Querrieu est une commune française située dans le département de la Somme, en région Hauts-de-France.
Géographie vignette|Vue aérienne du village.
Localisation Querrieu est un village picard de l'Amiénois.
À vol d'oiseauDu centre du chef-lieu de la commune., la commune est située à au nord-ouest de Corbie, au nord-ouest de Villers-Bretonneux, au sud-est de Villers-Bocage, au nord-est d'Amiens, au sud-ouest d'Albert, et à au sud-ouest d'Arras.
Géologie et relief Sur le territoire de Querrieu, la masse crayeuse supérieure dite sénonienne affleure sur de nombreux points élevés. Elle est caractérisée par la présence de micraster et de silex noduleux. Les affleurements de la craie à micraster se présentent sous la forme de dénudation sur les pentes infléchies vers le sud, tandis que les mamelons dont l'axe est orienté au levant sont tapissés d'un épais manteau argileux. Cette craie marneuse fut longtemps utilisée pour le chaulage des sols. Sur les penchants nord et sud, on rencontre des blocs de craie magnésienne. Une couche limoneuse riche en oxyde de fer appelée bief affleure sur les pentes Est. Ce bief recouvre les dernières formations crayeuses, qu'elles soient horizontales ou creusées de cavités. Dans ce dernier cas, les silex sont disposés au fond et forment une couche de quinze à vingt centimètres. Dans ces poches, il n'est pas rare de trouver des coquillages à peau épaisse. Sur le plateau Nord, on trouve des témoins tertiaires : petits galets et silex à croûte verdâtre teintés par la glauconie, indices de la présence d'un lambeau de l'éocène supérieurAlfred Gosselin, "Monographie du village de Querrieu", Archives départementales de la Somme 3REV38 (Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie tome XXXVIII 1916) (nombreuses références mentionnées dans l'ouvrage)Charles Buteux (1794-1876) Esquisse géologique du département de la Somme.
Le territoire a la forme d'un trapèze irrégulier dont l'une des bases serait la rivière Hallue, coulant dans une tourbière formant une vallée qui la sépare du territoire de Pont-Noyelles. Du nord au sud, les marais de cette vallée, prennent les noms de : marais Madame, Grand marais et marais du Houillon. Il est limité à l'ouest et au nord par une ceinture de bois : bois de Querrieu, bois d'Allonville et bois de Saint-Gratien. Le plateau crayeux qui le constitue, est creusé par une série de dépressions formant des vallées sèches, dont le centre de rayonnement est le village. Une de ces dépressions, la plus importante, venant de Rainneville, au nord-ouest, aboutit au marais Madame. Une autre provient du bois de Querrieu, et aboutit au marais du Houillon.
Consistance des marais vignette|gauche|redresse=2.5|Vallée de l'Hallue de Querrieu à Bussy-lès-Daours. Au , les marais bordant la rivière Hallue entre les terroirs de Querrieu et Pont-Noyelles, avaient une étendue de Journal : ancienne unité agraire équivalant à 42 ares 20 centiares. La partie s'étendant vers Fréchencourt comprenait et celle située vers BussyMarais de Querrieu à Bussy, archives départementales de la Somme : CinDoc photothèque Querrieu 12., 186 journaux. Ces deux marais étaient séparés par l'ancien chemin bordé de parcelles privatives à usage de jardinage, qui du pont de l'Île conduisait au hameau de NoyellesArchives départementales de la Somme, C 1198 et plan de 1784..
Parties en présence De temps immémoriaux, les riverains de Querrieu et de PontAncienne dénomination restée d'usage courant. La dénomination moderne « Pont-Noyelles » ou « Pont-Noyelle » est employée à partir du milieu du . avaient l'usage du pâturage et du fauchage de l'herbe à foin, dans ces prairies marécageuses.
À partir de l'époque féodale, les droits de seigneurie sur ces biens communaux ont été exercés par le seigneur de Querrieu.
Le seigneur abbé de l'abbaye Saint-Vaast d'Arras, qui avait la seigneurie foncière sur de larges parties des terres labourables de Pont, défendait les droits des habitants de Pont ; possédant également des terres sur le terroir de Querrieu, il était, pour l'ensemble, représenté par sa Maison de Pont-Querrieux.
Accords seigneuriaux, chartes 1289, 1318 L'objectif constant de la seigneurie de Querrieu, a été d'obtenir la propriété foncière sur l'ensemble des marais communaux.
Une charte datée du mois d', concède l'usage des marais de Querrieu aux habitants dudit lieu, cette concession étant, en fait, un acte d'appropriationLouis Ricouard, Les biens de l'abbaye de Saint-Vaast, archives départementales de la Somme : a.423.
En , le seigneur de Puchevillers, prononce un arbitrage entre l'abbé de Saint-Vaast d'Arras et Walon, seigneur de Querrieu, autorisant ce dernier à faire paître des bêtes dans les marais et vendre l'herbe à faucher à la faucille, tant aux habitants de Querrieu que de Pont.
Cet arbitrage n'est pas du goût de la mère de Walon, qui prétend interdire l'usage des marais aux habitants de Pont. En , Walon est amené à restituer aux habitants de Pont l'usage de « ses marais », tant vers Fréchencourt que vers Bussy.
Triage des marais communaux Ordonnance royale de 1669 En 1669, pour mettre fin à des siècles de chicanes sur l'utilisation des biens communaux, une ordonnance royale des Eaux et Forêts, article 4, titre XXV, stipule que .
Cette ordonnance permet ainsi au seigneur d'obtenir la propriété d'un tiers des biens communaux. Les villageois vont tirer parti de cette ordonnance pour réclamer la propriété des deux autres tiers, alors que le seigneur prétend être le propriétaire du tout et ne devoir aux villageois que l'usage des deux tiers.
Découverte d'un important gisement de tourbe, 1744 En 1739 et 1740, les deux paroisses de Querrieu et Pont, subissent une terrible épidémie de peste, suivie d'une grande sécheresse et en sortent appauvries. Elles ne sont plus capables de financer des travaux devenus indispensables à chacune de leurs églisesÉphémérides de Querrieu, Mémoire des choses remarquables arrivées à Querrieu du temps des curés Jacques Postel, Jean-Baptiste Thierry et René Dupré, Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, tome 26, par C. Cardon..
Par délibération en date du Archives départementales de la Somme, C. 1042., les habitants de Pont et Querrieu arrêtent de demander à , Intendant de Picardie, la permission de mettre quarante journaux de leurs marais communs à usage de foin, baillés à ferme par adjudication, pour employement le prix de la jouissance au payement des réparations à leurs églises.
Les habitants des deux villages, ayant délibéré sans en avoir référé à la marquise de QuerrieuCette marquise était Anne Perrin de Flancourt, veuve de Pierre François II de Gaudechart, marquis de Querrieu, chevalier, seigneur de Rocquencourt et autres lieux, capitaine au régiment de mousquetaires de La Trémoille, cavalerie., provoquent une réclamation de la part de cette dernière qui fait valoir ses droits à la possession des biens à distraire ; toutefois, dans un but de charité, elle consent à la mise en adjudication demandée.
Le , la jouissance est attribuée à Paul Joly, trésorier des Ponts et Chaussées de la généralité de Picardie et négociant à Amiens.
Lorsque Paul Joly fait creuser les fossés de délimitation de sa parcelle, de la tourbe de bonne qualité est apparue.
Le , les habitants, corps et communautés de Pont et Querrieu, adressent à une requête en vue d'annuler l'adjudication, considérant qu'ils avaient été lésés sur la valeur de la parcelle.
Après six mois de procédure, l'adjudication est annulée. Le sieur Joly doit être remboursé des sommes déboursées, jouissance de deux ans déduite.
Revendication de l'abbaye de Saint-Vaast, 1764 À la suite de la découverte des réserves importantes de tourbe, le seigneur de Querrieu fait en 1761, une demande de triage des marais.
C'est alors que, le , l'abbaye de Saint-Vaast intervient pour réclamer la seigneurie et la propriété des marais sis au nord de la rivière et la copropriété avec les habitants de Querrieu de ceux qui sont au sudArchives départementales de la Somme : 99.O.3140..
Un arrêt du , déclare les religieux non recevables dans leur demande. Ceux-ci font appel au Parlement de Paris qui, le , rend un arrêt définitif les déboutant et maintenant le marquis dans ses droits, c'est-à-dire dans la seigneurie des marais sis des deux côtés de la rivière.
Tourbage entrepris par les habitants, 1784 Le , un arrêté de l'Intendance de PicardieArchives départementales de la Somme : C.1523. permet à toute personne, sans exception, de fabriquer du charbon de tourbe, à condition de respecter les dimensions et mesures déterminées par arrêt du Conseil d'État du roi du .
Usant de cette permission, les habitants de Querrieu et de Pont, demandent l'autorisation de tourber dans leurs marais communs. L'autorisation qui leur est donnée par l'Intendance de Picardie, déclenche une violente opposition du marquis de QuerrieuArchives départementales de la Somme : C.1042..
Le , l'Intendant de Picardie déboute les habitants de Querrieu et de Pont de leur demande de tourbage.
Monsieur de Gaudechart obtient un tiers des marais, 1789 Ayant obtenu le rejet des prétentions territoriales de l'abbaye de Saint-Vaast sur les marais, la dame de QuerrieuLa Dame de Querrieu est Dame Alexandrine Lefournier de Wargemont, veuve de Raphaël Jean-Baptiste de Gaudechart, tutrice de François Louis de Gaudechart, enfant mineur., revendique la pleine propriété d'une partie de ces marais, afin d'en extraire la tourbe pour son profit personnel, sans obligation d'usage envers les habitants, tout en gardant la propriété de la partie restante. Le triage autorisé par l'ordonnance de 1669, ne visant que l'usage des biens communaux, elle convertit la demande initiale de triage en demande de cantonnement, formule juridique permettant de parvenir à une véritable appropriation.
Les marais sont arpentés et trouvés contenir deux cent soixante-six journaux et quarante vergesVerge : ancienne unité agraire, valant 1/80 de journal., dont un tiers doit être attribué au marquis.
Pour s'assurer que les besoins de la communauté restent satisfaits, les habitants tentent d'obtenir que le triage soit fait au prorata du nombre de bêtes au pâturage. Aucun accord ne pouvant être obtenu, le marquis demande qu'il lui soit fait distraction d'un tiers des marais, ce qui lui est accordé.
Le , le Parlement de Paris accorde à Louis François de Gaudechart devenu marquis et seigneur de Querrieu, la conversion de la demande de triage faite en 1761, en cantonnement. La dame de Querrieu doit payer les frais d'annulation de la demande de triage et de sa demande de cantonnement, les autres parties étant condamnées aux dépens.
Pour l'application de ce jugement, compte tenu des tourbages déjà effectués et des plantations d'arbres, le Parlement de Paris ordonne une expertise le . L'expertise est suivie d'ordonnances du bailliage d'Amiens en date du Archives départementales de la Somme : 3U.2/444. et du , qui seront homologuées par arrêt du .
Abolition du droit de triage, 1790 Par décret de l'Assemblée nationale en date du 15 mars 1790, le droit de triage est aboli : «Pour rentrer en possession des portions de biens communaux dont elles ont été privées, les communautés sont tenues de se pourvoir devant les tribunaux... »Archives départementales de la Somme : L.95., ce dont les municipalités n'ont pas les moyens financiers !