Charles Strauss, né le à Gundershoffen (Bas-Rhin) et décédé le à Nancy (Meurthe-et-Moselle) est un juriste et haut fonctionnaire français. Issu de la communauté juive, il choisit d'être français en 1871 et entre dans la fonction publique : dans l'administration centrale, dans la préfectorale à un moment où les préfets jouaient un rôle essentiel dans la stabilisation du régime républicain en province, puis dans le domaine sanitaire. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de réflexion, en particulier sur la Maison de Charenton, un des tout premiers et des plus célèbres hôpitaux psychiatriques, qu'il fut amené à diriger.

Parcours En 1872, il réside à Alger où il opte pour la conservation de la nationalité française. Il est diplômé de la faculté de droit de Paris en 1874, et dans la même année, s'est imposé comme un avocat à la cour d’appel de Paris. Après avoir occupé divers postes administratifs dans le bureau du ministère de l'Intérieur, il est nommé préfet du département de la Drôme en 1888Liste des préfets de la Drôme. Il est notamment cité dans la presse nationale pour la promptitude avec laquelle il intervient lors d'un spectaculaire incendie à l'arsenal de Valence. Il s'emploie également à développer les chemins de fer.

Le , Charles Strauss devient ensuite directeur de la Maison nationale (ou royale selon les époques) de Charenton, un asile psychiatrique (autrefois connu sous le nom d'« asile de Charenton », dénommé aujourd'hui hôpital Esquirol), situé sur la commune de Saint-Maurice (anciennement appelée Charenton-Saint-Maurice) alors dans le département de la Seine et aujourd’hui dans celui du Val-de-Marne et dans la région Île-de-France. Charles Strauss plaide pour une refonte de la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés La loi du 30 juin 1838 avait été voulu par Jean-Étienne Esquirol, considéré comme le père de l'hôpital psychiatrique français. Elle a constitué un premier progrès, introduisant les notions de « placement volontaire » et de « placement d'office », et améliorant les conditions d'internement. La notion de placement d'office pouvait pourtant dans certains cas être utilisée comme une atteinte aux libertés, et donnait aux médecins aliénistes un pouvoir sans grand «garde-fou». L'ouvrage d'Herminie Rouy, Mémoires d'une aliénée, publiée en 1883 (et réédité en 2010 sous le titre : L'affaire Rouy, une femme contre l'asile au ) avait eu un certain écho, s'attaquant aux institutions (dont la Maison de Charenton qui fait l'objet d'un chapitre entier «Bonne pour Charenton», pages 23-34 dans l'édition de 2010). Cet ouvrage antérieur à son arrivée à Charenton ne pouvait être ignoré de Charles Strauss. L'ouvrage attaquait l'arbitraire des décisions d'internement, les méthodes thérapeutiques et l'arrogance de certains aliénistes, en particulier envers les femmes. Le fait que Charles Strauss n'était pas médecin, mais juriste de formation, lui donnait sans doute un regard différent de ses prédécesseurs sur l'institution qu'il était amené à diriger., qui sera débattue à l'Assemblée législative sans que le projet aboutisse. Il est en particulier favorable à la mise en place d'une instance supérieure qui puisse être un recours à l'avis médical de l'aliéniste et à l'avis du préfet, dans les cas spéciaux d'internement. Il s'emploie à faire connaître les conditions de vie dans cet établissement de Charenton, par un ouvrage qui reste un témoignage de référence, même si son regard sur les « aliénés » est marqué par le niveau de connaissance et les a priori de son siècle sur les maladies mentales. Comme le relate le quotidien national le Journal des débats, Charles Strauss met à profit une réception au palais de l'Élysée, en , pour remettre l'ouvrage au président de la République, Émile Loubet, qu'il connaît bien puisqu'il l'a côtoyé alors qu'il n'était encore qu'une personnalité issue de la gauche républicaine drômoise (inaugurant par exemple avec lui en 1893 le train Montélimar - Dieulefit). En 1903, il doit gérer la laïcisation complète de l'établissement, à la demande du gouvernement : une vingtaine de sœurs Augustines étaient employées jusqu'alors, pour une somme modique, et il en avait dit plutôt du bien dans son ouvrage, comparé au reste du personnel non médical .

Il est ensuite chargé du contrôle général de la loi sur la protection des enfants du premier âge au ministère de l'Intérieur. Cette loi du est une des premières lois en France sur la protection de l'enfance. Il décède à Nancy en . Les obsèques ont lieu à Saint-Maurice.

Décorations

Le , il avait été nommé officier de la Légion d’honneurArchives Nationales Dossier de l'Ordre de la Légion d'honneur n°LH/2554/41.

Ouvrages

Charles Strauss est notamment l'auteur des ouvrages suivants : «L'assimilation et la reconstitution du ministère d'Algérie», Paris, 1874, «L 'Algérie et la Prusse», ib. 1874, «La Maison Nationale de Charenton», Paris, Imprimerie nationale, 1900.

Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Classement par année de parution. . . . . . . . . Notice « Strauss (Charles) » (1834- ), page 665 in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998, 1159 pages, 27 cm, . Notice « Strauss (Charles) » (1834- ), page 479 in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le personnel de l’administration préfectorale, 1881-1926, Paris : Centre historique des Archives nationales, 2001, 774 pages, 27 cm, . Charles Baechler, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, tome 48, p.4991, ed. Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, 2007

Articles connexes Liste des préfets de la Drôme

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