thumb|Une représentation du de la tête d'Oliver Cromwell, empalée.
La tête d'Oliver Cromwell est une relique dont la valeur symbolique changea avec le temps. Elle passa dans plusieurs mains de 1685 à 1960. Son authenticité fut remise en question et une étude scientifique fut entreprise dans les années 1930, qui ne parvint pas à confirmer ou infirmer son authenticité.
Après la mort d'Oliver Cromwell, le , celui-ci eut droit à une cérémonie funèbre publique à l'abbaye de Westminster, à la manière des rois qui l'avaient précédé. Après avoir défait et exécuté le roi pendant la Première Révolution anglaise, Cromwell était devenu Lord Protecteur, dirigeant du Commonwealth d'Angleterre. Lui succéda alors son fils, Richard Cromwell, qui, bientôt, fut renversé par l'armée en 1659, après la réinstallation de la monarchie et le rappel de , alors en exil. Le parlement de Charles ordonna l'exhumation de la dépouille de Cromwell de l'abbaye de Westminster, en plus de celles d'autres régicides, dont John Bradshaw et Henry Ireton, pour une exécution posthume, à Tyburn. Après les avoir pendus et laissés suspendus , les corps furent découpés et les têtes empalées sur des piques de six mètres, au-dessus du palais de Westminster. En 1685, une tempête brisa la pique, jetant la tête à terre, après quoi elle circula des mains de collectionneurs particuliers à celles de propriétaires de musées, jusqu'au , jour où elle fut enterrée au Sidney Sussex College de Cambridge.
Fichée au bout de sa pique au-dessus de l'horizon londonien, la tête constituait un puissant avertissement pour les spectateurs. Au , elle devint une curiosité, une relique. Elle fut admirée, fustigée, puis niée, considérée comme fausse. Après que Thomas Carlyle eut nié l'existence de la tête, déclarant qu'il s'agissait d'une Cité par et, après l'apparition d'un nouvel individu prétendant posséder la tête, des analyses scientifiques et archéologiques furent menées, dans le but d'en identifier l'origine. Des tests sans résultats tangibles aboutirent à un rapport détaillé de Karl Pearson et de Geoffrey Morant concluant, qu'après une étude approfondie de la tête et d'autres indices et preuves, l'appartenance de la tête à Cromwell était une .
Contexte thumb|left|Henry Ireton, à qui Cromwell confia le commandement des forces du Parlement d'Irlande en 1650. Il mourut d'une maladie, au siège de Limerick, en 1651. thumb|right|Oliver Cromwell, par Sir Peter Lely. thumb|right|John Bradshaw.
Oliver Cromwell (né en avril 1599) fit de l'Angleterre une république, abolissant la monarchie et la Chambre des lords, après l'exécution de , en janvier 1649. Cependant, le règne de Cromwell, en tant que Lord Protecteur (qui débuta en ), n'était pas différent de celui de son prédécesseur. Il se maintint seul, au pouvoir illimité, et vécut dans plusieurs palais royaux qui, autrefois, hébergèrent l'ancienne dynastie régnante. En 1657, le parlement lui offrit solennellement le titre de roi mais, après , il le refusa. Durant l'année 1658, Cromwell souffrait de maladie et de tragédies personnelles, le laissant faible. Il mourut l'après-midi du .
Sa mort et ses funérailles suivirent le même protocole que celui qui était accordé aux monarques. Le , son corps fut déplacé à Somerset House où il fut exposé allongé, afin de le présenter aux yeux du public qui fut autorisé à rendre hommage à sa dépouille, le . Le corps avait été embaumé, couvert et installé dans un cercueil de plomb qui, lui-même, fut placé dans un cercueil de bois, orné richement. Le tout fut placé près d'une statue à son effigie, décorée des symboles royaux, incluant . La procession funèbre, reportée par deux fois tant elle fut élaborée avec soin, traversa Londres, le . Le corps avait déjà été enterré à l'abbaye de Westminster, deux semaines avant l'évènement, pour prévenir les risques de décomposition, la procession funèbre ayant lieu trois mois après sa mort. Un catafalque fut érigé, afin d'abriter ce cercueil qui ressemblait à celui du roi , étant seulement .
Le corps de Cromwell demeura intact jusqu'à la Restauration anglaise, sous l'égide du fils de Charles, , en 1660. Après leurs procès, douze des régicides survivants (ceux ayant participé au procès et à l'exécution de ) furent pendus, traînés dans les rues et équarris, c'est-à-dire traînés dans les rues par une claie jusqu'à la potence, pendus par le cou, éventrés vivants, étêtés et démembrés (coupés en quatre quartiers). À la fin du compte rendu, il existe une description des exécutions : ils furent tous pendus, traînés dans les rues et équarris, sauf Francis Hacker, qui fut pendu. Trois autres régicides furent punis de la sorte pendant les deux années ayant suivi ce procès.. De plus, le parlement reformé ordonna l'exécution posthume des défunts Oliver Cromwell, John Bradshaw et Henry Ireton. Les lois relatives à la trahison placent la dépouille d'un traître entre les mains du roi. Les têtes des traîtres étaient souvent exposées sur des ponts, la Tour de Londres, ou encore d'autres points d'affluence de la ville, alors que les quartiers étaient souvent expédiés dans différentes villes de provinces voisines.
Caché dans le mur de l'aile centrale de la chapelle d', le corps de Cromwell fut laborieusement extrait tant le bois et les vêtements furent difficiles à déplacer. Le , les corps de Cromwell et Ireton furent déplacés au Red Lion Inn à Holborn, rejoints, le jour suivant, par la dépouille de Bradshaw, avant d'être emmenés à Tyburn pour l'exécution. Au matin du , date de l'anniversaire de , les corps enturbannés dans leurs cercueils ouverts furent traînés par une charrette jusqu'au gibet, où chacun fut pendu devant une foule nombreuse, aux environs de quatre heures de l'après-midi. La tête de Cromwell fut arrachée en étant bastonnée huit fois, empalée sur une pique de six mètres, et plantée au-dessus du Westminster Hall. Il existe une quantité de théories conspirationnistes qui s'interrogent sur le sort du corps. Une rumeur émet la possibilité que Mary, la fille de Cromwell, l'aurait subtilisé après la décapitation et enterré dans le jardin de la demeure de son mari, à Newburgh Priory. Une crypte, scellée par un rocher massif, fut suspectée d'héberger les restes de Cromwell, mais les descendants de Cromwell refusèrent les demandes d'ouverture, dont une d'. Le biographe John Morill déclara qu'il était fort probable que le corps de Cromwell eût été jeté dans une fosse, à Tyburn, où il resta.
Parcours thumb|left|Scène contemporaine à l'extérieur du palais de Westminster, illustrant les têtes empalées après l'exécution de Cromwell, Bradshaw et Ireton à Tyburn. Du palais de Westminster à Du Puy
La tête de Cromwell demeura sur la pique au-dessus du palais de Westminster jusqu'à la fin des années 1680. Elle fut enlevée en 1681, le temps de travaux d'entretien, puis replacée. La position de la tête, par rapport à celles de Bradshaw et d'Ireton, fut sujette à discussion. Pearson et Morant ont soutenu, dans les années 1930, que sa position supposée (Cromwell à droite, Bradshaw au centre, Ireton à gauche) était contestable, comme ils l'ont démontré dans leur étude. Bien qu'ils aient continué à soutenir la thèse traditionnelle après analyse de dessins et poèmes contemporains, les circonstances dans lesquelles elle tomba entre les mains de collectionneurs privés sont prétendument reliées à une forte tempête, en 1689, qui brisa la pique et projeta la tête au sol. Une sentinelle en patrouille la ramassa et la camoufla sous son manteau avant de la cacher dans la cheminée de sa maison. La perte de la tête avait ému la population, au point que quantité de citoyens se mirent à sa recherche, espérant en tirer Cité par promise à celui qui la restituerait aux autorités. La sentinelle, bien qu'elle eût vu . Cependant, des preuves de la dégringolade de la tête du haut du Palais ne furent retrouvées qu'en 1710, quand on la retrouva en possession de Claudius Du Puy, un Franco-suisse, collectionneur de curiosités, alors qu'elle était exposée dans son musée privé de Londres. D'après Fitzgibbons, le musée de Du Puy était internationalement connu et considéré comme l'une des principales attractions culturelles de la ville, attirant des visiteurs tel qu'un voyageur dénommé Zacharias Conrad von Uffenbach, qui ne fut pas impressionné par ce qu'il vit. Après avoir entendu Du Puy dire qu'il pourrait vendre la tête pour (environ ), Uffenbach s'exclama, surpris, que cette .
Russell et Cox thumb|upright|Publicité pour l'exposition des frères Hughes. À la mort de Du Puy en 1738, la tête perdit de son importance. En effet, quand elle était encore au sommet du palais de Westminster, au-dessus de l'horizon londonien, elle constituait encore un sinistre avertissement. Au , elle devint une curiosité, une attraction, et ne transmettait plus son symbolique et sinistre message. Elle tomba dans l'oubli jusqu'à la fin du , où elle se retrouva entre les mains d'un comédien raté et ivrogne, nommé Samuel Russell. Une rumeur circulait dans la ville disant qu'il était un descendant de Cromwell (ce qui était somme toute possible, les Cromwell s'étant mariés à des Russell un nombre incalculable de fois). Il est également plausible que la tête, après la mort de Du Puy, fut vendue à la famille Russell, ces derniers étant une cible facile pour une telle transaction. Cependant, elle fut repérée par le propriétaire d'un musée londonien, du nom de James Cox, qui était . Cox offrit (environ actuelles) mais, . Russell ne prit cependant pas soin de la tête. Lors de regroupements festifs et arrosés, il faisait passer la relique de table en table, entraînant ainsi des . Russell devait aussi avoir des relations quelconques avec le Sidney Sussex College, puisqu'il voulut offrir la tête au doyen, qui la refusa. Cox, dans sa volonté d'obtenir la tête, retourna chez Russell et lui prêta, par versements réguliers de petites sommes, jusqu'à atteindre les fatidiques. Russell, se retrouvant dans l'incapacité de rembourser ce prêt, fut donc obligé de la lui céder. Cependant Fitzgibbons, Pearson et Morant ont soutenu que la quête de Cox n'était motivée que par l'espoir d'en tirer un bon bénéfice. Au moment de cette acquisition, Cox, riche joaillier et ayant vendu son musée, ne l'avait pas achetée pour l'exposer.
Cox vendit la tête en 1799, pour (près de actuelles), à trois frères du nom de Hughes. Ayant pour projet, eux, de l'exposer sur Bond Street, les frères acquirent la tête pour l'adjoindre à un ensemble d'objets relatifs à Cromwell. Des milliers d'affiches furent imprimées pour l'évènement, mais l'exhibition fut gâchée par les doutes quant à l'origine de la tête. Les frères Hughes et leur publicitaire, John Cranch, interrogèrent Cox qui resta évasif. Les frères commencèrent alors à douter de l'authenticité de la tête. En effet, Cranch ne put trouver suffisamment d'informations sur sa provenance et improvisa une histoire. Selon lui, la tête des Hughes Cité par . Malgré le fait reconnu qu'Ireton ait été embaumé avant d'être décapité, l'argumentation de Cranch ne convainquit personne. L'exposition fut un échec. Non seulement le ticket d'entrée était onéreux (près de actuelles), mais l'authenticité de la tête exposée était remise en question.
thumb|upright|Masque mortuaire d'Oliver Cromwell exposé au château de Warwick.