Fernand Marie Gustave Edmond Lepage est un avocat, magistrat, magistrat militaire et homme d’état belge né à Grammont (ou Geraardsbergen) le et mort à Bruxelles le . Il est essentiellement connu pour son rôle d’Administrateur de la Sûreté de l’État durant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie
Enfance et formation Fernand Lepage naît à Grammont le dans un foyer à conviction catholique. Il est le troisième enfant de Léona Doutreligne et d’Edmond Lepage, son père, qui travaille dans l’entreprise de textile de la communeRegistre d’état civil de la ville de Grammont : Edmond Lepage..
La Première Guerre mondiale conduit la famille à se réfugier en Angleterre, où Lepage termine ses années de primaires et entame ses secondaires. Là-bas, il acquiert une connaissance de la langue et de la culture anglaise qui joueront un grand rôle dans sa nomination au poste d’Administrateur de la Sûreté de l’État. Au terme du conflit, la famille retourne à Grammont, où Lepage termine ses études secondaires.
Il poursuit ses études à l’ULB, où il obtient un doctorat en droit au tout début des années 1930.
Vie professionnelle et familiale avant la Seconde Guerre Mondiale Une fois son diplôme obtenu, il s’inscrit comme avocat au barreau de Bruxelles (à Berchem-Sainte-Agathe), où il s’installe au début des années 1930Moniteur belge du 17 novembre 1933 dans Moniteur Belge 1933, vol. 4 : octobre à décembre, p. 5734. Petit à petit, il gravit les échelons, devenant substitut de complément (le Registre d’état civil de la ville de Grammont : Fernand Lepage.), premier substitutMoniteur belge 17 novembre 1933 dans Moniteur Belge 1933, vol. 4 : octobre à décembre, p. 5734du procureur du roi au tribunal de première instance de Bruxelles.
Dans les mois précédant la Deuxième Guerre Mondiale, il est nommé substitut auprès de l’auditeur militaire pour ce qui concerne la répression des atteintes à la sûreté extérieure de l’état belgeDebruyne, E., La Guerre secrète des espions belges, Bruxelles, 2008, p. 108..
Parallèlement à cette ascension professionnelle, Fernand Lepage fonde une famille à la sortie de ses études : il épouse Marie-Josèphe Brocorens à Grammont le Information communiquée par l’Association de la Noblesse de Belgique.. De leur union naîtront trois enfants, deux filles et un garçon. Toute sa famille l’accompagnera à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, où naîtra leur troisième enfant, en 1942 à ReigateCOOMANS de BRACHENE, O., État présent de la noblesse belge, annuaire de 1992, vol. 2, Bruxelles, 1993, p. 311..
Carrière et vie pendant la Seconde Guerre Mondiale Il suit le gouvernement belge lors de son exil vers la France et rallie l’Angleterre via Lisbonne avec sa famille, le , quelques jours après l’arrivée de Spaak et PierlotGotovitch, J., L’an 40, Bruxelles, 1971, p. 259.. Là-bas, Fernand Lepage encourage Hubert Pierlot à recréer une Sûreté de l’État, et se propose d’en occuper le poste d’Administrateur. L’institution serait chargée de renouer contact avec le territoire occupéDebruyne, E., La Guerre secrète des espions belges, Bruxelles, 2008, p. 107., notamment pour permettre au "Gouvernement des Quatre" (composé de Gutt, de Vleeschauwer, Pierlot et Spaak)Angel Bernardo y Garcia, L. et De Mecheleer, L., Inventaire des archives et des cabinets du Premier Ministre Hubert Pierlot à Londres, Bruxelles, 2010, p. 12. d’avoir une idée de sa popularité en territoire occupé : sa légitimité étant à ce moment-là fort fragile. En effet, Pierlot et les trois autres ministres sont discrédités par leur soutien affiché au Roi. Lepage doit donc recréer un service de renseignement à partir de rien, avec des moyens alors limités.
C'est pendant ces années londoniennes que naît la seconde fille de Fernand Lepage, en 1942 à Reigate, près de Londres.
Retour à une vie normale : la vie de Lepage à la Libération Après la Libération, Fernand Lepage transfère immédiatement ses services à Bruxelles. Comme de nombreux collaborateurs londoniens, Fernand Lepage quitte ses attributions à la Sûreté de l'État (il est remplacé par Paul Bihin) en novembre 1944. Il reprend aussitôt sa carrière dans la magistrature en s'inscrivant en tant qu'avocat à la Cour d'Appel au barreau de Gand Balteau, B., William Ugeux, Un témoin du siècle, 1997, p. 176-177.. En 1947, il sera nommé au conseil de État., où il termine sa carrière en tant que Premier Président, en 1975.
Il fut également président de L'Œuvre nationale des anciens combattants et des victimes de guerre et assura la présidence de l'association de l'Ordre de Léopold, jusqu'en 1995Information confirmée par l’Ordre de Léopold..
Resté catholique toute sa vie, Fernand Lepage s'éteint le à BruxellesFaire-part de décès du Baron Lepage dans Le Soir du mercredi 16/02/1996.. Il est aujourd'hui enterré dans le caveau de sa famille, à GrammontRegistre du cimetière de la ville de Grammont.
Années à la Sûreté de l'État
En , on réorganise la Sûreté Publique, qui devient Sûreté de l’État en . Alors dirigée par Robert de Foy, l'institution est chargée de surveiller les dangers extérieurs, et reprend donc le contre-espionnage jusque-là rattaché à la seconde sectionDebruyne, E., La Guerre secrète des espions belges, Bruxelles, 2008, p. 16..
Après la défaite de , les hauts responsables de la Sûreté, dont de Foy, sont capturés. Il ne reste donc rien de la Sûreté de l’État belge au lendemain de l'invasion allemande.
Plusieurs facteurs permettent d’expliquer le choix de Lepage à la tête de cette institution : non seulement il participe à sa réédification, mais il a en plus acquis une certaine expérience en matière de contre-espionnage durant sa carrière d’auditeur général. Il est ainsi parmi les plus qualifiés en place à Londres et dispose en outre de contacts et d’une bonne maîtrise de la langue anglaise grâce à l'exil londonien que lui imposa la Première Guerre mondiale durant son enfance. A Roger Taymans, qui lui propose une affectation dans les services secrets, il écrivit: Citations tirées de la lettre de Lepage à Taymans, 30.10.1940 (AGR, Archives du cabinet du Premier ministre à Londres, in Debruyne, Cegesoma.be.
Il sera ainsi nommé administrateur ad interim et auditeur général faisant fonction le Moniteur belge 17 novembre 1933 dans Moniteur Belge 1933, vol. 4 : d’octobre à décembre, p. 5734, la Sûreté étant placé sous la juridiction du ministère de la Justice. La tâche de Lepage est double : il doit renouer contact avec le pays occupé et y faciliter la tâche des mouvements de résistance. Par la suite, il sera également chargé d’enquêter sur des particuliers demandant d’aider le gouvernement de Londres afin de pouvoir donner au Conseil des ministres toutes les informations nécessaires pour accepter, ou non, cette aideAGR, Archives du cabinet du Premier Ministre à Londres, n° 626, Lettre du Ministre des Affaires Etrangères Paul-Henri Spaak à Pierlot, 07/03/41..
Au printemps 1941, Lepage, sur le modèle britannique comme à structurer son service en différentes sections: le renseignement, l'action, la guerre politique, l'évacuation, la sûretévoir Debruyne, E., La guerre secrète des espions belges, 1940-1944, Bruxelles, Racine, 2008..
Le bureau de renseignements et d'action. Tout à fait central dans le devenir de la Sûreté, il fut le premier à être opérationnel parce qu'il était primordial d'obtenir des informations en provenance de la Belgique mais aussi, de pouvoir faire parvenir des messages sur le territoire. À la fin de la guerre, ce ne seront pas moins de 27 stations-radio qui furent disséminées sur l'ensemble du pays. Les informations collectées étaient partagées avec les services secrets britanniques, l'Intelligence service avec lesquels, sous l'action de Lepage, les relations étaient excellentes. À l'été 1942, c'est le lieutenant de réserve Jean Nicodème qui prend la tête de la sectionDebruyne, E., La guerre secrète des espions belges, 1940-1944, Bruxelles, Racine, 2008, p. 109.. Le , William Ugeux est nommé directeur général du Renseignement et de l'ActionCEGES, Fonds William Ugeux, Archives William Ugeux, n° 4, Rapport pour le Ministre de la Justice sous le couvert de Monsieur l'Administrateur de la Sûreté de l'État, 27 juillet 1943..
La section opérationnelle chargée de la guerre politique est dirigée, quant à elle, par un avocat, capitaine réserviste: Georges Aronstein. La création de cette section, en août 1941 correspond à la création du service anglais correspondant: le Political Warfare Executive (PWE) qui se détache à cette époque du Special Operations Executive (SOE). Les missions centrales de ce services étaient bien sûr la propagande en territoire occupé mais aussi la lutte contre les régimes de travail obligatoire (STO) mis en place par l'occupant. En août 1943, le manque de moyen de la section et l'échec de plusieurs missions mine le moral des troupes. C'est à ce moment que sont lancées différentes missions (Réseaux Socrate, Samoyède…) qui connaîtront un succès retentissant en permettant, par exemple, de prendre en charge le financement de dizaines de milliers de réfractaires au travail obligatoire grâce à l'emprunt Socrate et à l'aide des mouvements de résistance et organisations de travailleurs (JOC, syndicats,etc) pour assurer la répartition équitable des fonds. .
Créée au sein de la section de renseignement, la cellule évacuation deviendra une cellule à part entière en novembre 1942. Lepage place à sa tête Pierre Vandermies. Il s'agit d'organiser les filières d'exfiltration des pilotes alliés tombés en territoire occupé et de pourvoir à l'évacuation des résistants dont la couverture était tombée. La section travaille de concert avec son homologue britannique: le MI-9.
La section opérationnelle Action s'occupe des actions de sabotage et de la coordination de la résistance armée. Elle est mise sur pied en décembre 1942. À sa tête, un industriel belgo-britannique: Idesbald Floor.
La section de la Sûreté ou de la Police judiciaire étant chargée du contre-espionnage et de la répression de la collaboration est probablement déjà opérationnelle début 1941. À sa tête on retrouve le directeur général Roost et son adjoint, le commissaire principal Gustave Hellebuyck. La section travaille avec le MI-5 et la Special Branch de Scotland Yard. Pour peupler ces sections, Lepage engage dans un premier temps des hommes qu’il connaît et en qui il sait pouvoir faire confianceAGR, Archives du cabinet du Premier Ministre à Londres, n° 599, Lettre de Lepage au Ministre de la Justice Albert de Vleeschauwer, 07/03/41..
En , Ganshof van der Meesch quitte la Belgique après deux détentions et rejoint le gouvernement à Londres, où il sera nommé Auditeur général de la Sûreté de l’État (poste jusque-là occupé par Lepage). il se place ainsi de facto au-dessus de Lepage, qui voit sa marge de manœuvre considérablement réduite notamment en matière de recrutement, car une fois au poste, il engage personnellement une série de juristes restés à Bruxelles, pas forcément connus de LepageInterview de F. Cattoir, 26/10/1996, CEGES, CAS 00246-00001.
Avec le débarquement, Lepage sent que la guerre touche à sa fin et adresse à Hubert Pierlot un mémorandum où il reprend toute une série de considérations qu’il juge indispensable pour l’avenir du paysAGR, Archives du cabinet du Premier Ministre à Londres, n° 599, Lettre Lepage à Hubert Pierlot, 05/06/44.. Cette lettre semble indiquer qu’il envisage déjà à ce moment de quitter son poste une fois la Belgique libérée.
Reconnaissances En 1976, Fernand Lepage reçut concession de noblesse héréditaire, avec le titre personnel de baronHumbert de Marnix de Sainte Aldegonde, État présent de la noblesse belge. Annuaire de 2009, Brussel, 2009..
Bibliographie de Lovinfosse, G., Au service de sa Majesté. Histoire Secrète des Belges de Londres, Bever, 1974 Byblos Strubbe, F., Geheime Oorlog 1940-1945, Tielt, 1992 Delzenne, Y.-M. & Houyoux, J., Le Nouveau dictionnaire des Belges , 1998