La collégiale Saint-Martin de Candes est une ancienne collégiale située à Candes-Saint-Martin dans l'ouest du département français d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire.

Une première église, vouée à saint Maurice, est édifiée par saint Martin dans l'une des premières paroisses tourangelles rurales qu'il a fondées et où il meurt en 397. Elle devient par la suite une église de pèlerinage, même en l'absence de reliques du saint. En 1050, l'église de Candes est mentionnée comme « collégiale » et son chapitre compte douze chanoines.

La vieille église Saint-Maurice étant ruinée, l'actuelle église Saint-Martin de Candes est construite entre 1175 et le milieu du . Le chantier s'étale sur plusieurs décennies, durée somme toute modeste au regard de l'importance de l'édifice dont l'architecture est largement inspirée du style gothique de l'Ouest. Elle est caractérisée par un très riche décor sculpté qui orne son transept et sa nef mais, surtout, par un porche monumental ouvert sur le flanc nord de cette dernière. L'adjonction, au après la Guerre de Cent Ans, de dispositifs faisant de cette collégiale l'une des rares églises fortifiées de Touraine, renforce sa singularité. Ceci ne l'empêche pas toutefois de subir de graves dommages pendant les guerres de Religion (en 1562 et 1568). Deux séismes, causant d'importants dégâts à un peu plus d'un siècle d'intervalle (1711 et 1840), imposent des campagnes de réparation et de reconstruction de grande ampleur mais les travaux de restauration engagés dans la seconde moitié du sont très sévèrement critiqués : certains historiens ont même parlé de « vandalisme ». Elle reste toutefois considérée comme . Depuis la Révolution française, Saint-Martin de Candes a perdu son statut de collégiale, même si cette dénomination perdure dans le langage courant ; elle demeure une église paroissiale.

L'étude de cet édifice, de la chronologie de sa construction, de son architecture et de l'interprétation de son décor, particulièrement complexe, est toujours en cours au début du : les sources écrites sur lesquelles s'appuyer sont rares et les étapes de son édification, imbriquées dans l'espace comme dans le temps, sont difficiles à interpréter. La collégiale, qui reçoit la visite de Prosper Mérimée en 1836, est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1840. Plusieurs éléments de son mobilier (maître autel et son tabernacle, statues, tableaux, cloche) sont également protégés.

Localisation vignette|gauche|alt=Plan montrant l'emplacement des fortifications et des principaux édifices médiévaux d'un village.|Candes au , sur fond de voirie moderne.. Candes-Saint-Martin, à la limite des romaines des Turons, des Andécaves et des Pictons, est l'une des premières paroisses rurales fondées par l'évêque Martin de Tours dans le dernier quart du . Cet emplacement stratégique a sans aucun doute pesé dans la décision de Martin de construire une église sur ce site habité dès le Haut-Empire..

Le village lui-même est bâti sur la rive gauche de la Vienne puis de la Loire, au niveau du confluent des deux cours d'eau. Il bénéficie également de la proximité d'une route longeant la Loire. Cet itinéraire est probablement antique puisqu'il est mentionné sur la table de Peutinger et Candes est une des localisations possibles de Robrica, station mentionnée sur cette carte mais dont l'emplacement exact n'est pas attesté.. La portion de Tours à Candes a pu connaître un regain d'intérêt lorsque les pèlerinages martiniens se sont mis en place sous l'impulsion de l'évêque de Tours dans le dernier quart du .. Une autre voie, longeant la Vienne, arrivait également à Candes ainsi qu'une troisième, remontant de Loudun vers le nord.. Une partie des habitations est construite au nord, en contrebas, entre la route et la rive ; l'autre partie est édifiée au sud de la route, sur une série de terrasses naturelles à flanc de coteau. La collégiale, installée sur la première de ces terrasses aménagées à cet effet, surplombe la route de quelques mètres. Pour tenir compte des contraintes de relief, elle n'est pas orientée rigoureusement est-ouest puisque son chœur pointe vers le sud-est, parallèlement aux courbes de niveau du coteau.. Au Moyen Âge, elle occupe sensiblement le centre de l'espace clos par l'enceinte défensive de la ville.

Historique Avant la collégiale vignette|alt=Photographie en couleurs d'une fresque représentant un groupe de personnages en prière autour d'un mort.|La mort de saint Martin. Fresque de la crypte de la chapelle Saint-Martin à Assise, v. 1325.

En déplacement à Candes où il est venu régler un différend entre des religieux de son diocèse., saint Martin, affaibli par l'âge , meurt le .. Sa maison mortuaire, lieu de pèlerinage dès le , subsiste semble-t-il jusqu'au , et l'église. qu'il a dédiée à saint Maurice et dans laquelle les pèlerins viennent célébrer son culte, existe encore à la même époque ; son emplacement exact n'est pas connu mais il est probable qu'elle se situait au sud de la collégiale Saint-Martin.. Jusqu'au milieu du , l'église est desservie par les moines d'un prieuré également fondé par Martin. Ce n'est qu'ensuite qu'ils sont remplacés par un collège de douze chanoines attesté vers 1050. et que l'église Saint-Maurice est élevée au rang de collégiale.

Cette modification de statut semble imposée par l'interdiction faite aux clercs réguliers d'être en contact quasi permanent avec le public de plus en plus nombreux accueilli dans l'église. Cette église et la maison mortuaire de Martin tombent toutefois en ruine au ; elles sont démolies ou tout au moins abandonnées en 1175. La construction d'une nouvelle église collégiale dédiée à saint Martin est donc impérative ; elle est en cours lorsque le moine Guibert-Martin de Gembloux vient en visite à Candes à partir du ., ainsi qu'il l'écrit à l'archevêque de Cologne Philippe de Heinsberg.

En dehors de ces obligations d'ordre canonique ou matériel, il est possible que la construction de la collégiale soit liée à des luttes d'influence religieuse. L'archevêque de Tours Barthélemy de Vendôme, qui exerce sa charge depuis 1174., constate que les sites martiniens de Tours sont peu à peu passés sous le contrôle des chapitres de Saint-Martin pour la basilique sépulcrale et de Marmoutier pour la fondation abbatiale. Il a pu souhaiter, par cette construction monumentale, affirmer son autorité sur le troisième site du diocèse étroitement lié à saint Martin.

Construction : Assez couramment invoquée jusqu'au milieu du , l'hypothèse d'une construction de la collégiale en deux étapes bien différenciées, chœur et transept tout d'abord puis nef avec son porche dans un second temps, semble devoir être abandonnée, la chronologie de l'édifice s'avérant plus complexe. Des reprises importantes dans des parties déjà édifiées ont lieu en même temps que d'autres sont construites. La construction ne s'étale cependant que sur quelques décennies, ce qui est peu au regard de l'importance du chantier.

Chœur et transept vignette|gauche|upright|alt=Photographie en couleurs d'un passage voûté dans un mur.|Entrée de la chapelle Saint-Martin. Les travaux commencent par le chœur. Il est possible que la chapelle de l'absidiole nord de ce chœur, dite « chapelle Saint-Martin », réputée construite à l'emplacement de la maison mortuaire de Martin, ait été édifiée en premier en reprenant les structures d'un bâtiment plus ancien dont la datation, la nature et la fonction ne peuvent être attestées, peut-être une église. Le massif dans lequel est percé le couloir d'accès à la chapelle représenterait les soubassements du clocher mais cette proposition ne fait pas l'unanimité. Ce massif comporte en outre une cave en sous-sol et un étage, ce qui renforce l'incertitude sur sa fonction première.

Suivent la construction de l'abside principale et de l'absidiole sud du chœur, puis de la chapelle méridionale qui fait office de sacristie à l'époque moderne, le tout dans le dernier quart du . Le décor du chœur, rappelant le style gothique de l'Ouest, confirme la période de construction de cet ensemble. L'édification se poursuit avec la chapelle septentrionale, dite chapelle de la Vierge, attenante au nord à la chapelle Saint-Martin et le transept avec ses sculptures au cours du premier quart du . Pour autant, les remaniements et les reprises, notamment au niveau des absidioles du chœur, sont nombreux et, intervenant jusqu'au , rendent plus complexe la compréhension de la chronologie de cette partie de l'église. C'est ainsi que le transept est surélevé pour recevoir les hautes voûtes de la nef.

Il semble que, dans l'urgence, des offices soient célébrés dans la collégiale sitôt le chœur et le transept construits et bien avant l'achèvement de la nef ; cette précipitation confirmerait l'état de délabrement de l'église Saint-Maurice que la nouvelle collégiale avait pour vocation de remplacer.

Nef vignette|alt=Plan schématique en couleurs d'une église avec deux absidioles encadrant l'abside principale.|Proposition de plan initial de la collégiale.

Lorsque le chœur et le transept sont bâtis, le projet de construction connaît une modification décisive car un nouvel architecte intervient et le plan qu'il retient n'est pas celui envisagé à l'origine. La nef prévue devait être de même hauteur que le transept, moins haute que celle construite et qui a donc nécessité le remaniement du transept. Sa largeur était également différente, avec les collatéraux moins larges que le vaisseau principal, ce qui explique les irrégularités au niveau du raccord entre la nef et le transept comme le biais du mur gouttereau sud, ou le nécessaire rattrapage dans l'alignement des piliers du côté nord. Dans l'étude qu'il consacre en 1988 à l'ornementation du porche de Candes, E.-R. Gish suggère un plan de la collégiale dans sa forme initialement prévue. Selon lui, l'édifice comporterait une nef à collatéraux simples plus étroits que le vaisseau central dont le nombre de travées n'est pas défini, un transept puis un chœur d'une travée flanquée de deux chapelles ; chaque partie du chœur se terminerait au sud-est par une abside ; la largeur du chœur et de ses chapelles serait la même que celle de la nef et de ses collatéraux. Cette proposition n'est qu'une hypothèse de travail reposant sur l'examen des caractéristiques architecturales, aucun plan du projet de la collégiale initiale ne semblant exister..

L'architecture de cette partie de l'édifice, telle qu'elle est en définitive retenue, paraît être fortement inspirée de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (nef à trois vaisseaux d'égale largeur), alors que la modénature rappelle le chœur de la cathédrale Saint-Julien du Mans. La comparaison avec ces deux monuments de référence dont la chronologie de construction semble attestée rend plausible une édification de la nef de Candes dans le second quart du .

Porche nord