La monnaie de Malte désigne l'ensemble des monnaies (pièces et billets) émises dans l'archipel maltais.
Histoire monétaire L'histoire monétaire de Malte est à l'image de l'histoire de l'archipel, c'est le reflet des conquérants et possesseurs des îles ; sa position stratégique au cœur de la Méditerranée a fait de Malte la convoitise de toutes les puissances maritimes qui s'y sont succédé. De ce fait, il existe deux pratiques monétaires, les périodes où Malte battait sa monnaie et les périodes où Malte utilisait les monnaies de ses maîtres ou de ses commensaux, clients ou fournisseurs.
Une brochure éditée par la Bank Ċentrali Ta' Malta, la Banque centrale de Malte pour le Mużew tal-Flus, le Musée numismatiqueBrochure du Musée numismatique de la Banque centrale de Malte indique onze périodes monétaires différentes : la période phénicienne de 500 à 218 ; la période romaine de 218 à 395 ; une première période d'émission de pièces romano-maltaises de 212 à 100 ; la période byzantine de 395 à 870 ; la période arabe de 870 à 1091 ; la période médiévale de 1091 à 1530 ; une deuxième période d'émission de pièces maltaises avec l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem de 1530 à 1798 ; une période d'occupation française de 1798 à 1800 ; une période britannique de 1800 à 1964 ; une période maltaise sans production de nouvelle monnaie de 1964 à 1972 ; une troisième période d'émission de pièces maltaises par la Banque centrale de 1972 à 2007 ; auxquelles il faut rajouter la période actuelle avec l'émission par la Banque centrale de pièces maltaises en euro depuis 2008.
Monnaies de Malte
Monnaies antiques
Monnaies médiévales
Monnaies des Hospitaliers Après leur départ de Terre sainte et un passage par l'île de Chypre, les Hospitaliers conquièrent l'île de Rhodes où ils établissent leur pouvoir. Devenu souverain, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem acquiert toutes les marques et prérogatives d'un État, à commencer par l'émission de monnaie. Les plus anciennes pièces des Hospitaliers qui nous soient parvenues datent d'Hélion de Villeneuve, mais l'on sait que c'est Foulques de Villaret qui, profitant du développement du commerce méditerranéen à Rhodes, initiera cette pratique en imitant les monnaies reconnues en Méditerranée, le Ducato (Ducat de Venise lui-même à l'image du Fiorino, Florin de Florence), pièce d'or, ∅ ≈22 mm, ≈3,5 g, et le Gigliato (carlin de Naples), pièce d'argent, ∅ ≈28 mm, ≈3,9 g. Le rapport or/argent était de 1 ducato = 10 gigliati = 320 deniers (petit numéraire en cuivre ou billon).
Lors de l'installation à Malte des Hospitaliers en 1530, Philippe de Villiers de L'Isle-Adam bataille avec le directeur de la Monnaie à Messine pour reprendre l'émission de monnaie hospitalière à Malte. Il semble d'ailleurs que c'est Pierino de Ponte, son successeur, qui émettra les premières pièces. Après quelques tentatives plus ou moins réussies de modifications des monnaies à Rhodes, comme la création d'un Tarin, d'un Scudo (Écu d'argent) ou, tout à la fin, d'un Testo (Teston d'or) par L'Isle-Adam, le système monétaire des Hospitaliers, dans les premières années de leur installation à Malte, repose sur le Zecchino d'or, le Taro d'argent et le Grano de cuivre.
À la suite du Grand Siège de 1565, Jean de Valette à besoin d'une grande masse de monnaie pour relever les ruines et faire face à la construction de la nouvelle ville fortifiée pour accueillir le couvent. Il va émettre une grande quantité de monnaie fiduciaire en produisant des tari de cuivre pour payer les ouvriers bâtisseurs, s'engageant à les échanger au plus tôt, à même valeur, en « métal noble » par de la monnaie hospitalière ou étrangère. C'est Jean-Paul de Lascaris-Castellar qui abusera de l'émission d'un monnayage de cuivre.
En 1609, Alof de Wignacourt nomme une commission, sous le contrôle du Conseil de l'Ordre, pour mettre en conformité la monnaie hospitalière avec les nouvelles règlementations de la Monnaie de Messine. Seront créés ou confirmés des sous-multiples du Taro et du Grano avec le Carlino ou demi-tari qui vaut 10 grani, le Cinquina ou 1/4 de tari qui vaut 5 grani et le Picciolo, il faut 6 piccioli pour 1 grano ainsi que des multiples de toutes ces monnaies, 3 piccioli, 3 et 4 tari. C'est António Manoel de Vilhena qui portera la monnaie hospitalière à des sommets artistiques à défaut de sommets monétaires avec des pièces de 1, 2, 4 et 12 zecchinni en or, de 1 et 2 scudi en argent, de 1, 2, 3, 4, 6, 8 et 12 tari en argent.
Vilhenna frappera pas moins de l'équivalent de 200 000 zecchini de pièces d'or et de grandes quantités de pièces d'argent mais ces pièces étaient trop lourdes en métal fin par rapport aux pièces napolitaines ou siciliennes, ce qui entraina une rétention à Naples et à Messine de ces pièces ainsi qu'une refonte lucrative par les orfèvres locaux. Vilhenna imposera en 1730 une stricte interdiction d'exportation de l'or et de l'argent En 1738, Raymond Despuig renforcera les mesures contre les spéculateurs et finira par retirer de la circulation le monnayage de Vilhenna faisant ainsi disparaitre des pièces admirablement exécutées. Dès son élection Manoel Pinto da Fonseca doit faire face à un manque important de monnaie, il fait alors appel à Zanobio Paoli, ancien maître de la monnaie de Florence, qui va réformer le système monétaire de l'Ordre. Pinto suivi par Francisco Ximenes de Texada et Emmanuel de Rohan-Polduc reviendront à des finesses et des poids compatibles avec les autres monnaies. Ils émettront des pièces de 5, 10 et 20 scudi d'or, 1 et 2 scudi et 1, 2, 3, 4, 6, 8, 12, 15 et 30 tari d'argent en limitant la production de monnaie fiduciaire en cuivre.
Le système monétaire des Hospitaliers est duodécimal et vicésimal : 1 ducato = 1 zecchino = 4 scudi = 48 tari = 960 grani = 5760 piccioli 1 scudo = 12 tari = 240 grani = 1440 piccioli 1 taro = 20 grani = 120 piccioli 1 grano = 6 piccioli avec comme divisionnaire : 1 carlino = 10 grani 1 cinquina = 5 grani
Le rapport or/argent étant 3,5 g d'or pour 56 g d'argent soit 1 à 16.
Mais l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem doit faire face à de graves difficultés financières. La Révolution française et ses conséquences vont priver l'Ordre d'une grande partie de ses ressources en saisissant ses biens et en tarissant ainsi les versements des responsions des commanderie d'Occident. C'est Bonaparte, en route pour la campagne d'Égypte, qui mettra fin à l'Ordre, en tout cas dans l'archipel maltais.
Pendant les deux ans d'occupation française des îles, la République française ne produira aucune monnaie maltaise. Nous connaissons aujourd'hui, uniquement, des petits lingots d'argent, provenant de la fonte des pièces circulant dans les îles. Ces lingots, marqués des initiales RF encadrant une croix de Malte et contremarqués d'un bonnet phrygien lors du contrôle, portent la valeur, généralement 30 tari, et l'année de fabrication.
Monnaies britanniques
Depuis le départ des Français le 5 septembre 1800 et la présence britannique officialisée par le traité de Paris, les monnaies d'or et d'argent des Hospitaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ainsi que d'autres monnaies étrangères et notamment le dollar sicilien continuent de circuler. En octobre 1855, une proclamation britannique décrète que la livre sterling (la sterlina pour les Maltais) sera dorénavant la seule devise légale à Malte sous le nom de pound ou libbra (livre maltaise). Toutes ces pièces, hospitalières ou des différents royaumes italiens, furent retirées de la circulation entre octobre 1885 et novembre 1886, après un décret du gouvernement italien demandant le retrait des pièces du Saint-Siège et du royaume des Deux-Siciles. Après ces retraits, seules les pièces britanniques restent en circulation.
Le système monétaire britannique, donc maltais, est l'héritier direct des monnaies romaines basées sur un système duodécimal combiné avec un système vicésimal : 1 schilling = 12 pence ; 1 livre sterling = 20 shillings = 240 pence.
Pièces de monnaie Les pièces utilisées à Malte pendant cette période sont des pièces frappées au Royaume-Uni. Il faut noter dans ce monnayage, pour la période qui intéresse Malte, quatre époques différentes de monnaie, la première entre 1818/1820 et 1860, la deuxième entre 1860 et 1947 et entre 1947 et 1970 pour la troisième, la quatrième est l'époque moderne post-décimalisation, mais en fait seules les deuxième et troisième périodes concernent les monnaies ayant circulé à Malte.
Pour la première période, qui est caractérisée par l'amélioration des techniques de fabrication, le colonisateur britannique va produire une pièce qui n'a circulé que dans l'archipel maltais : 1/3 de farthing ou 1/12 de penny, cuivre, ∅ 16 mm, 1,5 g. La première émission date de 1827 à l’effigie de George IV, suivie en 1835 avec et en 1844 avec Victoria. Cette pièce était prévue pour remplacer le grano des Hospitaliers sur la base de 3 grani pour 1 farthing d'où cette création monétaire spécifique à l'archipel maltais 1 grano pour 1/3 de farthing ce qui représente une dévaluation de 28,75 % pour l'or et 20 % pour l'argent, le rapport or/argent britannique étant de 1 à 14,25 contre 1 à 16 pour la monnaie hospitalière.
Pour la deuxième période, qui voit une certaine standardisation des modules, c'est le système monétaire britannique qui est progressivement mis en place à partir de 1855 avec les pièces frappées à l'effigie de Victoria puis celles d'Édouard VII, George V, Édouard VIII et George VI : 1/3 de farthing - 1/12 d, (d de denarius pour penny), cuivre, ∅ 16 mm, 1,5 g ; 1/4 de penny ou farthing - 1/4 d, bronze, ∅ 20 mm, 2,8 g ; 1/2 penny - 1/2 d, bronze, ∅ 25 mm, 5,7 g ; 1 penny - 1/12 s (s de solidus pour shilling), bronze, ∅ 31 mm, 9,4 g ; 3 pence - 1/4 s, argent, ∅ 16 mm, 1,4 g ; 6 pence - 1/2 s, argent, ∅ 19 mm, 2,8 g ; 1 shilling - 1/20 p (p de pound pour livre sterling), argent, ∅ 24 mm, 5,7 g ; 2 shillings ou florin - 1/10 p, argent, ∅ 28,5 mm, 11,3 g ; 2 shillings et demi ou demi-couronne - 1/8 p, argent, ∅ 32 mm, 14,1 g ; 5 shillings ou couronne - 1/4 p, argent, ∅ 39 mm, 28,3 g ; 10 shillings ou demi-souverain - 1/2 p, or, ∅ 19 mm, ≈4 g ; 20 shillings ou souverain ou livre sterling - £1 (£ pour livre), or, ∅ ≈22 mm, ≈8 g ; et deux nouvelles pièces ayant certainement très peu circulé à Malte : 2 pounds ou 2 souverains - £2, or, ∅ 28,4 mm, ≈16 g ; 5 pounds ou 5 souverains - £5, or, ∅ 38,6 mm, ≈40 g ; comme d'ailleurs : 4 pence ou groat - 1/3 s, argent, ∅ 16 mm, 1,9 g.
Pour la troisième période, il s'agit des pièces de George VI et majoritairement celles d'Élisabeth II qui circulent dans l'archipel maltais même après la décimalisation britannique en 1970 : 1/4 de penny ou farthing - 1/4 d, bronze, ∅ 20 mm, 2,8 g ; 1/2 penny - 1/2 d, bronze, ∅ 25 mm, 5,7 g ; 1 penny - 1/12 s, bronze, ∅ 31 mm, 9,4 g ; 3 pence - 1/4 s, cupro-nickel, dodécagonale ∅ 22 mm, 6,8 g ; 6 pence - 1/2 s, cupro-nickel, ∅ 19 mm, 3 g ; 1 shilling - 1/20 p, cupro-nickel, ∅ 24 mm, 5,7 g ; 2 shillings ou florin - 1/10 p, cupro-nickel, ∅ 28,5 mm, 11,3 g ; 2 shillings et demi ou demi-couronne - 1/8 p, cupro-nickel, ∅ 32 mm, 14,1 g ; et deux pièces ayant certainement très peu circulé à Malte car peu émises : 5 shillings ou couronne - 1/4 p, cupro-nickel, ∅ 39 mm, 28,3 g ; 1 Sovereing valant 1 livre sterling - £1, or 22 carats, ∅ ≈22 mm, ≈8 g ; le souverain est, au , plus un moyen de placement qu'un moyen d'échange.
Billets de banque Les premiers billets ayant très certainement circulé à Malte ne sont pas émis avant le . Pour le , il est connu, pour la facilité des échanges commerciaux, des billets de banque émis par la Banco Anglo-Maltese créée en 1809 et par la Banco di Malta à partir de 1812. Ces billets rédigés en italien portaient des valeurs en écu et en livre sterling à partir de 1855. Ces banques sont remplacées en 1878 par l’Anglo-Egyptian Banking.