(v. 1276 – ), comte de Hereford et comte d'Essex, est un magnat anglais. Fils unique d', il hérite des possessions paternelles en 1298. L'habileté martiale et la loyauté à la couronne d'Humphrey séduisent le roi , qui lui offre en 1302 en mariage sa fille Élisabeth. Humphrey de Bohun prend part aux campagnes d'Écosse de son beau-père et est récompensé de son efficacité en recevant en 1306 plusieurs terres confisquées à Robert Bruce ainsi que la garde de l'épouse de ce dernier, Élisabeth de Bourg. Par conséquent, Humphrey est à l'avènement de son beau-frère en 1307 l'un des principaux soutiens de la couronne ainsi que l'un des feudataires les plus respectés au sein du baronnage anglais.

Comme la grande majorité des barons, Humphrey ne tarde pas à rentrer en conflit avec le nouveau roi en raison des faveurs démesurées que fait pleuvoir celui-ci sur son favori Pierre Gaveston. Il approuve l'exil de Gaveston en 1308, mais consent à son retour l'année suivante. Désigné en 1310 comme l'un des Seigneurs Ordonnateurs chargés de réformer le royaume, Humphrey rédige avec les autres barons d'Angleterre les Ordonnances de 1311 et impose une nouvelle fois l'exil de Gaveston. Au retour illégal du favori en 1312, Hereford s'associe aux comtes de Lancastre et de Warwick lorsque ces derniers font exécuter Gaveston. Pardonné l'année suivante, Humphrey accompagne le roi au cours de la bataille de Bannockburn en 1314, où il est fait prisonnier.

Rançonné par son beau-frère, Humphrey de Bohun cherche au cours des années suivantes à se rapprocher de celui-ci. À ce titre, il réprime en 1316 la rébellion de Llywelyn Bren dans les Marches galloises et joue un rôle déterminant dans la conclusion du traité de Leake en 1318, qui scelle la réconciliation d' et du comte de Lancastre. Mais Hereford ne tarde pas à entrer en conflit avec Hugues le Despenser, le nouveau favori royal qui cherche à agrandir ses possessions dans les Marches galloises au détriment des autres barons. En 1321, Humphrey prend activement part à une rébellion contre le favori et contraint le roi à l'exiler. Après avoir initialement cédé, Édouard riposte : il défait les rebelles en 1322 et Humphrey de Bohun est tué lors de la bataille de Boroughbridge.

Biographie Origines, jeunesse et mariage est issu de la famille de Bohun, qui appartient au baronnage anglo-normand établi en Angleterre depuis la conquête normande au . Il est le seul enfant d', comte de Hereford et comte d'Essex, et de son épouse Maud de Fiennes, une fille d', seigneur de Fiennes. Ainsi, du côté maternel, Humphrey est d'ascendance française. On ignore la date exacte de sa naissance, mais étant donné que le mariage de ses parents a lieu en 1275, il est communément admis par les historiens qu'il voit le jour aux alentours de 1276. En revanche, on sait avec certitude que son lieu de naissance est le château de Pleshey, situé dans le comté d'Essex. Pendant son enfance, son père s'illustre dans la conquête du pays de Galles et reçoit en récompense des terres situées dans les Marches galloises. Désormais un important seigneur du baronnage anglais, n'hésite pas, de concert avec Roger Bigot, comte de Norfolk, à s'opposer à la politique fiscale accrue entamée par le roi pour financer ses campagnes militaires en Écosse et en Aquitaine. Le conflit s'escalade jusqu'à ce impose des Remontrances au roi en 1297, avant de se réconcilier avec lui l'année suivante.

vignette|gauche|Sceau personnel d', qui présente le fameux « cygne de Bohun ». décède le . Son fils , qui a déjà atteint l'âge légal de la majorité (fixé à 21 ans), hérite immédiatement de ses prestigieux titres et devient entre autres comte de Hereford et comte d'Essex. Par ailleurs, il obtient la dignité héréditaire de Lord-grand-connétable d'Angleterre et devient également détenteur de l'insigne du cygne, un ornement héraldique transmis par la famille de Bohun. Cet ornement n'apparaît pas sur les armoiries des comtes de Hereford et d'Essex (D'azur à la bande d'argent cotisée d'or entre six lions rampants or), mais uniquement sur le sceau personnel d'Humphrey, où le « cygne de Bohun » est placé au-dessus de l'écu. Après avoir rendu hommage pour ses titres au roi le , entre en pleine possession des nombreuses terres attachées aux titres qu'il détient. Il acquiert ainsi de vastes terres essentiellement situées dans les comtés d'Essex et du Wiltshire, mais aussi les propriétés de Huntingdon dans le Cambridgeshire et de Brecon, de Caldicot et de Hay, ces trois dernières étant localisées dans les stratégiques Marches galloises, où les magnats promus sous le règne d' ont tendance à gagner une telle autorité qu'elle finit par se superposer à celle du pouvoir royal.

Immédiatement, Humphrey de Bohun se distingue comme étant l'un des plus importants vassaux du roi Édouard. Quelques mois après la mort de son père, il affiche sa loyauté pour son souverain en assistant le à Canterbury à son second mariage avec Marguerite de France, sœur du roi . Par la suite, Humphrey prend part aux campagnes royales en Écosse, initiées en 1296. Ainsi, il assiste le roi pendant l'été 1300 lorsque celui-ci mène le siège de l'imposant château de Caerlaverock. L'année suivante, il défend la volonté d' d'assurer la suprématie anglaise sur l'Écosse en apposant son sceau à la fameuse lettre des barons adressée au pape . Son importance au sein du baronnage devient à cette occasion évidente, puisqu'il est le quatrième seigneur à sceller la lettre. Finalement, pour le récompenser de sa loyauté indéfectible, le roi Édouard lui accorde la main de sa fille Élisabeth, veuve du comte . Le mariage est célébré le à l'abbaye de Westminster. Avant la cérémonie, Humphrey doit renoncer à ses biens et ses titres, qui lui sont immédiatement restitués conjointement à lui-même et sa nouvelle épouse. Le mariage se révélera très fructueux, puisque le couple aura dix enfants entre 1303 et 1316, dont six fils.

Campagnes d'Écosse Les campagnes d'Écosse, destinées à assurer la soumission de ce royaume dépourvu de roi depuis 1296 à l'Angleterre, ponctuent la fin du règne d'. Humphrey de Bohun ne néglige pas ses devoirs d'assister son suzerain et beau-père dans ses conflits. Le , il est adoubé à l'abbaye de Westminster par le roi Édouard aux côtés du futur , alors prince de Galles et son beau-frère, et de nombreux autres jeunes nobles du royaume. Cette cérémonie est suivie de nombreuses festivités marquées par des tournois fréquents. Humphrey est lui-même reconnu par ses contemporains comme un tournoyeur accompli. Il n'est donc pas étonnant qu'à la fin de l'été ou au début de l'automne 1306, lui et d'autres chevaliers, dont Roger Mortimer, baron Mortimer de Wigmore, et Pierre Gaveston, compagnon d'armes du prince de Galles, désertent l'armée anglaise pour se rendre à un tournoi organisé en France. Furieux, le roi confisque sur-le-champ les biens des déserteurs et émet des ordres afin de faire procéder à leur arrestation. Gaveston supplie le prince de Galles d'intervenir auprès du roi son père en leur faveur. Secondé par la reine Marguerite de France, le prince plaide la cause des jeunes chevaliers, qui sont pardonnés et recouvrent leurs possessions en .

Peu après son mariage, Humphrey de Bohun semble s'être associé avec Robert Bruce, jeune noble écossais alors loyal à après sa soumission vers . Bruce dispose à ce moment-là d'importantes connexions avec la famille de Bohun. Mais cette association, dont on ignore la profondeur, prend subitement fin lorsque Robert Bruce assassine le son rival , seigneur de Badenoch. Quelques semaines après, le , Bruce fait état de ses revendications au trône d'Écosse et est solennellement couronné roi à Scone. Furieux d'un tel affront face à son autorité, le roi d'Angleterre mène à l'été une campagne-éclair qui s'achève dès le par une victoire éclatante à Methven. Humphrey prend part lui aussi à la campagne et, avec Thomas de Lancastre, comte de Lancastre et neveu du roi Édouard, assiège le château de Kildrummy, où s'est réfugiée la famille de Robert Bruce qui, bien que s'échappant de la forteresse, est peu après trahie et capturée par William, comte de Ross. Bruce lui-même est contraint de vivre incognito, tandis que toutes ses propriétés sont confisquées. donne à son gendre le comte de Hereford plusieurs biens appartenant à Bruce, dont le château de Lochmaben et d'autres terres situées en Annandale.

Si Humphrey de Bohun reçoit de plus les quelques possessions que détenait par le passé Robert Bruce en Angleterre, c'est certes parce qu'elles jouxtent les siennes situées en Essex et dans le Middlesex, mais c'est surtout en raison de la confiance absolue du roi Édouard dont il bénéficie. De ce fait, il reçoit à l'automne 1306 la garde d'Élisabeth de Bourg, l'épouse de Bruce qui a été capturée par le comte de Ross. Contrairement aux autres captifs écossais, Élisabeth n'est pas enfermée dans une cage et bénéficie d'un traitement relativement clément en étant assignée à résidence à Burstwick, dans le Yorkshire, ce qui résulte sans doute du fait qu'elle est la fille de Richard le Comte Rouge, comte d'Ulster, l'un des plus puissants nobles anglo-normands d'Irlande et dont a alors besoin de la loyauté. Au cours des années qui suivent, sa captivité se poursuit dans d'autres lieux, parmi lesquels la Tour de Londres et l'abbaye de Shaftesbury, dans le Dorset. Parallèlement, Humphrey de Bohun essaie dès 1306 de consolider son propre pouvoir en Écosse et, à ce titre, renforce durablement le château de Lochmaben, qui restera aux mains de la famille de Bohun jusqu'à la mort de son fils Guillaume en 1360. Certains membres de la famille de Bohun demeureront par la suite en Écosse sous le nom de Bounds.

Opposition à Pierre Gaveston Après la mort du roi le , son fils accède au trône sous le nom d'. Humphrey de Bohun est initialement bien disposé envers son beau-frère, avec lequel son épouse Élisabeth a une relation très étroite. Il assiste le suivant à l'élévation de Pierre Gaveston, le favori du nouveau roi, au rang de comte de Cornouailles. Humphrey est au cours des mois suivants très présent à la cour et participe le à un tournoi tenu au château de Wallingford, à l'occasion du mariage de Gaveston avec Marguerite de Clare, la jeune nièce du roi. Ce tournoi s'achève par une humiliation, puisque les jeunes et talentueux chevaliers de Gaveston gagnent aisément contre les chevaliers plus âgés, combattant au service des comtes de Hereford, de Surrey et d'Arundel. Humphrey montre peu à peu son hostilité aux faveurs grandiloquentes dont bénéficie Gaveston, considéré comme un parvenu. Dès le , alors qu'ils se trouvent à Boulogne, en France, où le roi vient d'épouser Isabelle, la fille de Philippe le Bel, les comtes de Hereford, de Lincoln, de Surrey et de Pembroke signent un document, connu sous le nom d'agrément de Boulogne, qui rassemble les griefs des barons anglais envers les abus de certains membres de la cour, implicitement Gaveston.