Le site castral de Montbazon est un ensemble d'aménagements fortifiés situés sur le territoire de la commune française de Montbazon dans le département d'Indre-et-Loire et la région Centre-Val de Loire.
L'aménagement du site commence à la fin du avec la construction d'une tour maîtresse (donjon) généralement attribuée à Foulques Nerra. Cet aménagement se fait à l'extrémité d'un promontoire rocheux surplombant le val de l'Indre et contrôlant les voies de passage terrestres et fluviale. La construction de la tour intervient dans le contexte de la lutte d'influence que se livrent les maisons de Blois et d'Anjou dans cette partie de la Touraine. Cette tour est surélevée peu de temps après et lui sont progressivement adjoints, jusqu'au , un avant-corps, puis une chemise et enfin deux enceintes protégeant l'ensemble du site. Un château Renaissance est construit au et des personnages célèbres (, , Catherine de Médicis et Henri de Navarre) y séjournent plus ou moins longtemps ; il est toutefois détruit un peu plus de trois siècles plus tard alors que, inoccupé, il est très délabré. La chapelle seigneuriale et une partie de l'enceinte subissent le même sort.
Depuis la Révolution française mais surtout à partir du , des remaniements ou des restaurations sont effectués par les propriétaires successifs, au premier rang desquels William Perry Dudley de 1922 à la fin des années 1950 et les époux Atterton dans les années 2000. Au c'est la tour maîtresse, encore haute de , qui demeure l'élément le plus significatif de ce site ouvert au public ; des éboulements fragilisent toutefois la bordure du promontoire et représentent un danger pour les maisons bâties en contrebas.
Le donjon est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du , mesure de protection étendue par arrêté du à l'ensemble du site castral qui est ouvert au public depuis 2003. Un arrêté de classement du se substitue à l'arrêté d'inscription de 1926.
Localisation vignette|gauche|alt=Tracé d'une enceinte médiévale reportée sur un plan moderne.|Enceinte castrale et son environnement. Le site castral est établi au sommet d'un éperon barré, dans la commune de Montbazon, dans le département français d'Indre-et-Loire. La place est protégée sur deux côtés par les vallées de l'Indre et de la Gironde, son petit affluent temporaire qui constitue également la douve de l'enceinte de la ville.
Cet emplacement permet le contrôle du franchissement de l'Indre par l'importante voie Tours-Poitiers au pied du promontoire mais aussi de la navigation sur la rivière. Ce n'est que plus tard qu'un bourg s'est établi au pied du promontoire sur la rive gauche de la rivière, bientôt complété par un faubourg sur la rive droite, enserré entre deux bras de l'Indre. Aux , Montbazon se trouve en outre dans une zone géographique convoitée à la fois par les comtes d'Anjou et ceux de Blois, où la construction d'une ceinture de forteresses doit permettre aux premiers de s'assurer le contrôle de toute la Touraine. À ce titre, Montbazon est idéalement placé, à une dizaine de kilomètres de Tours sur la route qui mène vers le sud de la France.
Historique Études et recherches vignette|redresse=1.2|alt=Dessin en couleurs du plan de plusieurs édifices.|Plan schématique de la forteresse. Au , un aveu attribue la construction du donjon à Jules César ; à cette époque, les grandes constructions anciennes sont généralement considérées comme l'œuvre d'une civilisation puissante et prestigieuse, celle des Romains, personnifiée par son représentant le plus célèbre. L'une des premières études permettant de retracer l'histoire et l'archéologie de la tour maîtresse est publiée par Louis Bousrez en 1895 dans le bulletin de la Société archéologique de Touraine.
L'historien médiéviste Marcel Deyres se livre en 1969, dans les Cahiers de civilisation médiévale, à une description précise des structures du donjon ; cette étude lui permet de proposer une chronologie de construction de la forteresse.. L'hypothèse d'un premier donjon en bois construit sur une motte, formulée par l'auteur, est remise en cause dix ans plus tard par Bernard Bachrach.
En 2002, l'historien des fortifications Nicolas Faucherre fait paraître dans le Bulletin des amis du pays lochois un long article où il émet de nouvelles hypothèses sur la chronologie de construction de l'ensemble castral (donjon et bâtiments attenants) ; il précise toutefois que ses conclusions sont surtout des pistes de recherches qui n'intègrent pas des travaux universitaires en cours.
La mise à jour des connaissances sur les donjons de Loches (études dendrochronologiques) et de Langeais, comparables à celui de Montbazon, et l'analyse architecturale du bâti du site castral montbazonnais effectuée par Marie-Denise Dalayeun à partir de 2002 dans le cadre d'un travail universitaire permettent de proposer une nouvelle chronologie pour la construction de l'ensemble et une nouvelle approche de la fonctionnalité des différents édifices, se substituant aux conclusions des études précédentes. La même archéologue poursuit ses fouilles et ses investigations jusqu'en 2015.
Si la chronologie relative du site (ordre des phases successives de construction ou de remaniement) semble acquise, la chronologie absolue (datation précise de ces phases) reste à définir, notamment pour la période médiévale mal documentée par des sources écrites. Les propositions qui sont faites restent sujettes à discussion. Ces incertitudes sont aussi liées aux nombreuses campagnes de réfection et de restauration qui ont affecté notamment la tour maîtresse en faisant disparaître une partie de ses structures anciennes et à l'impossibilité d'accéder à ses niveaux supérieurs pour les examiner en détail. En outre, l'absence de vestiges de pièces de bois interdit, à Montbazon, toute approche dendrochronologique.
: naissance de l'ensemble castral vignette|gauche|alt=Photographie retouchée montrant par un jeu de couleurs les différents états d'un groupe d'édifices.|Chronologie simplifiée du bâti de l'ensemble castral.
Vers la fin du , de nombreux ouvrages défensifs sont construits dans le Val de Loire au cours des guerres d'influence opposant les comtes d'Anjou à ceux de Blois. Ils sont généralement constitués d'une motte surmontée d'un donjon, le plus souvent en bois. Il est possible qu'un tel dispositif ait existé à Montbazon, à l'emplacement de la tour maîtresse médiévale, la pierre remplaçant ensuite le bois lors de la reconstruction de la forteresse.. D'après une charte de Robert II le Pieux rédigée entre 996 et 1006, son commanditaire pourrait être Foulques Nerra qui a construit un sur des terres appartenant à l'abbaye Saint-Paul de Cormery sans autorisation préalable.
Un second scénario est toutefois envisageable et semble conforté par les travaux les plus récents. Une tour maîtresse en pierre est la première construction de l'ensemble castral de Montbazon. Elle mesure et comporte, dans cet état initial, deux niveaux. Elle est très vraisemblablement attribuable à Foulques Nerra avant que la place forte ne soit conquise par la maison de Blois. Elle est rapidement contrebutée, côte sud, par l'apport dun important volume de terres en remblai destinées à obtenir un « emmottement » . Dans un second temps, entre les années 1020 et les années 1110, et peut-être plus précisément à l'initiative de Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra qui a repris la forteresse aux comtes de Blois, ce donjon est abaissé à une hauteur variable selon ses faces puis rehaussé de deux étages par rapport à son niveau initial en même temps que sa base est réparée et qu'un avant-corps lui est adjoint sur sa face occidentale.
: amélioration du système défensif et construction d'une chapelle vignette|alt=Dessin en noir et blanc d'une ville dominée par un donjon et son enceinte.|Vestiges défensifs médiévaux vers 1840 (à droite sur la lithographie). Sans doute sous le règne d', entre 1160 et 1180, un fossé est creusé au sud du site et une chemise, manifestement édifiée avec la roche calcaire extraite du fossé, est construite entre lui et la tour maîtresse dont l'étage inférieur est progressivement comblé ; dans cette configuration, l'existence d'un chemin de ronde au sommet de la chemise est envisageable. Une chapelle est construite au au nord du donjon mais elle se superpose partiellement à un bâtiment plus ancien, peut-être du début du et qui pouvait avoir la même fonction. La forteresse est ensuite prise par le roi de France Philippe Auguste, au tout début du ; à la même époque, la chemise est reconstruite et elle s'appuie à l'angle sud-ouest sur une tour de trois étages, dite « tour de Philippe Auguste » ou « tour philippienne ». C'est également au qu'une enceinte est construite au sud de la chemise, procurant une défense supplémentaire dans cette zone particulièrement exposée. Un diagnostic archéologique réalisé en 2015 montre l'existence, au nord de la tour maîtresse, d'une enceinte qui protège l'ensemble du promontoire et datable du ; s'y rattache sans doute, à la pointe nord du site, une tour effondrée en 2001. Le semble donc être une période où l'ensemble du site fait l'objet d'aménagements défensifs d'ampleur..
: château-neuf éphémère et donjon fragile vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un mur balafré d'une profonde lézarde verticale.|Mur lézardé du donjon. Vers 1425, un château est construit en face du vieux donjon par Guy de La Rochefoucauld. Il barre le bayle de l'est à l'ouest sur une cinquantaine de mètres de long et une vingtaine de large et le divise en deux basses-cours. Aucune description d'époque ni aucune représentation ne permettent de préciser son architecture. Les seuls témoignages, peu précis, recueillis oralement par Amans-Alexis Monteil au début du font état d'un . Il accueille des hôtes prestigieux : Antoinette de Maignelais y épouse André de Villequier le en présence de et le roi revient y passer l'hiver 1458-1459 ; en 1472 puis en 1480, c'est qui séjourne à Montbazon ; en 1560, Catherine de Médicis et accompagné de son épouse Marie Stuart sont les hôtes de , seigneur de Montbazon ; son fils accueille au château-neuf le futur en .
Si le site castral est une résidence pour les seigneurs et leurs invités de marque, c'est aussi, à l'occasion, une prison. C'est en effet à Montbazon, au donjon ou dans le château-neuf, que le cardinal Jean de la Balue, coupable de trahison envers le roi, est détenu pendant plusieurs mois depuis son arrestation le à Amboise jusqu'à son transfert à Onzain en ou .
C'est probablement aussi au , en même temps ou peu après le château-neuf, qu'est construite l'enceinte qui protège les basses-cours au nord du château fort. Elle se raccorde, à l'est, à l’enceinte urbaine et à la porte des Moulins, édifiées vers la même époque. Elle est pourvue d'au moins deux tours de défense, l'une au nord et l'autre à l'ouest, cette dernière correspondant à la moderne tour Lilian. Du sud à l'est, elle comporte une rampe qui constitue l'accès à la forteresse après franchissement d'un pont-levis. Ce n'est qu'à l'époque moderne qu'un cheminement pour les piétons est aménagé par l'ouest. La datation de cette enceinte est toutefois remise en cause par le diagnostic archéologique réalisé en 2015 : elle pourrait être plus ancienne, construite peu après celle du récemment découverte.
Dès le début du , Hercule de Rohan-Montbazon, troisième fils de , préfère habiter le château de Couzières à Veigné plutôt que le château-neuf. Ses descendants font de même ou résident au château de Sainte-Maure-de-Touraine. Par manque d'argent, le château-neuf n'est pas entretenu et tombe en ruine. Il est démoli en 1746 et ses décombres servent de remblai pour consolider la route d'Espagne (future RN 10) ; la chapelle Saint-Georges, attenante au nord, et une grande partie de l'enceinte subissent le même sort.. Le donjon lui-même échappe à une destruction trop compliquée à mettre en œuvre en raison de sa taille imposante.