Helen Taussig ( au Massachusetts – ) est une pédiatre et cardiologue américaine connue pour avoir développé le premier traitement du syndrome du bébé bleu. Il consiste en une procédure permettant de prolonger la vie des enfants nés avec une tétralogie de Fallot (la cause la plus fréquente du syndrome). Ce concept a été appliqué dans la pratique sous le nom de shunt de Blalock-Thomas-Taussig. Cette procédure a été mise au point par Alfred Blalock et Vivien Thomas, qui étaient les collègues de Taussig à l'hôpital Johns Hopkins.

Taussig était partiellement sourde à la suite d'une infection de l'oreille dans l'enfance ; au début de l'âge adulte, cela a évolué vers une surdité totale. Pour compenser sa perte d'audition, elle a appris à utiliser des techniques de lecture labiale et des appareils auditifs pour parler avec ses patients. Taussing a également développé une méthode consistant à utiliser ses doigts, plutôt qu'un stéthoscope, pour sentir le rythme de leurs battements de cœur. Certaines de ses innovations ont été attribuées à sa capacité à diagnostiquer les problèmes cardiaques par le toucher plutôt que par le son. Taussig est également connue pour son travail dans l'interdiction de la thalidomide et était largement reconnue comme un médecin très compétent. Elle est la première femme à avoir présidé l'American Heart Association. En 1964, elle a reçu une médaille présidentielle de la liberté.

Biographie

Jeunesse Née à Cambridge, dans le Massachusetts, Helen Taussig est une des quatre enfants de , un éminent professeur de l'Université Harvard, et Edith Guild Taussig, une des premières femmes à avoir étudié au prestigieux Radcliff College. À l'âge de ses , sa mère meurt de la tuberculose, maladie qu'elle contractera aussi. Elle en souffre pendant plusieurs années, ce qui a gravement affecté son travail scolaire. Elle a par ailleurs lutté contre une dyslexie sévère durant ses premières années d'école et était partiellement sourde. Malgré cela, elle a bien réussi à l'école grâce à un travail assidu et un tutorat intensif de la part de son père. Enfant, elle passait des étés à Cotuit, dans le Massachusetts, et plus tard, elle y a eu une maison.

Études En 1917, Helen Taussig est diplômée de la Cambridge School for Girls à l'âge de . La même année, elle commence ses études au Radcliffe College, puis les poursuit à Berkeley en 1919 où elle obtient son baccalauréat en arts en 1921. Elle souhaite par la suite continuer ses études en médecine à Harvard mais l'entrée lui est refusée, l'école n'acceptant pas les femmes dans ce cursus à cette époque (c'était le cas jusqu'en 1945, bien que la première femme ait fait une demande près de plus tôt, en 1847). En fait, le programme acceptait les femmes en théorie, mais ne leur donnait pas de diplôme. Lorsque le doyen de l'école de médecine a dit cela à Taussig, elle a demandé pourquoi quelqu'un voudrait s'y inscrire sans aucun espoir d'obtenir un diplôme, ce à quoi le doyen a répondu : "C'est ce que nous espérons." Taussig a répondu, "Eh bien, je ne serai pas la première à vous décevoir" et est partieLa petite nièce Margo Taussig Pinkerton, à partir des récits de première main de sa grand-tante.. Elle a plutôt envisagé de s'inscrire pour étudier la santé publique, en partie parce que son père pensait que c'était un domaine plus approprié pour les femmesStevenson, Jeanne Hackley (1977). "Helen Brooke Taussig, 1898: The 'Blue Baby' Doctor". Notable Maryland Women. Cambridge, MD: Tidewater., mais a appris qu'en tant que femme, elle pouvait suivre le programme, mais ne serait pas reconnue avec un diplôme. Elle raconte qu'elle a demandé au doyen "Qui veut étudier pendant quatre ans et ne pas obtenir de diplôme pour tout ce travail ?" et qu'il lui a répondu "Personne, j'espère".

Elle se tourne alors vers la faculté de médecine de Boston puis celle de Johns Hopkins où elle obtient son diplôme de médecine en 1927 en histologie, bactériologie et anatomie, sans s'attendre à recevoir un diplôme. Elle devait s'asseoir à l'écart de ses collègues masculins au fond des amphithéâtres et n'était pas censée leur parler. En 1925, alors qu'elle était étudiante en anatomie à l'Université de Boston, elle a publié son premier article scientifique sur l'étude des muscles du cœur des bœufs avec Alexander Begg. Avec les encouragements de son professeur Alexander Begg, Taussig a demandé à être transférée à l'École de médecine de l'Université Johns Hopkins, l'une des rares écoles de médecine à admettre les femmes à l'époque, et a été acceptée comme candidate à un diplôme complet. Après avoir obtenu son diplôme de médecin en 1927 à Johns Hopkins, Taussig est restée un an en tant que boursière en cardiologie et deux ans en tant qu'interne en pédiatrie, et a reçu deux bourses Archibald, entre 1927 et 1930. Taussig voulait se spécialiser en médecine interne, mais il n'y avait qu'un seul poste disponible pour une femme dans ce domaine, et il était déjà pris ; elle a donc décidé de se spécialiser en pédiatrie, et a fini par travailler en cardiologie pédiatrique, un domaine qui en était encore à ses débuts.

Elle se spécialise ensuite en pédiatrie et est recrutée en 1930 à l'hôpital Johns Hopkins, où elle est nommée cheffe en cardiologie pédiatrique.

Shunt de Blalock-Thomas-Taussig

Concept Le début de la carrière de Taussig en cardiologie pédiatrique à Johns Hopkins consistait à étudier les bébés atteints de malformations cardiaques congénitales et de rhumatisme articulaire aiguKelly, Evelyn B (December 2000). "Helen Brook Taussig". Science and Its Times. 6: 1900 to 1949: 387–388 – via Gale In Context: Global Issues., une inflammation du cœur et d'autres organes résultant d'une infection bactérienne, qui était à l'époque une source majeure de mortalité infantile. Au début du , les cardiopathies rhumatismales constituaient la majorité des travaux de cardiologie clinique : les malformations cardiaques congénitales étaient considérées comme des curiosités sans espoir, car les moyens chirurgicaux pour les corriger étaient extrêmement peu développés, de sorte que relativement peu de choses pouvaient être faites pour prévenir la mort précoce des patients atteints de ces pathologies.

Elle a ensuite été engagée par le département pédiatrique de Johns Hopkins, le Harriet Lane Home, en tant que chef, où elle a travaillé de 1930 à 1963. Taussig a utilisé la fluoroscopie comme outil de diagnostic et a développé un intérêt particulier pour les nourrissons atteints de cyanose (aspect bleuté), souvent causée par la malformation cardiaque de la tétralogie de Fallot. La cyanose est causée par une circulation insuffisante de sang oxygéné dans le corps ; chez les nourrissons, elle peut être connue sous le nom de "syndrome du bébé bleu". On se souvient surtout de Taussig pour son rôle dans le développement d'un traitement chirurgical de cette affection, le shunt de Blalock-Thomas-Taussig.

Une nouvelle intervention chirurgicale pratiquée pour la première fois en 1939 par Robert Gross a permis de corriger un problème cardiaque pédiatrique courant : la persistance du canal artériel. Le canal artériel est un petit vaisseau sanguin qui relie l'artère pulmonaire à l'aorte du fœtus. Étant donné que le fœtus reçoit de l'oxygène par le placenta de la mère et non par ses propres poumons, qui sont remplis de liquide et ne sont pas encore fonctionnels, ce vaisseau constitue un raccourci, contournant les poumons et permettant une distribution plus efficace du sang oxygéné dans le corps du fœtusMarieb, Elaine Nicpon, 1936- (2018). Human anatomy & physiology. Hoehn, Katja (Eleventh ed.). [Hoboken, New Jersey].. Chez la plupart des nourrissons, le canal artériel se ferme quelques semaines après la naissance, de sorte que le sang circule vers les poumons pour y être oxygéné ; s'il reste ouvert ou "perméable", la circulation normale du sang est perturbée. Cette nouvelle procédure chirurgicale a permis de fermer artificiellement le vaisseau sanguin.

Pendant ce temps, Taussig a observé que les enfants souffrant de malformations cardiaques cyaniques telles que la tétralogie de Fallot ou l'atrésie pulmonaire se portaient souvent remarquablement mieux s'ils avaient également un canal artériel perméable, avec des symptômes moins graves et une survie plus longue. En général, les symptômes cyaniques commençaient ou s'aggravaient peu après la naissance, un changement que Taussig soupçonnait d'être causé par la fermeture naturelle du canal artériel. Chez les enfants cyanosés, le flux sanguin du cœur vers les poumons via l'artère pulmonaire est souvent compromis ; Taussig pensait que la création chirurgicale d'un canal artificiel reliant ces deux vaisseaux pourrait augmenter le flux sanguin vers les poumons et atténuer ce problème, augmentant ainsi les chances de survie. Elle a proposé l'idée à Robert Gross, qui était sceptique et lui aurait dit : " J'ai déjà assez de mal à fermer le canal artériel. Je ne veux certainement pas essayer d'en fabriquer un artificiel".

Les premières opérations Deux ans plus tard, Taussig obtient la collaboration du nouveau chef du service de chirurgie de Johns Hopkins, Alfred Blalock, et de son assistante de laboratoire Vivien Thomas. Tous trois ont mis au point une intervention chirurgicale désormais connue sous le nom de shunt Blalock-Thomas-Taussig. À l'origine, elle était désignée sous le nom de shunt Blalock-Taussig : la contribution essentielle de Vivien Thomas a été négligée en raison de son rôle non-académique et de son appartenance ethnique.

Après des expériences approfondies sur environ 200 chiens, le , Blalock et Thomas ont pratiqué l'opération sur le premier patient humain. Eileen Saxon, un bébé de , était arrivée au service des urgences plus tôt ce mois-là, avec une grave insuffisance pondérale d'à peine , de couleur bleu violacé et à peine capable de boire une gorgée sans haleter. Taussig a diagnostiqué une tétralogie de Fallot, un diagnostic qui signifiait que sans intervention, elle ne survivrait certainement pas jusqu'à l'âge adulte. L'intervention a été un succès immédiat : La couleur d'Eileen est rapidement redevenue normale, elle a pu boire du lait plus facilement et a pris quelques kilos. Deux mois après l'opération, elle sort de l'hôpital. Cependant, elle redevient cyanosée quelques mois plus tard et meurt peu avant son deuxième anniversaireVricella, Luca A.; Jacobs, Marshall L.; Cameron, Duke E. (2013). "The birth of a new era: the introduction of the systemic-to-pulmonary artery shunt for the treatment of cyanotic congenital heart disease". Cardiology in the Young. 23 (6): 852–857.. Malgré la mort d'Eileen, l'opération prouve que la dérivation de Blalock-Thomas-Taussig peut en principe être utilisée pour prolonger la vie des enfants atteints de cardiopathie cyanosée. En outre, une fillette de et un garçon de ont aussi été opérés et ont retrouvé une vie normale