La Chautagne est une petite région naturelle française d'environ (soit ), située dans la pointe nord-ouest du département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Cette ancienne cuvette d'origine glaciaire puis lacustre a peu à peu été comblée par les sédiments du Rhône et des alluvions amenées des montagnes. Elle était autrefois occupée par un vaste marais sur fond de tourbe, de sable et de cailloutis.
Géographie Situation La Chautagne est limitée par le Fier au nord, le Rhône, le Vieux Rhône et le Grand Colombier à l'ouest ; le lac du Bourget au sud ; et à l'est par un chaînon jurassien (le Gros Foug).
Elle s'étend sur une ancienne cuvette glaciaire, qui s'est comblée pour former une plaine alluviale globalement orientée nord-sud et parallèle au tracé du Rhône.
L'occupation du sol y a été radicalement changée par l’État, avec — à partir du printemps 1936 — la plantation à grande échelle de peupliers après drainage des anciens marais, les peupliers visant aussi à renforcer les effets desséchants de ce drainage.
Ce territoire est très allongé ( s'étendant sur plus de du nord au sud sans jamais dépasser quelques kilomètres d'est en ouest). La moitié ouest de ce « ruban » constitue encore, malgré le drainage une vaste plaine humide à marécageuse couvrant environ .
La périphérie de cette zone et sa partie Est sont consacrées aux cultures, principalement sur le bas des pentes de la chaîne du mont Clergeon et du Gros Foug. Plus haut des bois de taillis et quelques pâtures maigres occupent la montagne au-dessus du coteau où se situe aussi le vignoble de Chautagne (AOC vin de Savoie).
Communes La Chautagne est historiquement composée de 5 communes, Ruffieux, Chindrieux, Motz, Serrières, Vions. et Chanaz (lire en ligne), auxquelles sont ajoutées Conjux, et Saint-Pierre-de-Curtille :
Elle est administrativement organisée autour de l'ancien canton de Ruffieux, puis momentanément au sein de la communauté de communes de Chautagne (2000-2016).
Toponymie Le nom est mentionné anciennement sous les formes Chostagnia, Chotaigny, Chautagna ou encore Chautania au , puis Chautagnia, apud Choutaniam ou encore Dominus Choutanie au siècle suivant, Oppidum Chotagne au .. Le chanoine Adolphe Gros rappelle que le nom « Chautagne » a d'abord été le nom d'un château avant de passer à cette région, citant les travaux de Jules Masse, auteur d'une Histoire de l'ancienne Chautagne (1911).. Ce château pourrait alors être celui de Serrières-en-Chautagne, autrefois situé sur la route venant de Rumilly par la montagne.
Le toponyme pourrait dériver de l'ancien français chastaigne, provenant du latin , désignant « châtaigne, châtaignier ».
Selon MarteauxMarteaux, cité par Cholley en 1925 dans Les Préalpes de Savoie et leur avant-pays (Paris, Colin, édit.), le mot Chautagne pourrait au contraire venir de Caustus qui aurait dérivé en Caustanea, Chostagne, Choutagne (1287) et Chotagne, et signifierait « pays chaud, brûlé », peut être en référence du microclimat particulier propre à cette région réputée ne jamais geler.
Histoire Cette ancienne zone humide de forêt alluviale et de marais tourbeux a autrefois été drainée pour y permettre l'élevage et la production de foin.
Les premiers grands travaux de maîtrise et d'artificialisation du Rhône n'ont véritablement commencé qu'au , avec la construction de la digue de Chautagne sur le Haut-Rhône pour contraindre le fleuve à ne plus s'épancher dans son lit majeur, et pour empêcher sa mobilité latérale et permettre le drainage de la basse vallée à fins de mise en culture de nouvelles terres.
Au pour le rendre navigable, en maitriser les inondations et les flux apportés des hautes vallées par leur drainage de plus en plus important, alors justifiés par les progrès de l'agriculture et de l'hygiène (il n'y avait généralement pas d'égouts et chaque cuvette marécageuse recueillait les eaux usées des habitats de l'amont)Gouvert A (1833) Mémoire sur les marais en Savoie considérés sous le rapport de l'hygiène et de l'agriculture. Précis de topographie médicale sur la vallée qui s'étend de Chambéry au Lac du Bourget et particulièrement sur la commune de La Motte-Servolex. Mémoire de la Société Royale Académique de Savoie, (Chambéry), 6 : 49-169, le bassin du Rhône a connu une accélération des démarches d'aménagement et d'artificialisation des berges, et d'endiguement des cours d'eau.
En 1840 d'importantes inondations surviennent malgré les digues. Les Ponts et Chaussées décident alors de créer le Service Spécial du Rhône ; ce dernier avait comme mission principale de protéger les habitations et les terres agricoles gagnées sur les zones d'expansion de crues. Mais ce nouveau service administratif devait aussi rendre le Rhône navigable (alors que le chemin de fer commençait à concurrencer le transport par voie d'eau. Des digues ont alors été construites sur une grande partie du cours, ce qui a fortement altéré le lit majeur (surcreusement, forte accélération du courant et envasement des bras secondaires.
Au début du , la population chautagnarde diminue. Elle est pauvre et elle ne tire qu'un faible revenu du marais où selon J. Messines du Sourbier on n'exploite plus qu'un foin de mauvaise qualité dit blache . Jusque dans les années 1930, la forêt communale n'est plus qu'un taillis relativement pauvre ; une forêt très dégradée qui ne rapporte que peu.
Le service des « Eaux et forêts » est à cette époque doté par l'État français de crédits importants pour développer la forêt. Ils seront utilisés pour exproprier, acheter puis drainer l'ancien marais tourbeux de Chautagne. En 1936, pour redonner un intérêt sylvicole, l’État entreprend avec les « Eaux et forêts » la création de vastes plantations de peupliers (essence qui était réputée prospérer dans les zones très humides et les "assainir" et assécher par leur intense évapotranspiration du printemps à la fin d'été. Pour faciliter la pousse de ces peupliers, de l'ancien marais tourbeux de Chautagne sont alors fortement drainés entre les deux guerres (années 1930) pour y établir la peupleraie. Cette dernière est aujourd’hui dite forêt de Chautagne et considérée comme la plus grande peupleraie domaniale d’Europe (environ , d'un seul tenant si l'on considère qu'il s'agit d'un massif homogène en dépit du caractère très géométriquement mosaïqué de cette populiculture).
On a dans le même temps poursuivi les travaux d'endiguement du Rhône, en cherchant à limiter la croissance de la végétation rivulaire et des ripisylves pour faciliter l’accès aux berges qu'il fallait entretenir face à l'érosion. Celles-ci ont été renforcées par des enrochement, murs, par la pose de palplanches et divers aménagements de béton. Ces aménagements ont fait disparaître de nombreuses îles, méandres et chenaux et le fleuve et certains affluents étaient canalisés et régulés par des écluses.
À la fin du , sur de Rhône français 25 seulement étaient indemnes d’aménagements, soit 5 % du cours, au détriment de la faune piscicole, des organismes vivant sur les berges et d'espèces telles que la loutreJacquet François (2007) Étude de faisabilité du retour de la Loutre d'Europe (Lutra lutra) en Haute-Savoie thèse de Doctorat vétérinaire, École nationale vétérinaire d'Alfort (soutenue 2007-11-29).
Environnement, écologie du paysage Paléoécologie
Cette petite région était autrefois couverte de marais et d'une forêt alluviale à aulnaies dont des reliques ont peut-être localement perduré jusqu'au Moyen Âge au moins comme en témoigne le toponyme : « Les vernes »), avec des saulaies et probablement dans les zones remaniées du peuplier noir, sur des fonds probablement périodiquement remaniés par les divagations naturelles des tresses du Rhône, lequel a déposé dans la cuvette une grande quantité de sédiments : Par exemple, dans la plaine de Chautagne (Rhône près de Génissiat), les alluvions se sont déposées sur au moins depuis l'âge des métaux. Les limons jaunes décalcifiés d'Eyguians ou de Gap qui alimentent des tuileries seraient des sols post-glaciaires glissés vers le fond de la vallée à l'âge du Bronze, principalement à cause des déboisements selon de Franck Bourdier (Directeur des Antiquités préhistoriques pour 17 départements) dont la thèse, résumant de recherches a été publiée au début des années 1960)Résumé (1964) par Pierre Gabert de la thèse de Franck Bourdier in Le bassin du Rhône au Quaternaire. Géologie et préhistoire. In : Méditerranée, , . Franck Bourdier (1963) Le Bassin du Rhône au Quaternaire. Géologie et Préhistoire : tome 1 et tome 2 (figures, bibliographie et index). Éditions du Centre national de la Recherche Scientifique, Paris.
vignette|Le marais de Chautagne à Serrières-en-Chautagne. La forêt y a régressé dès le Moyen Âge voire bien plus tôt autour du lac du Bourget dont les berges pourraient avoir été occupées par l'Homme depuis environ trois millénaires au moinsMarguet A & Billaud Y (1995) La fin de la préhistoire dans le lac du Bourget: trente siècles d'occupations littorales ?. Mémoires et documents, 95, 21. mais la Chautagne abrite encore une biodiversité très significative, surtout liée à la présence des reliques de zones humides et marécageuses, avec notamment plus d'une centaine d'espèces d'oiseaux, ce qui a justifié un classement en ZICO (zone importante pour la conservation des oiseaux). Le recul de l'eau s'est accompagné d'un recul des espèces les plus dépendantes des zones humides, au profit de quelques espèces intéressant les gestionnaires cynégétiques (faisan et plus encore chevreuil et sanglier qui ont prospéré dans les peupleraies et aux alentours).
Un réservoir d'eau et de biodiversité
Le lac du Bourget d'une surface d'environ et d'un volume de 3,6 milliards de m (soit l’équivalent de la consommation d'eau de toute la France en un an) est plus grand lac naturel françaisProjet « Le Grand lac 1999-2015 ». ; L’eau douce aux portes de Chambéry : le lac du Bourget (Word, 4 pages), sur montanea.org, qui a ici un rôle majeur de réservoir-tampon dans le contrôle des crues et la prévention des inondations. Il est encore relativement sauvage à l'Ouest et humanisé et très construit à l'Est ; entre 3 grands espaces naturels (Parc naturel régional du massif des bauges, parc naturel régional de la Chartreuse, et le site Haut-Rhône de la Chautagne aux chutes de Virignin), au cœur d'un groupe de 61 communes abritant habitants (près de 50 % de la population savoyarde).
Selon EauFrance, . Et une biodiversité importante a trouvé refuge dans cette zone ou l'a récemment recolonisée après en avoir disparu (le Castor européen par exemple) qui croise le crapaud sonneur à ventre jaune, le héron pourpré ou le busard des roseaux ainsi qu'avec la Blennie fluviatile et des Corégones (localement nommé lavaret) dans le lac.
La Chautagne abrite et protège par ailleurs une nappe phréatique dite « Aquifère de Chautagne » qui constitue la première réserve d'eau potable de la région Rhône-Alpes.
Classement et protection
La grande tourbière de Chautagne s'intègre dans une zone humide de dite Lac du Bourget, Marais de Chautagne pour l'Inventaire national du patrimoine naturel. Depuis le 2 février 2003, ce vaste complexe de zones humides est protégé par la Convention de Ramsar sous le numéro 1 268Lac du Bourget - Marais de Chautagne (FR7200021), Muséum national d'Histoire naturelle [Ed]. 2003-2013. Inventaire national du Patrimoine naturel, site Web : http://inpn.mnhn.fr. 2014-03-24, au cœur d'un paysage en pleine évolution depuis plusieurs sièclesBravard JP (1981) La Chautagne : dynamique de l'environnement d'un pays savoyard (Vol. 18). Institut des Études Rhodaniennes des Universités de Lyon.. Le 22 mars 2024 le marais de Lavours et les Îles de la Malourdie (plus de 1 300 ha) ont été intégrés au site Ramsar..