Le petit hôtel de Villars est un hôtel particulier parisien situé au 118, rue de Grenelle dans le 7e arrondissement de Paris, et dont l'aile principale remonte au . Cet édifice est en outre voisin de la mairie du arrondissement de Paris, dont il fut à l'origine conçu comme le prolongement.

Propriété privée de l'Association Sainte-Marie de Neuilly, qui gère plusieurs collèges et lycées à travers les sœurs de la communauté apostolique Saint-François-Xavier, l'édifice est loué à l'établissement scolaire privé Paul Claudel-d'Hulst, qui y a installé sa section collège. Il n'est donc pas ouvert au public, hormis occasions exceptionnelles.

Il fait l’objet d’un classement – pour la décoration du grand Salon et de la salle de Compagnie – et d'une inscription – pour l'hôtel (sauf les ailes sur la cour) et le sol du jardin – au titre des monuments historiques depuis le en France..

Histoire En comparaison à d'autres hôtels particuliers parisiens d'ampleur similaire, le petit hôtel de Villars et son histoire sont particulièrement bien documentés, dès le , avec des mémoires d'architecture comme celui de Mouchet et Desbœuf, en 1771, jusqu'aux premières descriptions historiques de l'édifice au début du telles que l'appendice aux Mémoires du maréchal de Villars, écrit par Melchior de Vogüé (1904). À de telles sources sur l'hôtel, deux principales raisons : d'une part, la haute position sociale de son premier hôte, le maréchal de Villars, qui rayonne jusqu'à nos jours, et, d'autre part, son histoire en partie commune avec la mairie du arrondissement, créant, comme tout établissement public d'envergure, un fort attrait pour les recherches historiques.

Contexte de construction thumb|Maison du président le Coigneux en 1652, par Israël Silvestre.|300x300px|gauche Au milieu du , le faubourg Saint-Germain est en dehors de presque toute urbanisation au-delà de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et accueille alors quasi-exclusivement des terres agricoles monastiques. Ces espaces, empreints d'une ruralité dont témoigne particulièrement la gravure de la demeure par Israël SilvestreCependant en partie inexacte sur les terres environnantes, certainement plus urbanisées à cette époque., ne se voient absorbée par la ville que cinquante ans plus tard, lorsque les quartiers de construction aristocratiques se déplacent sur la Rive gauche. C'est ainsi en précurseur que Jacques Le Coigneux (1589-1651), président à mortier au Parlement de Paris, fait construire une première bâtisse, rue de Grenelle, entre 1645 et 1647. Son fils vend ensuite ce « gros pavillon carré assez élevé »Germain Brice, Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la ville de Paris, J. Pohier, 1674 (lire en ligne), p. 212. à Philippe de Montaut, maréchal et duc de NavaillesBulletin de la Société d'histoire et d'archéologie des VII et XV arrondissements de Paris, 1925 (lire en ligne), p. 58., qui n'y fait presque aucune modification. À la mort de celui-ci en 1684, sa fille Françoise et son gendre Charles III de Lorraine, duc d'Elbeuf héritent de la demeure, dont le maréchal de Villars se fait par la suite locataire. Les dettes de la duchesse conduisent cependant les créanciers à saisir le bien dès 1709 et à le mettre en vente. Villars se porte alors rapidement acquéreur et obtient l'hôtel le pour la somme de 150 000 livres.

Le petit hôtel : extension du grand hôtel de Villars thumb|Claude Louis Hector de Villars, duc et maréchal de France. Sitôt en possession de l'hôtel, le maréchal opère de grands réaménagements, tant à l'intérieur, qu'il fait redécorer au goût du jour, qu'à l'extérieur, où il fait notamment édifier un portail monumental par l'architecte Germain BoffrandIl ne reste de cette porte, détruite pendant les travaux de Visconti, qu'un dessein de Germain Boffrand, figurant dans son Livre d'Architecture, p. XLVI.. Malgré ces changements, l'hôtel est rapidement trop étroit pour Villars, duc et pair de France, qui fait donc appel, en 1717, à Robert de Cotte, Premier architecte du Roi – et non à Germain Boffrand, comme parfois supposé à tortAlbert France-Lanord, Germain Boffrand, 1667-1754 : l'aventure d'un architecte indépendant, Herscher, 1986 (lire en ligne), p. 245. –, pour étendre à l'ouest son hôtel et y installer ses appartements d'apparat. Le bâtiment, qui devient donc l'annexe du grand hôtel de Villars, est achevé vers 1722 et consiste alors uniquement en l'actuelle aile principaleOn observe en effet sur les plans de l'époque – plan de Turgot, planche 16 – cette seule aile sur le flanc ouest de l'édifice..

Après la mort du maréchal en 1734, la propriété passe entre les mains sa femme et de son fils Honoré-Armand, restant inchangée jusqu'au décès de cette dernière en 1763. Le duc de Villars décide alors de vendre le château de Vaux-le-Vicomte, qu'avait acheté son père, et d'en faire déplacer les biens à son hôtel particulier parisien. En 1770, lorsque Honoré-Armand de Villars vient à mourir à son tour, n'ayant d'autre postérité que sa fille unique retirée dans la vie religieuse, il lègue l'hôtel et son mobilier à ses cousins germains : le comte Pierre de Vogüé (1698-1773) et la comtesse Marie-Sophie-Éléonore de Vezins (1701-1786), qui le mettent alors en vente.

C'est Louis Hercule Timoléon de Cossé, duc de Brissac qui l'achète aux deux héritiers en 1772 pour 360 000 livres. Il y installe ses collections et le jardin, jusqu'ici à la française, à la mode de ceux de Versailles, est entièrement transformé dans un style anglais pour accueillir nombre d'essences exotiques qui lui valent rapidement l'admiration de la haute société parisienne. À la suite de l'assassinat du duc de Brissac en 1792, les deux hôtels sont saisis puis affectés, par le Directoire, au ministère de l'Intérieur. Ils abritent durant cette période plusieurs ministres et parmi eux Lucien Bonaparte, Jean-Antoine Chaptal ou encore Jean-Baptiste de Champagny. Rendus sous la Restauration à la duchesse de Mortemart, héritière du duc de Brissac, les bâtiments restent cependant loués aux services de l'Intérieur et deviennent, à la mort d'Adélaïde de Cossé-Brissac (1765-1820), propriété indivise de ses quatre enfants avant d'être finalement adjugés en 1829 à sa fille Antonie et son époux, le marquis de Forbin-Janson.

Les bâtiments sont, à partir de cette date, investis et habités par la famille de celui-ci : outre ses parents, son frère homonyme, le comte Charles de Forbin-Janson, primat de Lorraine, habite la partie est, le grand hôtel ; tandis que le marquis et sa femme résident dans le petit hôtel, en plus duquel ils exploitent un immeuble de rapport à trois étages donnant sur la rue de Grenelle (possiblement à l'actuel emplacement de l'aile Sud de l'hôtel). La propriété est amputée de plusieurs parcelles de terrain, sur lesquelles s'installent notamment les 112 et 114 de la rue de Grenelle et les jardins des hôtels de la rue Las-Cases.

L'hôtel change, durant cette période, plusieurs fois d'adresse : d'abord à celle du grand hôtel, au 105, en tant qu'aile secondaire ; puis au 124 après la réforme générale de la numérotation parisienne de 1805 ; enfin, au 118, à la suite de la réunion des rues de Grenelle-Saint-Germain et de Grenelle-Gros-Caillou en une seule voie (1838), l'adresse n'ayant pas changé depuis.

Indépendance et histoire propre thumb|Albert Cahen, compositeur.|gauche En 1849, les Forbin-Janson ne pouvant conserver la propriété à la suite de déboires financiers, les grand et petit hôtels de Villars sont placés séparément en vente judiciaire.

Le petit hôtel, restructuré puisque ne pouvant plus être considéré comme une dépendance, est cependant préservé des transformations radicales que subit le grand hôtel, entre-temps devenu la mairie du arrondissement. Soucieuse de sauvegarder l'histoire du lieu, la marquise de Portes, nouvelle propriétaire, engage, entre 1849 et 1853, une restauration de l'édifice en parallèle d'un réaménagement de l'aile principale sous la direction de l'architecte Nicolas Bartaumieux. Le banquier juif Meyer Cahen d'Anvers acquiert le lieu en 1858 pour 304 000 francs auprès de la marquise Adolphine d'Hautefeuille (1824-1896), fille du marquis et de la marquise de PortesNicolas Stoskopf, Les Patrons du Second Empire : banquiers et financiers parisiens, vol. 7, Picard, 1991 (lire en ligne), p. 110.. L'hôtel, qui quitte pour la première fois la vieille aristocratie, propre au faubourg Saint-Germain, pour la haute bourgeoisie, devient un haut lieu de la vie mondaine du Tout-Paris, où se tiennent fréquemment, soirées, concerts et salons durant toute la seconde moitié du . À ces occasions et dans le sillage du compositeur Albert Cahen et de sa femme Rosalie Louise Warschawsky, dite Lulia, l'hôtel, qu'ils habitent au tournant du siècle, a très probablement accueilli entre ses murs des personnes telles que l'abbé Mugnier, Fernand Widal, le comte Primoli, Paul Bourget, Jean Bourdeau, traducteur de Schopenhauer, et bien d'autres encore, jusqu'à Goncourt, Rostand et même MaupassantPhilippe Dahhan, Guy de Maupassant et les femmes, Bertout, 1995 (lire en ligne), p. 119.. Celui-ci est d'ailleurs un habitué de l'hôtel puisqu'il entretient alors une relation étroite avec la sœur de Lulia, Marie Kann, une de ses muses dont est certainement inspirée l'héroïne Michèle de Burne dans son dernier roman, Notre cœur. La structure du petit hôtel de Villars reste assez préservée, à quelques révisions près, exécutées de 1880 à 1890 par l'architecte Hippolyte Destailleur, qui avait déjà réalisé pour les Cahen d'Anvers l'hôtel du 2, rue de Bassano, d'inspiration Louis XV.

Après la mort d'Albert Cahen en 1903, l'hôtel revient à sa femme Lulia, qui invite plus tard le couple Kann à venir y vivre. L'hôtel reste dans la famille Cahen d'Anvers jusqu'à la mort d'Édouard, époux de Marie Kann, en « Le Monde et la Ville. Deuil », Le Figaro, 20 juillet 1919 (lire en ligne), p. 3.. C'est entre cette date et le Revue de droit international privé, 1927 (lire en ligne), p. 74. que l'hôtel, quitté par veuve Kann, est vraisemblablement vendu à l'ingénieur suédois Arvid Svensson Gumælius et à sa femme Agda, couple de philanthropes francophiles. À la suite d'un différend familial, ces derniers doivent cependant hypothéquer puis vendre leur bien, cédé au baron Georges Brincard en 1923 pour 2 350 000 francs.

La propriété est ensuite acquise dans les années qui suivent par le marquis de La Ferronnays, député conservateur de Loire-Inférieure. Le lieu est notamment loué, entre 1945 et 1952, aux Anciens de la division blindéeBulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, 1952 (lire en ligne), p. 29., recevant la visite fréquente du maréchal Leclerc de Hauteclocque. À la mort du marquis, en 1946, l'hôtel revient à sa femme, la marquise de La Ferronnays, née Monjaret de Kerjégu, jusqu'à sa mort en 1958. Le couple n'ayant pas eu d'enfants, la propriété passe au marquis Hubert de Ganay (1888-1974), dont la mère Berthe de Béhague, alors décédée depuis 1940, est la demi-sœur de la marquise.

Vocation actuelle thumb|Plaque sur la rue indiquant : |upright=1.2