L'aqueduc de Luynes est un ancien pont-aqueduc gallo-romain situé à Luynes, dans le département d'Indre-et-Loire, en France. Avec la pile de Cinq-Mars, c'est le plus célèbre monument romain du département d'Indre-et-Loire, malgré des dimensions modestes. C'est également l'un des aqueducs antiques les mieux conservés du nord-ouest de la France. S'il est fréquemment mentionné dans des publications scientifiques ou touristiques depuis le , il faut attendre 1966 pour qu'une étude complète de l'ouvrage soit réalisée et publiée. Des travaux plus récents, au début des années 2000, permettent de progresser dans la connaissance de ce monument, mais, en même temps, suscitent de nouvelles interrogations sur sa chronologie et sa fonction.
L'aqueduc est tout d'abord aérien, pour franchir un vallon sur le flanc duquel se situaient ses probables captages dont l'emplacement n'est pas précisément identifié. C'est cette partie aérienne qui est connue, de manière réductrice, sous le nom daqueduc de Luynes : les vestiges, sous forme de quarante-quatre piles dont neuf sont encore réunies par huit arches consécutives, s'étendent sur une longueur d'environ , sur les que le pont-aqueduc parcourait pour franchir le vallon. Son tracé aval, souterrain et long de plus d'un kilomètre, n'est pas attesté, bien que certains indices aient été révélés par la photographie aérienne, et sa ou ses destinations finales restent ignorées, au sein d'un vaste complexe de maçonneries antiques du site de (Luynes à l'époque antique) qui n'ont fait l'objet que d'études détaillées mais ponctuelles.
La date de sa construction n'est pas connue, mais il a été manifestement l'objet de plusieurs campagnes de construction ou de réfection ; il a même probablement succédé, au moins sur une partie de son parcours, à une ou plusieurs autres structures dont la nature et la fonction ne sont pas déterminées ; l'hypothèse qui ferait de l'une de ces structures (un mur continu) le mur porteur d'un aqueduc antérieur est posée.
Propriété de la commune de Luynes, il est classé monument historique dès 1862.
, la cité antique de Luynes vignette|gauche|alt=Plan ancien d'une ville accompagné du dessin partiel d'un monument.|Plan de Maillé (Luynes) établi par en 1770, qui voyait là l'emplacement de . vignette|alt=Emprise supposée d'un établissement antique reporté sur un plan moderne.|Luynes et Malliacum. Luynes, à une quinzaine de kilomètres en aval de Tours, sur la rive droite de la Loire, au flanc du coteau qui la surplombe, est, dans son implantation contemporaine, une création médiévale., mais de nombreux vestiges antiques sur le coteau, à l'est du noyau urbain, laissent supposer la présence d'importants bâtiments construits sous l'Empire romain. D'autres vestiges d'habitats ont été mis au jour à l'extrême nord du territoire communal...
est déjà citée au par Grégoire de Tours, qui y mentionne le tombeau d'un chrétien au centre d'édifices antiques ruinés au rebord du coteau. Des ruines sont à nouveau évoquées au .. Des pans de murs antiques, dont l'affectation demeure encore mal définie, sont signalés au au niveau de l'ancien prieuré de Saint-Venant. D'autres ont été découverts depuis et la prospection archéologique aérienne a révélé de nouvelles traces. Si certaines d’entre elles semblent être celles d'établissements ruraux, d'autres ne se rapportent à aucun édifice identifié.
Tous ces vestiges s'inscrivent dans un rectangle allongé de plus d'un kilomètre de long sur deux cents mètres de large, à l'est du centre-bourg moderne de Luynes, sur le rebord du plateau de la rive droite de la Loire. Un chemin de crête gaulois, reliant Tours à Angers, traverse le site sur toute sa longueur ; il a été dans un second temps remplacé par une voie antique au pied du coteau.. Même en l'absence de vestiges probants, le tracé de ces deux voies est très plausible..
Une telle concentration de vestiges peut être interprétée de deux manières. Elle peut révéler la présence d'une agglomération secondaire ou témoigner de la présence d'un vaste site rural intégrant des constructions monumentales. Certains historiens, dont Félix Le Royer de La Sauvagère, avaient même imaginé, au , qu'il pouvait s'agir de la cité antique de , devenue par la suite Tours.. À cette époque, aucun vestige de n'avait été formellement identifié sur le site de la ville moderne de Tours, donnant corps à cette hypothèse d'un chef-lieu de cité gallo-romaine bâti sur le coteau. Cette proposition a depuis été totalement abandonnée, grâce aux trouvailles faites dans le sol de Tours depuis le milieu du .
Parmi les nombreux vestiges antiques qui jalonnent le coteau à l'est du bourg actuel, deux ensembles ont fait l'objet d'études plus approfondies, même si de nombreuses questions subsistent encore à leur sujet.
Le prieuré de Saint-Venant vignette|alt=Vue d'un petit château émergeant de la végétation, au flanc d'un coteau.|Le Prieuré de Saint-Venant. Les ruines antiques sont noyées dans la végétation, à gauche des bâtiments du prieuré. Grégoire de Tours signale l'existence, dès la première moitié du , d'un prieuré construit à proximité de ruines antiques.. Pierre Beaumesnil, acteur et dessinateur, fait paraître en 1784, sur commande de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le recueil Antiquités et Monuments de la Touraine, 1784 ; il y dessine et décrit ces ruines : deux murs massifs à angle droit, en petit appareil partiellement scandé de lits de terres cuites et qui dessinent, au moins sur une face tournée vers la Loire, une succession de retraits successifs.. Jusqu'au début des années 2000, cet ensemble est considéré comme une partie d'une agglomération secondaire ou d'un vaste habitat rural dont l'un des bâtiments aurait été transformé en au Bas-Empire, ayant pour fonction de contrôler la vallée de la Loire en contrebas.
En 2002, le réexamen des vestiges, l'étude des sources bibliographiques, publiées ou inédites, conduit à remettre en cause ces premières propositions sans que de nouvelles hypothèses puissent être formulées : le site semble avoir été aménagé sur une terrasse artificielle dominant la vallée de la Loire, des ajouts successifs paraissent avoir été faits aux maçonneries. dont certaines semblent antérieures au Bas-Empire, les vestiges mis au jour ne représentant qu'une partie de la construction antique. ; enfin, s'il devait s'agir d'une structure défensive, il est surprenant qu'aucune maçonnerie importante n'ait jamais été mentionnée côté nord, le plus exposé, alors que les faces ouest et sud semblent exagérément renforcées, compte tenu des défenses naturelles que leur procure la proximité du rebord du plateau. Il ne semble donc plus possible de ne voir, au , les ruines de Saint-Venant que comme un fortin du Bas-Empire..
Une citerne que Beaumesnil, comme d'autres après lui, a qualifiée d'antique, se trouve dans l'enclos de l'ancien prieuré, à l'est des bâtiments modernes. L'existence de cette citerne n'est pas remise en cause, mais elle a été profondément remaniée et rien ne permet, à l'examen de son état actuel, de lui attribuer une origine antique ; elle ne saurait, par conséquent, être considérée à coup sûr comme l'aboutissement de l'aqueduc, même si cette hypothèse a longtemps prévalu., d'autant que son implantation, au flanc du coteau, se situe à un niveau beaucoup trop bas pour que l'eau qu'elle contient puisse être utilisée pour un usage autre que strictement local..
Le balnéaire du Clos de Sainte-Roselle En 1976, une prospection aérienne réalisée par Jacques Dubois dans le secteur de Luynes met en évidence, à une trentaine de mètres au nord du prieuré, des traces nettes dans les cultures : des murs, dont certains dessinent deux absides, une pièce dallée... S'ensuivent jusqu'en 1980 plusieurs campagnes de fouilles qui, sous la direction de Raymond Maugard, mettent au jour un vaste balnéaire comprenant un , un et un , ces deux dernières pièces chauffées par hypocauste, une piscine et un tronçon d'égout. et sont terminés par une abside semi-circulaire ; ce détail, discernable sur les photos aériennes, avait facilité l'identification des constructions.. Ce balnéaire constitue l'aile est d'une vaste habitation comprenant également des cours, des salles, des bâtiments annexes, préservés par leur ré-enfouissement après étude, le terrain étant acheté par la commune en 1980.. L'examen des céramiques retrouvées sur le site permet de dater cet ensemble des ..
Baptisé par ses inventeurs la villa du Clos de Sainte-Roselle, cet important habitat s'inscrit dans les nombreux vestiges antiques du coteau de Saint-Venant et soulève la question de l'approvisionnement en eau de son balnéaire : l'aqueduc de Luynes, dans la configuration monumentale qui est la mieux connue, pourrait l'avoir alimenté..
Toponymie et microtoponymie Grégoire de Tours, au , mentionne l’existence d'une tombe chrétienne entourée de ruines antiques à proximité du monastère de Maillé (Luynes) en ces termes. :
Le nom de Malliacum est formé avec le suffixe -(i)acum, qui introduit généralement un sens de possession territoriale. -(i)acum ou plutôt *-(I)ACU a évolué vers une forme notée -é, comme fréquemment dans l'ouest de la France ; Malliacum devient donc Maillé. La seigneurie, puis la baronnie et enfin le comté gardent cette appellation jusqu’en 1619. À cette date, le comté de Maillé est érigé en duché-pairie, par lettres patentes de Louis XIII, en l’honneur de Charles d’Albert, seigneur de Luynes (un quartier d’Aix-en-Provence), sous le nom de duché de Luynes..
Michel Laurencin, en 1966, suggère que les microtoponymes les Arènes (également orthographié les Arennes) et Villeronde, deux lieudits se trouvant sur le trajet de l’aqueduc, évoquent un éventuel édifice antique de forme circulaire construit à proximité. Cette hypothèse n’est absolument pas confirmée archéologiquement.. Un lieudit recélant une source, à proximité du départ de l’aqueduc est mentionné, dans un manuscrit du , sous le nom Espinvelle. Patrick Bordeaux et Jacques Seigne proposent d’y voir le témoignage d’un vallon garni d’une végétation à base de végétaux épineux, toponymie attestée en d’autres lieux par évolution du latin en spinogilum.. Les mêmes auteurs rapprochent ce toponyme de celui de la Pie Noire ou la Pinnoire nom plus récent du même lieudit et qui serait une transformation phonétique de l’épine noire, autre nom du prunellier... Le Carroir, dont le nom est l'évolution du latin quadrǔvium (croisement de quatre voies). pourrait tirer son nom de ce qu'à proximité se croisaient un chemin gaulois suivant la crête du coteau et une autre voie antique venant du nord vers Luynes. Par contre, le lieudit la Romaine, en contrebas de Saint-Venant, dans la vallée de la Loire, ne témoigne pas forcément d’une occupation antique : il est peu probable qu’un habitat ait été installé dans cette zone inondable et, surtout, le toponyme est une création récente du ..
Architecture et tracé Construction et caractéristiques Matériaux utilisés Les moellons calcaires utilisés pour constituer le parement et le noyau de l'édifice ne sont pas extraits du coteau en tuffeau ; la roche qui les compose est plus solide. Ils pourraient provenir d'une ancienne carrière, comblée, sur le plateau, à proximité des sources de l'aqueduc ; ce fait n'est pas attesté mais un approvisionnement local est toutefois probable.
Les terres cuites entrant dans l'architecture des voûtes des arches ne correspondent pas aux « standards » de la construction gallo-romaine : leurs dimensions sont inhabituelles et elles ne portent aucune signature en indiquant la provenance. Une fabrication locale, au fur et à mesure des besoins du chantier est probable, l'argile nécessaire pouvant être extraite aux alentours..
Le mortier servant de liant à la maçonnerie semble être constitué de chaux et de sable de Loire, deux éléments pouvant être fabriqués ou extraits à proximité du chantier. ; l'adjonction de tuileau dans le mortier de liaison n'est pas mentionnée.