Charles Le Gobien, né le à Saint-Malo et mort le à Paris, est un jésuite et écrivain français. Impliqué dans la querelle des rites chinois, il voit en 1700 son Histoire de l'édit de l'empereur de la Chine censurée par la faculté de théologie de Paris. Il est le fondateur des Lettres édifiantes et curieuses, collection recueillant des lettres de missionnaires.
Biographie
Charles Le Gobien est un fils de Charles Le Gobien (1624-1701), seigneur de Saint-Jouan et de Launay Quinard, deux fois député aux États généraux, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, et de Guillemette Heurtault.André Lespagnol, Messieurs de Saint-Malo : une élite négociante au temps de , Presses universitaires de Rennes, 1997, II.Pierre de La Condamine, L'Épopée de la Bretagne : un jour d'été à Saint-Cast, Le Bateau qui vire, 1977.. Frère de Jean-Baptiste Le Gobien et neveu de l'armateur Jean Heurtault de Bricourt, il est, par sa mère, le cousin germain d'Alain Porée du Breil et de Charles Porée de La Touche.
Le , à , il entre au noviciat des Jésuites de Paris. On ne sait rien de ses activités durant les qui suivent. On ignore par exemple s'il a été missionnaire au Levant ou en Chine. Jean Sgard juge cependant une telle expérience, compte tenu des livres que Le Gobien va écrire et des fonctions qu'il va occuperJean Sgard, « Le Gobien », sur dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr, 2019 (consulté le 5 janvier 2020).. Il prononce ses quatre vœux le à Tours. Il y enseigne la grammaire et les humanités pendant six ans. Il enseigne ensuite la philosophie à Alençon pendant deux ans. Puis il est préfet des classes pendant deux ans.
Implication dans la querelle des rites chinois
En Chine, la querelle des rites chinois oppose depuis plus de les missionnaires jésuites à leurs rivaux franciscains et dominicainsAlban Dignat, « 19 mars 1715. La querelle des rites chinois », sur herodote.net, 2019 (consulté le 28 décembre 2019). — et maintenant aux jansénistes et aux Missions étrangères, « L'inculturation des Jésuites en Chine. Pascal, Leibniz, Voltaire et la querelle des rites chinois », sur cielam.univ-amu.fr, 21 juin 2016 (consulté le 12 décembre 2019).. On reproche aux jésuites de tolérer que les nouveaux chrétiens de Chine rendent des honneurs à leurs morts et à ConfuciusKarel Vereycken, « Lorsqu’Orient et Occident se rencontrent : le père jésuite Ferdinand Verbiest », sur solidariteetprogres.fr, 12 juillet 2014 (consulté le 29 décembre 2019)..
En 1691, le vice-roi de la province du Zhejiang lance des persécutions contre les chrétiens. Il est désavoué le par l'empereur Kangxi, qui promulgue un édit de tolérance. La religion chrétienne peut être librement pratiquée dans tout l'empireLouis Le Comte, Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, sur books.google.fr, Paris, Anisson, 1697, II, 353-356.. Mais, l'année suivante, le vicaire apostolique du Fujian, Charles Maigrot, des Missions étrangères, interdit les rites chinois aux nouveaux convertis, par un mandement qui relance violemment la querelle des rites. Jusqu'alors, celle-ci mettait aux prises les missionnaires sur le terrain, tandis que leurs supérieurs faisaient la sourde oreille, ou jouaient l'apaisement. La controverse gagne maintenant l'EuropeJacques-Charles de Brisacier, supérieur des Missions étrangères, donne une liste des dans la période 1696-1699. Jacques-Charles de Brisacier, Lettre des messieurs des Missions étrangères au pape sur les idolâtries et sur les superstitions chinoises, , . Il donne également, 171, une liste des écrits dont la lecture est recommandée pour bien comprendre la Lettre au pape. — Louis Ellies Dupin raconte la querelle dans Histoire ecclésiastique du dix-septième siècle, sur archive.org, Paris, Pralard, 1714, IV, . Il donne une liste d'écrits ..
En 1697, Le Gobien s'y implique en écrivant une Lettre sur les progrès de la religion de la Chine. L'année suivante, il publie une Histoire de l'édit de l'empereur de la Chine en faveur de la religion chrétienne, à laquelle il joint un « Éclaircissement sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius et aux morts »Notice FRBNF30777027, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 5 janvier 2020).. La même année, ces deux textes sont réédités pour former le d'un livre à succès du missionnaire jésuite Louis Le Comte, Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine (1696, réédité en 1697)Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, , sur books.google.fr, 1698 (consulté le 29 décembre 2019)..
En 1700, l'« Éclaircissement » est attaqué par le janséniste Noël Alexandre, dans Apologie des dominicains missionnaires de la ChineApologie des dominicains missionnaires de la Chine ou Réponse au livre du père Le Tellier, jésuite, intitulé Défense des nouveaux chrétiens ; et à l'éclaircissement du père Le Gobien de la même Compagnie, sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius et aux morts. Par un religieux docteur et professeur en théologie de l'ordre de saint Dominique, 2 vol., Cologne, Egmond, 1700 (publié à Amsterdam). Notice FRBNF36123419, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 14 décembre 2019).. Alexandre publie ensuite Conformité des cérémonies chinoises avec l’idolâtrie grecque et romaineCologne, Egmond, 1700.. Jacques-Charles de Brisacier, supérieur des Missions étrangères, fait paraître une Lettre des messieurs des Missions étrangères au pape sur les idolâtries et sur les superstitions chinoisesJacques-Charles de Brisacier, . Le Gobien réplique par des Réflexions générales sur la lettre qui paraît sous le nom de messieurs du séminaire des Missions étrangères, touchant les cérémonies chinoisesSans lieu, 1700. Notice FRBNF33572941, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 31 décembre 2019).. Toujours en 1700, il publie une Histoire des îles Mariannes, nouvellement converties à la religion chrétienne.
Les directeurs du séminaire des Missions étrangères défèrent à la cour de Rome lHistoire de l'édit de l'empereur de la Chine, ainsi que deux écrits de Le Comte (les Nouveaux mémoires et une Lettre à monseigneur le duc du Maine sur les cérémonies de la ChineLettre du révérend père Louis Le Comte, de la Compagnie de Jésus, à monseigneur le duc du Maine sur les cérémonies de la Chine, sur archive.org, Paris, 1700.). Le , ils défèrent ces livres à la faculté de théologie de ParisPicot (Pierre-Joseph de Clorivière), « Lecomte (Louis) », dans Biographie universelle ancienne et moderne, sur archive.org, Paris, Michaud, 1819, XXIII, 526.. Le , la faculté censure des propositions extraites des trois livresOn trouve le détail de la censure dans Louis Ellies Dupin, , .. Le Gobien fait signifier un Acte de protestationActe de protestation signifié aux sieurs syndic, doyen et docteurs de la faculté de théologie de Paris, le d'octobre 1700, par le père Le Gobien, de la Compagnie de Jésus, tant en son nom que comme se faisant fort du père Louis Le Comte, de la même compagnie, sans lieu ni date. Notice FRBNF30777022, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 31 décembre 2019)., et il publie une Lettre à un docteur de la faculté de Paris sur les propositions déférées en Sorbonne. Les jésuites ne s'en tiennent pas là. Plusieurs lettres et réponses sont écrites par eux — certaines par Le GobienOn trouve la liste des écrits pour ou contre la censure du dans Louis Ellies Dupin, , ..
Les Lettres édifiantes et curieuses
À la même époque, vers 1700, il est attaché à la maison du noviciat, à Paris, puis à la Maison professe. En 1702, il édite un recueil de Lettres de quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus écrites de la Chine et des Indes orientales. Le livre est bien accueilli. En 1703, Le Gobien fait paraître un deuxième volume, qu'il intitule Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missions étrangères par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus. Les deux livres constituent dès lors les deux premiers tomes d'une collection, qui prend pour titre celui du deuxième. Le Gobien va publier six autres volumes des Lettres édifiantes et curieusesProsper Levot, , 233.. Vers 1704, il devient secrétaire des missions de la Chine. En 1706, il est nommé procureur à Paris des missions de Chine, succédant au père Antoine Verjus (1632-1706). Le Gobien rédige un éloge de ce dernier. Il le publie en 1708 dans le des Lettres édifiantes et curieuses, puis indépendamment sous le titre Lettre aux jésuites français. Il meurt le , à la Maison professe. D'autres jésuites vont enrichir la collection Lettres édifiantes et curieuses, qui atteint en 1776Anthony Huonder, « Charles Le Gobien », sur newadvent.org, The Catholic Encyclopedia, New York, Appleton, IX, 1910 (consulté le 6 janvier 2020)..
Publications Lettre sur les progrez de la religion à la Chine, Paris, Lambin, 1697. Histoire de l'édit de l'empereur de la Chine en faveur de la religion chrestienne, avec un éclaircissement sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius et aux morts, Paris, Anisson, 1698. « Histoire de l'édit de l'empereur de la Chine en faveur de la religion chrestienne, avec un éclaircissement sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius et aux morts », dans Louis Le Comte, Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, Paris, Anisson, 1698, III. Reflexions generales sur la lettre qui paroît sous le nom de messieurs du seminaire des Missions etrangéres, touchant les cérémonies chinoises, sans lieu, 1700. Lettre à un docteur de la Faculté de Paris sur les propositions déférées en Sorbonne par M. PriouPriou est un sociétaire des Missions étrangères. Augustin De Backer, Alois De Backer, Carlos Sommervogel, « Gobien (Charles le) », Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, sur books.google.fr, Liège, De Backer ; Paris, Sommervogel, 1869, I, ., sans lieu, 100. Eclaircissement sur la denonciation faite a N. S. P. le Pape, des nouveaux memoires de la Chine, sans lieu, 1700. Préface, 1700Augustin De Backer et coll., , .. Acte de protestation signifié aux Sieurs Syndic, sans lieu ni date (1700). Réponse aux Remarques de M. ... sur la Protestation du Pere le Gobien, 1700Louis Ellies Dupin, , .. Histoire des isles Marianes, nouvellement converties à la religion chrestienne : et de la mort glorieuse des premiers missionnaires qui y ont prêché la Foy, Paris, Pépie, 1700. Parallele de quelques propositions, dont les unes ont esté déferées au S. Siege & à la Sorbonne, les autres ne l'ont pas esté, quoy qu'elles meritassent beaucoup plus de l'estre, sans lieu ni date (vers 1701). Second parallele des propositions du P. Le Comte, avec quelques autres propositions, adressé à monsieur le Syndic de la Faculté de Theologie de Paris, 1701. Jugement d'un grand nombre de Docteurs des Universites de Castille et d'Arragon sur les propos censurées en Sorbonne, le , Liège, 1701. Lettres des cérémonies de la Chine, Paris, Pralard, 1701. Propositions soutenues, ou autorisées par quelques docteurs de la Faculté de theologie de Paris, 1701. Lettres de quelques missionnaires de la Cie de Jésus écrites de la Chine et des Indes orientales, Paris, Josse, 1702. Ce recueil est réédité par la suite en tant que de la collection Lettres édifiantes et curieuses. Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missions étrangères par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, , 1703-1708. Lettre aux jésuites français, missionnaires à la Chine et aux Indes, sur la mort du R. P. Verjus, avec un abrégé de sa vie, Paris, Lamblin, 1708.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Louis Ellies Dupin, Histoire ecclésiastique du dix-septième siècle, sur archive.org, Paris, Pralard, 1714, IV, . Louis Moréri, « Gobien (Charles le) », Le Grand Dictionnaire historique, sur gallica.bnf.fr, Paris, Libraires associés, 1759, V, 238. . Augustin De Backer, Alois De Backer, Carlos Sommervogel, « Gobien (Charles le) », Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, sur books.google.fr, Liège, De Backer ; Paris, Sommervogel, 1869, I, . Anthony Huonder, « Charles Le Gobien », sur newadvent.org, The Catholic Encyclopedia, New York, Appleton, IX, 1910.