vignette Song Nian ou Song Nien ou Sung Nien est un peintre chinois du . Ses dates de naissance et de décès ainsi que ses origines, ne sont pas connues mais il est actif à la fin du dix-neuvième siècle.

Biographie Fonctionnaire, Song Nian, encore jeune, donne sa démission pour se consacrer à la peinture et à la calligraphie. Il est aussi l'auteur d'un traité, le Yiyuan Lun Hua, mélange de jugements critiques, principes esthétiques et procédés techniques. Les exposés techniques sont fondés sur une solide expérience technique et ses vues personnelles sont fortes et originales; il oppose l'impératif de création individuelle aux préceptes traditionnels d'imitation des Anciens.

Le manuscrit de son traité « Yiyuan Lun Hua » reste inconnu jusqu'à ce que Yu Jianhua fasse une première publication à tirage limité en 1925 (reproduit ensuite in Congkan, pp. 601-624). Conçu dans la forme habituelle des propos de peintre à bâtons rompus, mélange de jugements critiques, principes esthétiques, procédés techniques; mais le contenu est de très haute qualité. Biographie: (in Congkan, p. 23). Analyse: Huashi, vol. II, p. 285.

Propos de peintre à bâtons rompus L'accomplissement de la règle« L'accomplissement de la règle »: pourrait également se traduire par: la pleine compréhension ou la pleine possession de la règle. Le compas et l'équerre sont les normes suprêmes du carré et du cercle, et les mouvements du Ciel et de la terre sont mesurables par le compas et l'équerre« Les mouvements di Ciel et de la Terre sont mesurables par le compas et l'équerre »: la cosmologie chinoise classique conçoit le Ciel rond et la Terre carrée. Le vulgaire sait seulement mesurer avec le compas et l'équerre, mais il ignore quel est le principe qui régit les circonvolutions de l'Univers; aussi, l'Univers tient-il l'homme enchaîné dans les règles, et l'homme se plie aux règles en aveugle; qu'il s'agisse de règles induites ou déduites« Règles induites ou déduites »: règles a priori et a posteriori. L'expression vient du « Livre des Mutations », (note de Yu, p. 23, note 2) « agir en prévision de ce que va faire le Ciel, sans que le Ciel ne vienne l'infirmer; agiragir après que le Ciel s'est manifesté, d'une manière qui soit conforme à cette manifestation », de toute manière, il n'arrive jamais à saisir le pourquoi de leur existence. Mais les règles qu'on ne peut comprendre constituent un obstacle.

Aujourd'hui comme autrefois, si l'on ne peut réduire l'obstacle que dressent les règles, c'est parce que l'on ne comprend pas le principe de l'Unique Trait de Pinceau. Mais quand on a compris l'Unique Trait de pinceau, on n'a plus d'œillères et la peinture découle de l'esprit, et les obstacles s'écartent. La peinture qualifie les formes de tous les êtres de l'Univers. Comment peut-elle s'acquitter de cette mission sinon par le truchement du pinceau et de l'encre? L'encre vient de la Nature, épaisse ou fluide, sèche ou onctueuseShitao donne ici quatre des propriétés de l'encre: épaisse, fluide (ou pâle), sèche, onctueuse. Les propriétés de l'encre sont souvent classées en « six qualités colorées »: noir, blanc, sec, mouillé, épais, fluide, ou encore en « cinq couleurs » qui se ramènent à l'énumération précédente moins le blanc — qui est une qualité négative (...), comme on veut. Le pinceau est contrôlé par l'homme, pour exprimer les contours, les rides, les différentes sortes de lavis« les contours, les rides, les différentes sortes de lavis »: les deux premiers termes désignent le travail graphique du pinceau, les deux derniers concernent le lavis (encre étalée en taches et en nappes). Gou: les contours au trait pur et sinueux (Song Nian, in Congkan, p. 604: « un trait droit est appelé “hua", un trait sinueux est appelé “gou" »; associé au tracé des « grandes lignes », constitue le premier stade de la peinture, la dotant de sa charpente générale (Hua Lin (1597-1667) in Congkan, p. 503); représente l'ossature de la peinture, par opposition aux rides qui sont la musculature, et requiert donc un maximum de force dans l'exécution. (Zheng Ji, in Congkan, pp. 549-550. Le lavis d'eau consiste à humecter d'eau certaines parties de la peinture, pour mieux faire ressortir des additions d'encre ou de couleur (aussi l'expression signifie bien « faire ressortir », mais non simplement « en laissant des parties en blanc » (comme l'explique incorrectement le dictionnaire Mathews). « Employer l'eau pour étendre et diffuser, voilà en quoi consiste le lavis d'eau » (Song Nian: in Congkan, p. 604). Ran: teinter avec l'encre ou la couleur, en étendant une nappe liquide monochrome; le travail du pinceau doit se faire invisible; chaque coup disparaît, noyé dans la nappe. (Dans le même sens, on emploie également le terme ''xuan). La définition de Song Nian est: « colorer au moyen d'encre diluée », à son gré.

Les Anciens ne travaillent pas sans règles car, sinon, comment peuvent-ils brider le monde vulgaire? Mais l'Unique Trait de Pinceau n'implique ni ces limitations qui proviennent de l'absence de frein, ni ces limitations qui proviennent des règles établies. Dans la règle il n'y a pas d'obstacle, et dans l'obstacle il n'y a pas de règle. La règle naît de la peinture et la peinture fait reculer l'obstacle; la règle et l'obstacle ne se mêlent pas, et alors on atteint le principe du mouvement de l'Univers, le Dao de la peinture se manifeste et l'Unique Trait de Pinceau se trouve accompliTout ce chapitre est une manière de glose sur une proposition du chapitre: « Le fondement de la règle de l'Unique Trait de Pinceau réside dans l'absence de règles qui engendre la Règle, et la Règle ainsi obtenue englobe la multiplicité des règles ». La Règle, qui est libératrice, s'oppose à la servitude des règles toutes faites, subies du fait des traditions, sans qu'on en saisisse les raisons d'être. Si l'on se contente de codifier et de décrire les phénomènes, on reste esclave de ces codifications; l'essentiel est de saisir le pourquoi des phénomènes; les règles de la peinture ne peuvent être un simple inventaire des procédés classiques, un répertoire de formes reçues; elles doivent partir d'une réflexion sur l'essence même de l'acte de peindre. Le Paysage« Le paysage » 山水, littéralement « les monts et les fleuves ». Ce binôme acquiert conventionnellement la signification de notre concept unique de « paysage » adopté dans la traduction — sa brièveté le rendant plus commode dans la phrase. La substance du paysage se réalise en atteignant le principe de L'univers. La parure extérieure du paysage se réalise par la possession des techniques du pinceau et de l'encre. Si l'on s'attache à cette seule parure extérieure sans tenir compte du principe, le principe se trouve en péril. Si l'on s'attache au seul principe, au mépris de la technique, la technique devient médiocre. Les Anciens ont bien compris ce péril et cette médiocrité, et c'est pourquoi ils s'emploient à réaliser la Synthèse de l'UnOn a déjà rencontré plusieurs fois le concept de l'Un. Il est envisagé ici sous l'aspect particulier de synthèse de l'apparence extérieure et de la substance intérieure, forme et contenu. Si l'Un n'est pas clairement saisi, la multiplicité des êtres fait écran. Si l'Un est totalement saisi, la multiplicité des êtres révèle son ordre harmonieux. Le principe de la peinture et la technique du pinceau ne sont rien d'autre que la substance intérieure de l'Univers d'une part, et d'autre part sa parure extérieure. L'altier et le lumineux sont la mesure du Ciel, l'étendu et le profond sont la mesure de la Terre« L'altier et le lumineux sont la mesure du Ciel, l'étendu et le profond sont la mesure de la Terre ». La répartition de ces attributs au Ciel et à la Terre et les termes employés par Shitao sont empruntés à « l'Invariable Milieu »: « L'étendue et la profondeur (de la vertu parfaite) correspondent à la Terre, sa hauteur et sa lumière correspondent au Ciel (...). Le Dao du Ciel et de la Terre est étendu, profond, haut, lumineux... ». Le Ciel enlace le Paysage au moyen des vents et des nuages; La Terre anime le Paysage au moyen des rivières et des rochers. C'est en fonction de cette mesure du Ciel que l'âme du paysage peut varier; c'est en fonction de cette mesure de la Terre que peut s'exprimer le souffle organique du paysage. « Je » détiens l'Unique Trait de Pinceau, et c'est pourquoi je peux embrasser la forme et l'esprit du paysage. Maintenant, les Monts et les Fleuves me chargent de parler pour eux; Ils sont nés en moi, et moi en euxRéminiscence taoïste; comparer par exemple avec Zhuang Zi: « Ma naissance est solidaire de celle de l'Univers; je ne fais qu'un avec l'infinité des êtres »; j'ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires« J'ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires »: ceci est très littéralement vrai: Shitao est un grand voyageur et il visite la plupart des montagnes célèbres de Chine, fidèle en ceci à une tradition établie chez les peintres. C'est un précepte constamment répété dès l'époque Song, que le peintre doit visiter et étudier les plus beaux sites naturels. Sous des formes diverses, on retrouve sans cesse chez de nombreux auteurs, cette même idée que c'est seulement par la visite des sites naturels que le peintre peut atteindre les secrets les plus profonds de son art (Li Rihua (1565-1635), cité in Leibian, p. 756 chap. (?), in Congkan, p. 488; Zhang Ji: chap. (?), in Congkan, p. 545; Hua Yilun (), in Meishu, vol. 30, p. 99; Song Nian: in Congkan, p. 604, etc.). Cette attitude est importante d'ailleurs: grâce à ce lien sensible qu'il a toujours gardé avec les montagnes, les fleuves, les nuages, les rochers et les arbres de son immense et admirable pays, le peintre chinois, même au plus haut de son expérience philosophique, au plus dépouillé de son expérience plastique, ne se laisse jamais égarer dans l'angélisme stérilisant de l'abstraction; et, à l'autre opposé, ni le poids des traditions, ni les règles de l'académisme ne peuvent tarir les sources profondes et la spontanéité de sa peinture, qui reste toujours exquisément nourrie de toutes les sèves de la terre, j'en ai fait des croquis« J'en ai fait des croquis »: la Nature n'est pas seulement un objet de contemplation et de méditation pour le peintre. Les textes attestent que, dès l'époque Tang déjà, les artistes ont l'habitude de travailler directement sur le motif, monts et fleuves se sont rencontrés avec mon esprit, et leur empreinte s'y est métamorphosée, en sorte que finalement ils se ramènent à moi, DadiC'est-à-dire, Dadizi — surnom de Shitao. La méthode des rides.