Le secteur de l'énergie en Espagne se caractérise par la pauvreté du pays en ressources énergétiques conventionnelles, en particulier le manque d'hydrocarbures liquides et gazeux et la mauvaise qualité du charbon existant. La rareté des ressources a condamné le système énergétique national à une situation de déficit et de dépendance extérieure. Le taux de dépendance énergétique national s'élevait en 2024 à 67,1 %. L'Espagne est donc un gros importateur de combustibles fossiles : elle figurait en 2023 au mondial des importateurs de pétrole brut et au de ceux de gaz naturel.

L'énergie primaire consommée en 2024 était à 68,0 % d'origine fossile : pétrole 44,4 %, gaz naturel 21,4 %, charbon 2,2 % ; les énergies dé-carbonées totalisent 32,8 % : nucléaire 12,6 % et renouvelables 20,2 % ; le solde exportateur d'électricité représente 0,8 % en 2024.

L'énergie produite dans le pays (32,9 % seulement de l'énergie consommée) avait pour principale source en 2024 le nucléaire (38,4 %), suivi par les énergies nouvelles (solaire et éolien : 31,1 %), la biomasse (22,5 %), l'hydroélectricité (8,0 %) et les combustibles fossiles (0,05 %) ; les énergies renouvelables totalisaient 61,5 %.

La consommation espagnole d'énergie primaire par habitant en 2024 était supérieure de 23 % à la moyenne mondiale, mais inférieure de 28 % à celle de la France et de 17 % à celle de l'Allemagne.

L'électricité couvrait 23,6 % de la consommation finale d'énergie en 2023, dominée par le pétrole (50,8 %), suivi par le gaz naturel (16,4 %), la biomasse+déchets (7,9 %), le charbon (0,8 %) et le solaire thermique (0,4 %).

L'Espagne se classe en 2024 au des producteurs d'électricité éolienne, également au des producteurs d'électricité solaire photovoltaïque, et au pour l'énergie solaire thermodynamique (un tiers de la production mondiale).

Les émissions de liées à l'énergie de l'Espagne par habitant en 2024 (dont 45 % dans les transports) étaient inférieures de 4 % à la moyenne mondiale et supérieures de 12 % à celles de la France, mais inférieures de 32 % à celles de l'Allemagne.

Vue d'ensemble Principaux indicateurs de l'énergie en Espagne Population Consom.énergieprimaire Production Import.nette Energy Statistics Data Browser - Net energy imports, Spain, 1990-2024, Agence internationale de l'énergie, 10 juin 2025. Consom.électricité* Energy Statistics Data Browser - Electricity consumption, Spain, 1990-2024, Agence internationale de l'énergie, 10 juin 2025. Émissionsde GES**tab.GHG-FC Année Million PJ PJ PJ TWh Mt éq 1990 38,87 137,5 205,7 2000 40,57 209,6 282,2 2010 46,58 265,8 266,9 2015 46,42 254,3 251,6 2016 46,46 255,7 242,2 2017 46,57 261,1 258,8 2018 46,78 260,0 252,3 2019 47,12 255,3 236,3 2020 47,36 241,0 197,6 2021 47,44 248,4 214,9 2022 47,79 247,5 221,4 2023 48,35 247,5 203,9 2024 48,81 253,7 205,5 variation1990-2024 +26 % +23 % +7 % +46 % +85 % -0,1 % * consommation brute d'électricité = production+importations-exportations-pertes en ligne** émissions de gaz à effet de serre liées à l'énergie.

Comparaisons internationales

Dans les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie et celles de l'Energy Institute, l'Espagne apparait dans les premiers rangs pour plusieurs indicateurs du domaine de l'énergie:

+ Place de l'Espagne dans les classements mondiaux Source d'énergie indicateur rang année quantité unité % monde commentaires Pétrole brutImportation nette 2023 2577 PJ 2,7 % : Chine (, 24,4 %) ; : Inde (11,0 %) ; : Allemagne (3,3 %) Gaz naturelImportations nettes Energy Statistics Data Browser : Natural gas imports vs. exports, Spain, 1990-2024, Agence internationale de l'énergie, 10 juin 2025. 2023 1,16 EJ 2,5 % : Chine (), : Japon (), : Allemagne (), : Italie (), : France () Énergie éolienneProduction élec.62 2024 62,1 TWh 2,5 % : Chine (, 39,7 %), : États-Unis (18,3 %), : Allemagne (5,5 %), : Brésil (4,3 %), : Royaume-Uni (3,3 %), : Inde (3,2 %)Puissance installée61 2024 31,8 GW 2,8 % : Chine (, 46,0 %), : États-Unis (13,5 %), : Allemagne (6,4 %), : Inde (4,2 %), : Brésil (2,9 %)% éolien/élec 2024 21,6 % : Danemark (58,2 %) ; : Royaume-Uni (29,5 %) ; : Portugal (28,2 %) ; : Allemagne (27,2 %) Énergie solaire photovoltaïqueProduction élec. 2024 53,7 TWh 2,5 % : Chine (, 39,7 %), : États-Unis (12,9 %), : Inde (6,5 %), : Japon (4,6 %), : Allemagne (3,5 %), : Brésil (3,3 %)Puissance installée60 2024 36,3 GWc 1,95 % : Chine (, 47,6 %), : États-Unis (9,5 %), : Inde (5,2 %), : Japon (4,9 %), : Allemagne (4,8 %)% PV/élec 2024 18,7 % : Hongrie (24,1 %), : Chili (22,7 %), : Australie (17,4 %), : Grèce (17,4 %), : Pays-Bas (17,3 %)Énergie solaire thermodynamiqueProduction élec. 2023 5,16 TWh 33,2 % : États-Unis (, 19,9 %), : Chine (13,3 %)

Histoire thumb|right|Plan incliné dans la mine de charbon "Mariana" (Mieres (Asturies), vers 1900). Historiquement, un des facteurs qui ont limité le développement économique de l'Espagne a été la pauvreté en ressources énergétiques, en particulier le manque d'hydrocarbures liquides et gazeux et la mauvaise qualité et la rareté du charbon existant. La rareté des ressources a condamné traditionnellement le système énergétique national à une situation de déficit et de dépendance extérieure.

L'Espagne a commencé sa Révolution industrielle avec retard par rapport aux autres nations européennes, dans la seconde moitié du .

Un des premiers défis énergétiques consista à tenter de remplacer par des ressources propres le charbon importé de Grande-Bretagne qui alimentait les locomotives du réseau ferré espagnol naissant. Avec l'impulsion également de la Marine de Guerre, la production de charbon asturien connut une croissance rapide.

Cependant, la première crise énergétique grave se produisit au début de la Première Guerre mondiale (1914-1918) lorsque, du fait des hostilités, les importations de charbon se réduisirent. Après la guerre, l'Espagne misa sur le pétrole et l'industrie pétrolière en Espagne pour réduire sa dépendance du charbon anglais, mais du fait du monopole des grandes entreprises pétrolières se produisit une nouvelle crise. La dictature de Primo de Rivera promulgua donc la Ley del Monopolio de Petróleos de 1927, qui établit un monopole d'État sur le commerce et la transformation du pétrole, créant l'entreprise d'État CAMPSA. Durant la période de l'entre-deux-guerres commença également le développement de l'énergie hydroélectrique avec la construction des premiers grands barrages. Mais après la Guerre Civile et la victoire de Franco en 1939, l'Espagne souffrit du blocus des Alliés, avec de fréquentes coupures de courant et autres difficultés. Dans ces années il ne fut pas possible de construire de nouvelles centrales hydroélectrique ou thermiques car la priorité était de relever le pays.

À mesure que l'économie du pays décollait et que l'Espagne sortait de son isolationnisme, la production d'énergie dut augmenter de nouveau pour soutenir cette croissance, grâce à l'exploitation des lignites galiciens et d'autres charbons nationaux, ainsi qu'à la construction de nouveaux barrages et de raffineries de pétrole. De plus, l'Espagne fut un pays pionnier dans le développement de l'énergie nucléaire pour la production d'électricité, avec l'inauguration de la Centrale nucléaire José Cabrera en 1969. Mais en 1973 survint la première crise du pétrole (voir Premier choc pétrolier), suivie par celle de 1979 (voir Deuxième choc pétrolier), qui perturbèrent gravement l'économie espagnole comme celle du monde entier.

L'ambitieux programme nucléaire espagnol se vit freiné dans les années 1980 par la vague anti-nucléaire déclenchée par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, et la nouvelle politique énergétique se tourna vers d'autres ressources : le gaz naturel, jugé moins polluant. Un gazoduc fut alors construit pour acheminer la fourniture de l'Algérie en passant par le Maroc, ainsi que des stations de regazéification pour recevoir les navires méthaniers qui le transportent sous forme liquide.

Plus récemment, dans les années 1990 et 2000 se répandit la conscience du fait que les sources d'énergie non renouvelables ne sont pas éternelles, ainsi qu'une croissante sensibilité environnementaliste, favorisant le fort développement des nouvelles énergies renouvelables : éolienne principalement, mais aussi solaire (thermique et photovoltaïque), biomasse, etc.

Pour la période récente, voir la section "politique énergétique".

Production nationale + Production d'énergie primaire en Espagne par source (PJ) Source 1990 % 2000 % 2010 % 2020 % 2023 % 2023 var.2023/1990 Charbon 492 33,9 334 25,3 138 9,6 0 0 0 0 % -100 % Pétrole 49 3,4 10 0,7 5 0,4 1,2 0,1 0,02 ε -99,95 % Gaz naturel 53 3,7 6 0,5 2 0,01 1,7 0,1 0,8 0,1 % -98 % Total fossiles 594 41,0 349 26,5 145 10,0 3 0,2 0,8 0,05 % -99,9 % Nucléaire 592 40,9 679 51,5 676 46,7 636 44,1 595 38,4 % +0,5 % Hydraulique 92 6,3 102 7,7 152 10,6 110 7,6 124 8,0 % +35 % Biomasse-déchets 170 11,8 170 12,9 271 18,7 339 23,5 348 22,5 % +104 % Solaire, éolien 1 0,1 19 1,4 203 14,0 356 24,6 482 31,1 % x454 Total EnR 263 18,2 290 22,0 626 43,2 804 55,7 953 61,5 % +262 % Total 100 100 100 100 100 % +7 %Source des données : Agence internationale de l'énergie. La production nationale couvre seulement 32,9 % des besoins du pays en 2024.

Charbon Les réserves de charbon prouvées et économiquement récupérables sont estimées par l'Agence fédérale allemande pour les sciences de la terre et les matières premières (BGR) fin 2022 à (millions de tonnes), et les ressources ultimes supplémentaires à ; il n'y a plus de production96. Les réserves de lignite sont estimées à 105.

La production est arrêtée depuis 2019.

Les effectifs des mines de charbon baissent rapidement : 4594 en 2010, 2795 en 2015, 1954 en 2016, 1714 en 2017111.

Le , la Commission européenne a autorisé l’Espagne à subventionner la fin d’activité de filières charbonnières : 2,1 milliards d’euros seront consacrés à la fermeture de 26 mines de charbon et de lignite jugées non rentables. Les aides pourront être versées à la condition que les exploitations minières soient effectivement fermées avant 2019Valéry Laramée de Tannenberg, L’Europe fait la chasse au charbon, Journal de l'Environnement, 31 mai 2016..

Pétrole En 2022, selon BGR, l'Espagne avait de réserves de pétrole économiquement exploitables, plus de ressources potentiellement récupérables ; sa production 2022 était inférieure à 74.

Gaz naturel Les réserves économiquement exploitables de gaz naturel en Espagne sont estimées en 2022 par BGR à , plus de ressources potentielles ; la production 2022 est inférieure à 85.

Énergies renouvelables

Les énergies renouvelables n'ont joué en Espagne, jusqu'à la fin du , qu'un rôle limité dans la satisfaction de la demande d'énergie primaire et d'électricité ; elles étaient principalement représentées par l'énergie hydroélectrique. Cependant, depuis une quinzaine d'années, plusieurs gouvernements ont soutenu le développement des technologies éolienne et solaire.

En 2005, le gouvernement espagnol a approuvé une nouvelle loi dont l'objectif était de produire 30 % de l'énergie nationale à partir des énergies renouvelables jusqu'à parvenir à en 2010 et en 2020. Il est prévu que la moitié de cette énergie provienne du secteur éolien, ce qui éviterait l'émission de 77 millions de tonnes de dioxyde de carbone

En 2011, le gouvernement espagnol a approuvé le Plan National des Énergies Renouvelables qui fixe des objectifs pour la période 2011-2020 de MW installés en 2020 en éoliennes terrestres et MW en éoliennes en mer.