Le fort de Suarlée est l'un des neuf forts semi-enterrés construits entre 1888 et 1891 autour de Namur en Belgique faisant partie de la position fortifiée de Namur. Ils ont été édifiés conjointement avec ceux de Liège afin de défendre la neutralité du pays contre les velléités françaises ou allemandes qui étaient susceptibles d'emprunter la vallée de la Meuse pour s'envahir. Tous ces forts ont été conçus par le général Henri Alexis Brialmont et mettent en œuvre un béton non armé, matériau assez novateur à l'époque, et pas totalement maitrisé (présentant notamment des défauts de continuité entre les couches successives de béton).

Architecture et situation gauche|vignette|Coupe d'un des grands forts Brialmont. Les forts de Brialmont ont tous une forme polygonale élémentaire afin de simplifier la défense de leurs fossés (contrairement aux sites bastillonnés du style Vauban). Le fort de Suarlée a ainsi une forme triangulaire à base concave. Il est l'un des plus grands ouvrages en superficie à courtine étroite de la position fortifiée de Namur, notamment parce qu'il était l'ouvrage-école du régiment de Forteresse de Namur. Les grands forts sont mieux pourvus en artillerie, en artilleurs et fantassins qui font partie des troupes de forteresse relevant de l'armée d'active.

Un massif central en béton protège le bureau de tir (centre nerveux du fort) ainsi que les magasins et les coupoles de tir. Au sommet du massif central, le massif dispose d'un phare à éclipse permettant d'envoyer des signaux luminaux en morse aux forts voisins d'Émines et de Malonne. Le fort est armé par deux coupoles à éclipse à deux canons de , d'une coupole à deux canons de et de deux coupoles à éclipse pour un obusier de . La défense des glacis est confiée aux fantassins à l'usage desquels des banquettes de tir coiffent le massif central à quatre petites coupoles à éclipse pour un canon de chacune à un saillant et huit canons de pour le flanquement. Un personnel d'observation est disposé sur les clochers des environs, sur les carrefours et points dominants et communique les informations par téléphone.

Le fort se situe à environ au nord-ouest de la ville de Namur à d'altitude au sommet d'un plateau agricole légèrement vallonné encadré par la fourche des routes de Bruxelles et de Gembloux. Il protège les intervalles avec le fort d'Émines au nord-est et avec le fort de Malonne au sud. Bien qu'il soit moins exposé que les forts de Marchovelette et de Cognelée par sa situation plus à l'ouest de la Position fortifiée de Namur, les Allemands ont concentré les moyens importants pour en venir à bout en 1914.

Histoire

Première Guerre mondiale En 1914, l'armée allemande avait appris du siège de Liège qu'assaillir les forts Belges était couteux en vies alors que l'artillerie de gros calibre pouvait aisément bombarder les ouvrages en étant hors de portée de leur armement. Le fort est donc bombardé du 20 au 25 aout, avec l'entrée en piste le 23 août des obusiers de type M "Grosse Bertha" et des obusiers austro-hongrois Škoda de .

Les forts de Liège sont déjà tombés et les troupes allemandes déferlent sur Namur par l'Est, le . Ils s'en prennent d'abord aux forts du nord-est et sud-est de Namur (Marchovelette, Cognelée et Maizeret) qui se situent sur l'axe principal de l'attaque. La garnison du fort constituée d'environ 530 artilleurs et fantassins est sous les ordres du capitaine-commandant Odon Moisse.

Ce n'est que le que le fort de Suarlée est bombardé par l'artillerie lourde constituée de pièces de de et 210 mm (800 projectiles). Les dégâts sont peu importants.

Le , pas moins de 1400 projectiles s'abattent sur le fort. Les dégâts sont sérieux et une attaque d'infanterie est repoussée le soir par les tourelles de .

Le , le bombardement s'intensifie encore. Vers , le commandant du fort repousse une offre de capitulation. Pour en finir avec la résistance du fort, les Allemands font appel à la plus grosse pièce de leur arsenal : les fameux mortiers de type M (surnommés « Grosses Bertha »), qui, en plus de leur puissance de feu sans égale (pour donner une idée, le plus gros obus qu’un fort pouvait tirer pesait aux alentours de , tandis qu’un obus de Grosse Bertha pesait un peu plus de 800 kg), tirent en dehors de la portée des canons des forts. Le résultat est rapide. Vers , toutes les grosses et les petites coupoles sont hors service (sauf celle de du front de tête) et les communications sont interrompues par l'écroulement des galeries. Le fort est en ruine et les soldats sont retranchés dans les gravats et la fumée épaisse des bombardements .

Voulant éviter le sacrifice inutile de ses hommes, le commandant Moisse charge l'aumônier, le Père Agnello d'adresser aux Allemands une reddition sans condition. Ayant revêtu son aube sacerdotale et tenant à deux mains au-dessus de sa tête un calice, il traverse les gravats, la fumée et la mitraille et sort du fort sans protection. Les premiers soldats allemands rencontrés s'emparent de lui en lui pointant un revolver sur la poitrine. Ils lui donnent deux minutes pour revenir avec le commandant du fort. Le père Agnello refait en sens inverse le chemin et revient avec son commandant qui remet son sabre en guise de reddition.

Lorsque la garnison belge sort du fort, le commandement allemand reconnaissant la bravoure de la résistance lui font une haie d'honneur et permet au commandant Moisse de conserver son sabre. L'aumônier sera décoré après guerre pour son acte héroïque qui a permis de sauver de nombreuses vies. Suarlée est ainsi le dernier fort de Namur à tomber aux mains des Allemands.

Par la suite, le fort est sommairement réparé et réarmé par les Allemands qui y installent notamment l'électricité.

Entre-deux-guerres

Parmi les 9 forts entourant Namur, 7 sont réarmés dans les années 1930 parmi lesquels Suarlée. Les travaux ont consisté à améliorer la viabilité de la garnison et à mettre à niveau l'armement et le blindage, soit : la construction d'une tour d'aération. Cette tour devait permettre de prélever de l'air sain au-dessus des éventuelles nappes de gaz de combat et était associée à de puissants ventilateurs capables d'assurer une mise en surpression du fort (afin d'éviter l'infiltration de gaz nocifs). Elle constituait aussi un poste d'observation et un point d'accès secondaire pour les troupes (le conduit de ventilation était à taille humaine et comportait plusieurs niches défensives permettant de combattre une intrusion ennemie). Très visible, cette tour était construite en béton armé et défendue par plusieurs mitrailleuses et lance grenades situées en hauteur ainsi qu'à la porte d'accès. l'amélioration de la résistance du bâti par un armement en tôles galvanisées ondulées (des entreprises Jowa) et des renforcements en béton armé L'enfouissement des magasins à poudre et du local de rassemblement (dit quadrilatère) par creusement sous l'édifice original et comblement des locaux rendu inutiles (à Suarlée l’enfouissent fut limité à une dizaine de mètres en raison de la forte humidité du terrain). le déplacement dans le massif central (escarpe) de commodités indispensables à la tenue d'un siège (boulangerie, sanitaires...) qui s'étaient trouvées difficiles d'accès durant le siège de 1914. Plus spécifiquement, le fort fut doté de batteries anti-aériennes. Avant la Deuxième Guerre mondiale, c'était la batterie école du régiment de forteresse de Namur.

Seconde guerre mondiale

En , le fort de Suarlée, est commandé par le capitaine-commandant Tislair avec environ 350 hommes . Le fort est attaqué par les airs les 10, 11 et 12. L'attaque aérienne reprend le 15, avec le tir des canons antichars allemands. Le 16, Suarlée soutient le fort de Marchovelette par des tirs d'artillerie. Les 16 et 17, la tour de ventilation de Suarlée est attaquée par l'infanterie. Le fort est attaqué par l'infanterie dans la nuit du 17. Le 18, il y a une autre attaque aérienne, frappant quatre canons de et la tourelle de mitrailleuse. Les bombardement se poursuivent le 19 et après une défense héroïque le fort se rend.

Situation actuelle

Comme l'ensemble des forts de Namur, sauf celui de Saint Héribert, il ne fait pas l'objet d'une mise en valeur muséale. Boisé, il a été un temps utilisé comme terrain de chasse et a fait l'objet d'essai d'explosifs par le génie de Jambes qui l'ont considérablement dégradé, de même que le démontage de nombreux équipements métalliques. Les deux fossés de tête (Saillants II et III) seront comblés avec du tout venant pour des motifs ambigus. Isolé et dépourvu de sécurisation de ses accès, il a subi le vandalisme et le passage régulier de groupuscules d'extrême droite.

En 2011, les terres agricoles avoisinantes ont été converties en vue de l'extension du zoning Ecolys de Rhisnes. Malgré l'état du fort, ces nouvelles infrastructures contournent le périmètre de l'ouvrage.

À l'été 2016, de gros travaux d'élagage et de dépollution ont été entrepris. Début novembre, le chemin entourant le fort a été élargi et une clôture de sécurité entoure désormais l'ensemble (marqué "Propriété privée - Défense d'entrer"). Les extérieurs du fort sont en effet utilisés comme piste d'essai de véhicules 4x4. Des rampes ont été notamment aménagées en divers endroits pour passer des fossés au terre plein central. Références

Annexes

Bibliographie P. Bragard, J. Chainiaux (sous dir.), V. Bruch, D. Francois, A. Furnemont, J. Marchal, Namur face aux « Grosses Bertha » - Le siège de la position fortifiée en , Les Amis de la Citadelle de Namur, Bouge, 2006 D. Dessy, Namur militaire - La Citadelle, les forts, Namur, 1976. C. Donnel, The Forts of the Meuse in World War I, Osprey Publishing, Oxford, 2007. C. Faque, Henri-Alexis Brialmont. Les Forts de la Meuse 1887-1891, Bouge, 1987.

Articles connexes Position fortifiée de Namur Siège de Namur (1914) Fort d'Émines Fort de Malonne

Liens externes www.fortiff.be - Le fort de Suarlée

Suarlee Catégorie:Forces armées de la Belgique