L'église Notre-Dame et saint-Fiacre est une église catholique paroissiale située à Neuilly-sous-Clermont, dans le département de l'Oise, en région Hauts-de-France, en France. Elle succède à une chapelle du milieu du , dont la façade a été conservée. La fondation de la paroisse remonte au , et le chœur-halle gothique à trois vaisseaux de deux travées a été construit à cette époque. Certaines fenêtres ont été pourvues d'un remplage rayonnant. La nef a été reconstruite après la guerre de Cent Ans et voûtée d'ogives dans le style flamboyant, ce qui a nécessité une subdivision entre nef et collatéral moyennant trois grandes arcades. Le clocher se dresse au-dessus de la travée nord-ouest du chœur-halle, et se remarque par son élégante flèche. L'église a été classée aux titre des monuments historiques par arrêté du .. Son histoire reste mal connue et l'on ne sait guère plus qu'un prieuré-cure y était attaché jusqu'à la Révolution française.
Histoire
L’église de Neuilly n’a pas encore fait l’objet d’une étude historique et architecturale détaillée. Jusqu’en 2013, seulement deux auteurs lui ont consacré quelques lignes ou quelques paragraphes. Le premier a été Louis Graves dans son Précis statistique sur le canton de Mouy en 1835, cité par Janny Noblécourt dans sa brochure parue en 2013.. Comme cela lui arrive parfois, Graves donne une description un peu confuse (, ) ou utilise une terminologie qui lui est propre (, ). L’église est effectivement plus longue que large, mais sa forme en tau (en T) n’est pas mise en évidence par la description de Graves. Le portail ouvre dans la nef et non dans le chœur, comme le suggère son texte. En fait c’est l’ensemble nef et bas-côté nord qui est déporté à gauche du chœur-halle. Cet ensemble possède une façade occidentale commune, celle de l’ancienne nef, et le portail est au milieu de cette façade. C’est l’attribution du portail à l’architecture romane par Louis Graves qui permet de dire que la façade est la partie la plus ancienne de l’église, mais il faut prendre l’expression « arcade romane » avec beaucoup de réserve, car l’arc de la porte est en anse de panier, et non en plein cintre comme d’usage à la période romane. Si Graves fait allusion à l’arc de décharge sous le gâble qui surmonte le portail, cet arc est en tiers-point et très aigu, et les deux fenêtres qui flanquent le portail sont également en tiers-point. Les deux baies gémelées au-dessus du gâble sont en arc brisé. Surtout le tracé très aigu de l’arc de décharge paraît incompatible avec la période romane. Il n’y a aucun élément de décoration bien spécifique, mais les deux contreforts établis dans le prolongement des jambages du portail présentent des ressauts faiblement prononcés, et leur saillie est relativement faible, ce qui évoque la période romane. Il sera donc plus prudent de ne pas attribuer la façade à un style concret et de retenir ses influences gothiques et romanes, ce qui placerait la façade au milieu du . Eugène Müller pense même que la façade serait contemporaine du chœur et daterait du .. Le style du reste de la nef serait qualifié de gothique flamboyant en employant la terminologie actuelle : elle a donc été rebâtie au dernier tiers du , après la guerre de Cent Ans, ou pendant la première moitié du . Le chœur serait de style gothique rayonnant selon Graves, où l’on voit des rosaces en haut de la plupart des fenêtres. En fait, seulement trois sur les sept fenêtres que compte le chœur sont rayonnantes, et le style des supports et la modénature sont également à prendre en compte. La paroisse ayant été fondée au , il est en tout cas communément admis que le chœur fut construit au au moment de l’érection de la chapelle du en église paroissiale.. thumb|left|Vue depuis le sud.
Le second auteur ayant écrit sur l’église Notre-Dame-et-Saint-Fiacre est Jules Crépin dans son Histoire d'Auvillers et de Neuilly-sous-Clermont en 1906, cité lui aussi par Janny Noblécourt, et repris littéralement sans citation de source par Lucien Charton dans son ouvrage de compilation Liancourt et sa region en 1969., puis par la commune dans un dépliant pour les Journées du patrimoine. Crépin se base en partie sur Graves, et déduit prendre l’expression « arcade romane » que les parties les plus anciennes, « on les trouve surtout dans la façade », dateraient du . Or, la période romane ne s’arrête pas en 1200, et les influences gothiques du portail ont déjà été mentionnées. L’auteur donne également le renseignement intéressant que c’est la nature marécageuse du sol qui a dû empêcher la construction du bas-côté sud. Elle était sans doute projetée par les bâtisseurs du qui ont raccordé le vaisseau central du chœur et son collatéral nord à la nef, tout en laissant libre l’option de créer un bas-côté sud communiquant avec le collatéral sud du chœur, au lieu de bâtir le chœur dans le même axe que la nef. Sinon Crépin donne une description plus consciencieuse que savante, qui donne un aperçu exact de la configuration de l’église, mais ne comporte aucune analyse stylistique, ni de datation approximative pour la nef et le chœur. Finalement, la dernière publication en date est la brochure de Janny Noblécourt parue en 2013. Elle met l’accent sur l’illustration, et apporte des renseignements complémentaires sur le mobilier et sur le second patron de l’église, saint Fiacre. Aucun élément nouveau n’apparaît sur l’histoire, et l’auteur n’a apparemment pas consulté de documents d’archives. La description s’enrichit des citations déjà mentionnées, malheureusement sans lecture critique ni synthèse, et d’une autre citation concernant l’emploi du fer dans la construction. Noblécourt s’est posé la question si les tirants de fer dans la nef sont la conséquence de l’ajout du bas-côté. Or, comme le montre la façade occidentale, le bas-côté nord n’a pas été ajouté, et l’ensemble nef et bas-côté nord est par ailleurs parfaitement homogène. Mais c’est effectivement le poids des voûtes et leur poussée sur les murs qui a nécessité les tirants. Une digression sur l’apparition des voûtes dans les églises semble hors de propos. La description de l’intérieur de l’église est rudimentaire, et l’auteur n’effectue pas de comparaison avec d’autres églises dans la région en vue de permettre une datation, sauf pour une porte dont la localisation n’est pas spécifié. Des périodes différentes sont indiquées pour les deux fenêtres au sud du chœur, qui présentent toutefois davantage de points en commun que de différences, et qui datent apparemment d’origine toutes les deux, car l’appareil du mur sud du chœur ne montre aucune trace de reprise.. La fenêtre de gauche présente un remplage de deux lancettes émoussées surmontées d’un oculus, comme les fenêtres du chœur de la collégiale Notre-Dame de Montataire toute proche. Maryse Bideault et Claudine Lautier les datent de 1250-1260, alors que Noblécourt propose les années 1190-1230. Le remplage de la fenêtre de droite se compose de deux lancettes aigües encadrant une lancette en tiers-point surmontées d’un oculus. Avec la différence d’une lancette médiane trilobée et un oculus quatre-feuilles, ce schéma se retrouve sur les fenêtres hautes de l’abbatiale de Saint-Martin-aux-Bois, que Maryse Bideault et Claudine Lautier datent également de 1250-1260.. thumb|L'ancien prieuré près de l'église.
Pour résumer, on peut donc retenir qu'une chapelle comportant une nef unique non voûtée a été construite au milieu du ; que son chœur primitif a été remplacé par le vaste chœur-halle actuel au , qui a peut-être été commencé au début du siècle mais achevé seulement après le milieu du siècle avec les deux travées du sud ; et que la nef a été en grande partie reconstruite et voûtée entre 1470 et 1540 environ. L'église est placée sous l’invocation de la Vierge Marie et de saint Fiacre, moine irlandais ayant vécu au , connu surtout comme le patron des jardiniers. Elle a été classée monument historique par arrêté du . Sous tout l’Ancien Régime, un prieuré était attaché à l’église. Son bâtiment a été reconstruit en 1769 et subsiste toujours au nord de la nef. Le prieur était en même temps le curé : on parle dans ce cas d’un prieuré-cure. La paroisse de Neuilly-sous-Clermont a toujours dépendu du diocèse de Beauvais, sauf pendant l'annexion de ce diocèse par le diocèse d'Amiens entre 1801 et 1822. Elle était comprise dans l'archidiaconé et dans le doyenné de Clermont jusqu'à la Révolution ; p. 34.. Aujourd'hui, Neuilly ne forme plus une paroisse indépendante, et l'église Notre-Dame-et-Saint-Fiacre est affiliée à la paroisse Saint-Martin du Liancourtois. Des messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement.
Description
Aperçu général
Orientée à peu près régulièrement, avec une légère dérivation de l'axe de l'édifice vers le sud-ouest du côté de la façade, l'église répond à un plan bien spécifique qui lui est propre, avec un chevet plat. Hormis la façade occidentale de la nef qui subsiste de la chapelle ayant précédé l'église actuelle, l'on peut distinguer deux complexes : la nef de trois travées accompagnée d'un collatéral au nord seulement, et le chœur-halle qui comporte trois vaisseaux parallèles de deux travées. Le vaisseau central correspond au chœur liturgique et fait suite à la nef. Les autres vaisseaux peuvent être considérés comme collatéraux, et le collatéral nord fait suite au collatéral nord de la nef. Une autre lecture du plan est possible. On peut considérer les premières travées des trois vaisseaux du chœur comme transept. La première travée du vaisseau central serait donc la croisée du transept ; c'est ici que se trouve le maître-autel. Les premières travées des collatéraux seraient les croisillons nord et sud du transept, et les secondes travées les chapelles latérales du chœur. La dernière travée du vaisseau central serait le sanctuaire. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives, et l'ensemble des travées sont voûtées à la même hauteur. Pour cette raison, Louis Graves a considéré que l'église possède une double nef, mais le collatéral nord est en tout cas sensiblement plus étroit, et on ne peut pas bénéficier d'une vue sur le maître-autel depuis le collatéral de la nef. En effet, le croisillon nord supporte le clocher, et l'un de ses contreforts réduit la largeur de l'arcade faisant communiquer nef et chœur. Restent encore à mentionner la tourelle d'escalier au nord du clocher ; une chapelle peu profonde au nord de la chapelle latérale nord du chœur ; et une sacristie moderne au sud de la chapelle latérale sud du chœur. L'édifice présente trois pignons, à l'ouest, au nord et au sud, ce qui met bien en évidence sa structure interne composée de deux volumes distincts. L'accès se fait uniquement par le portail occidental, mais des portes existent également dans la dernière travée du collatéral nord de la nef, et à l'ouest du croisillon sud.
Extérieur thumb|upright|La façade occidentale, datant du . thumb|upright|Chœur, côté sud. thumb|upright|Vue depuis le sud-est.