Moreno Villa eut un rôle prépondérant dans l'histoire de l'art en Espagne, car il permit aux artistes de son pays de se rapprocher du modernisme. Sa peinture allait de pair avec sa poésie — le terme « peinture poétique » est très souvent employé pour définir son style — et il se chargea d'être l'instigateur des styles d'avant-garde tout en adoptant et diffusant les styles picturaux les plus représentatifs de son temps, comme celui des Espagnols installés à Paris ou le cubisme.
Biographie Débuts, influences et premiers engagements José Moreno Villa naquit dans une famille malageña exerçant le métier du commerce de vignobles. Il passait ses étés dans une propriété que possédait sa famille à Churriana. Il n'oublia jamais les bons moments qu'il y vécut : « un beau jour je perds les pédales et vous vous rendez compte que je suis de nouveau à Churriana. Si je me perds, cherchez-moi là-bas. » Il eut son premier contact avec la poésie au travers des livres que lui offraient ses parents : au lyrisme que sa mère lui transmettait avec la poésie de Gustavo Adolfo Bécquer et qui prit « possession de [sa] sensibilité enfantine », son père lui opposait la poésie rhétorique de Gaspar Núñez de Arce in .
Son père l'envoya étudier la chimie à l'Université de Fribourg-en-Brisgau en Allemagne (1904-1908) afin de moderniser la production viticole familiale. Il fut d'abord logé dans une famille de Bâle, qui accueillait également d'autres étudiants. L'éloignement des siens, de sa terre et ses difficultés à s'intégrer alors qu'il n'avait que 17 ans, lui firent se « sentir seul, abandonné dans la forêt », et pénétrer dans un monde « confus et sylvestre (« J'ai commencé à me sentir seul, abandonnée dans la forêt. Je manquais de la clarté méditerranéenne et du moyen de partager avec quelqu'un mes émotions. J'allais pénétrer dans un monde confus et sylvestre ») in » ; il refléta d'ailleurs ce sentiment dans son premier poème important, , dédié à Ramón Pérez de Ayala et qui sera inclus dans son deuxième livre, . Ce livre contient par ailleurs un prologue-essai sur la métaphore écrit par José Ortega y Gasset, de qui il fut très proche une fois installé à Madrid, et depuis que ce dernier reçut des mains de Alberto Jiménez Fraud, lui aussi ami intime de Moreno VillaIls devinrent amis à la suite de la publication du livre de José Moreno Villa , qui avait impressionné Jiménez Fraud au point d'écrire un poème inspiré par deux vers du : (« ... Je sais qu'il est entré dans la forêt et je ne sais pas d'où il vient... ») et en lui dédiant ainsi : (À José Moreno Villa (« poète transhumant qui, en incendiant sa première forêt, a essayé de brûler en elle l'amour ») in , le premier poème que celui-ci voulait publier dans Le journal , fondé en 1897 par Eduardo Gasset y Artime, grand-père de José Ortega y Gasset, de tendance libérale, fut l'un des journaux les plus influents dans l'Espagne de la fin du et du début du . Son supplément littéraire fut le supplément culturel le plus important en langue espagnole pendant plusieurs décennies et révéla ceux qui deviendraient la Génération de 98 : Unamuno, Ramiro de Maeztu, Azorín ou Pío Baroja — ces deux derniers furent d'ailleurs amis de José Moreno Villa. ; poème que José Ortega y Gasset apporta lui-même au journal, et qui fut, selon Moreno le premier déclic dans sa carrière (« Depuis Malaga, j'avais moi aussi envoyé à Jiménez un poème pour voir s'ils allaient le publier dans les pages de . Ce poème, que je n'ai plus revu (...), Jiménez l'a montré à Ortega y Gasset, et je crois qu'il l'a lui-même apporté au journal. Ce premier pas, des mains des Muses, fut d'une énorme transcendance. ») in . Son séjour en Allemagne fut important pour le développement de la sensibilité poétique de Moreno Villa, car c'est là-bas qu'il se rendit compte qu'il ne pourrait satisfaire les espoirs et les investissements que son père avait placés en sa carrière de chimiste (« Au fur et à mesure que je me formais, j'accentuais de plus en plus mon amour pour la littérature. Que faire ? Dire franchement à mon père que je n'aimais pas la chimie ? ») in et qu'il commença à écrire. Il lut beaucoup de poésie allemande dont l'influence se fit sentir dans ses écrits, en particulier Goethe, Heine, Schiller, Uhland, Stefan Zweig, Rilke, Hofmannsthal (qu'il traduisit plus tard), ainsi que la poésie d'autres auteurs étrangers comme Baudelaire, Verlaine, Poe, Novalis, le théâtre de Hauptmann, et les romans de Tolstoï, Stendhal et Flaubert, ainsi que Don Quichotte et Nouvelles exemplaires pour la première fois.
À son retour dans sa ville natale, il fonda, avec la collaboration de Miguel de Unamuno et d'Alberto Jiménez Fraud, la revue Gibralfaro Site Web de la revue Gibralfaro, unique animateur du panorama culturel de la ville pendant longtemps et jusqu'à l'arrivée de Litoral Site Web de la revue Litoral, éditée par Manuel Altolaguirre.
Quand il arriva à Madrid, en 1910, il étudia l'histoire de l'art à l'Université centrale de Madrid et se spécialisa pour l'archéologie. Un an plus tard, il commença à travailler au Centre d'études historiques, créé un an plus tôt, en étudiant, cataloguant et reproduisant des miniatures mozarabes, et wisigothes. Il fit de nombreuses excursions avec Manuel Gómez-Moreno de qui il était l'élève aux côtés de Ricardo de Orueta, lors desquelles il dessinait des chapiteaux ou des taquets, faisait des photographies et prenait de nombreuses notes (« Après quelques jours, Ricardo Orueta et moi avons commencé à recevoir des leçons de ce maître. Et, peu à peu, j'y pénétrais plus avant et je m'orientais. Je décidai d'étudier les miniatures mozarabes et wisigothes. J'ai fait beaucoup d'expéditions avec Gómez-Moreno. J'ai dessiné des chapiteaux et des taquets, j'ai pris des photos et j'ai pris un grand nombre de notes. ») in .
Après quelques années de grandes difficultés financières et personnelles (de 1912 à 1916), son ami Jiménez Fraud vint à lui et lui proposa d'intégrer la Résidence d'étudiants de Madrid dont il était le directeur, pour sa droiture morale, son goût du travail, et pour l'aide précieuse qu'il apporterait à cette institution qui venait de naître (« Viens à la Résidence d'Étudiants. J'y ai besoin de jeunes hommes qui, pour leur droiture morale, leur amour du travail et leur enthousiasme pour les choses nobles, influent sans règlement ni charge déterminés sur l'ambiance de la maison. Tu ne vas pas être un pédagogue, mais tu vas aider plus que tu ne le crois. ») in . José Moreno Villa fut ainsi l'un des précurseurs de la Résidence, exerçant de pont avec la Génération de 27 et en y résidant du début, en 1917, à la fin, 1937. Il y enseigna l'architecture dans le cadre des « Écoles Techniques » ; il fit intervenir dans ses cours des figures de l'architecture telles que Walter Gropius, Erich Mendelsohn, Le Corbusier ou encore Sir Edwin Lutyens. En plus d'y enseigner l'architecture, il participait activement à l’« œuvre résidentielle » en amenant les étudiants au musée du Prado, à faire des excursions avec eux et en collaborant avec la revue historique de la Résidence, La revue fut entretenue par les intégrants de la Résidence et publiée par celle-ci. Elle est l'unique publication de l'époque qui reflète l'esprit de la Résidence d'étudiants lors de sa première étape et offre une exhaustive information sur les activités qui se développaient entre 1926 et 1934. Vingt numéros furent publiés, sous la direction de Alberto Jiménez Fraud. Ses pages contiennent des textes ou des critiques des conférences que tinrent dans le salon d'évènements de la Résidence des invités aussi illustres que pouvaient l'être Marie Curie, Albert Einstein, Paul Valéry, G. K. Chesterton, H. G. Wells ou John Maynard Keynes ; des collaborations littéraires de Juan Ramón Jiménez ou Azorín ou de scientifiques comme Blas Cabrera ou Pío del Río Hortega ; des nouvelles sur les compétitions sportives qui se tenaient au sein de la Résidence ; les concerts ou les excursions qui y étaient organisées ; ainsi que des reportages sur certaines initiatives étroitement liées au nouveau modèle pédagogique dont la Résidence était le fer de lance, comme le (Croisière universitaire en Méditerranée) ou les (Missions pédagogiques). La revue est aussi remarquable pour son design typographique et pour ses illustrations, parmi lesquelles apparaissent également des dessins, des portraits et des publicités de Salvador Dalí, Benjamín Palencia ou José Moreno Villa, ainsi que de nombreuses photographies., pour ainsi faire partie de ceux qu'il appelait lui-même « les 500« Moreno Villa, le poète et peintre, parlait des « 500 », car c'est approximativement le nombre que comptaient ceux qui étaient lié d'une façon ou d'une autre avec la vie de la Résidence. Pour Alberto Jiménez Fraud, le directeur de la Résidence, le support et l'aide de ces « 500 » fut fondamentaux : « pour l'œuvre de la Résidence, nous n'y serions jamais arrivé (sans eux) malgré notre engagement et nos efforts. », tiré de », et se lia d'amitié avec Alberto Sánchez Pérez et Benjamín Palencia, avec qui il participa, en 1925, à l'Exposition de la Société d'Artistes Ibériques« les intellectuels et les artistes engagés dans le processus de rénovation impulsé quelques années plus tôt par les mouvements avant-gardistes, multiplient les initiatives pour promouvoir une nouvelle politique artistique en Espagne. Regroupés au sein de la Société des Artistes Ibériques, ils parviennent à organiser une manifestation collective très importante, en dehors des expositions officielles. Inaugurée en mai 1925, elle regroupe 50 artistes et présente environ 500 œuvres, avec la volonté, de la part des organisateurs, de représenter la création espagnole sous toutes ses formes. Cette exposition eut un très grand retentissement dans les milieux artistiques espagnols, principalement madrilènes. » in dans le Parc du Retiro, et qu'il accompagne dans l'expérience connue comme la première Escuela de Vallecas.