René Nicoly, né le à Avon (Seine-et-Marne) mort le à ClichyArchives en ligne de Paris, arrondissement, année 1971, acte de décès transcrit par la mairie de Clichy-la-Garenne, cote 9D 195, vue 10/31, est le président-fondateur des Jeunesses musicales de France. Il fut également directeur de la Réunion des théâtres lyriques nationaux de 1969 à 1971.

Biographie

1939-1940 Fils de Victor Nicoly (1880-1953) intendant du grand domaine de Bel-Ébat en Seine-et-Marne, René Nicoly est chef du service d'orchestre des Éditions Musicales Durand. Il est affecté au début de la guerre à la préparation militaire supérieure des élèves des grandes écoles à Rochefort-en-Yvelines. Pour ces mille jeunes, consignés un dimanche, il fait venir des artistes de Paris, établit un programme qu'il commente lui-même : du Mozart, du Schubert et du Haydn ; succès complet et d'autres séances reçoivent le même accueil. Affecté ensuite au de cavalerie, toujours pendant la drôle de guerre, René Nicoly tente la même expérience sur des dragons d'origine modeste (avec de nombreux illettrés) même succès, même accueil enthousiaste. C'est de cette double expérience caractéristique que naît l'idée force des Jeunesses musicales de France : « éveiller la sensibilité musicale des jeunes de toutes conditions pour un mieux-être et un mieux penser », c'est-à-dire une culture qui enrichit l'homme.

1940-1941 Après l'armistice, René Nicoly, démobilisé, reprend son poste à Paris aux Éditions Durand. Le travail est peu absorbant et le jeune homme veut poursuivre ses expériences du temps de guerre. Débuts au collège Stanislas où il organise une séance d'initiation musicale par semaine. Puis l'action s'étend aux grands lycées de Paris : Bossuet, Louis-le-Grand, Maintenon, Jules-Ferry, Victor-Duruy, etc. Peu à peu, tous les grands artistes français participent à cette passionnante entreprise : Ginette Neveu, Pierre Bernac, Hélène Bouvier, Lucien Lavaillotte, Jean Hubeau, le Trio Pasquier, Charles et Magdeleine Panzera, la chorale Passani, Roger Bourdin, Louis Beydts, Jacques Février, Aline van Barentzen, Maria Branèze, Henri Merckel, Raymond Trouard, A. de Gontaut-Biron, Alexandre Cellier, Charlie Lilamand, Hélène Baker d'Isy, l'Orchestre de la Société des Concerts, l'Orchestre James Lang Hewitt, la Société des instruments à vent, la Société des Instruments anciens, etc. Dès l'origine, la formule J.M.F. est trouvée : « Les deux principes fondamentaux sont, d'une part, la plus intransigeante qualité des programmes et de leur exécution ; d'autre part, l'établissement d'un lien étroit entre le phénomène musical et la culture générale ». (L'information musicale, ). Dès ces premières séances dans les lycées, René Nicoly fait appel à d'éminents conférenciers : Roger Ducasse, Béatrix Dussane, Gustave Samazeuilh, José Bruyr, Adolphe Boschot, Pierre Capdevielle, Michel Florisoone. À l'automne 1941, il rencontre Marcel Cuvelier, directeur de la Société Philharmonique de Bruxelles qui, de son côté, a créé en 1940 en Belgique un mouvement appelé « Jeunesses Musicales ». Les deux hommes échangent leurs expériences, se mettent d'accord sur les grands principes de leur action et décident pour leurs mouvements respectifs le même titre : « Jeunesses Musicales ».

1942 L'action dans les lycées a pris une telle ampleur et un tel dynamisme qu'elle "éclate" au grand jour au printemps 1942. Il faut maintenant utiliser les immenses salles de concert pour contenir les quelque jeunes enthousiastes et créer une association indépendante. Les autorités musicales et la presse saluent la naissance des J.M.F. À son tour, Jacques Rouché, directeur de l'Opéra de Paris, jette dans la balance le prestige de sa grande maison. Après avoir facilité l'accès des J.M.F. aux séances publiques, il décide de leur offrir des salles entières : une séance de ballets le , le Roi d'Ys le , Fidelio le . Le , le premier grand cycle éducatif des J.M.F. commence à la salle Pleyel ; il est consacré aux « grands thèmes d'inspiration » : "la Nature", "l'Enfance", "le Sentiment religieux", "l'Amour", commentés par Émile Vuillermoz. Les J.M.F. comptent alors à Paris adhérents. Chaque concert est répété trois fois. Dès ce moment, fonctionne l'organisation traditionnelle des J.M.F. : 300 délégués d'établissement font la promotion des concerts et se chargent de collecter les places auprès des adhérents qu'ils représentent devant la direction. Les Jeunesses Musicales de France sont définitivement lancées.

1943 Les J.M.F. se propagent en province : Reims en octobre, Lille et Dijon en novembre, Angers en décembre, Troyes avec des conférences d’Émile Vuillermoz, Roland Manuel et Norbert Dufourcq. Elles continuent leur expansion à Paris : concerts de l'orchestre des élèves du Conservatoire (les futurs cadets) dirigés par Claude Delvincourt avec des commentaires de Jacques Chailley, festival Ravel avec Marguerite Long, L'Art de la fugue par Charles Münch au Palais de Chaillot, séances de « l'Initiation à la Musique ». Le symbole des J.M.F. naît avec l'affiche bleue de Paul Colin ainsi que le premier Bulletin Officiel de l'Association. La chorale J.M.F. est créée sous la direction de Louis Martini.

1944 Première tournée J.M.F. en province avec l'orchestre des cadets du Conservatoire sous la direction de Claude Delvincourt : Dijon, Rouen, Nantes. Trois cent mille places de concerts ont été distribuées aux J.M.F. dans la saison 1943-1944. Après la Libération, le , les Jeunesses Musicales de France déposent leurs statuts (association sous la loi du 1-7-1901). Claude Delvincourt est nommé président d'honneur.

1945 Création des délégations de Limoges, de Nice et de Lyon (la délégation d'Angers compte alors adhérents). À Paris, l'afflux des adhérents oblige à doubler les séances du cycle de musique de chambre (présenté par Bernard Gavoty) et à sextupler les séances du cycle symphonique (présenté par Norbert Dufourcq). Un concert commémorant le centenaire de Gabriel Fauré est donné six fois devant J.M.F. A Bruxelles, Marcel Cuvelier et René Nicoly créent la Fédération Internationale des Jeunesses Musicales dont ils confient la présidence à Claude Delvincourt.

1946 L'action J.M.F. s'étend à l'Afrique du Nord : le , quatre chanteurs, une pianiste, le conférencier Norbert Dufourcq et René Nicoly prennent un avion militaire pour Alger, Tunis et Rabat où ont lieu les premiers concerts. En province, se créent les nouvelles délégations de Laval, Tours, Mulhouse, Poitiers et Montpellier. Jacques Feschotte et Marc Meunier-Thouret se joignent aux conférenciers J.M.F. Les 16 et , Congrès de la Fédération Internationale des Jeunesses Musicales à Bruxelles : six J.M.F. inaugurent les échanges internationaux des jeunes. À Paris, les J.M.F. obtiennent maintenant, outre des places à tarif réduit dans les concerts publics, de nombreux avantages dans les théâtres. Les J.M.F. reçoivent une subvention de l’État de de francs.

1947 Les J.M.F. comptent 20 délégations en province et 5 en Afrique du Nord. places ont été distribuées aux J.M.F. pendant la saison 1946-1947. Le Congrès de la Fédération Internationale des Jeunesses Musicales se tient à Paris.

1948 Cinquante-huit concerts éducatifs sont donnés à Paris ( places de concert de plus que l'année précédente) et 273 dans l'ensemble du réseau J.M.F. en 1947-1948. La subvention de l’État est portée à francs. Les J.M.F. versent francs de cachets aux artistes. Création du Journal des Jeunesses Musicales de France qui tire à exemplaires. La chorale des J.M.F. remporte le Grand Prix du Disque avec le De Profundis de Delalande.

1949 Pour la première fois, les J.M.F. lancent sur les routes une troupe de cinq danseurs, notamment en Afrique du Nord. En octobre, grâce à une systématisation rigoureuse des tournées provinciales par le délégué général André Pineau, le nombre des délégations atteint 70 (dont 16 pour l'Afrique du Nord). Ce chiffre a presque doublé en deux ans (38 délégations en 1947-1948). Le nombre de concerts passe de 273 à 476. À Paris, en 1949-1950, 64 séances sont strictement réservées aux J.M.F. La subvention de l’État est portée à francs.

1950 Le , première audition du Concerto pour violon de Claude Arrieu et le , première audition du Concerto de Mai pour piano de Marcel Delannoy, œuvres commandées par les J.M.F. Les J.M.F. font appel déjà à de nombreux artistes étrangers, inaugurent le système des échanges internationaux de jeunes artistes : elles engagent pour 50 concerts la troupe de jeunes chanteurs de l’École de La Scala de Milan et envoient en Italie l’Ensemble d’Instruments à vent du Conservatoire. À Paris, un cycle spécial est consacré à 50 ans de musique moderne de Debussy à Hindemith. La Chorale J.M.F. ressuscite les œuvres de Marc-Antoine Charpentier. Les J.M.F. bénéficient d'une aide généreuse de la société Pathé-Marconi et de son président, Pierre Bourgeois, aide qui ne se démentira pas.

1951 L’ambassade des États-Unis convie René Nicoly à un voyage d’études et de propagande Jeunesses Musicales en Amérique pendant près de trois mois. En septembre, le Journal des J.M.F. prend le titre de Journal Musical Français. René Nicoly est fait chevalier de la Légion d’honneur. En province, après les tournées de danse, débutent timidement des tournées d’orchestre de chambre (Ensemble Taffanel). Échanges internationaux avec le Canada (Noël Brunet), les États-Unis (Sidney Hart et Theodore Lettvin). Grâce à ces échanges, le pianiste français Pierre Sancan accomplit une tournée de 46 concerts aux États-Unis et au Canada.

1952 Le , première séance des Analyses-Interviews de musique contemporaine où les compositeurs les plus célèbres de ce temps viennent eux-mêmes présenter et analyser une de leurs œuvres, avec le concours de Bernard Gavoty ; André Jolivet et son Concerto pour piano remportent un triomphe. En huit ans, 16 compositeurs français et 8 compositeurs étrangers dialogueront ainsi avec J.M.F. salle Gaveau : pour la France, Louis Aubert, Tony Aubin, Henry Barraud, Daniel Lesur, Maurice Duruflé, Henri Dutilleux, Arthur Honegger, Jacques Ibert, André Jolivet, Raymond Loucheur, Darius Milhaud, Serge Nigg, Francis Poulenc ; pour l’étranger, Benjamin Britten, Luigi Dallapiccola, Gian Francesco Malipiero, Frank Martin, Gian-Carlo Menotti, Goffredo Petrassi, Alphonse Stallaert, Heitor Villa-Lobos. À la fin de la saison 1951-1952, les J.M.F. comptent 127 délégations régionales où ont été donnés 841 concerts commentés (auxquels s’ajoutent les concerts donnés localement).

1953 Au titre des échanges internationaux, les J.M.F. reçoivent la pianiste américaine Lilian Kallir pour 20 concerts tandis que le jeune pianiste français Philippe Entremont donne 20 concerts aux États-Unis, avec en particulier la première audition du Concerto pour piano d'André Jolivet à Carnegie Hall ; trois jeunes artistes français sont envoyés en Italie, en échange d’un pianiste italien, Mario delli Ponti (10 concerts J.M.F.).

1954 Dans le cadre des échanges internationaux, le pianiste James Wolfe (États-Unis) vient en France, la violoniste Blanche Tarjus va au Canada et aux États-Unis ; elle donne en première audition le Concerto pour violon de Jean Hubeau à Carnegie Hall ; le pianiste Bernard Ringeissen fait une tournée au Danemark, tandis que le Quatuor Danois donne 17 concerts aux J.M.F. La pianiste brésilienne Lucy Salles fait une tournée aux J.M.F., pour la tournée transcontinentale F.I.J.M. À la fin de la saison 1953-1954, les J.M.F.comptent 171 délégations régionales, soit 44 de plus que deux ans auparavant ; concerts ont été donnés. René Nicoly fonde le Club National du Disque, destiné à prolonger sur le plan disque, l’action éducatrice des J.M.F. En novembre, les J.M.F. envoient sur les routes de France quatre troupes de danseurs et deux orchestres de chambre. L’effectif total des artistes employés en province est d’environ 140 (non compris les artistes locaux et ceux utilisés par les J.M.F. de Paris).

1955