Un côte-rôtie est un vin rouge d'appellation d'origine contrôlée produit sur les communes d'Ampuis, de Saint-Cyr-sur-le-Rhône et de Tupin-et-Semons, sur la rive droite du Rhône, en face de la ville de Vienne, au sud de Lyon.

Il s'agit d'un des crus les plus prestigieux du vignoble de la vallée du Rhône, au sein des côtes du Rhône septentrionales, tout au nord de la vallée, bénéficiant d'une orientation sud/sud-est. Ce vignoble est caractérisé par des sols en pente et des murs en pierre. Le nom du lieu-dit Côte-Rôtie renvoie à l'exposition dont bénéficient ces sols en pente.

Les autres AOC des côtes du Rhône septentrionales sont le condrieu, le château-grillet, le saint-joseph, l'hermitage, le crozes-hermitage, le cornas et le saint-péray, ainsi que le côtes-du-rhône (également présent dans les côtes du Rhône méridionales).

Le côte-rôtie est essentiellement composé de syrah, et possiblement jusqu'à 20 % de viognier, qui sont fermentés tous deux simultanément.

Histoire Réputation ancienne Ce terroir viticole est centré sur Ampuis, dont l'étymologie traditionnelle de son nom en fait une déformation de lemporion grec () et de l' latinAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, . : ce serait un ancien comptoir commercial. Martial, Pline l'Ancien, Columelle et Plutarque ont célébré son vin sous le nom de ou « vin poissé »..

Mais c'est du que datent les premières chartes concernant Ampuis et son vignoble. La réputation des vins d'Ampuis, tout au cours du Moyen Âge, est cantonnée à Lyon qui absorbe sa production. La Renaissance permit d'accroître la renommée de ces vins vers d'autres provinces, puis plus tard vers les tables des souverains d'Angleterre, de Russie, ou de Prusse. C'est à l'époque du seigneur de Maugiron que le château d'Ampuis a été le lieu d'une première gastronomique : en 1553 furent servis à des convives de curieux et énormes volatiles, les premiers dindons jamais servis en France ; les vins dégustés provenaient de deux terroirs, la côte blonde et la côte brune. Selon la légende le seigneur Maugiron qui possédait la Côte-Rôtie, avait partagé son domaine pour doter ses deux filles lors de leur mariage : l'une était blonde comme les blés et l'autre était brune comme le jais.

En 1816, André Jullien consacre un paragraphe à ce vin, qu'il place parmi les vins fins de première classe : , .. Jullien met au même niveau les vins produits sur l'autre rive, à Seyssuel, Vienne et Revantin, qui . Au début du , les vignes s'étendaient sur 300 hectares et produisaient un vin de grande réputation. Le vignoble atteignit son apogée en 1890. Toutes les terrasses orientées vers le midi étaient cultivées, ce qui contraignait les vignerons à emprunter des sentiers fort étroits et pénibles.

La crise du phylloxéra, puis les deux guerres mondiales aboutirent presque à la disparition du vignoble, puisque dans les années 1950, seulement étaient exploités. Les hommes d'alors préféraient aller travailler dans l'industrie en développement ou travailler la culture maraîchère ou fruitière, alors beaucoup plus rentable. Selon le producteur Jean-Michel Gerin : .

Renouveau de l'appellation L'appellation d'origine contrôlée (AOC) côte-rôtie est officiellement reconnue par le décret du , ne concernant alors que deux communes (Ampuis d'une part et Tupin-et-Semons d'autre part), publié au Journal officiel du .. Le décret du rajoute Saint-Cyr-sur-le-Rhône, publié au JORF du ..

vignette|Marché aux vins d'Ampuis. Dans les années 1970, une nouvelle génération de vignerons mise à nouveau sur le travail de la vigne et sur la qualité. Durant les années 1980 et 1990, les parcelles sont restructurées et de nouvelles parcelles sont replantées en ceps. Cette renaissance a pu se faire aussi en partie grâce à un coût de la terre qui était alors très bas : au début des années 1980, le prix de la vigne se situait dans le secteur à l'équivalent d'un euro le m². Le plus difficile finalement était de retrouver les propriétaires de terres extrêmement morcelées. Ces nouveaux vignerons ont dû aussi investir dans des bâtiments, dans des équipements et dans les réseaux de distributions et un syndicat de Côte-Rôtie a été créé pour fédérer leurs efforts. Le marché aux vins d'Ampuis qui chaque année reçoit plus de en janvier a été fondé en 1928. Depuis 2012, ce vignoble fait partie du label Vignobles & découvertes, visant à promouvoir les destinations œnotouristiques en France.

Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en (reconnaissance en AOP), publié au JORF du ., en (correction des noms des communes)Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Côte-Rôtie », homologué par le décret du publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..

Étymologie Plus que Côte-Rôtie, qui ne pose aucun problème étymologique, c'est Ampuis, le centre de ce vignoble, qui apporte des indications sur ses origines. Comme pour Ampus, la forme la plus ancienne est Impuris, attestée en 990/997. Ce toponyme suggère le nom latin emporium, dérivé du grec emporion, qui nommait des comptoirs de négoce installés en terre ennemieAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, p. 1679..

Vignoble Aire d'appellation

vignette|Coteaux de l'appellation côte-rôtie. Située dans la partie française de la vallée du Rhône, à en aval de Lyon sur la rive droite juste après Vienne, l'aire d'appellation s'étend sur trois communes du Rhône (Ampuis, Saint-Cyr-sur-le-Rhône et Tupin-et-Semons) et sur trois kilomètres de long. C'est l'aire d'appellation la plus septentrionale des côtes du Rhône, bordée au sud par celle du condrieu. La Côte-Rôtie compte 73 lieux-dits classésCarte des 73 lieux-dits de la Côte-Rôtie : Saint-Cyr-sur-le-Rhône avec ses 12 lieux-dits classés, Ampuis avec ses 48 lieux-dits et Tupin-et-Semons avec 13 lieux-dits classés. À noter que certaines références mentionnent désormais l'existence de 75 lieux-dits classés.

Selon le service des Douanes, la superficie revendiquée en 2024 sous l'appellation est de ..

Lieux-dits Plus que dans d'autres terroirs des côtes du Rhône, les lieux-dits ont ici une importance plus que séculaire. En voici une liste non exhaustive, certains sont cadastrés, d'autres nonPierre Galet, Cépages et vignobles de France, Montpellier, 1958Site officiel du syndicat des producteurs de Côte-Rôtie : Les Grandes Places ; Lancement ; Côte Rozier ; Côte Blonde ; Côte Brune ; Chavaroche ; La Landonne ; Fongeant ; Le Plomb ; La Viallière.

Orographie et géologie vignette|Bloc affleurant sur la Côte-Rôtie. Les vignes sont orientées sud-est et installées à flanc de coteaux sur des terrasses caillouteuses, les « chayets », « chaillés » ou « chaillets », soutenues par des « cheys », murets de pierres à la patine brune. Le terroir est divisé en plusieurs secteurs, dont deux célèbres séparés par le ruisseau du Renard : en amont, la Côte Brune au nord d'Ampuis, et en aval la Côte Blonde, au sud, dont la légende veut que les noms proviennent des deux filles héritières du noble Maugiron dont l’une était brune et l’autre blonde.

L'origine de ces dénominations est sans doute liée au substrat géologique et au sol. En amont, il s'agit d'un massif de micaschistes brun sombre, c'est la Côte Brune. Par altération du substrat, se sont développés des sols argileux, riches en fer, et relativement sombres. En aval, affleure le (leuco)gneiss, c'est la Côte Blonde. L'altération du gneiss a donné des sols siliceux, de couleur claire, assez fréquemment recalcifiés par des apports issus de recouvrements loessiques du plateau.

Les deux substrats (les micaschistes et le leucogneiss) sont des roches métamorphiques qui proviennent de l'époque hercynienne, durant le Paléozoïque. Chacun a donné à son terroir une teinte différente, reflétée dans la toponymie.

Climatologie

Les coteaux composant la Côte-Rôtie sont exposés vers le sud ou le sud-est. Le climat de Tupin-et-Semons (à 150 mètres d'altitude : )., une des communes de l'aire d'appellation, est de type océanique dégradé. avec des influences continentale et méditerranéenne : les étés sont chauds et ensoleillés, les automnes doux, les hivers plutôt froids (froid renforcé par la bise) et une pluviométrie bien étalée. Le cumul annuel moyen de précipitations a été sur la période 1971-2000 de .

Encépagement Le cahier des charges de l'appellation autorise deux cépages pour produire du côte-rôtie, d'une part la syrah NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris. (minimum 80 %) comme cépage principal, d'autre part le viognier B comme cépage accessoire (uniquement en complantage, limité à 20 % de l'encépagement). La syrah est appelée localement la « serine ».

Un conservatoire a été créé pour le viognier en 2001 et ensuite pour la syrah en 2003 pour garder à disposition des souches des différents clones (il y en a trois pour le premier. ; 16 pour le second.).

Cépage Encépagement des crus des côtes du Rhône septentrionaux condrieu, homologué par l'arrêté du . etchâteau-grillet, homologué par l'arrêté du . cornas, homologué par l'arrêté du . côte-rôtie hermitage, homologué par l'arrêté du . et crozes-hermitage, homologué par l'arrêté du . saint-joseph, homologué par l'arrêté du . saint-péray, homologué par l'arrêté du . rouge blanc rouge blanc marsanneet roussanne max. 15 % 100 % max. 10 % 100 % 100 % syrah 100 % 80 % min. 85 % min. 90 % viognier 100 % 20 %

Méthodes culturales Les côtes sont si escarpées que certaines terrasses n’ont pas plus de six pieds de vigne. Le rendement visé par le cahier des charges est de 40 hectolitres par hectare, et le rendement butoir est de 46 hl/ha.

Vins Volumes Les données de production des années récentes, telles que publiées par les Douanes, sont : Année Superficie (ha) Production (hl) Rendement (hl/ha)2020 318 362021 321 302022 331 382023 337 382024 340 35

Vinification et élevage vignette|Co-fermentation de syrah et de viognier. Pour l'élaboration de ce vin, la syrah est majoritaire mais on peut lui adjoindre entre 0 et 20 % de viognier, on parle alors de co-fermentation si les deux cépages sont fermentés ensemble.

Les producteurs le font généralement vieillir d'un an à trois ans avant de le commercialiser, le cahier des charges ne stipulant rien à ce propos.

Gastronomie vignette|La Mouline, cuvée parcellaire de la maison E. Guigal. Son vignoble s’étend, au nord, sur les terrasses de micaschistes de la Côte Brune et, à l’extrême sud, de gneiss ou granite pour la Côte Blonde. La « brune » a la réputation de produire un vin plus tendre et la « blonde », un vin plus vivace.

Le côte-rôtie se présente dans sa jeunesse dans une robe d’un grenat profond, frangé de reflets violacés.

L’agitation révèle un nez qui dégage des arômes de fruits rouges et noirs avec des dominantes de cassis, de groseille, de framboise jointes à des pointes d’épices et de violette. Il évolue ensuite vers des parfums de vanille, le cuir, les fruits à noyau, le musc et la truffe. Doté d’une bouche ronde, soyeuse et tendre à l’attaque, ce vin très harmonieux est d’une grande élégance. Il se caractérise par une considérable amplitude aromatique avec des tanins d’une structure très fine et remarquablement fondus. Plusieurs producteurs vinifient en vendange entière, qui demandent plus de temps avant d'être dégustés.

Le côte-rôtie est un vin de longue garde qui s’épanouit vers 15 ans et peut atteindre son apogée bien après.

Structure des exploitations Bien que certains domaines existent depuis plusieurs générations, les exploitations aujourd'hui uniquement viticoles étaient dans les années 1970 portées sur le maraîchage, la vigne étant une activité secondaire.

Producteurs de l'appellation

Millésimes