vignette|350px|Gravure de Toyohara Chikanobu (1838-1912), réalisée en 1878, montrant l'empereur Meiji (assis au centre) et son épouse l'impératrice Shōken (assise à côté de lui). Les accompagnent dans la partie supérieure (de gauche à droite) les kami Izanami, Kunitokotatchi et Izanagi. À sa droite les accompagnent les kami Amaterasu (dans la partie supérieure et portant le trésor impérial du Japon), Ninigi-no-Mikoto (petit-fils d'Amaterasu, à la droite de celui-ci) et l'empereur Jinmu ( empereur du Japon, portant l'arc couronné d'aigle), ainsi que l'impératrice Go-Sakuramachi (, à la gauche de l'empereur Jinmu et dessinée comme un homme sur la gravure) et l'empereur Kōmei (, à la gauche de l'impératrice Go-Sakuramachi). À sa gauche les accompagnent les kami Hiko-hohodemi (fils de Ninigi et grand-père de l'empereur Jinmu, vêtu de blanc) et Ugayafukiaezu (petit-fils de Ninigi et père de l'empereur Jinmu, habillé en jaune), ainsí que l'empereur Go-Momozono (, vêtu de rouge), l'empereur Kōkaku (, vêtu de noir) et l'empereur Ninkō (, vêtu du vert). Durant la période du shintoïsme d'État est apparu et a été développé le concept de divinité de l'empereur comme essence de l'unité de la nation, avec la création d'un arbre généalogique qui remonte au premier empereur puis aux divinités les plus importantes de la mythologie japonaise.
Le est l'idéologie promue par le gouvernement japonais depuis le début de l'ère Meiji (1868-1912) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Initialement fondée sur la pratique continue du shintoïsme, avec la fusion des rites accomplis à la Cour impériale et des rites accomplis dans les sanctuaires shinto, le shintoïsme d'État devient la religion officielle de l'empire du JaponSakamoto Koremaru. State Shintō dans l' Encyclopedia of Shinto de l'université Kokugakuin. .. Cette idéologie porte l'empreinte d'un caractère nationaliste avec la réhabilitation des coutumes nationales pures et originales d'avant l'arrivée au Japon des croyances d'origine étrangère telles que le bouddhisme, le confucianisme, le taoïsme et le christianisme. Il y a cependant désaccord sur le point de savoir si le shintoïsme d'État est en lui-même une religion indépendante, ce qui n'est pas clairement prouvé tant du point de vue historique que du point de vue théologique car ce shintoïsme officiel met plutôt l'accent sur la morale, l'éthique et le respect teinté de mysticisme. Selon l'historien Kuroda Toshio, la conception du shinto comme religion native n'apparaît qu'avec l'émergence du kokugaku par Motoori NorinagaKuroda Toshio: “Shinto into the History of Japanese religión”: Religion of Japan in Practice de George J. Tanabe (Hrsg.), Princeton University Press, 1999, , . Ce point de vue n'est cependant pas considéré dans certaines conditions relatives à la distinction du shintoïsme comme religion ou comme pratique séculaireIan Reader, Dichotomies, Contested of term and Contemporary Issues into the Study of religion, Electronics Journal of Contemporary Japanese Studies, 2004.
Le terme « shintoïsme d'État » n'est pas à l'origine un mot japonais et ne commence à être mentionné qu'à la fin du en dehors du Japon par les japonologues étrangers. Sa traduction en japonais n'est rendue officielle qu'après la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour décrire l'essentiel des idéaux, des rites shintoïstes et des institutions créées par le gouvernement pour promouvoir la divinité de l'empereur du Japon et l'identité nationale japonaise (kokutai)Kodansha, Encyclopedia of Japan. Il s'agit de distinguer le shintoïsme pratiqué depuis la fin de la guerre jusqu'à aujourd'hui parmi une des nombreuses religions qui existent au Japon et dont la pratique est limitée aux sanctuaires. Avec la promulgation de la du , le shintoïsme d'État est clairement défini dans le document comme « la branche du shinto qui diffère par la loi du shinto des sectes ». Les édits et les dispositions administratives qui ont inspiré la création du shintoïsme d'État en tant que tel sont: La séparation en 1882 du rôle des missionnaires de l'État de celui des kannushi (officiants shintoïstes), qui prêchent avec l'idée que les sanctuaires ne sont pas religieux. La création du en 1900 qui intègre l'administration des autres sanctuaires religieux.
À la suite de ces deux initiatives administratives, le est considéré comme synonyme du shintoïsme d'État ou shintoïsme national, et la surveillance et l'administration des sanctuaires et des rites shinto devient une question nationale d'une grande importance. Parmi les mesures les plus importantes de l'État impliquant la mise en place d'un à partir de fonds publics, figurent la présentation d' aux sanctuaires municipaux, préfectoraux et d'autres types, et la systématisation des rituels et des prêtres des sanctuaires shintoïstes. Ces systèmes sont maintenus grâce à l'adoption de lois et de mesures administratives de toutes sortes mais techniquement, il n'existe pas de cadre juridique qui les définit entièrement de façon officielle. Les systèmes sont plutôt formés par l'adoption d'une série de lois individuelles et de stratégies administratives. Par conséquent, du point de vue de son cadre juridique, le shintoïsme d'État est très instable. En fait, le gouvernement cherche en permanence – mais en vain - à unifier les différents systèmes de sanctuaires dans un cadre juridique universel. Dans le cadre de ses efforts visant à créer un système unifié, le gouvernement organise également de nombreux comités de recherche. Le plus important est le établi en 1929, qui entraîne une révision drastique des dispositions administratives relatives aux sanctuaires. Parmi les propositions, l'administration s'adosse aux sanctuaires comme le Yasukuni-jinja d'une part et la création de l' de l'autre.
Avec la mise en place du gouvernement de Meiji en 1868, la liberté de culte est établie sous certaines conditions en conformité avec un organisme gouvernemental qui concentre toutes les administrations des affaires religieuses afin de mettre en œuvre la politique de séparation du bouddhisme et du shintoïsme. Plus tard, en 1871, tous les sanctuaires shinto au Japon deviennent propriété du gouvernement central (subordonnées au ministère de l'Intérieur ou au ministère de l'Éducation). Après la capitulation du Japon qui met fin à la Seconde Guerre mondiale, le commandant suprême des forces alliées dissout ce système complexe, mettant ainsi fin au shintoïsme d'État.
Contexte Avant la réforme Taika vignette|250px|Kofun dédié à l'empereur Nintoku, construit au et considéré comme le plus grand tombeau funéraire du Japon et dans le monde. Les kofun sont l'un des premiers signes d'une relation intime entre le pouvoir politique au Japon et la foi religieuse du pays. Avant l'apparition des écrits les plus anciens au Japon, le Kojiki et le Nihonshoki, écrits au début du et qui sont la base du shinto et des sanctuaires shintoïstes, il existe de nombreuses incohérences car il y a un mélange de faits historiques et mythologiques. En outre, les écrits étrangers comme le Wei Zhi chinois de la période des trois Royaumes de Chine (écrit à la fin du ), révèlent certaines circonstances historiques du Japon antique.
Durant la période Yayoi (300 av. J.-C. – 300) sont introduites l'agriculture (cultures basées sur le riz) et la métallurgie en provenance d'Asie et il se développe ainsi une culture religieuse au Japon. La métallurgie permet la fabrication de miroirs de bronze et d'épées utilisés pour les rites religieux et l'agriculture entraîne l'apparition de rites conçus pour demander aux dieux, appelés , que les récoltes soient bonnes. Des offrandes de vin et de nourriture sont faites avec des os en guise d'oracles. Ces coutumes sont les prédécesseurs du Bito, Masashide et Akio Watanabe. Aperçu chronologique de l'histoire du Japon. Pág. 2. Internacional Society for Educational Information, Inc. Tokio. code nº 051040394Japan. Profile of a Nation. Pág. 213..
Cette période voit aussi l'apparition de petits États ou « royaumes » (selon le Wei Zhi il en existe une centaine) qui amènent d'importantes et intimes relations entre les régissant ces États et sites rituels, lesquels seraient les ancêtres des sanctuaires shintoïstes. Étant donné que chaque clan a sa propre divinité tutélaire, également appelée , cela créé respect et admiration tant pour le site rituel qui possède la divinité que pour le clan qu'elle représente.
En tant qu'ils consolident et hiérarchisent le pouvoir durant la période Yamato (300 – 593), les sanctuaires sont favorisés comme principaux lieux de culte des kami du clan, dont l'influence croît à mesure que s'étend la domination du dit clan sur de grandes régions et que plus de personnes sont subordonnées au culte, ce qui a une importante signification géopolitique. La construction des , tumulus funéraires contenant des épées, des bijoux (magatama) et des miroir (objets étroitement associés aux insignes impériaux du Japon) a pour but de refléter l'ampleur du pouvoir des dirigeants : plus grands sont leurs richesses et leur pouvoir politique, plus grande est la taille du kofun.
C'est dans ce contexte que s'établit et se consolide le pouvoir du clan Yamato comme clan dominant entre les autres États, ce qui en fait l'autorité centrale des États japonais au début du . Durant cette période est fondé l'Ise-jingū, mentionné au cours du règne de l'empereur Yūryaku comme l'endroit le plus sacré et le plus important du shintoïsmeJapan. Profile of a Nation. Pág. 214.. Depuis le règne de l'empereur Sujin, une princesse non mariée de la famille impériale du Japon appelée exerce la fonction de prêtresse en chef de ce sanctuaire. C'est en ce même endroit qu'est conservé depuis des temps immémoriaux et aujourd'hui encore, un des trois trésors impériaux, le miroir sacré appelé Yata no Kagami, nécessaire à l'accession au trône de l'empereur du Japon.
L'activité du shinto en ces temps anciens est double : l'une se limite à chaque communauté, avec des cérémonies qui ont lieu lors de journées spéciales et des cérémonies relatives à l'agriculture et une autre consacrée à la vie politique et religieuse du clan dominant.
Au cependant, une nouvelle vague venant de Corée introduit le bouddhisme au Japon (en 552 selon le Nihon Shoki, en 538 selon certains experts), à la suite de la propagation de cette religion en AsieJapan. Profile of a Nation. Pág. 208.. Le clan Soga se fait l'avocat de la diffusion du bouddhisme dans le pays tandis que les clans Mononobe et Nakatomi posent qu'accepter une religion étrangère pourrait offenser les divinités indigènes et ainsi éroder le shintoJapan. Profile of a Nation. Pág. 209.. Après une guerre civile à l'issue de laquelle le clan Mononobe est défait, le bouddhisme prend racine dans le clan Yamato et l'impératrice Suiko est le premier souverain impérial qui accepte cette religion. Le prince Shōtoku, est le principal promoteur du bouddhisme au Japon, dans une période connue sous le nom période Asuka (593 - 710), au cours de laquelle la nation est progressivement centralisée dans les mains du clan Yamato.
À partir de la réforme de Taika vignette|250px|Vue du principal sanctuaire de Naikū, partie la plus sacrée du Ise-jingū, considéré l'endroit le plus sacré du shintoïsme. Le sanctuaire d'Ise se trouve au sommet de la hiérarchie bureaucratique-religieuse depuis des temps immémoriaux, et son rôle est renforcé dans l'institution du shintoïsme d'État à l'ère Meiji.