Les frontières de l'Acadie ont évolué au cours de son histoire. Plus souvent qu'autrement, elles étaient ignorées, mal définies ou confondues avec d'autres frontières. L'Acadie cesse officiellement d'exister en 1763. Toutefois, la population acadienne subsiste, elle aussi dans un territoire en évolution, qui influençait et influence toujours la définition du territoire de l'Acadie. Ce territoire est associé en partie à la diaspora acadienne. Certaines des anciennes frontières de l'Acadie subsistent ou ont influencé des frontières contemporaines, notamment une partie de la frontière canado-américaine. Les incertitudes entourant les frontières historiques ont un impact jusqu'à nos jours, ayant entre autres mené à la guerre d'Aroostook.
Évolution des frontières de l'Acadie Origines Plusieurs peuples ont évolué au fil de l'histoire sur le territoire destiné à devenir l'Acadie. Les derniers en date, les Malécites, les Micmacs et les Abénaquis, voient leur culture se développer vers le La pointe Martins est généralement considérée comme la frontière entre le territoire malécite et micmac, tandis que la pointe Lepreau constitue la frontière entre les Malécites et les Passamaquoddys.. Des portages relient toutefois les différents territoires. De plus, ces peuples forment la confédération Wabanaki. De toute manière, ces frontières étaient variables parce que les divers territoires n'étaient pas occupés de manière permanente à cause de l'économie basée sur la chasse et la pêche.
Les frontières amérindiennes ont peu ou pas d'impact sur les frontières subséquentes. Par contre, la répartition des peuples amérindiens est fréquemment mentionnée sur les cartes et les noms des peuples sont parfois utilisés à la place des noms des territoires..
Premières explorations européennes Les Vikings visitent l'Amérique du Nord vers l'an 1000 et nomment trois territoires: Helluland, Markland et Vinland; leur position et leur étendue exacte sont inconnues. et, de toute manière, aucune de leurs frontières ne subsistent après leur départ..
Il existe plusieurs théories sur l'exploration précoce de l'Acadie et la fondation de colonies, toutes plus ou moins infondées. Celles-ci incluent les expéditions de l'Irlandais saint Brendan vers 530., du Galois Madoc vers 1170., des Maliens entre le et le , des Templiers au , des Frères Zeno.. vers 1390 et du Chinois Zheng He en 1421. Plusieurs îles fantômes et lieux imaginaires sont associées à ces voyages, dont Drogeo et Norembergue. Norembergue apparait souvent sur les cartes d'avant Samuel de Champlain mais fait sa dernière apparition en 1613, quand le Pierre Biard écrit que le fleuve Sainte-Croix passe dans ce pays.
Quoi qu'il en soit, Christophe Colomb explore l'Amérique en 1492. La bulle pontificale Inter caetera, promulguée par le pape Alexandre VI en 1493, donne à l'Espagne toutes les terres à l'Ouest et au Sud d'une ligne situé à 100 lieues () à l'Ouest des Açores et du Cap-Vert. En 1494, les deux puissances signent le traité de Tordesillas, déplaçant la ligne de démarcation à 370 lieues ), à l'Ouest du Cap-Vert. Dans les deux cas, la future Acadie se retrouve à être une possession espagnole. Toutefois, cette frontière est ignorée par les pays européens, y compris l'Espagne et le Portugal, et tombe en désuétude.
Plusieurs explorateurs visitent par la suite le territoire au XV et au début du , dont Jean Cabot pour l'AngleterreLe Royaume d'Angleterre devient le Royaume de Grande-Bretagne en 1707, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande en 1801 et le Royaume-Uni en 1927. en 1497 et João Álvares Fagundes pour le Portugal vers 1520. Ce dernier explore et nomme plusieurs territoires dont Terre-Neuve et les actuelles Nouvelle-Écosse et Saint-Pierre-et-Miquelon; il est plausible, mais peu probable, qu'il prenne possession des territoires au nom du Portugal ou qu'il fonde une colonie.. Les premiers explorateurs confondent le territoire avec l'Asie mais comprennent, au début du , qu'ils explorent un nouveau continent et essaie ensuite de trouver un passage vers l'Asie. Les cartes de l'époque identifient souvent les territoires au moyen de drapeaux mais les limites sont floues. Les différentes explorations ne permettent pas nécessairement de prendre possession d'un territoire mais servent de base aux futures revendications. Outre ces explorateurs, les côtes sont déjà bien connues des pêcheurs européens.
Acadie française (1604-1713) L'Acadie française fait référence à l'Acadie entre sa fondation en 1604 et sa conquête en 1713. Elle n'a pas toujours été appelée Acadie durant cette période, ni même sous souveraineté française.
Statut officiel dans le royaume français La Nouvelle-France est parfois considérée comme comprenant uniquement le CanadaLe Canada était la principale colonie de la Nouvelle-France, à ne pas confondre avec le Canada moderne. La province de Québec fut créée en 1763 à partir de celle-ci. Elle fut séparée en deux parties, le Haut-Canada et le Bas-Canada, en 1791. Ces deux parties fusionnèrent à nouveau en 1841 pour former la Province du Canada, ou Canada-Uni. Lors de la Confédération canadienne, en 1867, le Haut-Canada devint l'Ontario et le Bas-Canada devint le Québec. ou incluant aussi l'Acadie.. À toutes fins pratiques, l'Acadie reste toutefois distincte du Canada et compte son propre gouverneur. Les ordres doivent en théorie passer par le gouverneur de la Nouvelle-France mais il y a des situations où la Cour s'adresse directement au gouverneur d'Acadie. Les relations entre l'Acadie et le Canada sont plutôt tendues ce qui, selon Elsa Guerry, est caractéristique de deux colonies distinctes; même Plaisance ne coopère pas..
Un certain esprit d'indépendance anime en effet l'Acadie et le Canada.
Les Abénaquis habitent dans les environs de la rivière Pentagouet et leur territoire est une zone tampon entre l'Acadie et la Nouvelle-Angleterre.
Reconnaissance La présence espagnole et portugaise empêche les Anglais et les Français de coloniser les terres situées au sud du nord.. Les Anglais concentrent donc leurs efforts autour du et les Français autour du 45; ces derniers tardent toutefois à faire des efforts de colonisation.
Le nom « Acadie » est vraisemblablement utilisé pour la première fois en 1524 par Giovanni da Verrazzano, explorateur pour le compte de la France, pour décrire la péninsule de Delmarva, près de Washington; ce n'est qu'au que le nom désigne une région correspondant approximativement aux actuelles Provinces maritimes.
La France envoie Jacques Cartier explorer le territoire en 1534, avant de le revendiquer officiellement. Humphrey Gilbert prend possession de Terre-Neuve – située au nord-est de l'Acadie – au nom de l'Angleterre en 1584, en se basant sur le fait qu'elle fut explorée par Jean Cabot. La Virginie est fondée par les Anglais la même année; sa charte n'en délimite pas les frontières. La France considère alors que l'Acadie comprend le littoral du golfe du Saint-Laurent et s'étend jusqu'à une frontière non déterminé avec la Virginie au sud-ouest. En 1603, le roi Henri IV de France, se basant sur l'exploration de Verrazzano, concède le monopole de l'Acadie à Pierre Dugua de Mons pour qu'il y fonde une colonie. Le territoire comprend le littoral entre le 40 et le 46 parallèles nord, censé comprendre la côte entre le cap Cod et le cap Breton selon la compréhension géographique de l'époque mais coupant en fait l'île du Cap-Breton en deux. Cette concession ignore les explorations faites par les Anglais au Maine en 1602 et 1603. À noter que c'est vraisemblablement la première fois dans l'histoire canadienne que des parallèles sont utilisés comme frontières..
Premières tentatives de colonisation Aymar de Chaste obtient le monopole commercial de la Nouvelle-France en 1603 et envoie en expédition François Gravé, accompagné entre autres de Samuel de Champlain, mais aucun établissement n'est fondé.
L'Acadie est fondée en 1604 par Pierre Dugua de Mons, à l'île Sainte-Croix, dans le territoire actuel du Maine, près de la rive nord de la baie de Fundy. Une colonie avait en fait été fondée en 1598 à l'île de Sable, désormais en Nouvelle-Écosse, mais celle-ci est abandonnée en 1603. L'Acadie est l'un des premiers territoires à être cartographiés en Amérique du Nord, par Samuel de Champlain en 1604.. La colonie de l'île Sainte-Croix est elle aussi un échec et Port-Royal est fondé en 1605 sur la rive sud de la baie de Fundy, dans la Nouvelle-Écosse actuelle.
Début des hostilités Dès le départ, l'Acadie est convoitée par l'Angleterre pour sa position stratégique et subit fréquemment des attaques.. La plupart des attaques anglaises visent à repousser les frontières de l'Acadie vers la rivière Kennebec puis le fleuve Pentagouët (Penobscot). Quant à eux, les Français tentent surtout de nuire à Boston. Les Français ne fondent toutefois aucun établissement à l'ouest du fleuve Sainte-Croix.. De toute manière, la plupart des attaques sont ratées ou sont même avortées, souvent à cause d'une mauvaise organisation ou du climat. Les gouverneurs déplacent souvent la capitale et reçoivent peu d'appui militaire, financier et matériel, contribuant à l'instabilité et l'insécurité.. vignette|upright=0.5|Frontières (en vert) du Conseil de Plymouth pour la Nouvelle-Angleterre.
En 1606, la Compagnie de Virginie obtient du roi d'Angleterre le monopole de la Virginie, pour la première fois avec des frontières, délimitées par le 34 et le 45 parallèle nord, ignorant de fait les frontières de l'Acadie. D'ailleurs, les Anglais fondent la colonie de Popham en 1607; elle est toutefois abandonnée l'année suivante. Lorsque les Français fondent la colonie de l'île des Monts Déserts, les Anglais répliquent en 1613 en la détruisant et en capturant Port-Royal; ils fondent leur prétentions territoriales sur l'exploration de Jean Cabot. Une partie de la population reste sur place mais ni la France, ni l'Angleterre tentent de faire reconnaître leur souveraineté sur le territoire. En fait, la population organise elle-même son ravitaillement.
En 1620, le roi Jacques finit par remplacer la Compagnie de Virginie par le Conseil de Plymouth pour la Nouvelle-Angleterre, en délimitant ses frontières par l'océan Atlantique à l'est, l'océan Pacifique à l'ouest, le au sud et le au nord. Cette concession comprend, en plus de l'Acadie, la colonie française naissante du Canada. Le fait que l'actuelle frontière entre le Canada et les États-Unis passe par le nord est une pure coïncidence.
Nouvelle-Écosse pour la première fois (1621-1632)
Dès 1613, l'Écosse réclame la souveraineté sur une colonie du nom de Nouvelle-Écosse, comprenant grosso modo l'Acadie française, soit un territoire situé à l'est du fleuve Sainte-Croix et d'une ligne plein nord, reliant la source de la branche ouest du fleuve à une rivière indéterminée. Le roi Jacques VI concède ce territoire à son favori William Alexander en 1621. Une partie de la frontière canado-américaine actuelle découle de cette concession. C'est également la première fois qu'un territoire nord-américain est délimité par des caractéristiques géographiques précises et identifiables. Plus tard la même année, William Alexander prétend que sa concession lui donne droit à un plus grand territoire. À la demande du roi, le Conseil de Plymouth pour la Nouvelle-Angleterre lui concède le territoire de Sagadahock, soit les terres comprises entre le fleuve Sainte-Croix et la rivière KenenbeckFor a tract of the mainland of New England, begining at Saint Croix and from thence extending along the sea-coast to Pemaquid and the river Kennebeck.. L'ambitieux plan de colonisation de William Alexander rend cette concession plus pratique que celle de la Nouvelle-Angleterre.