L'église Notre-Dame de Castelviel est un édifice religieux catholique situé dans la commune de Castelviel, dans le département de la Gironde, en France.

Localisation L'église se trouve au cœur du village, le long de la route départementale D128 (Listrac-de-Durèze à l'ouest et Caplong à l'est).

Historique L'édifice a été édifié au cours du (l'abside circa 1130 et le portail circa 1150-1160) et transformé au . En 1867, le bâtiment a été remanié et en grande partie restauré dans la décennie 1990-2000.

L'église de CastelvielLes vieilles églises de la Gironde de Jean-Auguste Brutails, Bordeaux, Feret & Fils, 1912, (lire en ligne), dont l'orientation est incliné un peu vers le nord, a été reprise des deux bouts : À l'est, a été construit un chevet plat, avec un pan coupé à l’intérieur, qui dissimule un escalier dans l'angle nord-est. À l'ouest, a été élevée une façade surmontée d'un clocher-mur. Les quatre angles de l'édifice sont empâtés de contreforts obliques. la façade ouest est, de plus, assurée par un autre contrefort d'environ dans chaque sens. Le flanc nord a conservé ses contreforts romans. Sur le flanc sud, était une chapelle datant de la fin de l'époque gothique qui a été démolie au . Quelques modillons romans survivent sur le chevet et le mur sud.

La nef est large de et la largeur du chevet est de . Entre les deux, l'arc triomphal ne mesure que . Le chevet est voûté en berceau et la nef est lambrissée et sa charpente, qui est ouvragée, devait être destinée à rester apparente.

L'église possède une cloche datant de 1556 et une autre de 1994.

À l'intérieur, se trouve un tableau de l'école italienne, daté de 1610, représentant saint Thomas et un autel baroque de 1853.

L'édifice est classé en totalité au titre des monuments historiques par arrêté du ..

Iconographie du portail

Sur la façade sud de l'église, se trouve un portail remarquable à cinq voussures sculptées. Il est « le plus beau morceau de sculpture romane du département de la Gironde » selon Léo DrouynVariétés girondines de Léo Drouyn, tome III, éditions Féret, Bordeaux, 1878, .. Le portail est à division tripartite : une grande porte cintrée, à ébrasement très approfondi pour y loger cinq voussures, flanquée de deux petites arcades aveugles.

L'ensemble est abrité dans un avant-corps homogène, de de long, qui se trouve plaqué contre l'alignement du mur gouttereau sud. La partie décorative s'apparente à ce qu'il est convenu d'appeler le style saintongeais. On trouve plus d'une centaine de figures animés autour du portail. Il est comparable à celui de l'église de Saint-Martin-de-Sescas.

La description du portail ci-dessous est basée sur celle de C. Bougoux.

Chapiteau 1 (depuis le portail) : feuille d'acanthe

Ce chapiteau n'est pas totalement originel. Il remplace en partie celui décrit par Drouyn en 1845 comme étant cassé. .

Chapiteau 2 : la danseuse et les musiciens

Le tailloir est originel et la corbeille stylisée et détaillée. Sur l'angle, une danseuse aux tresses de cheveux tombantes porte une robe richement plissée et ajustée sur une taille fine ; ses bras sont alourdis par des longues manchettes ; elle a les mains sur les hanches. Elle fait les gestes stéréotypés d'une danse lascive. À sa gauche, un joueur de psaltérion est assis sur un tabouret. À sa droite, un homme joue de la vièle avec énergie.

Danse et musique profane prédisposent au péché charnel. La danseuse est la personnification de la Luxure. On trouve souvent, dans des séries modillonnaires, la même séquence de personnages associés à d'autres symboles de la luxure. Sur l'ébrasure orientale, la danse est également évoquée avec Salomé, Hérode et Jean-Baptiste.

Chapiteau 3 : deux quadrupèdes et un buste

La corbeille est très érodée : les deux fauves ont perdu leurs têtes et le visage de la tête humaine centrale semble avoir été martelée.

Léo Drouyn, qui l'a vu en meilleur état en 1845, reste notre recours : Deux quadrupèdes contournés ont des queues terminées en panache, un homme passe sa tête entre ceux-ci dont il saisit les queues.

On peut toujours voir les restes d'un chevelure léonine sur la tête humaine, ce qui est un symbole de vanité. L'homme tient les queues des fauves, qui sont rentrantes, symbole de la honte, puis qui ressortent sous leurs corps en forme sexuée.

L'homme est certainement dénoncé comme un luxurieux.

Chapiteaux 4 et 5 : couper la galette des rois et deux hommes qui se battent et une femme

Ce double chapiteau est porté par deux colonnettes jumelles, l'une qui appartient au portail central et l'autre à l'arc aveugle occidental.

Deux scènes différentes sont représentées : la première avec un homme et une femme qui découpent la galette des rois et la seconde avec une rixe entre deux hommes avec une femme qui semble implorer les hommes de s'arrêter de se battre.

Il faut noter qu'il y a des changements de facture, ces chapiteaux différant des autres par le style, le mode d'épannelage et la qualité de la pierre utilisée.

Couper la galette :

Un homme est accroupi afin de découper, au-dessus de sa tunique plissé, un gâteau de forme circulaire. En arrière-plan, se penche une femme attentive, qui le tient par l'épaule gauche et le bras droit ; elle porte une guimpe, privilège des épouses, telle qu'on la portait dans les fiefs anglais d'Aquitaine, dès 1180. À la gauche de l'homme, un mammifère à queue rentrée, redressée et sexuée, chuchote à l’oreille de l'homme. Le contexte est donc peccamineux et évoque peut-être la gourmandise.

Le chapiteau est à l'aplomb de la voussure zodiacale et est contigu au signe du Verseau, qui était couramment représenté par un homme coupant la galette des rois. Le péché véniel insufflé par le quadrupède serait de vouloir célébrer des traditions d'origine païenne.

La rixe :

Deux hommes en sont venus aux mains alors qu'une femme mariée s'est courbée vers eux, comme si elle implorait que cesse le pugilat.

La supposition qu'elle est l'objet de ce duel et que la découpe du gâteau et la rixe puissent être liées entre elles par un épisode aujourd'hui oublié de la littérature romane, est plausible. On trouve de telles allusions sur le portail de l'église de Gabarnac.

Chapiteau 6 : serpent tenu par une main

Seul le tailloir est authentique. Il aligne deux couples de créatures bi-corporées, à queues sagittifoliées. Le tailloir a dû couvrir une corbeille romane à jamais perdue.

La corbeille actuelle, un serpent tenu par une main, n'est qu'un pastiche de 1867 ayant remployé, sur le côté, quelques anneaux reptiliens de l'époque, le sculpteur s'étant inspiré d'un chapiteau de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers représentant la Luxure.

Les tailloirs de tout cet ébrasement portent un décor dont le style est une transition entre roman et gothique.

Chapiteau 1 (depuis le portail) : deux lions adossés à un homme

Deux croupes se touchent et leurs queues s'épanouissent en crosse et palmette. Les deux bêtes regardent une tête humaine. L'homme a des cheveux ramenés en arrière par un fronteau.

La qualité esthétique est grande et la sculpture est à comparer avec le chapiteau ouest 3 qui a été fait environ cinquante ans avant. L'enseignement moral de ces deux chapiteaux est toujours le même.

Chapiteau 2 : Salomé reçoit la tête de Jean-Baptiste

Ce chapiteau est corrélé avec le prochain. L'histoire se lit de droite à gauche. Sur la face externe de la corbeille, un homme se précipite vers une femme située sur la face interne. Il porte la tête d'un homme sur un plateau (l'usure a rendu cette tête informe). L'homme est le bourreau de Jean-Baptiste.

Sur la face interne, une femme court vers l'homme, ses bras étendus pour recevoir le plateau avec la tête.

Leur précipitation est telle que leurs étoles sont soulevées dans les airs.

Dans chaque coin de la corbeille, se trouve un masque diabolique.

Chapiteau 3 : Hérode fait décapiter Jean-Baptiste

Sur la face externe, à droite, le tétrarque Hérode Antipas est assis sur un trône et couronné. Il fait un geste de sa main. À l'angle de la corbeille, un masque maléfique crache un bouquet de feuillages : c'est l'image habituelle du « Mal » qui prononce à l'esprit les paroles qui tuent.

Sur la face interne, Jean-Baptiste a la tête inclinée, les mains sur les genoux de son bourreau qui, lui, tient un glaive pour exécuter sa victime.

Chapiteau 4 : saintes femmes au tombeau (les Myrrhophores)

Le tailloir de ce chapiteau double comporte aux angles deux masques humains, reliés entre eux par une arabesque.

Sur la face interne, en arrière d'un Ange, un homme en tunique longue exhibe de sa main droite le Livre où est relaté le miracle du Christ ressuscité. L'Ange soulève le couvercle du sarcophage et montre de l'index, aux trois femmes venues embaumer Jésus avec leurs aromates, que la tombe est vide.

Chapiteau 7 : oiseaux affrontés

Le tailloir et la corbeille ne sont pas authentiques et sont des réalisations néo-romanes du .

Le sujet du chapiteau roman est inconnu.

La voussure de l'arcade occidentale est décorée d'un bas-relief : cinq griffons aptères qui se déplacent entre des rinceaux.

Sur la voussure principale de l'arcade orientale, deux jeunes femmes s'affrontent comme deux béliers. À droite, une femme au large sourire, une main sous la poitrine, l'autre touchant le bout de sa longue natte pendante. Elle a dégrafé son sein gauche qu'un serpent tète. Elle est caractéristique d'une romane luxurieuse.

L'antagoniste, à gauche, est une Vertu au regard sombre. Elle tient un petit bouclier discoïde, probablement une hostie, qui est symboliquement la meilleure des protections. Dans sa main droite, elle brandit une arme blanche.

L'archivolte au-dessus héberge sept oiseaux qui détournent la tête. Du côté Vertu, ils sont deux, et du côté Luxure, cinq ; ils sont tous en train de becqueter un feuillage.

L'iconographie des dix chapiteaux romans est imprégnée du monde du péché. Seule la scène des myrrhophores attestant la Résurrection du Christ, est là pour apporter un espoir de salut.

L'archivolte comporte cinq voussures cintrées qui développent une surface sculptée considérable. La réalisation de l’œuvre a demandé beaucoup de moyens.

Le décor des deux premières voussures est ornemental : festons, rosettes, entrelacs et arabesques. Les trois voussures externes s'animent de figures : la voussure III par 38 tireurs de cordes, la voussure IV par trois Vertus contre quatre paires de Vices, la voussure V, par la succession des 12 travaux liés aux douze signes du zodiaque.

Voussure III : Les tireurs de corde

Trente huit hommes, en tuniques longues, sont répartis en deux groupes : 18 hommes à gauche et 20 hommes à droite s'opposent au tir de corde. On peut remarquer la position inhabituelle des mains, avec un bras au-dessous de la corde et l'autre au-dessus. C'était peut-être la position réglementaire dans ce jeu populaire.

Sous l'aspect ludique, se cache une leçon de moralité illustrée par le groupe de pécheurs s'opposant à celui des vertueux. Les 18 hommes à gauche sont des vertueux (ils sont au-dessous des combattants des Vertus de la cinquième voussure), les 20 hommes à droite sont des pécheurs (au-dessous des Vices de la cinquième voussure). Les vertueux ont l'avantage, car les pécheurs ont été dépassés l'axe du portail, qui est l'arbitre.

Le rendu ornemental des tireurs, couronnés par un rouleau continu et ajouré de demi-palmettes entrelacées est remarquable.

Voussure IV : Les sept péchés capitaux

Sur la côté ouest de la voussure, trois guerrières sont alignées jusqu'au sommet de l'arc. Chacune piétine avec ses bottines un vice incarné par un quadrupède de type canidé, terrorisé. Elles répondent au stéréotype, développé dans la région poitevine, des héroïnes de la psychomachie de Prudence. La première brandit toujours son arme, les deux autres ont déjà enfoncé la pointe de leur écu dans la gueule des bêtes. Il est à noter que les trois têtes ont disparu.